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       <title>El Watan - Contributions</title>
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           <title>Le séisme de Beni Haoua : de la lumière et du bruit</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Contributions</category>
           <pubDate>Tue, 22 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	A l’aube du mercredi 25 avril 2012 à 4 h 18 mn (3h18 GMT), un séisme de magnitude 5 sur l’échelle de Richter a frappé la région de Beni Haoua, située sur le littoral ouest-algérois, à 160 km de la capitale, Alger.  
	Les différents organismes de localisation épicentrale des séismes (USGS, CRAAG) l’ont situé dans le douar des Beni Abdeslam, à 8 km à l’est du chef-lieu de la daïra. Ce séisme vient, encore une fois, poser trois problématiques fondamentales :  la communication face aux catastrophes naturelles ; la construction selon les normes de sécurité des personnes et des biens ; la prévision et la prédiction sismiques.  Les deux premières problématiques relèvent d’une pratique contrôlable par l’Etat et les secteurs concernés, mais la troisième relève du savoir scientifique, que seule la recherche fondamentale poussée est à même de résoudre ,avec le concours de la communauté internationale. En quoi un séisme modéré comme celui qui vient de frapper la zone de Beni Haoua peut-il contribuer à résoudre de telles problématiques? C’est ce que nous voulons dans cette modeste intervention montrer. Eléments sur les séismes : un séisme, ou tremblement de terre, est une secousse violente du sol.

	Cet ébranlement ressenti à la surface de l’écorce terrestre est dû à une rupture en profondeur des roches. Le terme séisme dérive du grec seismos, qui signifie secousse ou ébranlement. Le séisme s’accompagne d’une libération d’énergie élastique lentement accumulée. On appelle foyer, ou hypocentre, le point où commence le phénomène de rupture dans le sous-sol, à une profondeur d’une dizaine kilomètres (pour les plus superficiels) jusqu’à près de 700 km pour les séismes les plus profonds. La projection verticale de l’hypocentre sur la surface de la terre donne l’épicentre, lieu où il y a le maximum de dégâts.  Le séisme est lié aussi bien à la Terre qu’aux autres astres du système solaire.

	Même la Lune connaît des séismes quotidiens liés au champ de la gravitation. Les spécialistes sont unanimes pour dire que les séismes terrestres ne sont pas liés à quelques champs gravitationnels que ce soient (des astres), pour la simple raison que celui-ci est si faible et négligeable devant des forces internes de la Terre. La force gravitationnelle lunaire peut, par contre, déplacer des masses d’eau, étant ainsi à l’origine des marées. Lorsque les ondes sismiques arrivent en surface elles font vibrer le sol et selon la force de la vibration des dégâts peuvent apparaître. Selon les dégâts provoqués, on peut calculer l’intensité du séisme. Intensité :  chaque séisme est caractérisé par les dégâts qu’il provoque.

	L’intensité est une échelle des dégâts conventionnels. La première échelle fut mise au point par l’Italien Rossi et le Suisse Forel en 1880 (1 à 10) et améliorée par Mercalli 1902 (I à XII), des modifications lui ont été apportées par Medvedev, Sponhoer et Karnik en 1964, c’est l’échelle MSK, la seule utilisée aujourd’hui. Les dégâts ainsi que l’intensité diminuent en fonction de l’éloignement de l’épicentre.  Une enquête sur le terrain accompagnée d’un questionnaire, permet aisément de tracer une carte isosismique. Elle est basée sur l’échelle suivante :  1 er degré, seulement enregistré par les instruments sensibles. 2ème degré : très faible. Peu d’observateurs au repos, le remarquent.  3ème degré : faible.

	Ressenti en général par un petit nombre d’habitants. 4ème degré : moyen. Ressenti en général à l’intérieur des maisons, mais par un petit nombre de personnes en plein air ou quelques dormeurs réveillés. 5ème degré : assez fort. Il est parfaitement ressenti en plein air. Comme à bord d’un bateau, les oscillations sont ressenties. Réveil général des dormeurs.  6ème degré: fort. Provoque la panique. Objets et meubles lourds déplacés, les plâtres des plafonds tombent, chute de cheminées. 7ème degré : très fort. De sérieux dégâts peuvent se produire, les eaux sont troublées ; il se produit des lézardes, des chutes de cheminées, le niveau de l’eau change dans les puits. 8ème degré : ruineux.

	Des objets sont transportés à une distance importante ou sont renversés, les statues sont renversées. 9ème degré : désastreux. Des maisons peuvent s’écrouler. Destruction partielle des maisons ou totale des édifices bien construits.  10ème degré : très désastreux. Des digues s’écroulent, les tuyaux d’alimentation (eau-gaz) sont coupés. Les rails de chemin de fer sont tordus. Des mamelons se produisent sur les routes ainsi que des fissures dans les terrains meubles. 11ème degré : catastrophique. Les ponts les plus solides sont détruits, les rails complètement tordus. De grands éboulements se produisent. 12ème degré. Cataclysmique. Rien ne subsiste de l’œuvre humaine. La géographie complètement modifiée.  

	L’autre étude faite à partir des sismogrammes est la mesure d’énergie d’un tremblement de terre, car celui-ci représente une brusque libération d’énergie. Plus il est puissant, plus sont fortes les vibrations qu’il émet. L’amplitude des ondes sismiques émises par un tremblement de terre dépendra de la puissance de ce dernier. L’amplitude décroît avec la distance au foyer, il faut par conséquent se placer à une distance fixe. On convient donc de mesurer l’amplitude du mouvement du sol à 100 km de la source. Le logarithme décimal de cette amplitude mesurée en microns s’appelle magnitude. Donc la magnitude est le logarithme décimal de l’amplitude maximale, mesurée en microns d’un sismographe standard de période courte, situé à 100 km de l’épicentre : M = LogA/T +f(O) ; A amplitude, T période f(O). Alors qu’il existe, suivant le lieu, plusieurs intensités pour un même tremblement de terre, il est par contre caractérisé par une seule magnitude.

	Un séisme de magnitude 6 est 1 a fois plus puissant qu’un séisme de magnitude 5 et 100 fois plus puissant qu’un séisme de magnitude 4. Cette échelle a été inventée par le Japonais Wadati (1931) et améliorée par Richter (1935). A partir de la magnitude, on accède facilement à l’énergie dégagée par un séisme. Un séisme de magnitude 5 correspond à peu près à l’énergie dégagée par la bombe atomique de type Hiroshima. L’énergie dégagée en une année par les séismes de la planète est équivalente à la consommation en énergie des Etats Unis d’Amérique (450 milliards de mégawats/heure (Allègre, 1987). Relation entre intensité (dégâts) et magnitude sismiques : certaines équivalences entre magnitude et intensité (liées aux dégâts) ont été établies, mais il n’y a pas de relation claire entre ces deux grandeurs.

	La sismicité en Afrique du Nord : l’Afrique du Nord, et particulièrement l’Algérie, est caractérisée par une sismicité récurrente. Celle-ci est liée à sa position sur la bordure de la mer Méditerranée, la limite de la plaque Afrique-Europe qui est en perpétuelle convergence depuis le Miocène supérieur (Tortonien) qui correspond à peu près à 8 millions d’années. Cette limite est une mégafracture dont la position exacte n’est pas simple à déterminer. Ce que l’on sait, c’est que l’origine des séismes nord-africains est liée à des failles qui jouent depuis le début de la convergence et qui sont orientées, selon des directions variables, mais dont les principales sont Est-Ouest, NE-SW.  Elles sont soit en mer (séisme de Zemmouri, séisme de Aïn El Benian ... ) soit à terre (séisme d’ El Asnam, séisme de Constantine ... ). 

	Observations sur le terrain du séisme de Beni Haoua : en visite à Beni Haoua, ce vendredi 27 avril, nous avons pu mesurer l’ampleur de la peur qui s’est emparée de la population encore sous le choc trois jours après la secousse principale. Dans l’agglomération chef-lieu, de légers dégâts matériels ont été enregistrés. Mais ce qui est perceptible, c’est aussi certaines fissures sur des façades (en maçonnerie) des bâtiments récemment réceptionnés. Dans le douar de Bainet (Beni Abdesslem) à l’est de Beni Haoua village, près de la RN11, à moins d’un kilomètre de la mer, une falaise de roches s’est effondrée. Elle était très probablement sur le point de tomber. Les habitants de Beni Haoua ont unanimement relevé un bruit assourdissant qui a accompagné la secousse jusqu’à sa fin.

	Les habitants de la localité de Beni Abdesslem ont été aussi unanimes pour relever que le bruit semblait venir de la mer dans un sens du Nord vers le Sud et que ce bruit a commencé avec le début de la secousse et s’est terminé avec celle-ci. Par ailleurs des habitants de Beni Haoua centre, réveillés avant la secousse, ont fait savoir qu’une lumière de faible intensité s’est dégagée en mer et a parcouru le large de Beni Haoua quelques minutes avant le début de la secousse. Sans remettre en cause l’efficacité des localisations instrumentales, nous pensons que les éléments rassemblés (fissures et dégâts légers à Beni Haoua village), origine marine du bruit, lueur en mer, laissent à penser que la zone épicentrale est située plutôt en mer qu’à terre. Vu sa situation, Beni Haoua est, par conséquent, une zone sismique très exposée. Elle a connu, au cours de son histoire récente, plusieurs secousses de magnitudes appréciables et bien ressenties, voire meurtrières ..  Le 19 novembre 1922, un séisme de magnitude 4.6, dont l’épicentre est localisé à Bissa, a été recensé.

	Le 22 octobre 1954, une secousse .a eu pour épicentre Beni Haoua. C’est une réplique de la secousse principale qui ·avait ravagé précédemment El Asnam, alors Orléansville, le 9 septembre de la même année. Cette réplique a été suivie par d’autres dont celle du 1er Novembre 1954 et qui avaient toutes pour épicentre Beni Haoua. Une trentaine de séismes qui ont eu pour épicentres Beni Haoua et ses alentours ont été enregistrés depuis 1955, dont douze en 1955, deux en 1956, deux secousses en 1958, une en 1960 et une autre en 1961. Un précurseur du séisme d’El  Asnam du 10 octobre 1980, a eu lieu à Beni Haoua (Souk letnine) au mois de mars 1980. Plusieurs répliques ont eu pour épicentres Beni Haoua et Souk Lethnine jusqu’en 1981. Depuis 1986, l’activité sismique s’est considérablement ralentie.

	Ce silence sismique traduit-il une inquiétude ? Cette secousse, bien que modérée, doit-elle nous inquiéter et nous réveiller pour nous attendre à pire? Ou marque-telle juste une activité normale qu’il faut gérer?  Peut-on prévoir les séismes? La lueur en mer avant le séisme de Beni Haoua remet sur scène les fameux SES (Seismic Electric Signal) qui furent durant la fin des années 1980 à l’origine de la fameuse «méthode VAN’ des prédictions ou prévisions sismiques.  Qu’elle est la méthode VAN ? La prévision des séismes est un défi scientifique majeur que la communauté des sciences de la Terre (géologues et géophysiciens) tentent de relever depuis des décennies.

	De nombreux paramètres rentrent en ligne de compte dans un tremblement de terre. On s’est rendu compte, cependant depuis longtemps que certains phénomènes apparaissent avant le séisme et les scientifiques ont tenté de les corréler pour une éventuelle prédiction. Parmi ces phénomènes prémonitoires, des phénomènes électromagnétiques ont été observés ou enregistrés dans les régions où allaient se produire des séismes de forte intensité. Et ce, quelques minutes ou même quelques heures avant que le tremblement n’ait lieu. La première interprétation concrète de cette relation entre séisme et émission radioélectrique a été donnée par Warwick en 1962 à la suite du séisme du Chili de 1960. Au début des années 1980, trois scientifiques grecs nommés Varoutsos, Alexipoulos et Nomikos, dont les initiales ont donné le nom de la méthode dite «V AN» ont construit un dispositif qui permettait de prédire la magnitude et la position de l’épicentre d’un futur séisme grâce aux mesures d’impulsions radioélectriques.

	Cette méthode a été quelquefois vérifiée, mais a failli dans d’autres cas. Selon certains scientifiques, il serait possible de prévoir approximativement un séisme si on maîtrisait certains paramètres, car il existe des indices qui permettent de prévoir une secousse importante.  Parmi les indices prémonitoires, on peut citer : - une diminution de la résistivité de la roche  - une variation du champ magnétique local  - une augmentation de la circulation des eaux souterraines  - une augmentation des émanations du Radon  - une variation du niveau d’eau des puits et des débits des sources  - une activité sismique un peu plus marquée que les petites vibrations habituelles - de petites déformations de la surface du sol - le comportement des animaux peu de temps avant la secousse (les serpents et les rats  quittent leur gîte et les animaux domestiques attachés tentent de s’échapper ... )  La construction parasismique  Malgré tous les efforts consentis par les scientifiques, il est aujourd’hui très difficile, voire impossible, de prévoir un séisme avec précision. Il est donc impératif, puisque les séismes se produisent de toute façon, de prévenir contre les dégâts sismiques.

	Pour cela la nature de la construction et le choix des zones d’habitation sont les premiers éléments de prévention. Aussi, faut-il rester constamment sur une stratégie de sensibilisation des habitants pour un meilleur comportement lors des tremblements de  terre aussi bien dans les villes que dans les campagnes. Il faut prendre exemple sur les pays avancés dans le domaine de la prévention comme le Japon.   

	Conclusion : le séisme de Beni Haoua est une alerte et doit nous interpeller sur nos comportements quotidiens et interpeller surtout ceux qui ont des responsabilités à quelque degré que ce soit pour exécuter, contrôler et gérer les constructions et l’aménagement du territoire. Le fait d’avoir observé des étincelles en mer au large de Beni Haoua reconsidère cette méthode des SES qui a été écartée il y a deux décennies de toute discussion. Il ne faut pas se lasser d’expliquer aux Algériens que leur pays (surtout sa partie atlasique) est situé dans une zone fortement sismique, à savoir, à la limite de deux plaques convergentes. Ce n’est pas demain qu’elles vont cesser de converger, c’est-à-dire d’accumuler des contraintes qui vont se relâcher pour produire des séismes. L’Algérie possède un RP A (règlement parasismique algérien), il faut le faire respecter par tous, Etat et privé. Comme je J’ai déjà écrit dans ce même journal en 2003, «les séismes relèvent de l’activité normale des zones actives en bordure des plaques lithosphériques, comme c’est le cas de la façade Nord algérienne. Il y aura toujours des séismes mais seule la bonne conduite des gouvernants et des gouvernés permettra de réduire le risque et de le minimiser à terme».
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           <title>Eléments sur la crise en Algérie</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Contributions</category>
           <pubDate>Mon, 21 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	La crise en Algérie révèle la lutte entre un monde ancien qui ne veut pas mourir et un monde nouveau qui ne parvient pas à naître (A. Gramsci). 
	La crise en Algérie est la crise d’un système, dont la rente est le rapport social dominant. Et les couches sociales dont le système rentier favorise la domination développent des stratégies complexes pour pérenniser leur pouvoir et maintenir la formation sociale algérienne dans un état de léthargie avancée. Le système rentier est agonisant, mais le mode de production capitaliste ne parvient pas encore à établir les conditions internes de sa reproduction autonome.
	La crise dévoile la nécessité de dépasser la politique du «pratico-circulaire» pour s’engager dans la dynamique de la pratique révolutionnaire. La crise requiert le dépassement de l’immobilisme en tant que pratique politique dominante. Or, ce dépassement est incompatible avec les intérêts bien compris des couches rentières qui n’ont d’autre alternative que de freiner la dynamique de l’histoire. Et l’histoire en Algérie se mord la queue, quand elle ne marche pas sur sa tête. Cet état de fait n’est pas le fait du hasard, mais répond objectivement et subjectivement au besoin des couches rentières d’assurer leur domination sans partage sur une formation sociale aux portes de l’histoire.  

	Ainsi, le discours politique en Algérie pose rarement les problèmes concrets du quotidien. Au contraire, ces derniers sont constamment occultés par une logomachie 1 qui tient lieu de programme sociopolitique. L’individu noyé dans la masse ne peut, dès lors, qu’être éberlué par les paraboles dont le discours politique est truffé. Cependant, si les paraboles peuvent servir d’enjoliveurs, elles ne peuvent point résoudre les problèmes du quotidien. Dans les faits, la logomachie, en général, et les paraboles, en particulier, ne sont pas utilisées pour défricher le terrain à labourer, mais ont plutôt un objectif moins avouable. Elles servent en premier lieu à brouiller les pistes, à détruire les repères et à anesthésier le peuple (i.e l’ensemble des couches sociales qui aspirent au changement). Le discours politique dominant est donc le discours de la rente, dont les bénéficiaires sont aussi bien dans le pouvoir que dans l’«opposition». Le pouvoir et son « opposition» se retrouvent alors sur la même longueur d’onde, i.e ils développent le discours de la rente pour défendre leurs privilèges de prédateurs.

	Ainsi, plusieurs décennies après l’indépendance de l’Algérie, le discours (nationaliste ?) de la «famille révolutionnaire» 2 continue à structurer, en partie, la logomachie officielle. L’ennemi est toujours un ennemi externe, qui aurait pour objectif essentiel de déstabiliser l’Etat national. Cet Etat dit national, pouvait, dans un premier temps, raconter des histoires de construction d’un socialisme spécifique tant qu’une partie de la rente pétrolière pouvait être déversée sur les diverses couches sociales. Et cet Etat, dit national, ne pouvait qu’être soutenu par la majorité des couches sociales indigènes qui devenaient de fait des couches clientes d’un patron omniprésent. Dans ce cadre, les couches rentières pouvaient asseoir leur pouvoir en occultant leur rôle fondamental dans la régression généralisée vers laquelle ne cesse de se diriger la formation sociale algérienne. Les contradictions internes pouvaient ainsi être voilées tant qu’un saupoudrage approprié de la rente pétrolière retardait l’implosion du système. Les couches rentières engrangeaient des richesses, la populace recevait des miettes de rente et le système rentier pouvait se renouveler sans heurts particuliers.    

	Mais le système basé sur la distribution de la rente se devait de s’ébranler dès que les conditions matérielles ne pouvaient plus soutenir sa logique distributive. Et les couches rentières inventèrent une nouvelle histoire. La construction du socialisme spécifique n’étant plus à l’ordre du jour, la mise en place d’une économie dite de marché devint le mot d’ordre à appliquer. Cependant, l’économie de marché, dans un contexte d’ouverture au marché mondial, ne peut que se réduire à une économie de bazar où l’import-import constitue l’unique activité économiquement et financièrement viable. Car le système productif domestique, qu’il soit étatique ou privé, est par nature (technologie désuète et management archaïque) incapable de répondre à la concurrence des produits étrangers.

	En outre, le contexte dépressif dans lequel émerge la soi-disant économie de marché nécessite comme structure idéologique un discours apte à juguler la pression des couches marginalisées par la démission de l’Etat-rentier de son rôle de bienfaiteur omnipotent. La gestion idéologique du passage à une soi-disant économie de marché ne pouvait dès lors que requérir l’irruption programmée du discours religieux sur la scène politique. Car seul ce discours pouvait être écouté par une masse désorientée, mais profondément attachée à l’idéologie religieuse. Et l’islamisme, en tant qu’idéologie de remplacement, pouvait étouffer toute tentative, sinon velléité, de révolte en sacralisant tous les espaces, qu’ils soient publics ou privés.

	Ainsi le noyau de la pratique discursive dominante s’est déplacé du politique (discours anti-impérialiste des années 70) vers l’économique (discours consumériste des années 80) pour être graduellement phagocyté par le religieux (discours sur la défense de l’Islam face à l’Occident, de soi-disant constantes nationales, de soi-disant valeurs spécifiques, etc.) L’ordre doit donc être appréhendé comme un ordre quasi divin et la misère du quotidien engendrée par la soi-disant économie de marché doit être acceptée comme un mystère (un test de la part du divin ?) qu’il s’agit surtout de ne pas questionner. L’illusion religieuse permet ainsi aux couches rentières et prédatrices de continuer à s’enrichir au nom d’une soi-disant économie de marché, aux couches marginalisées de mieux supporter leur misère généralisée (l’ordre étant un ordre quasi divin) et au système rentier de se renouveler sans accrocs particuliers 4.

	Le discours nationaliste teinté d’une forte dose de populisme est alors remplacé par le discours religieux qui permet de voiler les contradictions de classes (les Algériens ne sont-ils pas tous frères en religion ?) et de soustraire les rentiers et les prédateurs du système (surtout quand ils se métamorphosent en «omris» ou «hadjis» aux frais de la princesse, en général) à la vindicte populaire. Au lieu d’être appréhendée en tant que formation sociale composée de couches sociales aux intérêts souvent antagoniques, l’Algérie devient, dès lors, peuplée de musulmans dont une partie est constituée de brebis galeuses (égarées ?). Et cette partie est présentée comme la source de tous les maux qui frappent l’entité appelée Algérie.

	Les discours nationalistes et religieux ont cependant un point essentiel en commun. La contradiction principale du moment est toujours située à la périphérie de la formation sociale algérienne présentée comme totalité non contradictoire. L’ennemi principal du moment est toujours un ennemi externe qui aurait pour objectif premier d’agresser l’entité appelée Algérie et/ou de dénaturer l’«Islam authentique». Les idéologues de service occultent ainsi le mouvement historique interne et nient la contradiction, i.e. l’aspect qualitatif, en tant que moteur de l’histoire.

	La crise en Algérie est essentiellement la crise d’un système qui prend eau de toutes parts, mais qui tarde à couler 3, car les intérêts des couches rentières s’y opposent. Ainsi, contrairement aux couches féodales qui ont accompagné (durant une longue phase historique) la reproduction élargie du mode de production capitaliste parce qu’elle leur permettait de renouveler leur propre vécu en tant que couches féodales 4, les couches rentières en Algérie ne peuvent que périr en tant que telles si le mode de production capitaliste parvient à assurer sa reproduction autonome et à asseoir sa domination. L’opposition des couches rentières à tout changement qualitatif se retrouve alors dans la pratique de la fuite en avant à laquelle s’adonnent le pouvoir politique actuel et la «classe politique» en général.

	En effet, les processus de restructuration ne finissent pas d’être restructurés, les processus de privatisation ne cessent d’être privatisés et les idéologues de service continuent à raconter des histoires de forces externes (la mondialisation du capital, entre autres) qui agresseraient l’Algérie. Pourtant le pouvoir politique actuel ne cesse de faire appel aux forces représentant la mondialisation (les multinationales en particulier), pour, semble-t-il, l’aider à sortir de la mélasse dans laquelle la formation sociale algérienne s’enfonce graduellement.

	Et cette attraction-rejet des forces externes souligne a priori l’incapacité du pouvoir politique actuel de saisir les enjeux du moment. En effet, si la crise algérienne est essentiellement due à des facteurs externes, alors l’appel aux forces externes (l’investissement étranger par exemple) pour résoudre les problèmes internes ne peut relever que du mystère. Et si la mondialisation et l’intégration au marché mondial sont évoquées dans le discours dominant du moment, elles ne sont saisies qu’en termes quantitatifs.

	Or, la mondialisation est essentiellement la matérialisation de l’extension des rapports de production capitalistes à l’échelle mondiale, tandis que l’intégration au marché mondial capitaliste est essentiellement l’ouverture au capital financier (la fraction dominante de l’heure du capital mondial) d’un nouveau terrain à exploiter. Et ces deux phénomènes sont, de fait, qualitativement et quantitativement différents. En particulier l’intégration au marché mondial n’est pas une condition suffisante à l’extension des rapports de production capitalistes au niveau local. Car l’impérialisme économique, ou, par euphémisme, la mondialisation, est un phénomène qui ne peut point être réduit à un simple processus quantitatif.

	Dans les faits, le processus d’extension des rapports de production capitalistes ne s’effectue pas à travers des espaces vierges, mais le système capitaliste mondial confronte et s’articule, à travers le marché entre autres, à des systèmes (le système de distribution rentier dans le cas de la formation sociale algérienne) ayant leur logique propre.
	En effet, l’intégration au marché mondial capitaliste d’une formation sociale où la rente est le rapport social dominant n’est pas synonyme d’extension immédiate des rapports de production capitalistes à l’échelle locale. Au contraire, le renforcement du système rentier local serait, dans une première et longue phase, mieux approprié à la dynamique de la fraction dominante du capital mondial, i. e le capital financier. Car la formation sociale algérienne doit, au point de vue des intérêts du capital financier mondial, se spécialiser en tant que pourvoyeuse d’hydrocarbures et les couches rentières indigènes constituent de ce fait les défenseurs les plus fervents 5 du statut de mono-exportateur de l’économie domestique.

	En particulier, ces couches rentières rempliraient leur rôle de gardiennes des intérêts du capital mondial en général et du sionisme en particulier en utilisant le discours religieux pour voiler leur domination. Car, l’islamisme avance, malgré les apparences, une vision du monde qui ne peut servir que l’impérialisme en général et le sionisme en particulier. En effet, ne possédant  pas les moyens théoriques pour saisir les contradictions de classes au niveau interne, la dynamique du capitalisme à l’échelle mondiale et les enjeux du moment à la même échelle, l’islamisme est, par nature, incapable de lutter efficacement contre la logique du capitalisme mondial, puisqu’il ne la comprend point. N’appréhendant le monde qu’au travers d’un prisme religieux, l’islamisme ne voit que des chocs de cultures là où il y a essentiellement contradictions d’intérêts, néo-colonialisme et exploitation de peuples. Et dans cette vision, l’islamisme devient un allié objectif du capitalisme mondial, d’une part, et un allié subjectif du sionisme, d’autre part. Car, les intérêts bien compris de l’entité sioniste requièrent que les Etats arabes, en général, et ses voisins, en particulier, soient dominés par des courants islamistes imposant la charî’a, ou par des courants à domination «ethniques».

	En effet, l’entité sioniste ne peut survivre à long terme en tant qu’entité basée sur la religion que dans la mesure où ses voisins proches et lointains (effrités autant que possible) 6 seraient aussi régis par la religion ou exhiberaient essentiellement des caractères «ethniques». L’entité sioniste perdrait ainsi son caractère anachronique et s’intégrerait «naturellement» à la région.

	Ainsi les intérêts de la fraction dominante du capital mondial (i. e le capital financier), les intérêts de l’entité sioniste et les intérêts des couches rentières locales se rejoignent pour reproduire le mode de distribution rentier local. Et la politique d’ouverture de l’économie algérienne au marché mondial (couplée à l’hégémonie du discours religieux) peut paradoxalement être appréhendée en tant que moyen de proscrire tout développement d’un capitalisme local. Car ce dernier constituerait un centre de pouvoir autonome et remettrait en cause la domination des couches rentières locales. En outre, le développement d’un capitalisme local investissant les sphères industrielle et agricole signifierait un retrait possible du marché mondial des hydrocarbures (énergie qui décongèle le travail mort, i. e les machines, au moindre coût) qui irait à l’encontre des intérêts stratégiques du capital mondial.

	Si la dynamique de l’accumulation à l’échelle mondiale que pilote le capital financier ne favorise pas la naissance du monde nouveau (i.e le mode de production capitaliste), mais tend à maintenir en vie le monde ancien (i.e le mode de distribution rentier), alors la crise en Algérie ne sera dépassée ni par l’ouverture de l’économie  prônée par l’idéologie néolibérale ni par l’hégémonie des discours archaïques que développe l’islamisme. La crise en Algérie ne sera dépassée que si la contradiction principale du moment (celle qui lie et oppose les couches rentières à toutes les autres couches marginalisées par la distribution de la rente) est correctement appréhendée. La crise ne sera dépassée que si les couches rentières (quel que soit le drapeau qu’elles arborent) sont anéanties en tant que telles.

	 

	Notes : 

	1- Il suffit d’écouter les politiques algériens disserter sur les équilibres macroéconomiques alors que la populace est à la recherche de pitance pour survivre ou sur les «constantes» et
	«valeurs nationales», alors que la seule constante de l’univers dans sa totalité est le mouvement perpétuel et que la seule valeur reconnue et partagée dans l’économie monde dominée par le capitalisme est le rapport argent.  
	2- Cinquante ans après l’indépendance (et après la mort de la plupart de ceux qui ont cru en la révolution et l’ont pratiquée), l’utilisation de la notion de famille révolutionnaire suggère que la société algérienne n’est pas constituée de citoyens égaux en droits et en devoirs, mais est composée de super citoyens (ceux qui appartiennent à la famille dite révolutionnaire) et de citoyens de seconde zone. Au fait les Algériens auraient-ils un génome spécifique et des gènes révolutionnaires dont la transmission héréditaire n’a pas encore été élucidée par la science ? Les pratiques de la «famille révolutionnaire» ne sont-elles pas plutôt réactionnaires (grignoter une part de rente sur le dos des vrais révolutionnaires, lesquels se sont, pour la plupart, sacrifiés pour une noble cause) ?
	3- S’il ne coule pas, le système rentier arrive néanmoins à faire couler des pans entiers de l’économie domestique. Au fait, pourquoi se priverait-il de les aider à couler puisque les
	«anabib» pétroliers et gaziers peuvent assurer à eux seuls la reproduction des couches rentières en tant que couches dominantes ?
	4- Contrairement aux couches dominant le système rentier algérien, les couches féodales européennes ont activement participé dans une première phase à la reproduction élargie du capital national, en fournissant la main-d’œuvre nécessaire (par l’expulsion d’une partie de la paysannerie) et en alimentant cette main- d’œuvre grâce à l’accroissement de la production agricole et à la marchandisation de la rente.
	5- N’est-il pas surprenant de constater que la plupart, sinon tous les pays exportateurs d’hydrocarbures soient dominés par des pouvoirs plus ou moins dictatoriaux ?  N’est-il pas étonnant de remarquer que, dans le «monde arabe», la chute de dictateurs soit suivie d’une floraison de nouveaux dictateurs ?  Cet état de fait ne dénote-t-il pas que la démocratie est incompatible avec la logique du système rentier ?  
	6- voir l’article publié en 1982 par la revue Kivunim, publication de l’Organisation sioniste mondiale [World Zionist Organisation] sous la plume d’Oded Yinon. Yinon développe l’idée que  pour survivre, l’entité sioniste doit devenir une puissance impériale et ceci en participant activement au dépeçage de tous les pays arabes en petits pays impuissants et incapables de faire face à la puissance militaire israélienne. Ce dépeçage semble, dans les faits, avoir déjà commencé avec la partition du Soudan,  la partition de fait de l’Irak, la partition probable de la libye, etc.
	
	
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           <title>Quelles relations algéro-françaises après la présidentielle ?</title>
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           <pubDate>Sat, 19 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Lorsque j’avais écrit, dans ces mêmes colonnes(1), «... Il ne faut pas se tromper, il est plus que certain que le prochain président français sera F. Hollande, sauf catastrophe improbable», beaucoup de mes amis politologues m’ont reproché cette incursion dans la «politique fiction», un genre privilégié par les «kharbatologues» qui sont légion dans les couloirs du pouvoir en Algérie. 
	Ma conviction profonde était fondée sur l’analyse précise des rapports de force politiques actuels dans ce pays, et forgée sur la base d’une expérience longue de plusieurs années de résidence estudiantine dans une ville innovante et associative (Grenoble). Cela m’a permis de me construire une idée, la moins fausse possible, de ce que l’on appelle la «France profonde», celle qui fabrique les présidents de la République française. Ces deux éléments conjugués m’ont amené à constater que la «France profonde» ne votera pas pour le candidat Hollande, mais contre le candidat Sarkozy, car il a heurté brutalement l’image qu’elle se fait de la fonction présidentielle, en particulier dans la frange âgée de cette dernière (les plus de 60 ans votent en général à droite comme le monde rural). Il faut ajouter à cela l’idée d’injustice sociale qui colle (à tort ou à raison) à la politique économique(2) du candidat sortant et qui remet en cause un principe révolutionnaire sacro-saint, profondément ancré dans l’inconscient collectif français.

	Enfin, la crise financière internationale(3) va laisser des traces indélébiles dans la société française (entreprises, salariés, fonctionnaires, retraités, rentiers, jeunes, émigrés) pour une période durable, paupérisant et fragilisant les classes moyennes qui vont être séduites, pour partie, par le discours politique populiste(4), développé par le FN. Le bilan du quinquennat, qui était mitigé avant la crise, passe au noir au plus fort moment de cette lame de fond, apportant les arguments politiques aux attaques des différents partis d’opposition et en particulier du PS, qui se déclare le parti cristallisant le mécontentement, et surtout le vecteur du changement attendu.

	Au-delà du résultat du premier tour, (je maintiens mes prévisions que F. Hollande sera élu avec une large victoire), c’est le taux de participation particulièrement élevé qui est à retenir (plus de 80%), malgré les vacances. Cela signifie que le prochain président français jouira d’un pouvoir fort, c’est-à-dire d’un ancrage populaire important et profond surtout s’il est élu avec une différence nette (au moins quatre points), ce qui se répercutera positivement, pour lui, pour le troisième tour (les législatives), dans l’adhésion envers les politiques d’austérité qu’il devra obligatoirement mettre en œuvre et dans les négociations avec ses partenaires européens et en particulier avec l’Allemagne(5), qui ne manqueront pas de se radicaliser de part et d’autre.

	En face de la France, notre pays est également en campagne électorale (hasard de calendrier) pour le renouvellement de son pouvoir législatif (première Chambre). Le pouvoir a imposé un mode spécifique de consultation que je qualifierais d’«une désignation élective», c’est-à-dire que des personnes, temporairement coalisées (civiles  et militaires), se mettent d’accord sur un nom (en général, par cooptation), puis une «orchestration élective» vient consacrer cette personne qui, dès lors, se déguise, en prenant la posture de président de la République, de député, de sénateur ou de maire.

	Son pouvoir va, de facto, se caractériser par une faiblesse (compte tenu du péché originel), définie comme un pouvoir sans ancrage dans la société, utilisant des appareils (coquilles vides) pour pallier son gap de légitimité, comme des partis politiques ex cathedra, des syndicats ouvriers et patronaux rentiers, des associations affiliées, des organismes et des institutions publiques aux ordres, des personnalités historiques, politiques, religieuses, littéraires, scientifiques et sportives, qui broutent dans sa main, la personnalisation des relations internationales et des intérêts étatiques. En fait, un pouvoir faible peut être défini comme un pouvoir qui n’a pas consacré ses propres contre-pouvoirs à tous les niveaux de la société, ce qui va l’isoler complètement et entraîner deux dynamiques sociétales (celle du pouvoir et celle de la société) qui vivent côte à côte, sans dialoguer ni se rencontrer jamais(6), jusqu’à atteindre une zone de fracture (révoltes, émeutes), qui, en se généralisant, imposera un jour une alternance incontrôlée(7).

	Au niveau international, un pouvoir faible va se voir dicter la «feuille de route» de sa politique intérieure et extérieure, par le rapport mondial de force du moment, comme l’a fait H. Clinton, lors de son passage (de quelques heures) dans notre pays dernièrement. Cette action a fait immédiatement crier au loup le pouvoir, puisque le Président a, dans un de ses rares discours, comparé les législatives du 10 mai, à un «nouveau 1er Novembre» et de prédire, en cas d’échec, une «nouvelle colonisation», confondant sciemment l’Algérie et le pouvoir(8) ! Il semble bien, cette fois, que la communauté internationale, à sa tête les USA, ait exigé un élargissement substantielle de la base démocratique du pays(9) et donc une représentation des forces réelles de la société(10) et non du pouvoir, au sein de la prochaine Assemblée nationale. Elle a dû certainement ajouter que l’alternance au pouvoir, dans notre pays, devra recevoir un contenu concret(11), ce qui stigmatise personnellement le Président (d’où sa réaction), de manière à éviter que notre pays ne vive les expériences du printemps arabe de l’Egypte, du Yémen, de la Tunisie, de la Libye...  à qui le tour ?

	Le scrutin législatif du 10 mai 2012, qui devait servir à recomposer le paysage «bolitique» de notre pays(12), afin d’amortir l’onde de choc du printemps arabe (à l’instar du Maroc) et satisfaire les exigences de la communauté internationale, va se solder par un désaveu national et international, du fait de la désaffection généralisée de l’électorat potentiel, quels que soient, par ailleurs, les résultats affichés(13). Une abstention jamais égalée (vote blanc compris) de l’ordre de plus de 80% en moyenne, à quelques exceptions, pour le vote militant (FFS et ex-FIS), le vote rural (faible population) et le vote communautaire (régionalisme et spécificité) est attendue et ses prémices sont déjà très perceptibles dans tout le pays.

	Cette désaffection électorale non seulement ne surprendra personne en Algérie et à l’étranger, mais confortera la réalité du pouvoir et sa mise à nu, en même temps qu’apparaîtra clairement le gouffre qui le sépare de la société, malgré les moyens matériels et humains énormes mis à la disposition des appareils(14). Le pouvoir saura-t-il en tirer les conséquences sur son propre devenir ? Ou bien, comme il l’a toujours fait, se contentera-t-il d’une autre manœuvre de fuite en avant pour se pérenniser ? Gageons qu’il est mauvais élève... il récidivera !

	Quoi qu’il en soit, le scrutin présidentiel français et celui législatif algérien mettent en scène deux réalités diamétralement, opposées avec plus de 80% de votants en France et moins de 20% en Algérie. La première, forte d’un pouvoir fondé sur une majorité d’électeurs, jalouse pour son pays et prête à consentir des sacrifices pour retrouver le chemin d’un avenir meilleur, alors que la seconde est assise sur un pouvoir faible, coopté par une infime minorité, ayant pour seul objectif la participation au partage des rentes avec à la clé une retraite dorée (si possible à l’étranger, pour eux et leur famille). Comment donc va pouvoir s’opérer la relation entre les deux pays après ces deux scrutins d’inégale importance ?

	En attendant, les conseils que ne manquera pas de prodiguer l’ex-ambassadeur de France(15) à F. Hollande trouvent une traduction dans les relations multidimensionnelles entre nos deux pays, il est certain que le président français, fraîchement élu, s’adressera au pouvoir algérien actuel comme à un partenaire faible, à durée limitée et sans vision stratégique à moyen et long termes. Il tentera alors de gérer cette nouvelle phase tumultueuse de nos relations(16) par la mise en œuvre d’une politique, à court terme, de marchés juteux pour des petites minorités des deux côtés de la Méditerranée(17) en lieu et place d’une politique de codéveloppement, à moyen et long termes, pour les plus larges franges de la population de Mare nostrum.

	Il est vrai que pour envisager une pareille aventure humaine, il faut être à deux (et même plus, dans un cadre «5+5», par exemple), et l’Algérie est, pour l’instant, aux abonnés absents ! La notion de temps n’étant pas, dans notre pays, un bien précieux et rare (on dit bien koul otla fiha khir), il nous faudra attendre le passage du prochain train s’il daigne s’arrêter à l’escale Algérie.

	 

	Note : 
	1-Voir mon article : «Quelles relations sécuritaires algéro-françaises ?» in EI Watan  
	2-Des principes comme l’égalité devant l’impôt, la justice, la promotion sociale, la richesse, sont très sensibles en France. Il faut chercher les racines de cette sensibilité dans la contradiction qu’abrite une longue tradition d’une culture religieuse catholique, fécondée par la mise en œuvre de principes révolutionnaires, hérités de 1789.
	3-Déficit budgétaire et commercial historique, croissance économique faible, voire nulle, dette extérieure et service de la dette abyssaux, chômage à deux pieds, désindustrialisation, productivité du travail en baisse.
	4-Entre autres sortie de l’euro et retour au franc, reconsidération des Accords de Schengen, arrêt de l’émigration (y compris européenne), voire expulsion d’une partie, fermeture des frontières commerciales, financières, monétaires, contrôle des changes et des flux des capitaux.
	5-La construction européenne dépend étroitement de la dynamique qu’impose l’entente du couple franco-allemand aux autres partenaires européens. Tous conflits, apparents ou sourds, ralentissent cet élan et fragilisent cette œuvre fragile.
	 6-A titre d’exemple, pendant que la société algérienne gronde contre la cherté de la vie (par exemple les prix de la pomme de terre), le pouvoir propose des élections législatives, à l’instar de Marie-Antoinette qui proposait de la brioche au peuple affamé de Paris.
	 7-L’émeute comme expression politique du mécontentement populaire est entrée dans les mœurs quotidiennes de notre pays, au même titre d’ailleurs que l’exil contrôlé (émigration des cadres) ou informel (harraga) et le suicide.
	 8-Lire la contribution subtile d’O. Khiar sur EI Watan du 28 avril 2012, intitulée «Abstentionnistes, le premier parti».
	(9)Cela explique que quelque 30 partis politiques aient reçu leur agrément en deux semaines, alors qu’ils ont été interdits durant dix ans ! De même, la présence aux élections du FFS relève de cette logique, après négociations.
	 10-Il est intéressant de constater que, durant ses quelques heures d’escale en Algérie, H. Clinton a reçu la «société civile» à l’ambassade des USA, avant de se rendre aux rendez-vous officiels.
	 11-Pour couper court aux préparatifs du renouvellement du mandat présidentiel direct ou par frère interposé (scénario du Sénégal).
	 12-Le cercle Nedjma parle d’«une recomposition de la scène politique par le haut», lire EI Watan du 29 avril 2012 et les observateurs étrangers apporteront leur témoignage déterminant.
	 13-De fabrication purement algérienne, le concept de «redressement» a joué à fond cette fois, et nous allons avoir un cocktail de partis atomisés, en bout de course, ce qui permettra toutes les coalitions, suffisamment affaiblies à souhait, pour permettre la pérennité du pouvoir, au moins jusqu’à la prochaine échéance présidentielle qui, faut-il le rappeler, est le véritable enjeu, avant ou après la fin du mandat.
	 14-Les prêcheurs, imams et les zaouïas sont également mobilisés pour le scrutin, comme l’affirme M. Hemissi (EI Watan du 29 avril 2012).
	 15-X. Driencourt, en véritable patriote, affirme réserver ses idées, «d’abord au gouvernement français», mais il ajoute subtilement vouloir opté pour la «refondation». Et c’est parti pour le changement dans la  continuité. Lire Liberté du 29 avril 2012.
	 16-Une curiosité de l’histoire de nos deux pays nous indique que chaque fois que la gauche a été au pouvoir en France, l’Algérie a saigné. Faut-il conjurer le sort ?
	 17-Après avoir troqué J. P. Raffarin, pour un autre «voyageur de commerce», comme, pourquoi pas un binationale, c’est à la mode aujourd’hui.
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           <title>Quand les mondialistes tentent d’instrumentaliser l’amazighité</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
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           <pubDate>Thu, 17 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Tout est bon pour favoriser l’éclatement des Etats : terrorisme, régionalisme, corruption, opium, fausse monnaie, etc. 
	Le malheur des Etats fait le bonheur du nouvel ordre mondial. Ce n’est plus un secret, le monde se dirige vers une gouvernance centralisée, présentée malicieusement comme le meilleur garant de la paix. Il s’agit d’un gouvernement mondial qui veille à l’application des lois communes dans des blocs géoéconomiques standardisés européens, un gouvernement qui n’a aucune considération de la volonté des peuples et qui ne tolère absolument pas les pouvoirs revendiquant la souveraineté nationale. En réalité, les mondialistes veulent à tout prix assurer la suprématie et la pérennité de l’oligarchie financière anglo-saxonne. Tous les chemins mènent au nouvel ordre mondial.

	L'Algérie sera-t-elle broyée?

	Le 12 mai 2004, la politique européenne de voisinage (PEV) a accompli un grand bond en publiant un document de stratégie où l’on pouvait lire : «Le concept qui se trouve ancré dans la politique européenne de voisinage est celui d’un cercle de pays partageant les valeurs et objectifs fondamentaux de l’Union européenne et s’engageant dans une relation de plus en plus étroite allant au-delà de la coopération, c’est-à-dire impliquant un niveau d’intégration économique et politique important.» En 2007, les Européens ont décidé de créer l’Union pour la Méditerranée, une structure complémentaire de la politique européenne de voisinage. Et là aussi, on parle d’intégration économique et politique. Deux points sont à éclaircir à propos de cette intégration machiavélique.

	- Le premier point : il faut savoir que les gouvernements des pays de l’Union européenne ne sont plus les maîtres de leur destin. Aujourd’hui, ce qui a été dit par Roger Garaudy, dans son livre L’Avenir, mode d’emploi, publié aux éditions Vent du large en 1998, est vérifié : «Depuis l’acceptation du traité de Maastricht (7 février 1992), plus de 70% des décisions politiques fondamentales ne sont plus prises par le Parlement, mais par les commissions de technocrates de Bruxelles qui n’ont à répondre devant personne, sauf devant douze premiers ministres se réunissant quelques heures tous les six mois pour entériner des orientations décidant du destin de 340 millions de personnes.» La primauté du droit européen sur le droit national est confirmée par le traité de Lisbonne (13 décembre 2007). A présent, l’Union européenne peut signer des traités reconnus internationalement sans le moindre avis des citoyens.  

	- Le deuxième point : le principe de régionalisme est au cœur du projet européen et doit s’étendre à toute la Méditerranée. Un futur effrayant commence à se dessiner. Selon le professeur Pierre Hillard, auteur du livre La Marche irrésistible du nouvel ordre mondial, paru au éditions François-Xavier de Guibert en 2007 : «Désormais, la ‘‘région-Etat’’ se pare d’une autonomie politique de plus en plus grande dans les domaines qui touchent l’administration, la justice, les systèmes bancaire et postaux ou encore l’éducation, cette dernière devenant de plus en plus — quoi qu’en disent les autorités officielles — une éducation régionale. Or, ces instances politiques régionales sont conduites à traiter directement avec les instances supranationales de Bruxelles en court-circuitant l’autorité nationale.»

	La régionalisation de l’Europe, il faut le noter, est entièrement en faveur des Etats-uniens qui ne trouveront aucun mal à tisser des liens directs avec les communautés autonomes grâce au Conseil économique transatlantique créé le 30 avril 2007. Par conséquent, ce qu’il en ressort, c’est qu’on essaye de faire subir au pays de la rive sud de la Méditerranée le même sort que celui des pays de l’Union européenne. C’est-à-dire broyer les Etats entre l’union supranationale et les communautés autonomes. En ce qui concerne l’Algérie, les mondialistes tentent d’utiliser l’amazighité comme cheval de Troie qui permettra d’imposer l’Etat-régions et par ricochet pulvériser l’Etat à moyen terme.   

	La Catalogne, un modèle pour comprendre l'avenir

	Selon la Constitution espagnole de décembre 1978, la Catalogne est soumise à un statut d’autonomie régionale. L’article 148 et 149 donne à chacune des communautés autonomes espagnoles la possibilité de réaliser la politique publique qu’elle souhaite à condition de ne pas heurter l’autorité centrale. Mais les ambitieux croissants de certains dirigeants catalans ont franchi toutes les lignes rouges. A l’heure qu’il est, ils souhaitent l’indépendance de la Catalogne. En pleine crise économique et sociale qui paralyse l’Espagne, le gouvernement autonome de Catalogne vient de déclarer que l’indépendance de sa région est un objectif politique important. Le sentiment indépendantiste gagne du terrain depuis quelques années déjà. Le 7 mars 2009, 10 000 personnes se sont manifestées à Bruxelles réclamant la Catalogne prochain Etat européen. Le 13 décembre 2009, un référendum symbolique a été organisé par des associations favorables à l’indépendance de la Catalogne.

	Un tiers des électeurs catalans ont afflué vers les urnes. Résultat : le «oui» l’a emporté largement.Comment en est-on arrivé là ? Le professeur Pierre Hillard avait prédit tous ça, il y a quelques années. Sa réponse à cette question est claire : «A partir du moment où une communauté obtient une facilité dans sa gestion interne, les autres entités régionales font pression pour obtenir des droits similaires. Le principe de ping-pong permanant entre les communautés autonomes ayant obtenu gain de cause et celles restées sur leur faim est une source permanente de conflit qui prend une ampleur d’autant plus grande que la politique européenne en faveur des régions aiguisent les appétits. (…) Les conséquences inévitables du renforcement politique et linguistique de ces communautés autonomes entraînent une désaffection croissante des citoyens espagnols d’origine catalane ou basque à l’égard de la constitution de 1978.»

	En Algérie, actuellement, certains de nos concitoyens croient naïvement que l’organisation politique ethniciste est le modèle idéal de la gestion de l’Etat. Leur souci majeur est la protection des droits des minorités, mais les mondialistes en profitent. Le projet Etat-régions n’a rien d’original ; on omet volontairement de révéler les conséquences dramatiques pour les pays qui l’ont adopté. A vrai dire, les mondialistes veulent instrumentaliser l’amazighité afin de vider l’Etat nation algérien de son contenu régalien au profit des régions qui seront par la suite assujetties à des structures supranationales.

	Tyrannie mondialiste

	L’histoire nous enseigne que l’identité arabo-berbère est le rempart des Algériens contre le nouvel ordre mondial. La colonisation française a été contrée dès les premiers jours par Fathma n’Soumer et l’Emir Abdelkader. Il est une évidence que la révolution algérienne a été menée par tous les Algériens amazighs et arabes. La solidarité entre les citoyens algériens n’a jamais cessé de repairer, l’Algérie est sortie du tunnel de la décennie noire grâce à la lutte de ses braves citoyens journalistes, universitaires, hommes de culture, policiers, militaires, etc. C’est grâce à l’union de ses enfants qu’elle a échappé au calvaire. Les mondialistes ont misé gros sur l’ignorance de certains de nos concitoyens, mais ils n’ont pas réussi à déchirer le pays. En comptant sur la lucidité du peuple, l’Etat algérien réussira à surmonter les séquelles.

	Mais nous devons nourrir en nous cette lucidité en gardant un regard critique sur nos actions culturelles et socioéconomiques, sans démagogie. Nous devons donc boucher toutes les failles susceptibles d’être exploitées par les mondialistes. Non seulement la réconciliation du peuple est nécessaire, mais le combat contre l’impunité est aussi nécessaire. L’activation d’importants projets qui trainent est cruciale, notamment le HCA (Haut commissariat à l’amazighité), le HCI (Haut conseil islamique) et l’OCRC (Office central de répression de la corruption). Enfin, il est du devoir de tout intellectuel de faire face aux idées mondialistes qu’on essaye d’introduire dans notre culture arabo-berbère au nom l’arabicité et de l’amazighité.
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           <title>Ecole, République et laïcité</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Contributions</category>
           <pubDate>Thu, 17 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	LP’Algérie continuait à faire dans la confusion idéologique après l’indépendance ; plus de quarante ans après l’épilogue n’est pas trouvé. 
	Aujourd’hui, on est arrivé à une situation politique de stabilité dans le chaos. Doublement combattu. Politiquement par le pouvoir qui a restauré son autocratie, et idéologiquement les islamistes, le projet démocratique voit se multiplier devant lui obstacles et adversaires. Entre les deux  pôles antidémocratiques, les passerelles sont nombreuses notamment dans leur refus de la laïcité.
	La laïcité est un principe essentiel de la République, principe de concorde, de liberté, de justice sociale, car la laïcité se fonde sur ce que les hommes et les femmes ont en commun, ce qui les rassemble, plutôt que sur ce qui les différencie, voire les divise comme le fait l’approche communautariste. Elle garantit, par la séparation de la sphère publique et de la sphère privée, le respect de toutes les croyances et de toutes les opinions.

	En conséquence, la laïcité ne peut être instrumentalisée pour stigmatiser une religion, ni pour affirmer la supériorité d’une autre, quels que soient les arguments historiques, culturels, géographiques employés ; elle ne saurait servir à encourager les différences entre les citoyens.La République laïque récuse donc toute religion officielle comme toute orthodoxie d’Etat. Elle se préserve également de toutes les pressions anciennes ou nouvelles, explicites ou insidieuses, du cléricalisme et de tous les totalitarismes.
	La laïcité en Algérie est à la fois une idée ancienne et neuve, c’est une idée aujourd’hui synonyme de modernité qui fut chahutée par le colonialisme. Dans les colonies où la laïcité française rencontre l’Islam, la politique de la République est marquée par l’ambiguïté. En Algérie, partie intégrante de la République française jusqu’en 1962, la loi de 1905 prévoit la pleine application des principes de la laïcité.

	Mais, par le biais de décrets d’application dérogatoires pris par le gouvernorat d’Algérie, un régime d’exception est mis en œuvre avec un code de l’indigénat qui maintient le statut personnel musulman ou israélite. L’énonciation de principes républicains laïques et leur application dérogatoire sur un territoire donné sont révélateurs d’une contradiction propre à l’Etat colonial français. Ce processus interdit tout épanouissement de la théologie musulmane dans un environnement laïque. Pendant la colonisation, les ulemas réclament un statut laïc qui leur permettra d’échapper au contrôle des autorités coloniales.

	Ceci n’est cependant pas repris lors de la déclaration d’indépendance. L’article 2 de la première constitution algérienne stipulait : «l’Islam est religion d’Etat».La question sociale, dans un monde inégalitaire et pluriel, se trouve au cœur du problème de l’égalité, notamment de l’égal accès au savoir, à la responsabilité, à la liberté. Partie constitutive, à ce titre, de la question laïque, elle conduit en particulier à exiger pour tous ceux qui résident sur le sol national le droit au bénéfice des conquêtes de la République, l’accès aux systèmes de solidarité et de formation initiale et permanente.

	Une espérance pour le XXIe siècle

	La laïcité n’est pas tournée vers le passé mais vers le futur des hommes. Porteuse de l’avenir de la raison, elle œuvre au progrès de la pensée. Elle se veut libératrice de l’intelligence. L’humanisme laïque, force vivante de l’Histoire, s’adresse ainsi à toutes les femmes et à tous les hommes, à tous les peuples. Se refusant à tout ethnocentrisme, porteur de l’émancipation de tous, il atteste plus que jamais dans un monde aux dimensions de plus en plus restreintes, de la permanence et de la vocation universelle des valeurs de Liberté, d’Egalité, de Fraternité. Seul, il peut aujourd’hui nourrir et conduire la marche de tous les peuples vers le savoir, le mieux-être, la paix et la liberté.

	L’instruction islamique prodiguée à l’école fondamentale diffuse, entre autres, une version simpliste de l’islam et glorifie la période médinoise, considérée comme la pureté par excellence de l’histoire musulmane. Le sectarisme et l’incitation à la haine (impies, athées, apostats laïcs, communistes, juifs, chrétiens, francs-maçons, femmes, etc.) sont relayées dans les quartiers populaires et mosquées par des imams qui commencent à échapper peu à peu à la mainmise de l’Etat

	Droits de l’enfant : l’école de la République

	La liberté de l’homme se construit, ou se détruit dès l’enfance. Tout enfant a le droit d’être élevé et instruit pour accéder à la maîtrise de soi et à la citoyenneté. Il s’agit de lui assurer le droit et les moyens de l’émancipation : lui permettre d’acquérir pas à pas la responsabilité de lui-même dans tous les domaines de la vie personnelle, sociale, civique, et son autonomie et sa liberté, y compris par rapport à son milieu d’origine et à sa famille. L’Ecole publique doit pouvoir accueillir, instruire, faire vivre ensemble tous les enfants de toutes les origines sociales, ethniques ou confessionnelles.

	Travaillant dans le respect des consciences et attentive à toutes les convictions naissantes, elle n’impose, ni par les enseignements ni par la vie scolaire, aucune croyance. Elle doit promouvoir la pratique par toutes et par tous de l’esprit, des règles de tolérance et de respect mutuel de la laïcité scolaire. Pour tous ses élèves, elle se doit être le lieu de l’acquisition méthodique des savoirs, de l’apprentissage de la raison et de l’entraînement au doute et à l’esprit critique.
	Organiquement liée à la République, l’Ecole laïque ne saurait être soumise, en droit ou en fait, à aucune tutelle, autorité ou influence particulière d’ordre politique, religieux, idéologique, économique...

	L’Ecole de la République, ainsi, sera pleinement le creuset de la fraternité, le fondement premier de l’unité de la Nation et de l’émancipation de son peuple. C’est pourquoi, aujourd’hui comme hier, l’école publique, gratuite et laïque, demeure la pierre angulaire de la République. La démocratie exige que les convictions personnelles, l’appartenance à une religion, à une famille idéologique ou politique relèvent de la sphère privée.

	La question sociale, dans un monde inégalitaire et pluriel, se trouve au cœur du problème de l’égalité, notamment de l’égal accès au savoir, à la responsabilité, à la liberté. Partie constitutive, à ce titre, de la question laïque, elle conduit en particulier à exiger pour tous ceux qui résident sur le sol national le droit au bénéfice des conquêtes de la République, l’accès aux systèmes de solidarité et de formation initiale et permanente. Mais la démarche laïque ne saurait être réduite à l’exigence de plus de justice sociale.</description>
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           <title>Des résultats qui consacrent une logique du pouvoir</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Contributions</category>
           <pubDate>Wed, 16 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Maintenant que la campagne des élections législatives 2012 est terminée et les résultats connus, des questions se posent. 
	Ces élections constituent-elles un début pour le changement qu’impose le niveau de conscience politique et d’évolution de la société ? Sont-elles une simple manœuvre destinée à absorber le mécontentement populaire face au laisser-aller, la corruption, l’impunité et la bureaucratie étouffante ? Avant d’y répondre, quelques remarques.

	-1) Les partis politiques ont participé à la campagne électorale avec des moyens inégaux : les partis du pouvoir ou ceux qui gravitent dans sa sphère ont bénéficié, depuis leur création, de tous les moyens de l’Etat, alors que les nouveaux en sont privés. Ceux-ci, comme le PLJ, n’ont même pas été autorisés à utiliser des tentes comme sièges ambulants à défaut d’avoir des permanences.
	-2) L’argent «sale», d’origine suspecte, que nous avons déjà dénoncé en 2009 à l’occasion de l’élection présidentielle, a investi avec force le terrain sans que ses détenteurs ne soient inquiétés, ce qui est de nature à semer le doute quant à la réalité des relations qu’entretiendraient certains cercles du pouvoir avec les milieux financiers. A titre d’exemple, un simple calcul indique que pour désigner des contrôleurs dans l’ensemble des communes, à raison d’un minimum de 20 000 DA par commune, il faut disposer d’au moins 30 millions de dinars ! En clair, cela signifie que les partis naissants ne peuvent assumer cette charge qu’en recourant aux milieux financiers, quel qu’en soit le prix.
	Il s’agit là d’une question que les partis politiques sérieux doivent aborder collectivement.
	-3) Les vertus du comportement militant ont été absentes ou totalement exclues des élections, car l’expérience vient de démontrer que l’effort requis du citoyen démuni pour la participation à la campagne électorale est souvent tributaire d’une contrepartie financière. Plus question de militantisme et d’abnégation !
	-4) Les différents numéros attribués aux partis politiques participants ont désorienté les citoyens devant le nombre de partis et de listes indépendantes, et pénalisé en particulier les nouveaux partis encore inconnus du public.
	Trois numéros successifs ont été attribués : un pour l’affichage (différent suivant les wilayas), un d’identification nationale unique à l’échelle nationale (attribué par la Commission nationale de surveillance) et le troisième, différent suivant les wilayas, relatif à l’ordre de disposition des bulletins dans les bureaux de vote. Cette mesure a compliqué, dans beaucoup de cas, le choix des électeurs au point de détourner, par méconnaissance ou par fatigue, leur voix.
	Beaucoup ont cru que le 10 mai allait constituer un tournant dans notre vie nationale démocratique, traçant une nouvelle voie pour une nouvelle carte politique et préparant les conditions de reconstruction des institutions de l’Etat sur une base qui autorise le citoyen à espérer et à être rassuré que le pouvoir, cette fois-ci, est décidé dans sa volonté d’engager des réformes politiques afin de répondre positivement à ses aspirations.

	Les résultats proclamés sont en deçà des aspirations du peuple à la réhabilitation des vertus de la morale, de la compétence dans la gestion de la chose publique et au renforcement de la confiance du citoyen dans ses institutions. Autrement, comment expliquer que :
	- Le parti politique classé premier a raflé, dans des résultats législatifs sans précédent depuis l’institutionnalisation du multipartisme, 220 sièges alors que ses dirigeants et ses militants ont mené la campagne en rangs dispersés, minés par des querelles internes ; une situation qui contraste étrangement avec le discours de son secrétaire général, si sûr de lui-même au point de promettre, en pleine campagne, une surprise ! Le cours des évènements lui a donné raison : la surprise est là, le FLN reste, par miracle, la première force politique au parlement avec même 86 sièges supplémentaires !
	 - Le parti politique classé deuxième obtient sept sièges supplémentaires que rien ne justifie dans son bilan ; son secrétaire général a mené campagne contre le changement avec une assurance curieusement excessive ; les évènements lui donnent raison : le statu quo est maintenu.

	Un rappel : ces deux partis sont alliés au sein du même gouvernement qui a organisé les élections législatives et le seront probablement au sein du nouveau Parlement pour réviser la Constitution. Ainsi donc, le champ politique que les réformes du 15 avril visent à recomposer par l’intégration de nouvelles compétences nationales a été reconduit par le maintien des mêmes forces politiques, pourtant concernées par le changement souhaité. Ce statu quo autorise à penser que l’ouverture de la scène politique, annoncée au lendemain des manifestations de janvier 2011, n’est qu’une mesure tactique qui ne reflète pas une volonté politique claire de consolider, dans la pratique, le processus démocratique.
	Aussi, sommes-nous en droit de nous demander jusqu’où est-il permis d’aller pour maintenir le statu quo. Le PLJ considère que les résultats proclamés en faveur de l’aggravation du statu quo brouillent les cartes et constituent une surprise dont les répliques risquent d’être dangereuses ; ces résultats sont politiques et consacrent une logique de pouvoir qui ne renforce ni l’autorité de l’Etat ni permet un jeu politique sain.

	
	Mohamed Saïd. Président du PLJ
	 </description>
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           <title>Affaire Djezzy : autopsie d’une gabegie programmée</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Contributions</category>
           <pubDate>Wed, 16 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Nous  entendons ici et là des voix effarouchées, ignorantes, malveillantes ou manipulées, mettant en garde contre un éventuel litige avec Wimplecon, qui nous mènerait à notre perte. Je souhaite pour ma part, en tant que juriste, apporter ma modeste contribution sur ce sujet qui risque de coûter la bagatelle de 5 M de dollars au Trésor public pour régler un litige superflu aux tenants et aboutissants plus que douteux. 
	-Plutôt blanchiment que règlement :
	Le versement de cette somme à Djezzy, s’il venait à avoir lieu, serait un véritable crime économique, un hold-up dans les règles, accompli par OTH Wimplecon et consorts, aidés en cela par de mauvais conseillers, véritables judas, introduits dans les circuits des décisions algériennes.

	-Quels sont les acteurs dans cette gabegie :
	Orascom Télécom Holding (OTH) est une entreprise égyptienne de téléphonie et de nouvelles technologies. Son directeur et principal actionnaire est Naguib Sawiris. Son frère, Nassef,  est administrateur de Lafarge,  à qui Naguib  a cédé irrégulièrement, impunément, sans aucune forme de procès, la cimenterie de M’sila qu’il a acquise dans le cadre des privatisations. Là est un autre scandale.
	Orascom Télécom Algérie : filiale d’OTH, a remporté la deuxième licence de téléphonie mobile de type GSM au prix de 737 millions $US. L’investissement global à la fin de l’année 2006, incluant la mise en place du réseau, est estimé à plus de 2,7 milliards $ US. Les technologies utilisées par OTA sont française (Alcatel) et allemande (Siemens). Aujourd’hui, OTA, qui représente près de 45% du chiffre d’affaires d’OTH, a, notamment, permis à la holding de devenir un groupe important du monde des télécommunications.
	Les actionnaires d’OTA sont  :  OTH et Cevital SPA : Premier groupe agro-industriel d’Algérie d’environ 250 millions de dollars de chiffre d’affaires.

	-Djezzy :   lancement de la marque Djezzy qui évoque en arabe «Djazaa» (récompense) et Djazaïr (Algérie). En juillet 2001, le groupe Orascom Télécom remporte la deuxième licence de téléphonie mobile en Algérie pour le montant de 737 USD, avec 2,5 milliards USD d’investissements depuis 2001 à ce jour (c’est ce qu’annonce le site Web consulté le 03/05/2012). En somme, la totalité des investissements consentis serait  de  2, 5 milliards et 737 millions de dinars.

	-La convention d’investissement :
	Le 05 août 2001, une convention d’investissement a été signée entre l’Etat algérien et OTH SAE agissant au nom et pour le compte d’OTA. Cette convention octroie un certain nombre d’avantages et impute certaines obligations à OTA qui était en cours de constitution et dont le capital était de cinq millions de dinars. Ce montant semble être trop petit à double titre :
	1- Pour l’activité volumineuse à laquelle l’entreprise se destinait.
	2- Elle est maintenant évaluée par  ses propriétaires à sept milliards de dollars. Rien que ça en un peu plus de dix ans. Même au casino, on ne réaliserait pas de bénéfices de cet ordre de grandeur, disait à peu près un expert dans les colonnes d’El Watan.

	-La durée de la convention d’investissement : 
	La durée de  cette convention est fixée par son article 7 à quinze ans à compter du 26 décembre 2001. Toutefois, précise le même article, la convention est résiliée de plein droit en cas de retrait de la licence ou en cas de cession par l’investisseur de sa participation dans le capital social de la société à un tiers, si ce tiers ne respecte pas les engagements souscrits par les investisseurs et la société, etc. Il ressort de cet article un véritable méli-mélo, que la cession de la participation de l’investisseur dans la société à un tiers n’est pas interdite, pour peu que ce dernier respecte les engagements souscrits par les investisseurs et la société. Le cafouillage créé par cet article résulte du fait qu’il ne donne aucune définition ni de l’investisseur ni de la société, comme le font en règle les instruments juridiques du même type.  

	En théorie et en principe, l’Etat algérien, représenté par l’ANDI, est signataire de cette convention avec OTH, qui est à la fois la société et l’investisseur. On ne voit pas pourquoi cet article fait une distinction entre les deux et pourquoi introduire une si grande ambiguïté dans un texte de cette importance touchant un secteur qui implique la sécurité nationale. Les choses se présentent comme s’il y avait une personne occulte qu’on appelle «l’investisseur» à l’intérieur de la société avec laquelle l’Etat algérien a signé la convention d’investissement ou aussi que la société n’est qu’un prête-nom de l’investisseur.
	Curieuse brèche, que l’investisseur, ou la société, ne vont pas tarder à exploiter pour accomplir une opération, certes légale, mais douteuse.

	Nous ne trouvons nulle part dans cette convention une disposition qui consacre le droit de préemption de l’Etat algérien sur les actions détenues par OTH, il est légitime de se demander :
	1- Pourquoi tout ce tintamarre autour d’une cession somme toute légale  ?
	2- Pourquoi imaginer et  créer de toutes pièces un litige qui n’a pas lieu d’être ? Une analyse combinée de cette convention avec les instruments juridiques relatifs à la licence révèle un paradoxe : une licence incessible pour une société qui ne l’est pas.
	La licence d’exploitation :  la licence d’établissement et d’exploitation d’un réseau public de télécommunications cellulaires de normes GSM et de fournitures de services de télécommunications au public sur ce réseau a été attribuée à la société OTH SAE agissant au nom et pour le compte d’OTA a été approuvée par décret exécutif numéro 02-219 du 31 juillet 2001. Pourquoi cette licence n’a-t-elle pas été cédée directement à OTA ?

	L’article 3 du décret énonce expressément : «La licence, objet du présent décret, est personnelle et ne peut être cédée ou transférée que dans le cadre et conformément aux dispositions législatives et règlementaires en vigueur et aux conditions fixées dans le cahier des charges. Le décret exécutif n° 01-124 du 09 mai 2001 portant définition de la procédure applicable à l’adjudication par appel à la concurrence pour l’octroi des licences en matière de télécommunications énonce, art 18, que la durée de la licence ne peut excéder 15 ans renouvelables, selon les conditions prévues dans le cahier des charges. L’article 19 ajoute : «Tout projet de cession par le titulaire des droits découlant de la licence doit faire l’objet d une demande auprès de l’autorité de régulation. La suite de l’article est consacrée à la procédure d’octroi d’une nouvelle licence au nouveau bénéficiaire. Un nouveau texte relatif à la licence est élaboré par l’Autorité de régulation.

	Cette attribution se fera par décret exécutif. Il n’est donc nullement question d’un transfert de la licence par l’ancien bénéficiaire au nouveau. Cette règle est aussi précisée par le texte législatif de base en la matière, à savoir :  la loi 2000-03 du 05 août 2000, fixant les règles générales relatives à la poste et aux télécommunications, et ce, dans son article 33. En fait, une analyse combinée des deux textes, la convention d’investissement, d’une part et les textes relatifs à la licence, d’autre part, révèlent que si la licence est incessible, la société qui l’acquiert ne l’est pas. En  fait, dans cet épisode, il n’y a jamais eu, à notre connaissance, un nouveau décret ni une éventuelle saisine de l’autorité de régulation pour la cession de fait de la licence d’OTH à Wimplecom. Nous disons de fait parce qu’aucun document juridique ne semble avoir été élaboré, ni entre les parties, encore faut-il le vérifier,  ni entre le nouvel acquéreur et l’autorité de régulation ou un quelconque représentant de l’Etat algérien ; sur ce point, nous pouvons être affirmatif car tout décret doit être publié. Cette opération touchant un secteur stratégique portant des implications sécuritaires et stratégiques s’est faite plus facilement que la cession d’un droit d’exploitation d’une ligne d’autobus.

	En conclusion : les autorités algériennes en charge de ce dossier se sont abstenues de prendre une décision toute simple, à savoir un retrait de la licence pour non-respect du cahier des charges. Et voilà qu’une simple décision d’une autorité administrative - ARPT - se transforme, sans aucun sens de la mesure, en une véritable affaire d’Etat. On s’engage à récupérer Djezzy - pour la dignité nationale - en rachetant une entreprise qu’il a acquis illégalement.

	-Pour le prix un véritable contrat de dupes : 

	Le 14 février 2012, Jeune Afrique révèle : Le groupe France Télécom a annoncé sa volonté de mettre environ deux milliards de dollars sur la table pour s’offrir 58,6% du capital supplémentaire de Mobinil. Naguib Sawiris ne conserverait que 5% des parts. Comment peut-on admettre, par un calcul élémentaire, qu’OTA ou Djezzy vaudrait plus du triple de 58% du capital de mobinil, et ce, en tenant compte de la différence démographique et donc du nombre d’abonnés dans les deux
	pays ?  Jeune Afrique ajoute : le magnat des affaires égyptien - et désormais homme politique - Naguib Sawiris, accélère son retrait des télécoms en Egypte. Après avoir cédé en 2011 le contrôle de la plupart de ses actifs télécoms en Afrique et en Europe (dont Orascom Telecom et Wind) au russe Vimpelcom, dans un deal estimé à 6,6 milliards de dollars, comment Wimplecon veut maintenant estimer à 7 milliards de dollars le capital d’OTA qui serait donc sensiblement supérieur à la plupart des actifs en Afrique et en Europe ? Pour donner une idée sur le caractère irrationnel du prix, nous pouvons avancer que nous ne sommes pas loin du prix de l’autoroute Est-Ouest qui, avec les surcoûts, aurait coûté 11,14 MDS.

	-En termes de good will : 

	Ainsi, en raisonnant en termes de good will, l’Algérie déboursera la bagatelle de cinq ou sept milliards USD pour exploiter une licence- qui est la sienne et qu’elle est en droit de récupérer pour violation du cahier des charges avec les dédommagements conséquents. Il faut garder à l’esprit, et c’est une donnée cardinale, que la convention d’investissement qui lie OTH, et non wimplecom, à l’Etat algérien a été conclue pour 15 ans à partir de 2001, il ne lui reste que quatre ans d’existence si l’Etat algérien ne la résilie pas pour retrait de la licence. Toujours en termes de Good Will, toute expertise démontrera que durant ce reliquat d’existence  et  d’activités :
	1- Wiplecom ne pourra jamais réaliser cette somme en termes de bénéfices, déduction faite  des charges d exploitation
	 2- L’ Algérie est sûre de ne pas réaliser un retour sur investissement.
	En termes d’actifs matériels, l’Algérie ne gagnera dans cette opération qu’un équipment mille fois amorti et obsolète. Les équipements dans ce domaine dégénèrent très vite en pièces de musée vu les avancées technologiques très  rapides en la matière.Wimplecom et OTH, qui ont fait fusion et sont donc associés dans cette gabegie, auront la partie trop belle et la main trop heureuse en cédant un équipement amorti d’une part et en gagnant par cette transaction un bénéfice net dix fois supérieur à ce qu’ils auraient gagné s’ils avaient continué à exploiter la licence. Il serait sans doute édifiant de calculer les résultats annuels réalisés par Djezzy et faire une estimation des bénéfices annuels pour se rendre compte de cette évidence. Véritable marché de dupes à sens unique que voici, cette opération qu’on présente comme hautement patriotique n’est qu’une opération scabreuse et une haute trahison qui plumera encore une fois les caisses de l’Etat algérien.

	-Au plan juridique : 

	Au lieu d’engager un contentieux sur un terrain où ils sont sûrs de gagner - le retrait de la licence et la résiliation de la convention d’investissement- - les décideurs algériens l’ont engagé là où ils sont sûrs de perdre, le rachat des parts d’OTA dans Wiplecom. En retirant la licence, OTA ne vaut rien de plus que des équipements et des investissements qui ont coûté jusqu’à 2006 la somme de 2,7 Milliards de  dollars et qui sont maintenant amortis et obsolètes.
	Sommes-nous devant une mauvaise gouvernance juridique ou une opération délibérée  de tout autre nature ?
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           <title>Assurances : mythe et réalité de la concurrence déloyale</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
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           <pubDate>Tue, 15 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Les assureurs publics et privés s’accusent fréquemment et mutuellement de concurrence déloyale. 
	Les griefs déclinés renvoient quasi exclusivement à des pratiques tarifaires qui touchent le risque auto comme les risques d’entreprise, en ce qu’elles ne répondent pas aux exigences techniques de l’assurance. Les tarifs proposés ne sont pas ajustés aux risques couverts, ce qui constituerait une entorse aux fondamentaux du métier. C’est essentiellement la concurrence par les prix que fustigent les différents acteurs du marché, où chacun s’estime lésé par les conduites de l’autre et en appelle au recours à d’autres stratégies. Attitude purement incantatoire, dans la pratique de tous les jours, chaque compagnie tente, sans scrupules particuliers, de siphonner les parts de marché qu’elle peut tout en dénonçant la dérive dangereuse de l’assurance, le délitement, la solidarité et la discipline des assureurs.

	Constat indéniable, le marché de l’assurance, plus que tout autre, a été soumis depuis sa démonopolisation et sa libéralisation en 1995 à une concurrence féroce focalisée sur les tarifs qui n’ont pas cessé de le tirer inexorablement vers le bas, année après année. Le prix de l’assurance constitue aujourd’hui une exception marquante en termes de baisse tendancielle et de son amplitude, comparée au prix des autres biens et services échangés entre les différents agents économiques. Ceux-ci ont plutôt connu une hausse sans précédent, induite par la politique de vérité des prix, la dévaluation du dinar et l’inflation qui s’en est suivie, dans le sillage de la libéralisation de l’économie qui devait amener à moins d’Etat et plus de marché.

	En fait, l’affaissement des tarifs de l’assurance s’est amorcé dès 1989, année qui a été marquée par la décision de l’Etat de lever toute forme de monopole dévolu aux entreprises publiques évoluant dans les secteurs de biens ou de service. Les compagnies d’assurance, SAA, CAAR, CAAT, précédemment confinées chacune dans un marché exclusif, délimité selon des critères matériels ou organiques fixés dans un texte réglementaire de 1985, se muèrent en compagnies généralistes. Le marché de l’assurance devint concurrentiel et les entreprises d’assurance se livrèrent à une guerre sans merci pour diversifier leur portefeuille respectif et accaparer de nouvelles parts de marché.

	Résultat : effondrement des tarifs dans des proportions supérieures à 60% qui profita aux assurés, surtout les grands comptes, entreprises, collectivités en butte alors à des difficultés financières aiguës. Mais relativement à l’Etat, actionnaire de ces entreprises, les performances de  telle compagnie ou les contre-performances de telle autre, ressortaient comme un jeu à somme nulle. Ironie de l’histoire, chaque entreprise dénonça alors la concurrence déloyale à laquelle se livre l’autre, mais sans lui donner de contenu précis, encore moins de fondement juridique.

	Les réflexes n’ont pas beaucoup évolué depuis. On dirait que rien n’a changé. C’est que les entreprises marquées par le monopole en général, et les assureurs en particulier, éprouvent quelque mal à s’accommoder de l’esprit de l’économie de marché et de la contrainte concurrentielle qui lui est consubstantielle. En l’état, ce que certaines sociétés, surtout à capitaux privés, qualifient de «concurrence déloyale» paraît comme une mystification. C’est encore tenter de brouiller les cartes que d’accuser, dans la foulée, les pouvoirs publics de vouloir compliquer la vie  des entreprises privées pour avoir exigé une augmentation du capital social des sociétés d’assurance et décidé légalement de dissocier les opérations vie et non-vie. La motivation est dans le premier cas celle d’une protection plus grande des assurés comme des entreprises, et dans le second cas, celle de promouvoir la branche vie encore bien balbutiante, suivant une stratégie  entrepreneuriale qui privilégie l’offre créative pour impulser la demande.

	Situation de cessation de paiement

	Les compagnies publiques ont fait, dès 1989, l’apprentissage douloureux des mécanismes concurrentiels qui avaient, cumulativement avec d’autres facteurs, dégradé leurs comptes au point de leur faire frôler la cessation de paiement sur fond de crise économique du pays contraint au PAS et de dissolutions d’entreprises. Aujourd’hui, elles semblent s’en accommoder ou du moins mieux résister à leurs effets.  Les investisseurs privés, venus de secteurs divers, ont peut-être sous-estimé l’ampleur et surtout l’impact de la concurrence sur l’industrie de l’assurance (marges techniques, solvabilité, profitabilité...).

	Des effets de sens ont pu brouiller chez certains l’évaluation du niveau de rentabilité attendu de l’investissement dans des sociétés d’assurance. Le binôme banque/assurance ne  vaut que comme locution idiomatique. La réalité est tout autre. Le métier de la banque n’a rien de commun avec celui de l’assurance. Le premier produit de l’actif, alors que le second génère du passif. Ce qui  implique un équilibre  passif/actif permanent et vigilant  au regard des engagements pris comme de la rentabilité des fonds propres. Cela est difficile à réaliser si à la base la discipline technique et l’efficacité organisationnelle font défaut ou que les marges prudentielles sont érodées.

	Tarifs à la baisse

	Qui applique actuellement des tarifs strictement ajustés aux risques et événements assurés dans l’assurance des biens des particuliers ou des entreprises ? Assurément aucun, en-dehors de certaines affaires impliquant des cessions en réassurance sous la forme «facultative». Toutes les compagnies retouchent fortement à la baisse leurs tarifs sous la pression du jeu exacerbé de la concurrence amplifié par le caractère intangible des produits de l’assurance.  La structure de leurs risques relevant plus du hasard que de la stratégie, elles s’exposent ainsi à des dangers potentiels de pertes voire de faillite à long terme.
	La branche auto qui domine l’activité d’assurance en Algérie, avec une part de marché supérieure à 52% de l’ensemble est l’espace privilégié de la compétition acharnée qui oppose les assureurs. En même temps, elle a un effet catalyseur sur les risques soulignés plus haut. Le tarif RC, tarif administré, ressort accablé avec un S/p simple de 230%.

	Les garanties dommages, dont les tarifs sont libres et négociables, ne cessent quant à elles de se dégrader et leur marges techniques de se rétrécir au point d’offrir peu de manœuvres aux assureurs, notamment ceux dont les portefeuilles n’ont pas atteint une taille critique, sous l’effet conjugué d’une sinistralité élevée et des coûts moyens plombés par une inflation débridée.
	La concurrence déloyale, telle que dénoncée par les différents acteurs du marché, apparaît comme une combinaison confuse et biaisée de pertes d’affaires au profit du concurrent, de prix insoutenables pratiqués et d’effets pervers sur la performance. Mais, appréciés sous l’angle du droit, ces éléments ne constituent pas des actes de concurrence déloyale.

	C’est que l’acte fautif du concurrent (usurpation de marque, dénigrement, manœuvre de désorganisation de l’entreprise rivale…) n’est pas établi autant que le préjudice matériel ou moral qui pourrait en résulter et qui relève, en dernier ressort, de la compétence du juge. L’objectif des indignations exprimées ne serait-il pas d’inviter indirectement la profession à se plier à une certaine discipline pour neutraliser la concurrence ou à tout le moins la pondérer en s’entendant, en tant que marché, sur des pratiques  tarifaires raisonnables, que chacun se doit de respecter ? Perspective inopérante, car elle conduirait tout droit à un type d’accord anti-concurrentiel, et comme tel, prohibé par la loi dès lors qu’il contrarie la liberté de commerce et préjudicie au consommateur/assuré.
	Le secteur de l’assurance apparaît, dans le contexte algérien, comme le domaine par excellence de l’aléa économique et du risque d’entreprendre !

	Ce sont les entreprises publiques (SAA, CAAT, CAAR et CASH) qui dominent l’activité de l’assurance. Elles accaparant les 3/4 de parts de marché en dépit des pesanteurs certaines attachées à cette catégorie d’entreprise. Le chiffre d’affaires qu’elles réalisent, le résultat opérationnel qu’elles affichent, leur niveau de fonds propres et la qualité des actifs qu’elles détiennent les hissent au rang de «Big Four» de l’assurance et leur confèrent la capacité suffisante pour amortir les «désordres» du marché et les conjonctures difficiles.  En retour, la performance des entreprises privées, (Salama, GAM, Alliance, 2AA, CIAR, Trust), par rapport aux mêmes critères, paraît résiduelle. La cause première de leur faible résultat ne s’explique pas par la tautologie de la «concurrence déloyale», mais par leur taille modeste qui les rend financièrement vulnérables aux turbulences du marché et à la «toxicité» de certains risques. Leur envergure actuelle ne leur permet pas d’affronter efficacement des entreprises dix fois plus grandes que ce qu’elles sont.

	Seule une stratégie de fusion, la forme juridique important peu, pourra leur procurer à l’avenir les leviers nécessaires et la synergie (l’économie d’échelle, position sur le marché) pour espérer infléchir les tendances présentes du marché.
	Le postulat bien admis, selon lequel l’entreprise publique est bien moins efficace que l’entreprise privée, est contredit, dans le cas typique du marché algérien de l’assurance. Mais encore faut-il bien regarder sous la surface des choses, pour distinguer entre ce qui relève de la performance économique proprement dite et ce qui tient à des positions «de rentes de situation».

	L’installation d’«Axa» sur le marché algérien, second groupe mondial de l’assurance, pourrait entraîner une redistribution des cartes au détriment des entreprises algériennes, qu’elles soient publiques ou privées.  L’urgence actuelle n’est pas tant de fustiger la «concurrence déloyale» de l’autre que l’exigence de se mettre à niveau pour être autrement plus compétitif, performant et innovant, dans un secteur irrévocablement concurrentiel.
	                                                          
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           <title>Nous, femmes...</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Contributions</category>
           <pubDate>Tue, 15 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Le 5 juillet 2012, l’Algérie fêtera le cinquantenaire de son indépendance. 
	Dans un élan de colère, des femmes revendiquent la fin de l’institutionnalisation de la domination masculine qui régit les rapports hommes/femmes au sein de la sphère du privé.   
	Ecoutez ! Ecoutez, les sonorités de ce cri qui sonnent comme une musique d’accouchement d’une langue qui chante haut et fort la Liberté !

	Nous, femmes...

	Chérissons la vie. Aimons la liberté. Rêvons d’une vie où nos esprits et nos corps sont libres d’aller et de venir au gré de leurs envies et de leurs désirs. Entendez-vous le cri de la Vie qui jaillit des bas fonds de nos entrailles contorsionnées par ces gardiens du Temple de la moralité ? Ah, si vous aviez comme il est dur d’être femme au pays du masculin pluriel ! Qu’il est humiliant de vivre confinées dans ce statut de minorité opprimée imposé par des êtres qui se nourrissent de conservatisme et d’archaïsme !

	Et nous voilà dépouillées de toute individualité propre, contraintes à porter cette «identité de procuration» sur nos corps et dans nos esprits comme un stigmate ! Que sommes-nous dans cette société à structure patriarcale basée sur le privilège de masculinité et où «l’habitus culturel fonde le culte du père comme noyau et référent essentiel de la norme sociale» ? Un bien, voire un capital que l’on conserve à l’abri du soupçon et de l’offense» afin que notre comportement n’entache pas l’honneur (la horma) de la famille, et de la nation par extension. Comment sommes-nous représentées dans le Code de la famille, document social et juridique qui puise ses origines de la culture coutumière et du droit canon islamique (Fiqh), promulgué en 1984 par une Assemblée nationale à majorité masculine ?

	De simples objets contraints d’adopter «un devoir-être» et de nous «sous-mettre» à l’autorité des hommes de la famille, détenteurs des pouvoirs familiaux. Et nous voilà réduites à des épouses obéissantes ! A des mères dévouées ! A des «filles de»..., cantonnées dans une fonction de reproduction et de socialisation où la maternité à plein temps est notre unique source d’identité et une fonction sociale qui prime. Le silence, la résignation, l’abnégation, «la remise de soi», ces «vertus» féminines de passivité et de soumission sont autant de qualités naturelles profondément ancrées dans les habitus sociaux et moraux.
	Et gare à celles qui osent braver les règles de l’ordre établi !

	Cette vision des rapports sociaux de sexe suscitent deux remarques. Primo, la construction des genres en «catégories binaires et hiérarchisées» en masculin actif et féminin passif est une violation du principe d’égalité entre les sexes proclamé dans les textes internationaux et dans l’article 29 de la  Constitution algérienne qui stipule que «les citoyens sont égaux devant la loi, sans que puisse prévaloir aucune discrimination pour cause de naissance, de race, de sexe…».

	Secundo, ce schéma archaïque de la domination masculine semble être largement dépassé. Car en décalage avec la réalité sociétale sans cesse traversée par des mouvements, des interactions et des influences internes et externes qui incitent à des prises de conscience et ainsi à des bouleversements et à des changements des mœurs et des mentalités. Savez-vous qu’un grand nombre de femmes ne veulent plus vivre par procuration et refusent d’être des «objets» utilisés comme «des machines caressantes», «maternantes» et «butins de guerre» ? Avez-vous conscience que les femmes autant que les hommes sont des êtres avec «une tête», c’est-à-dire une «liberté», capables de définir par elles-mêmes ce qu’elles veulent être ?

	Les générations précédentes ont rêvé d’une Algérie libérée de ses chaînes coloniales. Imprégnées et nourries des idéaux humanistes, de justice, d’égalité, de liberté qui ont motivé et guidé les nationalistes algériens dans leur lutte contre la politique dominatrice du colonialisme, nos générations rêvent d’une Algérie où les femmes ne sont pas en position d’éternelles secondes.
	 Alors, cinquante années de domination masculine, «barakat» ! (ça   suffit). Avez-vous conscience que les inégalités de genre constituent une entrave au développement de la société et à l’épanouissement de ses membres ? Savez-vous qu’un genre qui en opprime un autre ne  saurait être  libre ?

	Alors, sans hésiter un seul instant ! Laissez parler les mots qui coulent sur le papier tels une rivière en crue ! Brisez !
	Brisez… le silence ! Brisez !
	Brisez … les menottes de l’esprit ! Libérez !  
	Libérez les esprits, les corps et les comportements !
	Et vous vous libérerez !
	- «Rêve», avez-vous dit ? Mais ne devrions-nous pas «faire de notre vie un rêve et de notre rêve une réalité» ?
	-«Utopie», avez-vous rétorqué ? Mais les utopies n’ont-elles pas vocation à devenir les réalités étincelantes de demain ?
	Saâdia, Noura, Zahia, Sabrina, Meriem, Salima, Fouzia, Bahja... et bien d’autres voix silencieuses !</description>
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           <title>Cheikh Mohamed Sekfali : un homme de lettres et un éducateur-né</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Contributions</category>
           <pubDate>Mon, 14 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Mon, 14 May 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
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	Voilà dix ans aujourd’hui que cheikh Mohamed Sekfali, ou tout simplement cheikh (comme se plaisaient à l’appeler ses amis et collègues d’El Eulma) nous a quittés pour rejoindre son Créateur et trouver ainsi une paix éternelle. Dix ans déjà ! 
	Mais pas un jour n’est passé sans qu’on ne s’inspire  de son exemple dans notre quotidien, dans les petits et grands moments de la vie.De ses anciens élèves, certains sont devenus ses collègues, d’autres ont occupé (ou occupent encore) de hautes fonctions dans des postes de responsabilité à l’intérieur et à l’extérieur du pays ou se sont acquittés (et s’acquittent toujours certainement) de leurs charges familiales et sociales avec la même honnêteté que celle qui a caractérisé toute sa vie.  

	Comment a-t-il pu réaliser cette œuvre si simple et pourtant si grande qui consiste à marquer de son empreinte positive de nombreuses promotions d’élèves et de les avoir orientés vers un nationalisme identitaire ouvert à l’humanisme ? Ainsi en a-t-il été de toutes les générations qu’il a  formées bénévolement, en-dehors de ses heures de travail, pour leur permettre de figurer en très bonne place au prestigieux concours d’entrée au lycée franco-musulman de Constantine, devenu par la suite le lycée Hihi El Mekki.  N’était-ce que du professionnalisme ou y avait-il ajouté cette foi inébranlable qu’il avait dans les valeurs profondes de notre religion telle que nous l’avons toujours vécue, dans notre ville, dans notre pays ?Son ouverture à l’autre, aux autres cultures, l’a-t-elle enrichi ou lui a-t-elle fait perdre de vue les valeurs fondamentales de notre personnalité algérienne ?Enseignant passionné, patriote incontestable et humaniste d’envergure, Sidi, notre maître à tous, a pourtant eu une vie bien ordinaire, mais il nous en a laissé des leçons extraordinaires.

	Un éducateur-né

	Son sens de l’éducation, il ne l’a pas acquis seulement à l’école, cette institution à laquelle il a consacré sa vie entière. Non, cela avait commencé bien avant, lorsqu’il était dans le petit village de Zemmoura d’octobre 1944 à janvier 1945.
	Oui, Sidi avait d’abord travaillé dans la justice et assumé cette tâche auprès de différents tribunaux de l’Est algérien avant d’embrasser la carrière de moudérès (enseignant en langue arabe) dans les écoles du Saint-Arnaud de l’époque. Ayant eu une parfaite maîtrise des deux langues, l’arabe et le français, il avait renforcé ses connaissances par une expertise en droit musulman, et c’est cela lui qui lui avait permis de travailler dans la justice dans les montagnes de la Petite Kabylie.

	Il a permis à bon nombre de ses coreligionnaires les plus démunis de connaître leurs droits et il les a défendus face à une administration coloniale qui ne s’embarrassait pas de scrupules lorsqu’il s’agissait de juger l’«indigène». Il était très intégré à la population zemmourie dont il défendait les intérêts et prenait tellement à cœur sa «mission» qu’il les aidait même à résoudre des petites énigmes qui, sans sa clairvoyance, auraient pu dériver vers des comportements imprévisibles
	Ses études faites à la médersa de Constantine puis à la Thaâlibyia(1) d’Alger, lui avaient permis d’avoir une parfaite maîtrise de la langue du colonisateur et de celle de ses ancêtres. Il avait ainsi largement contribué à maintenir vivante et florissante notre belle langue arabe auprès des jeunes musulmans des écoles primaires du temps de la colonisation.

	Sans cela, qu’en serait-il advenu de toutes ces générations qui n’auraient appris que la fallacieuse histoire de «Nos ancêtres, les Gaulois…» ? Il avait été là,  à chaque cours,  à chaque instant, pour rappeler à tous et à chacun notre credo de résilience nationale emprunté au cheikh Abdelhamid Ben Badis(2), son ancien enseignant à la médersa de Constantine : «Chaâbou el Djazairi muslimoun wa ila al ûrubati yantassib»(3)... C’est dans ces médersas, pour la plupart financées par des notables et soutenues par les masses populaires, que Sidi forgea son nationalisme militant. Ainsi que l’écrivait mon ancien professeur d’histoire Mahfoud Kaddache (paix à son âme !), les lettrés de langue arabe et les hommes de religion… «donnèrent un élan décisif entre 1925-1930 à une Nahda algérienne qui eut surtout un aspect religieux et culturel. Fonder des mosquées et des médersas libres, prêcher une vie sociale et culturelle dans le cadre de la fidélité à la foi arabo-islamique, tels étaient les objectifs des gens de l’Islah»(4), … dont mon père était spirituellement l’héritier.

	Son amour infini pour la langue arabe a nourri sa quête permanente de toutes les richesses de notre patrimoine culturel (chants traditionnels, poésie littéraire et populaire, jeux et devinettes de notre tradition orale..).

	Un homme de lettres

	Il  apprenait à ses élèves les poèmes et les fables sous forme de chansons dont il inventait les airs rendant ces textes (pas toujours faciles !) tellement plus simples à retenir… C’est ainsi qu’ils apprirent de belles leçons de morale en chantant et en illustrant de bien belles fables animalières, notamment celles qui avaient été extraites de Kalila wa Dimna(5) après l’adaptation du persan à l’arabe, faite par Ibn Al Muqaffaâ. On découvrait ainsi sous «la forme voilée» de la fable les conseils et les règles de conduite que les deux héros, des chacals nommés Kalîla et Dimna, donnaient au lecteur. A ses côtés, les élèves passaient allègrement d’un siècle à un autre, d’un registre à un autre tout en continuant toujours à explorer le monde de l’éducation. Ainsi, son enseignement était-il simple, limpide mais toujours essentiel : «Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire parviennent aisément»(6) , aimait-il à répéter à la suite de Boileau, pour nous convaincre de bien organiser nos pensées avant de prononcer nos phrases. Son enseignement n’avait pas besoin d’être ressassé ; il était et nous le faisions nôtre aussitôt !   

	Un patriote émérite

	Cet idéal de préservation de la personnalité algérienne s’est exprimé à travers son engagement auprès du mouvement des Scouts musulmans algériens (SMA) dès la première heure. En effet, dès la création de la cellule El Hayat de Sétif en 1938, il y adhéra et y milita avec abnégation comme seuls les scouts savent le faire.  
	Après son congrès d’El Harrach, ce mouvement, à l’initiative de son fondateur Mohamed Bouras et sous la présidence du Cheikh Abdelhamid Ibn Badis, adopta la devise : «L’Islam est notre religion, l’arabe notre langue et l’Algérie notre patrie». Cela donna à ses adhérents, et à lui en particulier, le cap qu’il fallait tenir pour être fidèle au serment que se firent tous les membres de la ligue des scouts musulmans algériens : «Sois prêt !»

	Les SMA : l’école du nationalisme

	C’est ainsi que «le mouvement se transforma en véritable école de nationalisme pour inculquer aux jeunes les idées nationalistes, les principes de l’Islam et de la langue arabe, l’intégration de l’idée de l’indépendance à travers les camps de scouts et les pièces de théâtre exprimant la réalité amère vécue par les Algériens sous le joug du colonialisme, les chants patriotiques et… le sentiment d’appartenance patriotique dans l’esprit des jeunes».   
	Ce sont là les premiers principes patriotiques dont il  s’était abreuvé dans sa prime jeunesse et il les mit en application sa vie durant. Mais sa discrétion et son humilité naturelles ne lui ont jamais permis de se mettre en avant ; il a toujours été l’homme de l’ombre, l’homme sur lequel on peut compter mais qui ne se mettra jamais de l’avant pour revendiquer quelque chose pour lui-même. C’est seulement à sa retraite qu’il a eu la reconnaissance de ses pairs et qu’il a participé à bon nombre de réunions pour redynamiser le mouvement et l’actualiser.

	Par le passé, c’est aussi ce mouvement des Scouts musulmans algériens qui alimenta en combattants sincères et patriotiques l’Armée de libération nationale. Certains de ces valeureux moudjahidine se battirent dans nos maquis, alors que d’autres le firent en ville par des actions de soutien multiples et variées allant du simple hébergement jusqu’à la collecte de fonds en passant par les messages (ou les colis) à transmettre pour assurer une logistique nécessaire à toute action organisée.

	L’arrestation et l’emprisonnement

	Le militantisme clandestin exigeait la plus grande discrétion et personne n’était au fait de ses activités jusqu’au jour où les autorités coloniales vinrent l’arrêter. Il fut mis au cachot dans l’enceinte même de l’école où il enseignait (l’école bleue) traumatisant par là-même les enfants à qui il enseignait l’arabe, notre langue !
	Plus tard, il sera transféré dans une prison de sûreté où il goûta aux affres des geôles des colonisateurs qui l’accusaient de «collusion avec l’ennemi», d’avoir contribué à aider les «terroristes» en ramassant de l’argent pour eux et en leur fournissant du soutien en ville lors de leurs opérations ponctuelles. Après sa libération, les événements s’accélérèrent, et sa situation commença à devenir vraiment inquiétante.

	La mort dans l’âme, il quitta temporairement sa ville et ses élèves pour Alger, mais en 1961, malgré le danger qui le menaçait directement, il retourna dans sa ville et reprit sa mission d’enseignant et d’éducateur.

	Sidi, ce formateur-né

	Le parcours professionnel de cheikh Mohamed Sekfali fut très riche, s’il était encore besoin de le rappeler : formé dans les meilleurs lycées franco-musulmans qui avaient succédé aux médersas, il avait aussi bénéficié de formations pédagogiques. Il avait appris, en France, la pédagogie active de Freinet(8) et s’était évertué à convaincre ses collègues de le suivre dans ces écoles d’apprentissage orientées vers la vie : il multipliait les échanges stimulants (allant jusqu’à la compétition) entre élèves et entre classes, n’hésitait pas à habituer ses groupes à observer la nature pour mieux la comprendre, proposait à ses collègues de partager leurs expériences mutuelles, etc.

	Il privilégiait ainsi les recherches faites par les élèves eux-mêmes sur nos traditions (culinaires, artistiques ou autres) et les exposait à qui voulait les voir, notamment lors de la Journée du savoir «Youm El Ilm», qui se tient habituellement le 16 avril de chaque année, commémorant ainsi le décès de Abdelhamid Ben Badis, ce grand maître à penser algérien.
	Etre enseignant a toujours été son vœu le plus cher, mais les besoins criants de notre jeune Etat indépendant en personnels d’encadrement fiables et compétents était tels qu’il a d’abord été nommé directeur du CEG(9) Ben Badis, juste après l’indépendance. Il y exerça une direction très démocratique et collégiale avec une équipe d’enseignants formée de ses anciens collègues et amis.

	Puis, le besoin se faisant sentir ailleurs, il fut nommé directeur de la première Ecole normale de notre wilaya. Il y forma des générations d’instructeurs et d’instituteurs qui, à leur tour, en enseignant dans nos campagnes, éloignèrent à tout jamais des générations d’élèves de l’analphabétisme qui les aurait guettés sans cela. Ces premières promotions d’enseignants de la première heure, souvent formés sur le tas, ont droit au respect et à la reconnaissance de notre peuple tout entier pour avoir accepté de se retrousser les manches et de travailler avec «les moyens du bord» afin de préserver l’avenir de nos enfants. Oui, cela semble être des phrases-clichés directement sorties d’un discours démagogique, sauf que c’était la réalité de nos écoles au lendemain de l’indépendance.

	Sans ces pionniers nationaux de l’enseignement, nous aurions été encore plus inféodés culturellement à l’Occident ou à l’Orient dont la «coopération technique» «fraternelle» nous a conduits à un bain de sang incompréhensible... Voyant sans doute son intérêt pour la terre, la protection de la nature et de l’environnement, et ayant encore besoin de ses services pour «essuyer les plâtres»(10), ses supérieurs hiérarchiques lui ont alors confié la direction d’un CEMPA(11) situé à l’emplacement de ce qui fut jadis la caserne d’El Eulma. Il y continua son œuvre d’éducateur auprès des jeunes et prêcha par l’exemple en faisant refleurir cet établissement laissé à l’abandon après l’indépendance.

	Il y travailla jusqu’à sa retraite en 1980. Il quitta son travail officiel, mais ne cessa jamais d’accomplir sa mission première :  éduquer ses enfants, ses élèves et aider ses collègues et amis à éduquer à leur tour. Au lendemain de sa retraite, il continua son rôle d’enseignant en réunissant périodiquement les imams de la région pour leur transmettre son savoir dans les sciences de la religion et son inestimable expérience.

	Plus tard, son âge avancé ne lui permettant plus de se rendre à la mosquée Messaoud Zeggar dispenser son enseignement religieux, ses élèves-imams sont venus vers lui, dans sa maison, recevoir encore tous les «Tafsir El Qor’an» qu’il pouvait leur donner. Il n’a jamais refusé l’aide qu’on lui demandait malgré la maladie qui le rongeait.

	Voilà donc une vie bien remplie, entièrement consacrée aux autres, mais où chacune de ses actions éducatives lui a fait plaisir, où il a accompli son travail avec dévouement, respectant et admirant son peuple qu’il a discrètement aidé à se construire.
	Cheikh Mohamed Sekfali s’est éteint le 14 mai 2002 à Sétif, entouré de sa famille. En plus de son sourire et de sa bonne humeur communicative,  nous garderons vivants dans nos cœurs et le savoir, l’éducation, les valeurs de patriotisme et d’humanité qu’il nous a transmis et qui lui survivront à tout jamais.

	Puisse Dieu Tout Puissant lui accorder Sa Sainte Miséricorde et qu’il repose en paix.   
	Sa famille reconnaissante
	
	1) Thaâlibyia: http://algeroisementvotre.free.fr/site0900/casbah04.html
	2) Abdelhamid Ben Badis : http://fr.wikipedia.org/wiki/Albelhamid_Ben_Badis
	3) Traduction libre : «Le peuple algérien est musulman et il fait partie du monde arabe»
	4) Kaddache Mahfoud, 2003, Alger, L’Algérie des Algériens, de la préhistoire à 1954 , Paris-Méditerranée, P. 721.
	5) Kalila Wa Dimna : http://expositions.bnf.fr/livrarab/reperes/livre/kalila.htm
	6) Boileau, Nicolas, 1674, L’Art poétique, (Chant I)  
	7) Wikipédia, 1novembre54.com
	8) Célestin Freinet : http://fr.wikipedia.org/wiki/pedagogie_freinet
	9) CEG : Collège d’enseignement général, correspondant au 1er cy-cle du secondaire
	10) Essuyer les plâtres : Etre les premiers à expérimenter une situation nouvelle et difficile. http://www.mon-expression.info/essuyer-les-platres
	11) CEMPA : Collège d’enseignement moyen polyvalent agricole
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           <title>Quels changements après les élections ?</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Contributions</category>
           <pubDate>Sun, 13 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description> 
	Aux élections législatives du 10 mai 2012, 64,76% de la population, — soit environ les deux tiers — abstention et bulletins nuls (2/3) n’ont fait aucun choix, taux qui reflète une démobilisation importante de la population, plus accentuée pour la jeunesse. Les résultats ne reflètent aucun changement et donnent la même composante politique que les élections passées. Sans verser dans la sinistrose ni dans l’autosatisfaction, il faut analyser avec lucidité et objectivité les résultats du scrutin des élections législatives du 10 mai 2012, objet de cette présente contribution.

	
	Les résultats des élections législatives  et des questionnements

	
	44 partis politiques ont participé à ces élections, dont 21 nouvellement agréés, depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle loi organique relative aux partis politiques en février dernier, dans la course à la députation des 462 sièges que compte le Parlement. Comment ne pas rappeler que le porte-parole semi-officiel, le directeur du centre de recherche sécuritaire et stratégique (CRSS) dans un entretien au quotidien El Moudjahid en date du 22 avril 2012, avait affirmé qu’un taux de participation inférieur à 45% serait un échec relatif pour les élections. Espérons qu’il ne se contredira pas avec ces résultats. Dans ce cadre, je fais trois observations. Premièrement, le Front de libération nationale (FLN) remporte les élections législatives en obtenant 220 sièges (46,90%), le Rassemblement national démocratique (RND) 68 sièges (14,49%), l’Alliance verte qui regroupe trois partis islamistes (MSP, Ennahdha, Islah) obtient 48 sièges (10,23%), le Front des forces socialistes (FFS) (4,47%) 21 sièges, et le Parti des travailleurs (PT) 20 sièges (4,26%).

	Pour avoir la majorité absolue, il manque environ 15 sièges, pouvant légiférer presque seul puisque nous trouvons à la périphérie plus de 60, y compris les indépendants des anciens du FLN, sans compter que plus de 50% des élus du RND sont également des anciens du FLN. Par rapport à l’ancienne alliance présidentielle, le RND et beaucoup plus le MSP deviennent des accessoires. Deuxiè-mement, je rappelle qu’en 2007, selon les données du ministère de l’Intérieur, le nombre d’inscrits était de 18 760 400. Le  corps électoral pour le 10 mai 2012 était constitué de 21 664 345 électeurs et électrices au niveau national, y compris la communauté algérienne à l’étranger, soit 2 903 945 nouveaux électeurs par rapport à 2007 représentant un accroissement de 11,54%, soit 581 000/an.

	Or, les pouvoirs publics annoncent officiellement une demande additionnelle d’emplois de 300 000 par an (plus de 18 ans entrant dans la vie active), ce qui donne une différence de 281 000/an, soit un total de 1 405 000 électeurs que le gouvernement doit justifier ; données plus importantes si l’on comptabilise les décès durant cette période, posant la problématique de la nécessaire vérification du fichier électoral afin de tester de la cohérence des données. Troisièmement, lors des élections du 17 mai 2007, et selon les données du ministère de l’Intérieur, le nombre de votants était 6 662 383, donnant un taux de participation de 35,6%, avec un nombre de bulletins nuls de 961 751 (3,8%).

	Aux élections locales, le taux de participation a été de 43,96% pour les Assemblées populaires communales (APC) et 43,26 % pour les Assemblées de wilaya (APW et pour le scrutin présidentiel du 9 avril 2009, le taux de participation a atteint 74,5%, soit un taux d’abstention de 25,5%. Pour le 10 mai 2012, le taux de participation total aux élections législatives a atteint 42,90%, incluant le taux d’abstention record de notre émigration qui s’est établi à 86%, posant la problématique de l’efficacité de nos ambassades. Il y a lieu de comptabiliser les bulletins nuls qui ont été de 1 668 507, soit 7,66 % (une nette progression par rapport à 2007) par rapport aux inscrits, ce qui nous donne 35,24% de personnes ayant fait un choix. Ainsi, 64,76% de la population, soit environ les deux tiers (2/3), n’ont fait aucun choix, ne croient pas en la politique, taux qui reflète une démobilisation importante de la population.

	
	Pourquoi a-t-on voté ? majoritairement parti FLN ?

	
	La majorité de la population sait que nous sommes dans un régime présidentiel et que les députés n’ont aucun pouvoir réel, tant sur la gouvernance que la politique socio-économique. Pour des raisons culturelles de manque de repères et n’ayant pas préparé depuis l’indépendance le personnel politique, n’ayant jamais eu d’élections transparentes et libres, et du fait de la  mentalité du beylik héritée de l’époque coloniale, la majorité des Algériens sont attentifs aux paroles du Président. Je précise que la Constitution algérienne de novembre 2008 n’oblige pas le président de la République à choisir son Premier ministre au sein de la coalition majoritaire à l’Assemblée nationale. Il faut donc écarter dans toute analyse objective ces résultats du programme des candidats souvent déconnectés tant des réalités locales que mondiales, discours lassants qui n’ont fait que multiplier des promesses démagogiques et des engagements farfelus, loin de la réalité, le parti FLN, en plus, instrumentalisant à des fins partisanes le passé historique.

	Nous avons assisté à plusieurs phases : distribution sans merci de la rente pour calmer le front social, menaces de certains officiels de l’Etat contre ceux qui s’abstiendraient, implication directe des ministres, du Premier ministre et de tous les médias publics, y compris même le jour des élections où l’unique ENTV reproduit le discours du Président à Sétif. Cela ne suffit pas à expliquer les résultats, notamment ceux du parti FLN. Il y a deux raisons essentielles. La première raison est qu’après 50 ans d’indépendance politique, l’on utilise le sigle FLN, symbole de tout le peuple algérien, car le FLN actuel n’est pas celui qui a déclenché la guerre de Libération nationale, les luttes intestines au sein du parti, animé plus par le partage de la rente, ternissant d’ailleurs son image historique. Cela est assimilable à l’utilisation de la religion à des fins politiques.

	A la télévison algérienne, les présentateurs qui ne se lassaient pas d’éloges envers le FLN ne se sont pas trompés en affirmant indirectement que les votants, en majorité, ont voté pour ce sigle historique alors que la majorité des partis se sont prévalus des valeurs du 1er Novembre 1954 sans réel impact. La deuxième raison, la plus importante, est l’implication directe du président de la République. Comment ne pas rappeler que le président de la République n’a eu de cesse de relever l’importance de ces élections qui entameront la mise en application des réformes politiques qu’il a annoncées ? Jamais les pouvoirs publics n’ont multiplié tant d’actions de sensibilisation à l’adresse des citoyens. Et l’Etat a déployé des moyens colossaux et appuyé la propagande de l’ENTV. Comment ne pas rappeler que pour anticiper une accusation récurrente depuis l’instauration du multipartisme, en 1989, les autorités ont invité 500 observateurs étrangers, dont 150 de l’UE, les autres observateurs étant ceux de la Ligue arabe, de l’Organisation de la Conférence islamique (OCI), de l’ONU et d’ONG américaines ? Et c’est dans cette perspective qu’est intervenu depuis la convocation du corps électoral en février dernier, pour la sixième fois (discours lus et écrits) pour renouveler son appel au vote.

	«Ces élections sont aussi importantes que le 1er Novembre 1954», avait souligné le président Bouteflika à Arzew (Oran) à l’occasion du 41e anniversaire de la nationalisation des hydrocarbures. De peur d’un taux d’abstention record à Sétif, nous avons deux annonces du président de la République. La première, qu’il ne briguerait pas un quatrième mandat laissant planer une incertitude vis-à-vis de l’avenir du pays et donc une inquiétude des citoyens qui ont vu en le FLN historique dans leur subconscient comme un vote refuge. Le ministre de l’Intérieur, commentant les résultats, ne s’est pas trompé en disant qu’en 1991, c’était un vote sanction et qu’en 2012 c’est un vote refuge. La seconde est que, bien qu’étant président d’honneur du FLN, le Président demandait aux Algériens d’aller voter massivement pour les candidats de leur choix, interprétation mal comprise, étant assimilée à aller voter FLN. 

	Les Algériens, en majorité, du fait de leur faible culture politique, après ce discours, inquiets, ne connaissant pas les enjeux de pouvoir, disaient à l’ENTV : «Je vais aller voter Bouteflika». Et par là, le parti FLN. On peut dire, sans risque de se tromper, que le discours de Sétif a permis de gagner plus de 10 points par rapport aux élections législatives précédentes et de faire gagner le parti FLN. C’est donc un vote de sécurité pour les plus de 50 ans d’Algériens qui ont connu le drame des années 1990/2000, qui ont constitué  la majorité des votants, 70/75% des jeunes ayant boudé les urnes. Désillusion donc de la jeunesse, qui insistait surtout pour le changement pouvant annoncer pour les années à venir une défiance encore plus grande vis-à-vis du système. D’où l’importance de relativiser les résultats, d’éviter les discours triomphants et de se poser cette question stratégique : statu quo afin de préparer sans heurts l’élection présidentielle d’avril 2014 ou changement réel ? D’où ce constat que les fondamentaux de la crise sociale ne sont pas résolus et cette question, le changement pourtant nécessaire se réalisera-t-il ?

	
	Les promesses de changement  du président de la République seront-elles tenues ?

	
	Les résultats laissent sceptiques tant  les observateurs nationaux qu’internationaux. Comment la même composante partisane, qui a été incapable pendant plus de 10 années de faire des réformes, étant mue par l’unique dépense monétaire grâce à la rente des hydrocarbures, peut-elle les mener maintenant qu’elle a une majorité encore plus importante ? Nous ne pouvons pas ne pas reconnaître le décalage qui existe entre les potentialités que recèle l’Algérie, et elles sont énormes, et le niveau de développement proprement dérisoire que le pays a atteint après plusieurs décennies d’indépendance. Aussi, face au vieillissement des élites politiques issues de la guerre de Libération nationale, l’obsolescence du système politique et les contraintes externes de plus en plus pesantes ayant abouti à l’absence dramatique d’une véritable stratégie nationale d’adaptation au phénomène total et inexorable que sont les mutations tant internes que mondiales, les promesses du président de la République dans son discours du 8 mai 2012 seront-elles tenues ?

	Et notamment  par la fin de la légitimité révolutionnaire et donc que le pouvoir bienfaisant comme contrat politique implicite par les tenants du «socialisme de la mamelle» afin de légitimer l’échange d’une partie de la rente contre la dépendance et la soumission politique et qui efface tout esprit de citoyenneté active, ce pouvoir cédera-t-il la place à un pouvoir où c’est la norme du droit et de la morale qui doit reprendre sa place pour légitimer le véritable statut de la citoyenneté ? Etant différées, douloureuses, d’où l’urgence d’une austérité partagée et d’une moralité sans faille de ceux qui auront à diriger la Cité, le pouvoir actuel engagera-t-il de véritables réformes structurelles non réalisées du fait des rapports de force contradictoires qui se neutralisent pour le partage de la rente des hydrocarbures ? Le pouvoir engagera-t-il les véritables réformes du système politique, centre névralgique de la résistance au changement et à l’ouverture en choisissant clairement entre un régime parlementaire ou présidentiel ? 

	Réalisera-t-il la réforme de la justice par l’application et l’adaptation du droit, par la lutte contre la corruption qui se socialise, devenant un danger pour la sécurité nationale ? Les réformes du système éducatif, centre d’élaboration et de diffusion de la culture et de l’idéologie de la résistance au changement et à la modernisation du pays misant sur le nombre au détriment de la qualité donnant un système socio-éducatif naufragé ?  Procédera-t-il aux réformes du secteur des hydrocarbures, source de rente et objet de toutes les convoitises, de l’agriculture par une nouvelle politique foncière et une nouvelle politique de gestion de l’eau ? Facteur de cohésion sociale, quelle sera la nouvelle gestion des stratégies sociales et la mise en place de nouveaux mécanismes de régulations sociales devant revoir la gestion des caisses de retraite et de la sécurité sociale ?

	Quelles réformes du système financier qui est un préalable essentiel à la relance de l’investissement privé national et étranger, les banques publiques et privées étant au cœur d’importants enjeux de pouvoir entre les partisans de l’ouverture et ceux de préservation des intérêts de la rente, étant considérée, à juste titre, comme l’indice le plus probant de la volonté politique de l’Etat algérien d’ouvrir ou non l’économie nationale à la libre entreprise ? Comment intégrer la sphère informelle contrôlant 40% de la masse monétaire en circulation et 65% des segments des produits de première nécessité ?  Et, enfin, quelle sera la place de l’Algérie dans la mondialisation, dont les impacts de l’Accord d’association avec l’Europe applicable depuis le 1er septembre 2005 et son éventuel adhésion à l’organisation mondiale du commerce (OMC), dans le Maghreb, pont entre l’Europe et l’Afrique son espace social naturel ?

	En résumé, il s’agira d’éviter les replâtrages inutiles en différant les réformes de structures et de prendre en compte ce désir de changement des deux tiers de la population, d’éviter de brandir la peur et donc de combattre toute forme de xénophobie et d’intolérance. Selon la fameuse phrase de Voltaire : «Monsieur, je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai de toutes mes forces pour que vous puissiez le dire». Un renouveau de la gouvernance par plus de moralité dans la gestion de la cité, un Etat de droit ne pouvant y avoir d’Etat de droit si l’Etat n’est pas droit, c’est-à-dire immoral s’impose pour des raisons de sécurité nationale.

	L’après-hydrocarbures est à ce prix, avec cet épuisement inéluctable des réserves du pétrole dans 14/15 ans, du gaz conventionnel dans 20/25 ans. Du fait des importants bouleversements géostratégiques mondiaux qui s’annoncent entre 2015/2020, l’Algérie qui traverse une phase cruciale de son histoire a besoin qu’un regard critique et juste soit posé sur sa situation, sur ce qui a déjà été accompli et sur ce qu’il s’agit d’accomplir encore au profit exclusif d’une patrie qui a besoin de se retrouver et de réunir tous ses enfants autour d’une même ambition et d’une même espérance : un développement harmonieux, conciliant efficacité économique et une profonde justice sociale.

	 

	
	Dr Abderrahmane Mebtoul. Professeur des universités, expert international en management stratégique</description>
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           <title>A propos des élections du 10 mai 2012</title>
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           <category>Contributions</category>
           <pubDate>Sun, 13 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Eu égard au taux de participation officiel,  je dirais que c’est bien dommage pour les autorités d’en être arrivées à se référer à celui des élections de 2007 dont, officiellement, l’enjeu n’est pas comparable à celui des élections qui viennent d’avoir lieu.  
	Cela étant, il me semble que le taux de participation officiel est invraisemblable vu le rejet bien réel chez les gens avant les élections. Je pense que ce taux est, d’une manière ou d’une autre, préfabriqué, d’autant plus que les autorités ont prolongé l’ouverture des bureaux de vote dans plus de 1/3 des communes, et je ne crois pas que c’est parce que les gens se bousculaient au portillon mais parce que, justement, les bureaux de vote étaient dans une quasi-oisiveté.

	Mais d’une manière plus globale, j’ai quatre remarques à faire :

	1. Je ne crois pas que l’honnêteté du scrutin soit le souci majeur des autorités vu l’habitus d’un système qui, manifestement, a atteint ses limites historiques – il le reconnaît lui-même  – mais qui n’est pas encore en mesure d’admettre un désaveu populaire.

	2. Après tout, le taux de participation annoncé (environ 43 %) n’a pas été à la hauteur de la publicité tous azimuts et des moyens mis en œuvre pour motiver les gens. De même, il n’a pas été à la hauteur d’une élection qu’on n’a pas hésité à qualifier de décisive pour l’avenir de la nation. Les autorités du pays sont même allées jusqu’à la comparer au référendum de juillet 1962 mettant fin au colonialisme ! Après tout, pour une élection de cette importance, il aurait fallu un taux dépassant les 85 %. Pour moins que ça, ce taux a été de presque 80 % en France pour les dernières élections présidentielles. Je dis pour moins que ça, parce que les élections dans ce pays se sont déroulées dans la «continuité républicaine».

	3. Il faudrait affiner le taux de participation officiel pour voir la part des moins de quarante ans qui ont daigné aller voter.

	4. Cette élection ne va pas résoudre la crise nationale pour la simple raison qu’elle a été conduite par un système profondément contesté, au lieu qu’elle soit l’aboutissement d’un consensus national.
	Cela dit, il faut se rendre à l’évidence que rien n’est encore joué, parce qu’on ne sait guère ce qui pourra advenir dans les jours et semaines à venir. Il faut donc attendre pour voir plus clair, notamment la répartition des sièges à l’Assemblée et la configuration du prochain gouvernement.
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           <title>Rente pétrolière, Etat, partis et société en Algérie</title>
           <author></author>
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           <category>Contributions</category>
           <pubDate>Sun, 13 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	La rente pétrolière produit trois conséquences (Martinez, 2010) : la première fait croire aux populations que le développement et le bien-être proviennent de cette ressource naturelle.  
	La seconde prive les économies qui en disposent d’une diversification, le revenu national est constitué presque exclusivement des recettes liées au pétrole. La troisième produit un système politique réfractaire à la démocratie. Les recettes confortables que procurent les hydrocarbures permettent à l’Etat  de se libérer de la société. Ce n’est pas l’Etat qui vit des recettes que lui procure la société (impôts), mais c’est la société qui vit des recettes de l’Etat. Dans ce cas, la société n’a pas à demander des comptes à l’Etat.
	Le champ politique en Algérie va être construit selon cette logique de la rente qui  met en opposition  trois forces : celle du pouvoir central qui dispose de l’usage des ressources pétrolières, celle des partis politiques toutes tendances confondues (nationaliste, démocrate et islamiste), qui aspire à une prise de participation dans l’usage de la rente pétrolière et celle de la société, inorganisée et émeutière (Addi).

	La première est une souveraineté (Henni) que nous définissons comme un système politique qui garantit la sécurité de la circulation des biens, de l’argent, ce qui permet l’activité économique, l’enrichissement, l’accumulation, la capture... La seconde revendique une place dans cette souveraineté, la troisième remet en cause cette souveraineté en s’attaquant aux symboles de l’Etat (mairies et autres institutions publiques). On bloque les routes parce que celles-ci appartiennent à l’Etat et représentent la circulation de la richesse.

	La souveraineté

	L’Etat, ce monstre froid comme disait Hobbes, est une réalité historiquement datée et géographiquement située. C’est en Occident qu’il prit naissance, en réponse aux transformations économiques et culturelles intervenues au Moyen-Age. L’Etat n’apparaît en effet que lorsque le pouvoir s’institutionnalise, autrement dit lorsqu’il cesse d’être incorporé dans la personne (physique) d’un chef. L’Etat moderne, comme forme d’organisation sociale, s’est appuyé sur la liberté d’agir et de penser d’une part et la contrainte inhérente à la vie en commun d’autre part. La liberté de l’un ne doit pas empêcher celle de l’autre. Il est ainsi, l’instrument qui permet à l’ordre social de se perpétuer en usant, lorsque cela est nécessaire, de la force. L’Etat intervient pour produire l’ordre et s’opposer au désordre.

	Ainsi, l’Etat va être le détenteur de l’autorité publique qu’il convient d’en «avoir peur» et de créer des structures et institutions pour s’en protéger et en garantir le contrôle. L’Etat se construit sur les conflits politiques qu’il institutionnalise. Il joue le rôle d’arbitre (Hegel) dans ces conflits qui traversent la société. En ce sens, ce serait au contraire le propre d’un pouvoir totalitaire de s’identifier à la société, mettant nécessairement fin à toute présence de contre-pouvoirs. La rente, aveugle, détruit et ampute tous les outils de l’Etat parce qu’elle empêche l’Etat de veiller aux dépenses, aux équilibres budgétaires et aux investissements afin qu’ils soient les plus stratégiques possible (Martinez, 2010). Il n’est pas nécessaire de favoriser le développement d’un système bancaire efficace ayant pour fonction de collecter l’épargne pour faire des crédits et même d’un véritable système fiscal.

	Les entreprises créées grâce à la rente ne sont pas compétitives et très dépendantes des importations. La plupart de ces entreprises prospèrent dans le secteur commercial grâce au recyclage de la rente pétrolière. Cela se reflète dans la part ridiculement faible de produits manufacturés dans les exportations. De même, une économie basée sur le recyclage de la rente est incapable de créer un nombre d’emplois suffisant pour faire face à une progression soutenue de la population active. Ceci peut créer de nombreuses frustrations, notamment quand une grande partie des jeunes diplômés est sans emploi. Dans un contexte rentier, l’Etat ne cherche pas les compromis (Addi) et résout ses contradictions politiques par l’importation des biens et par la distribution de la rente. L’Etat devient le médiateur entre la société et les produits importés.

	La richesse ne provient pas du peuple industrieux, elle n’est pas locale mais  provient de la capture d’une richesse qui se forme sur le marché international. Cette situation très proche du fonctionnement des empires (romain et musulman), se traduit par deux conséquences : la première fait que l’Etat, dépositaire de la souveraineté sur les ressources financières que dégagent les recettes pétrolières, devient autonome par rapport à la société. Il n’a pas besoin de lever l’impôt parce qu’il dispose assez de ressources pour se reproduire et répondre aux besoins de la société.  C’est la société qui dépend de l’Etat et non l’inverse. La rente pétrolière permet au pouvoir de s’affranchir de la société et devient irréprochable. C’est pour cela que le pouvoir politique n’admet pas la contestation sociale et prend un  caractère autoritaire.  Il ignore l’idée d’opposition et peut s’en accommoder, mais de manière sélective, excluant les groupes, les partis ou les individus qui contreviennent à la norme  autorisée.

	L’Etat, au lieu d’être un ensemble d’institutions qui pacifient la compétition sociale, devient, à l’instar de l’empire romain, un pouvoir qui sécurise la capture de richesses, non pas par la production matérielle de la richesse, mais par la circulation de cette richesse (Henni). La deuxième est que les recettes pétrolières ne sont pas le résultat d’une activité productive qui engage les destins individuels sur la base d’un travail productif et de la compétence. La rente (Addi) donne à l’Etat des moyens d’affirmer son indépendance et sa puissance par rapport au monde du travail et de ne pas être attentif à la compétence des hommes. C’est une rente qui hiérarchise la société en fonction de la proximité des individus ou des groupes par rapport à la capture de cette richesse.

	Les partis politiques

	Les échéances électorales nous rappellent  l’existence de partis politiques en Algérie. Chaque parti se prête au jeu de la séduction pour attirer les voix qui lui permettent de se placer dans les arcanes du pouvoir. Cette sortie conjoncturelle du coma politique s’explique, nous semble-t-il, par les gratifications symboliques et matérielles offertes par le régime aux élus. La mobilisation des électeurs au lieu de se faire sur la base des programmes politiques, fait appel aux relations clientélistes. Ainsi, les clans, tribus et zaouïas sont sollicités.  Le discours politique s’emballe dans une suite de promesses qui prend l’allure d’une vente aux enchères. Qui offre le plus de logements, le plus d’emplois aux jeunes, le plus de routes, etc. C’est ainsi que les questions relatives à la production  de la richesse est occultée au profit de sa répartition. Estimant que la richesse est produite par le pétrole, il suffit de la consommer sous forme distribution de logements, d’emplois… C’est aux autres de produire de la richesse. Voilà que l’empire romain est ressuscité.

	Ainsi, les partis deviennent (Addi) des appareils d’Etat qui ajustent  les demandes sociales  aux capacités de l’Etat. Ils n’agissent pas pour créer des usines à des fins de développement matériel ou de production de richesse. Leurs propositions ou leurs protestations politiques s’appuient toujours sur la réclamation d’une meilleure répartition de la rente, et donc ils se situent, tous, dans la circulation. Ils visent dans leur protestation à modifier le régime de souveraineté local. L’économie de production porte en elle-même le principe de l’autoproduction, c’est-à-dire se faire soi-même. C’est par le travail, la compétence et le savoir-faire que l’individu produit son statut dans la société.

	La promotion sociale est la conséquence d’une compétence dans la production de la richesse. Alors que dans l’économie rentière, il n’y a pas de devenir individuel construit, aussi bien hommes que femmes sont interdits de devenir individuel et d’une construction de la personnalité au sens moderne de Kant, qui viendrait de l’intérieur, et non pas d’un statut imposé de l’extérieur (Henni). Cette promotion (Henni) consiste à occuper des places sources de rentes.  Par conséquent, la compétition politique n’est qu’une rampe de lancement des individus qui leur permet de se placer dans l’orbite du pouvoir. En d’autres termes, les compétitions à l’intérieur de cette configuration et les devenirs individuels (Henni) dépendent de l’appartenance à un groupe non pas laborieux mais organisé efficacement pour la capture de la rente. Il s’agit de prendre place dans le palais impérial.

	Cette situation empêche l’émergence de véritables partis politiques qui effectuent la sélection du personnel politique, c’est-à-dire qu’ils recrutent les leaders politiques en choisissant des candidats et en tentant de les faire élire. Cette situation empêche aussi l’élite intellectuelle de se former et c’est pour cela que le discours des chefs de partis n’a pas d’envergure politique et  n’a aucun effet sur la société.

	La société

	La société devient peuple, celui qui a libéré le pays du colonisateur. L’ennemi c’est l’autre, l’extérieur. Tout le monde est uni à l’intérieur pour combattre ceux qui complotent contre le peuple. Toute forme de contestation est assimilée à un complot. L’Etat, c’est le peuple et le peuple, c’est l’Etat. Voilà une société qui n’existe pas parce qu’on refuse d’admettre qu’elle est traversée par des conflits. C’est la plèbe de l’empire romain. Mais, comment expliquer que ce peuple ne vote pas ? Comment expliquer que l’enjeu principal des élections est la participation au vote ? Le taux d’abstention en-dehors de la présidentielle est largement supérieur au suffrage exprimé. Aux législatives, le taux de participation a excédé à peine les 40%. L’abstentionnisme ne veut pas dire qu’il y a démobilisation par rapport à la chose publique.

	L’abstention n’est pas un acte apolitique.  Elle est un choix politique actif consistant à ne pas se prononcer afin de montrer son désaccord. Elle est une déception profonde, une absence de confiance en un Etat discrédité par son incapacité à satisfaire les demandes qui lui sont adressées. En cas de fort niveau d’abstention, la légitimité des décisions ou des résultats d’élection, bien qu’étant prises dans les formes légales, peut être fragilisée sinon  lorsque l’abstention atteint des taux importants mise en doute par l’idée que la «majorité silencieuse» ne se serait pas exprimée. Elle est un contre-Etat hors institutions.

	Le véritable parti d’opposition est constitué de cette masse d’abstentionnistes. Or, cette masse n’est pas organisée et n’appartient à aucun parti politique. Elle considère que tous les discours politiques ne sont que des promesses sans suite. Le véritable problème n’est pas de courtiser cette masse silencieuse, ni de la culpabiliser parce qu’elle s’abstient lors des élections. Elle forme le parti de la majorité consciente que l’Algérie n’a pas besoin de patriciens qui ressuscitent l’empire romain, mais tout simplement d’hommes intègres et compétents et qui  incarnent des valeurs.  
	
	
	Notes : 
	-Addi L. «Problématique de la société civile en Algérie : quelques éléments théoriques et historiques», université d’été du CNES, Alger du 1er au 3 septembre 2007
	-Addi L. «Les partis politiques en Algérie», Revue de l’Occident Musulman et de la Méditerranée, CNRS Aix-en-Provence, 2005
	-Facchini F. «Pourquoi les pays musulmans ne respectent pas généralement les libertés politiques?», Matisse,  université de Paris 1
	-Henni A. «Le syndrome islamiste et les mutations du capitalisme» , Non Lieu/Edif 2000, Paris, 2008 Hachemaoui M. «La représentation politique en Algérie : entre médiation clientélaire et prédation (1997-2002), Revue française de science politique, vol. 53, n° 1, février 2003.
	-Martinez Luis. «Violence de la rente pétrolière»,  Presses de Sciences Po, 2010.
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           <title>Ce que peut inspirer leur débat</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
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           <pubDate>Sat, 12 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	«Une myrtille parmi les orties est une myrtille». Proverbe juif, le Talmud, Sanhédrin, Ve siècle. 
	BHL, philosophe de son état, se disant juif et français avec de «solides» relations avec Israël, est l’illustration parfaite de la frilosité qui caractérise certains milieux politiques français. Le débat qui l’a opposé à Zohra Drif a moralement mis en réalité à rude épreuve son appartenance à la judéité et repose la problématique du rôle de l’intellectuel et son apport à sa culture française.
	Le philosophe s’inscrit en réalité dans un courant politique français qui se caractérise par son empressement à faire de la France un simple vassal, la cantonnant dans un vulgaire strapontin dans les stratégies de ceux qui occupent les fauteuils.

	Décidément, de Gaulle, qui avait son idée du rôle de son pays, dérange encore en France où, comme un peu partout ailleurs, les idées supplantent les idées.
	Le débat l’ayant opposé à celle dont les exploits et l’engagement lui permettent de se targuer d’être une des représentantes de l’une des plus grandes révolutions du XXe siècle — il s’agit de Mme Zohra Drif — est, de par son contenu et ses provocations, révélateur de la dichotomie de la personnalité de ce philosophe portant la démocratie au bout du fusil. On constate l’approche diachronique qui a marqué son intervention au cours du débat : le passé (une cause juste), en insistant sur ce qu’il ne fallait pas faire, et le présent, avec la définition de l’identité algérienne en insistant sur ce qu’il faut faire. En somme, des relents de colonialisme revanchard et de néocolonialisme arrogant.

	
	Le passé, une cause juste mais…

	
	BHL ne tarit pas d’éloges sur la justesse de la cause algérienne, mais son intelligence voudrait qu’elle soit associée à des actes terroristes, c’est une démarche on ne peut plus machiavélique.
	Ce philosophe prétend appartenir à la judéité dont la longue histoire est jalonnée de souffrances et qui fut effectivement victime d’un autre «choc des civilisations». Massada, les pogroms successifs de Russie tant décriés par Tolstoï et Gorki, l’affaire Dreyfus, les fours crématoires ne sont que certains des nombreux jalons de cette histoire. BHL peut-il faire fi de ces souffrances en ignorant celles des autres peuples, comme le dénotent les arguments avancés ? En fait, il ne semble retenir de l’histoire de la communauté à laquelle il appartient que le sionisme dont il s’imprègne d’ailleurs et qui l’éloigne de la philosophie, ennemie des certitudes et amie des questionnements.

	
	Pourquoi la révolution algérienne et des Zohra Drif ?

	
	Le colonialisme fut synonyme d’expropriations, de déportations, d’internements, de génocides et de macchabés arabes dans leur propre pays. Les enfumades furent les précurseurs des fours crématoires. Les cîmes de nos djebels furent autant de Massada et parfois même sans la possibilité de connaître le même sort que celui des prisonniers de la citadelle.
	Dreyfus, victime, a été rétabli dans ses droits alors que nos Dreyfus à nous, c’est-à-dire les indigènes qui ont participé, lors de la Seconde Guerre mondiale à la libération de la France et des juifs, indigènes comme nous avant Crémieux et apatrides avec Pétain, ont connu le 8 Mai 1945 notre Auschwitz à nous.
	Ne pas reconnaître la souffrance de l’autre en tentant de discréditer sa réaction, c’est renier sa propre souffrance. Ce n’est pas le propre du juif ni d’ailleurs du philosophe, c’est le propre du sioniste. Mais sait-il que trop de sionisme finira par tuer le sionisme ?

	
	L’apport de la révolution algérienne à l’humanité

	
	De nombreux penseurs et philosophes jalonnent l’histoire  des nations et des peuples. Certains furent porteurs de générosité et d’humanisme, mais ils furent altérés par les politiques. Et même parmi ces derniers, certains ont été parfois animés d’idéaux qui furent à leur tour bafoués. L’ostracisme, l’ethnocentrisme, pères de la théorie de la pureté du sang, des lois raciales, des lois de Nuremberg et des lois fascistes ont régné aussi bien chez les premiers que parmi les seconds.
	Respectivement, Joachim Du Bellay, le «bon» roi Henri IV avec son Premier ministre Sully et enfin Blaise Pascal illustrent ces trois courants qui sont loin d’être exhaustifs. Enfant, je fus parmi les rares Algériens à fréquenter l’école primaire. Cette dernière me faisait rêver de la «‘‘France, mère des armes, des arts et des lois’’ si chère à Du Bellay, mais vite je déchantais, car les indigènes que nous étions n’avions connu de cette France coloniale que les armes tournées et retournées contre nous. La France n’avait pas encore terminé sa ‘‘mission civilisatrice’’» pour que nous puissions admirer la Joconde et nous étions trop Vendredi pour pouvoir nous imprégner des lois. J’étais donc différent du Français.

	Cette école me faisait languir de la poule au pot que notre «bon» roi nous avait promis pour chaque dimanche. Cette poule finit par ressembler à Godot. La pauvre Fatma de mère que j’avais avait toutes les peines du monde, ce jour-là et les autres, à tromper la faim de la petite Cosette de sœur que j’avais. J’ai compris que ce pot m’était interdit. Je ne pouvais donc être Français. Et c’est ainsi qu’arriva la révolution et qu’apparurent les Zohra Drif, qui vont faire de leur lutte pour la liberté la meilleure des fresques que pouvaient et peuvent encore admirer l’humanité et la philosophie au sens noble. Cet art va être associé à la seule arme qui soit légitime, celle qu’on utilise pour recouvrer sa liberté sacralisée par la loi humaine qui se confond avec le droit à la vie.Quant à la certitude dont se prévalait Du Bellay, l’indépendance de mon pays donna tout son sens à sa conjecture : «Vérité en-deçà des Pyrénées, erreur au-delà», à condition évidemment d’être de la rive sud. L’oppresseur ne peut être dans le vrai et l’opprimé étant fragile ne peut se permettre l’erreur.

	
	Notre présent et les injonctions de BHL

	
	L’arrogance qu’on peut définir comme étant la sublimation de l’ego se retrouve, quant à elle, dans le deuxième temps où l’injonction supplante la philosophie. Je retrouve là l’esprit néo-colonialiste par excellence BHL et l’identité des Algériens
	Je ne voudrais pas relever tous les paradoxes qui ont émaillé ses interventions lors de ce débat, mais j’en retiendrai un seul qui montre que son outrecuidance dépasse et de loin celle du Front national. En effet, et selon ses propres propos, il condamne, et c’est son droit, la conception que se fait ce parti de l’identité de la France. Il déplore également la place de l’Africain et de l’Arabe dans cette conception tout en  occultant la place du juif. Ne serait-ce qu’un détail ? Il peut en réalité s’arroger le droit de condamner sa compatriote, en l’occurrence Mme Marine Le Pen qu’il cite, mais ne participe pas à la redéfinition de cette conception ou à l’élaboration d’une autre. Par contre, il se permet de définir notre identité.
	C’est ainsi que  BHL nous vient en aide, et nouveaux bourgeois gentilshommes que nous sommes, nous découvrons que nous sommes «gréco-romains, musulmans, juifs, français…». Mon pays est effectivement un creuset de l’histoire, mais je voudrais préciser que la culture et la langue françaises, en plus de constituer un butin de guerre, nous ont été réellement prodiguées par l’Algérie indépendante grâce à Zohra.

	En plus, ce philosophe ignore-t-il que nous autres Algériens appartenons à une civilisation qui a connu son apogée grâce,  entre autres, à la maîtrise des langues et l’imprégnation des autres cultures. Quant à la culture juive, ce cher cousin malgré tout, devrait interroger l’histoire non pas seulement de mon pays, mais celle des Arabes et qu’il ose un parallèle avec les souffrances des juifs évoquées plus haut. Il admirera sûrement la symbiose qui souvent caracterisait cette histoire. Malgré Crémieux qui n’est pas sans rappeler à certains de grands moments dans le palmarès du retournement, nos autres compatriotes juifs se rappelleront sûrement la solidarité des indigènes faisant fi des injonctions de Pétain. Et Zohra, abhorrant l’ingratitude, n’a pas manqué de rendre hommage à nos résistants de confessions chrétienne et judaïque. Dans quelle lignée se situe BHL en référence à ce Crémieux qui n’a pas évité à son grand-père d’être «humble parmi les (indigènes) humbles» et qui ne faisait que pratiquer la politique du diviser pour régner» ?
	Pour ce qui est de notre identité, que le  bon samaritain se rassure :  en sus de sa participation aux grands mouvements de l’histoire et des influences réciproques qui en ont découlé, l’Algérie est musulmane. Elle n’est pas berbère. Elle est amazighe parce qu’elle est arabe, et elle est arabe parce qu’elle est amazighe, comme le rappelait un grand homme de culture. Et bien avant, en ce domaine, de Gaulle avait échoué.

	
	BHL veut le «printemps algérien»

	
	Les jeunes Algériens comprennent aisément les tenants et aboutissants de ces «printemps arabes» et ont sûrement apprécié les sermons de ce philosophe en Libye, faisant de lui le prêtre de ce que j’oserai lui concéder : la démocratie BHL. Contrairement aux certitudes sur lesquelles certains politiques français veulent fonder leurs stratégies, notre passé révolutionnaire court dans les veines de nos jeunes, et ils ont sûrement retenu la sentence de Jomo Kenyatta, un des leaders africains incontestés de la décolonisation qui avait déjà affirmé à propos du colonialisme : «Lorsque les Blancs sont venus en Afrique, nous  avions les terres et ils avaient la bible. Ils nous ont appris à prier les yeux fermés : lorsque nous les avons ouverts, les Blancs avaient la terre et nous la bible».
	Les jeunes Algériens, en vous écoutant, ne veulent sûrement pas être contraints dans quelque temps de reconnaître que quand l’Occident avait voulu les mondialiser, il avait la «démocratie BHL» et ils avaient le pétrole et que maintenant, l’Occident a le pétrole et eux se trouvent privés de démocratie (et c’est là l’objectât réel). Quant à une de vos réponses lors du débat selon laquelle l’Algérie connaîtra son printemps arabe, vous me rappelez un conférencier participant au colloque sur les «printemps» tunisien et égyptien, organisé par un quotidien algérien, et qui avait émis le souhait que tous les peuples arabes sauront conjuguer le verbe dégager. Devant tant de philanthropie, j’avais rassuré le conférencier et je vous rassure à l’occasion : «Le peuple algérien sait conjuguer ce verbe : il l’a fait le 1er Novembre 1954 en disant au colonialiste : ‘‘Dégage !’’ Il l’a répété en Octobre 1988, tout comme il saura éventuellement, au moment opportun qu’il choisira lui-même et uniquement lui-même, le conjuguer encore si besoin est.»
	Les jeunes Algériens, s’inspirant de l’esprit qui animait Jomo Kenyatta et ses pairs et conscients de la nature des relations internationales, ne voudront sûrement pas que «le peuple exige pour que certaines puissances, en nouveaux  colonisateurs, s’érigent».                               
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           <title>De la crise mondiale aux régimes islamiques dans les révolutions arabes</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
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           <pubDate>Sat, 12 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Pourquoi ces bouleversements dans le monde, aujourd’hui ? Pourquoi la crise économique et financière qui continue depuis 2008 à battre les «cartes du monde» ? Pourquoi ces révolutions arabes, aujourd’hui, qui ont déboulé sans crier gare, alors qu’elles n’étaient pas «attendues» ? S’agit-il d’une grande machination occidentale que les gouvernants autoritaires arabes n’ont pas vue et qui s’inscrit dans la stratégie occidentale pour une emprise totale sur la région la plus «convoitée» du monde ? Comprendre, précisément, ce qui se passe aujourd’hui, nous pousse à baser notre réflexion sur la «finance» qui nous montrera les lignes de force futures dans le monde.

	
	L’impasse dans la «création monétaire» tous azimuts par l’Occident

	
	La crise des «subprimes», en 2007, qui s’est transformée en crise financière en 2008, a amené les pouvoirs publics aux Etats-Unis et en Europe à injecter des milliers de milliards de dollars pour sauver les banques, alors que ces mêmes banques ont été à l’origine de la crise. Si les pays occidentaux ont, certes, sauvé leur économie, ce qui est vital, le sauvetage s’est effectué néanmoins sur fond d’endettement public. Aussi, la dette publique totale américaine est passée de 6000 milliards de dollars US en 2002, soit 40% du PIB, à 15 000 milliards de dollars US en 2011, soit 100% du PIB (source : Treasury direct «The debt to the Penny and Who Holds, 9 september 2011, http:/www.treasurydirect.gov/NP). Un montant de 9000 milliards de dollars US a été émis par le système bancaire américain entre 2002 et 2011. Impensable, en une seule décennie. L’Europe a injecté 2600 milliards d’euros depuis 2008, faisant passer la dette publique de la zone euro de 5900 milliards d’euros en 2006, à 8500 milliards d’euros en 2011. Ces financements par les Etats-Unis et l’Europe n’étaient possibles que parce que le dollar et l’euro sont les monnaies dominantes du système financier et monétaire international. En composition dans les réserves de change, dans les Banques centrales du monde, ils représentent respectivement 62% et 27,5%, soit près de 90% de la masse de liquidités internationales dans le monde.

	La livre sterling représente environ 4,2%, le yen environ 3% et le franc suisse 0,1%. Enfin, les autres monnaies convertibles dans le monde représentent environ 3%. Ainsi se comprend la facilité avec laquelle les Etats-Unis et l’Europe, grâce au «droit de seigneuriage» qu’ils ont sur le monde, financent leur déficit et réalisent des montages financiers, tel le Fonds européen de stabilité financière (FESF) pour venir en aide aux pays européens en difficultés (Grèce, Espagne, Portugal, Italie, France…). Cependant, il y a un paradoxe dans cette «création monétaire tous azimuts» pour financer les déficits budgétaires qui sont, forcément, commerciaux avec les pays du reste du monde. C’est qu’une grande partie de ces financements va vers les pays émergents et les pays pétroliers. L’Occident en est conscient, mais malheureusement se retrouve «otage» de cette conjoncture inédite qu’il a créée lui-même et qui s’est transformée en ce qu’on peut appeler les «contingents» de l’histoire. Pour ne citer que quelques pays, qui, par exemple, disposent de grandes réserves de change (données de mars/avril 2011), la Chine est le premier détenteur du monde avec 3045 milliards de dollars US.

	La Russie est classée troisième avec 525 milliards de dollars US, l’Arabie Saoudite quatrième avec 466 M$. Singapour onzième avec 243 M$, l’Allemagne douzième avec 221 M$. L’Algérie, un pays en voie de développement, treizième avec 186 M$, surplombe la France avec 182 M$, l’Italie avec 164 M$, les Etats-Unis avec 143 M$ et le Royaume-Uni avec 119 M$. Excepté l’Arabie Saoudite, elle surplombe tous les pays arabes et non arabes du cartel pétrolier. Dès lors, on comprend pourquoi les pays émergents sont les grands gagnants de la crise financière qui frappe l’Occident, et pourquoi les pays asiatiques ont salué le dernier plan européen (FESF) en octobre 2011.  Mais l’Occident ne peut vivre indéfiniment à crédit, c’est-à-dire à créer de l’argent parce qu’il dispose seul de la «monnaie internationale» pour financer ses déficits extérieurs, et surtout «son endettement», qui ne donne aucune garantie aux pays du reste du monde, si ce n’est la confiance que ces pays lui concèdent.

	Les pays du reste du monde continueront à «accepter de la monnaie occidentale» tant qu’elle consolidera leur économie. Passée cette consolidation, ils vont chercher à «créer leur propre monnaie pour obliger les pays occidentaux à échanger des richesses contre des richesses», où les monnaies ne seraient que des étalons de richesse approuvés par tous les marchés internationaux, c’est-à-dire par tous les pays. Le yuan chinois commence déjà à «s’internationaliser», d’autres pays suivront, comme l’Inde, voire la Russie et le Brésil, qui ont déjà des monnaies convertibles (rouble et real) et dont les nouvelles monnaies s’étendront aux pays de leur sphère d’influence, constituant plus tard de véritables zones monétaires, à l’instar de ce qui a prévalu dans les années 1930, à la veille du deuxième conflit mondial.

	
	L’équation de l’Iran : quel poids sur le nucléaire et sur le dollar ?

	
	Les phénomènes qui suivent la crise financière mondiale sont en train de développer des forces inconnues jusqu’alors, qui, demain, frapperont nombre de pays, y compris ceux qui se croient à l’abri. La crise n’en est qu’à ses débuts, il n’y aura vraisemblablement pas de reprise ni en V, ni en W, ni en U, tant que les problèmes monétaires ne seront pas résolus. Bien plus, il y a un risque ouvert possible à tous, y compris un risque réel de «déflation mondiale». Ce qui serait la plus grave crise après celle des années 1930. Trois années nous séparent de 2015. D’ici là, qu’en sera-t-il du monde ? On parle déjà de péril en 2012 pour l’économie mondiale. Aussi, les Etats-Unis sont conscients que si des monnaies émergentes s’internationalisent, surtout le yuan, ce sera non seulement la fin du dollar comme monnaie dominante dans le système monétaire international, mais aussi de l’euro.

	La Chine aussi cherche à commercer le pétrole et les matières premières dans le monde en yuans, donc à les facturer en yuans, ou par le troc (échange de biens et services chinois contre matières premières), ce qui se fait déjà, d’autant plus qu’une brèche à été ouverte dans l’«île mondiale», c’est-à-dire l’Iran et la Syrie, qui sont entièrement alignées aux deux grandes puissances, la Chine et la Russie. Les Etats-Unis sont conscients que la guerre menée en Irak est un échec, que les objectifs de la mainmise totale sur les grands gisements du Moyen-Orient ne sont pas atteints. Par conséquent, un nouveau plan mondial est mis en œuvre, depuis la remise en question par l’opposition de la réélection du président sortant iranien, en 2009. Les Américains ont compris qu’une guerre contre l’Iran ne déboucherait sur rien, même avec l’emploi d’armes nucléaires, qui ne rendraient que plus solidaire le peuple iranien et surtout «victime».

	Les Américains ne pourront pas faire ce qu’ils ont fait à Hiroshima et Nagasaki. Le monde musulman a cela de particulier par rapport aux autres peuples, il a l’Islam dans le sang et il sait qu’ils ont Dieu pour eux, surtout s’ils sont agressés. Et les Américains le savent. Cependant, le Dieu musulman ne leur dit pas de se complaire dans leur sort, mais de bouger pour prendre leur destin en main, ce que les musulmans ne font pas. C’est pourquoi les Américains ont joué sur la fibre démocratique pour les peuples arabes en poussant les dictatures dehors (printemps arabe), ce qui n’était pas difficile, puisque l’Egypte comme la Tunisie vivaient aussi de subsides occiden taux ou de marchés touristiques. Ainsi se comprend la neutralité des forces armées face aux revendications populaires. Ce qui a été une bonne chose pour les peuples, mais que l’on peut inscrire néanmoins comme «contingent» dans la stratégie américaine, puisque cette démocratisation n’a été voulue que pour servir des objectifs à la fois stratégiques et économiques.

	D’ailleurs, des révolutions vite remplacées par des islamistes suite à leur victoire aux élections. En Tunisie, en Libye, en Egypte, au Maroc, etc. Cela étant, les objectifs ne sont pas atteints. La Syrie reste dans la ligne de mire. Mais pourquoi la France, comme d’ailleurs les pétromonarchies arabes, au début du printemps arabe, voyaient dans les mouvements populaires un danger pour l’ordre occidental et monarchique ? Les pétromonarchies ont craint même pour leur régime. Puis, après les destitutions en janvier et février 2011 des présidents tunisien et égyptien, et suite aux mesures prises par les régimes monarchiques sur le plan social et sécuritaire, ils ont tous pris fait et cause pour les peuples libyen et syrien. Il est évident qu’abattre les régimes libyen et syrien «isolerait» l’Iran, car le vrai danger pour les pétromonarchies, ce n’est pas tant l’enrichissement du nucléaire iranien, d’autant plus que l’Iran sait que s’il procédait à un essai nucléaire, il donnerait un prétexte tant attendu et il offrirait sur un plateau d’or l’«argument» aux Etats-Unis pour en finir avec l’Iran. Quitte à non seulement détruire les sites d’enrichissement nucléaire, mais à raser même des villes iraniennes au «prétexte sacro-saint de sauver l’humanité». Ni la Chine ni la Russie ne pourraient les en empêcher. Ce sera alors l’occupation et le changement du régime iranien. Par conséquent, l’Iran ne pèse rien sur le plan nucléaire. Le vrai danger c’est le dollar, en tant que monnaie de facturation du pétrole, qui aura un «effet lourd» sur les cours du pétrole.

	
	Un monde à venir «difficile» pour les pays musulmans

	
	Ainsi, on comprend pourquoi les Etats-Unis, l’Europe, Israël et les pétromonarchies ont tous intérêt à mettre fin à ces «enclaves de rébellion» constituées par l’Iran, la Syrie et le Liban qui continuent à résister à l’ordre occidental. En cas d’internationalisation du yuan et autres monnaies émergentes, le processus des déficits américains qui tendaient à déprécier la monnaie américaine et la hausse des prix du pétrole avec un effet déflationniste majeur (plus de demande de dollars par les pays consommateurs par la hausse des prix) sur les émissions monétaires américaines, ne pourrait plus jouer. Conséquence : les Américains se verraient obligés de lever des impôts ou de réduire les dépenses publiques, ou les deux. Même situation pour l’Europe. Israël ne pourrait plus compter sur l’aide américaine. Pour les pétromonarchies arabes, elles feront face à la «vérité des prix du pétrole», ce qui veut dire qu’elles aussi devront lever des impôts pour financer les dépenses publiques non couvertes par le pétrole.

	Et là, ni les régimes islamiques ni tout autre régime politique arabe ne sauveront la mise aux populations, s’ils ne créent pas de l’emploi, s’ils n’investissent pas sur des créneaux porteurs pour la «paix sociale», s’ils ne s’ouvrent pas à la modernité. Sinon, ils risquent tout simplement des crises sans fin. Donc, être compétitifs dans un monde «devenu plus difficile pour l’ensemble des pays» sera le leitmotiv, tel est le futur du monde musulman, y compris l’Iran. Aucun système politique ne peut perdurer indéfiniment, tout est dans l’évolution des peuples et des générations. Guerre ou non contre l’Iran, la crise mondiale, en 2008, est comparable au «contingent» que fut la crise de 1929, et ce qui a prévalu après le deuxième conflit mondial, l’Afrique et l’Asie «se sont libérées» de la tutelle coloniale.

	
	N. B.
	Cet article est extrait d’une étude qui a pour thème, «Orient, Occident et monde islamique. Histoire et perspective », du même auteur, 2012. (A paraître).
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           <title>Propositions pour un enseignement de qualité</title>
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           <pubDate>Sat, 12 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Alors que la somme des connaissances en médecine est en constante progression, obligeant les professionnels de la santé des autres pays à acquérir de nouvelles compétences et à utiliser les nouvelles technologies de l’information et de la communication, nous constatons ici, au contraire, que les programmes d’enseignement des différentes spécialités n’évoluent guère et demeurent cantonnés à des cours magistraux, lesquels, lorsqu’ils sont assurés, sont livrés sans aucune approche didactique à des médecins résidents peu intéressés. La qualité de la formation,  de par l’insuffisance et l’inadaptation de l’enseignement dispensé et des supports pédagogiques employés, est en régression d’une année à l’autre, reléguant l’Algérie dans les classements internationaux à des positions où nous distancient des pays voisins comme le Maroc ou la Tunisie.

	Evidemment, la problématique de la formation médicale ne saurait se soustraire à la réalité systémique, sociopolitique et culturelle de notre pays. Il serait illusoire de penser qu’une réforme approfondie dans le domaine puisse se faire en-dehors d’une approche plus globale, qui intégrerait notre système d’enseignement universitaire et celui de la santé dans ses interactions avec les autres secteurs d’activités. Mais si le problème est complexe, il demeure inadmissible qu’aucun projet de refonte sérieux ne soit venu établir les bases d’une réviviscence salutaire en mobilisant les voies et les moyens d’une action pédagogique efficiente où ne serait plus désormais privilégiée la formation de masse aux dépens de la compétence et où les capacités d’enseignement ne seraient pas débordées par le nombre pléthorique de médecins résidents à prendre en charge. 

	S’il est reconnu que la théorie soutient la pratique, il est regrettable que les mêmes cours éculés soient rebattus à des générations d’apprenants, qui devront plus tard — après les avoir «ingurgités» — les restituer fidèlement à l’occasion d’examens sans aucune compétence évaluative plus aptes à juger de la capacité à mémoriser que celle de comprendre, ne servant in fine qu’à valider l’année et non les savoirs.  Ne serait-il pas plus judicieux d’actualiser les programmes en les rendant disponibles via un portail pédagogique cybernétique dynamique, utilisant des ressources multimédia, auquel l’apprenant aurait accès par le biais d’un code personnel remis au moment de son inscription afin de lui permettre de préparer de manière ludique ses cours magistraux. Ne serait-il pas plus avantageux de recourir systématiquement aux travaux dirigés en petits groupes avec simulation de cas et études de dossiers pratiques afin d’améliorer le raisonnement clinique, l’esprit de synthèse et développer les «réflexes d’analyse» que doit acquérir un médecin résident face à une problématique tirée du réel.

	Pourquoi ne pas privilégier l’accès à des références bibliographiques indicatives et une revue de la littérature accessible pour chaque question étudiée ? Ne serait-il pas plus profitable de généraliser l’élaboration didactique d’un item donné en colloque, mais aussi l’exercice à la lecture critique et à la rédaction d’articles scientifiques, tout en rendant accessible à moindre coût les outils pédagogiques nécessaires ?  L’enseignement théorique des spécialités médicales ne doit plus être ce détail désuet fait de laïus abscons et «billé»  dans l’indifférence à une assistance détachée, que viendra sanctionner une évaluation sommative à l’intérêt plus administratif que pédagogique, dont, par ailleurs, le caractère sanctionnant — notamment pour les spécialités chirurgicales — est un non-sens, compte tenu de la formation reçue en amont, et davantage pour les médecins résidents en tronc commun dont ce n’est pas la spécialité.

	
	Objectifs précis

	
	L’évaluation, pour être juste et fidèle à la réalité des connaissances et des compétences acquises par le médecin résident, doit être structurée et continue, reposant sur des objectifs pédagogiques précis à atteindre, correspondant à un volume horaire défini pour chacun, tant sur le plan théorique que pratique, et cela pour chaque spécialité et pour chaque année d’étude. Ces objectifs doivent être arrêtés en comité et portés de manière exhaustive sur le carnet du résident afin qu’ils puissent servir de références, de guide à la formation, d’outil fiable pour l’appréciation du degré d’acquisition des connaissances, aussi bien pour le médecin résident dans sa démarche d’apprentissage que pour le formateur dans son évaluation. Une évaluation qui ne pourra alors qu’être objective et documentée, puisque factuelle et ne dépendant plus exclusivement d’appréciations approximatives et «d’impressions personnelles».

	Tous les critères à évaluer (connaissances théoriques et pratiques, compétence à la consultation et aux visites, présentation de dossiers, raisonnement et attitudes cliniques, gestes chirurgicaux et techniques...), mais également ceux relevant des attitudes (sens du travail en équipe, assiduité, comportement face aux malades, orientation éthique, fiabilité et gestion du stress...), devront y être notés, précisément de manière à permettre une évaluation formative continuelle, astreignante, répétée, seule à même de juger de la progression effective du médecin résident dans l’acquisition de ses compétences.  Une évaluation sommative et sanctionnelle en fin de stage n’a de pertinence que si la qualité de l’enseignement et de la prise en charge en termes  d’objectifs pédagogiques atteints est à la hauteur.

	Ces derniers ne doivent pas se limiter à une déclaration de bonne intention paraphée en des rapports à l’onction théorique, mais prendre véritablement chair dans la réalité de l’apprentissage quotidien dans les différents services, au travers de mécanismes de formation et de procédés d’évaluation continue. Le recours à des formules de notation plus adaptées tenant compte des options de spécialité dans l’élaboration d’une moyenne entre examens théorique et pratiques doivent être discutées et confrontées aux expériences d’autres facultés à travers le monde. Il est par exemple internationalement admis aujourd’hui que l’appréciation des acquis lors de l’épreuve théorique est plus pertinente lorsqu’elle repose sur l’association Test de concordance de script (TCS)/QCM — permettant de juger à la fois le raisonnement clinique et la maîtrise des connaissances — plutôt que sur les questions ouvertes, où seule la mémorisation est appréciée.

	Des possibilités associant différentes méthodes d’évaluation sont possibles et doivent être mises en place dans un esprit d’exégèse et de concertation.  Evidemment, cette exigence de qualité formative visant à identifier les acquis en termes d’intellection théorique et de gestes pratiques maîtrisés (en particulier pour les spécialités chirurgicales) pose un sérieux problème de compétence à la validation pour bon nombre de services où la formation pratique est insuffisante et où les médecins résidents sont livrés dans leur parcours non pas à des critères académiques, scientifiques identifiés, mais au hasard, à la recommandation, à l’affinité «personnelle» qu’ils doivent créer avec leurs formateurs pour pouvoir bénéficier au prorata de l’humeur de ces derniers de tel ou tel autre apprentissage.

	
	Parfaire la formation

	
	Il n’est plus acceptable que le médecin résident se voie constamment renvoyé à cette nouvelle panacée des formateurs démissionnaires qu’ils appellent «auto-formation». Car, c’est manifestement devenu le mot à la mode pour signifier non plus l’effort personnel et indispensable que doit fournir naturellement chaque médecin résident pour parfaire sa formation en recourant à des lectures, à des recherches, à l’étude de dossiers ou en multipliant ses heures de présence hospitalière, mais sert désormais de caution aux formateurs pour éluder leurs responsabilités et cela en livrant le médecin résident à lui-même, sans encadrement pédagogique ni assistance tutélaire. La chose est d’autant plus patente et grave lorsque ce dernier se retrouve seul, en consultation ou aux urgences, face aux malades devant assumer dans la difficulté et l’inconfort des décisions thérapeutiques qui engagent sa responsabilité et peuvent contrevenir de manière dramatique à la santé du malade.

	Est-il besoin d’évoquer ici les gardes nombreuses, tant en chirurgie qu’en médecine, où l’habitude fut prise de remplacer officieusement les médecins spécialistes par des médecins résidents en dernière année de formation, souvent contraints d’accepter pour ne pas disconvenir à leurs aînés, et cela dans l’illégalité la plus totale, en bafouant la déontologie et en faisant courir un risque certain aux malades. Est-il nécessaire aussi de rappeler la réalité de certaines gardes où le médecin résident doit assumer toute la charge de l’activité diagnostique et de soins, en sollicitant avis et recommandations «à distance». Ceux qui sont responsables du recul de la médecine algérienne et que l’on n’entend nulle part dénoncer la médiocrité érigée en système parce qu’ils en sont les promoteurs et les premiers bénéficiaires, ont brisé l’élan vers l’excellence et l’espoir de générations entières de médecins qui ne demandaient qu’à être formés dans les règles de l’art et qui se retrouvent hélas à se débattre entre la férule de l’incompétence et la morgue de l’oukase.

	Ils ont également laissé le champ libre à tant de médecins résidents serviles et opportunistes que les rouages de l’incurie et de la carence pédagogique arrangent pour ce qu’ils permettent de facilité à se hisser sans efforts ni compétences, en nageant dans les eaux troubles de la compromission.  Pourtant, la formation médicale dans ses acceptions pédagogiques les plus modernes comme les plus antiques reconnaît le tutorat ou le compagnonnage (notamment pour les spécialités chirurgicales) comme élément décisif permettant à l’apprenant l’appropriation des savoirs et l’habileté au geste, tout en constituant un référent indispensable pour l’évaluation continue. Tout projet de refonte pédagogique doit le confirmer et l’imposer comme condition observable, mesurable, intégrée pleinement aux modalités d’évaluation des acquis et compétences des apprenants.

	Il serait par ailleurs louable d’imaginer un mécanisme par lequel le médecin résident puisse à son tour juger de la qualité de l’enseignement théorique qu’il reçoit et du compagnonnage pratique dont il bénéficie afin d’optimiser la concrétisation des objectifs pédagogiques. Pour une meilleure compréhension et une plus grande adhésion au projet de réforme, la représentation des médecins résidents au sein des comités pédagogiques de spécialité est une problématique qu’il serait urgent de considérer afin que leurs intérêts et propositions soient défendus dans le cadre d’un dialogue pérenne et responsable entre les apprenants et leurs enseignants. C’est d’ailleurs en ce sens que fut publié — bien que demeuré lettre morte — l’arrêté 358/2011 du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique enjoignant aux recteurs d’université et aux doyens des facultés de médecine à permettre une meilleure représentation des médecins résidents au sein de leurs CP.

	Pourtant, il n’existe pour l’heure aucune procédure administrative à même d’organiser l’élection de représentants légitimes, et seule perdure la «cooptation» au niveau de certains comités. En dépit de cela, les médecins résidents continueront à se mobiliser pour améliorer leur formation et leurs compétences, pour être représentés au sein des comités pédagogiques, pour dénoncer la médiocrité à laquelle on les soumet — que certains parmi eux cautionnent —, et pour faire de cette nouvelle génération les promoteurs de l’éthique, du savoir-faire et du «savoir-être». Les médecins résidents ont aujourd’hui une responsabilité historique pour se montrer exigeants sur la qualité de leurs revendications pédagogiques afin d’améliorer le système de santé. Ils devront se montrer à la hauteur du défi d’excellence ou alors reproduire et approfondir davantage la déliquescence qu’ils ont cru dénoncer. Leur credo est simple et tient en peu de mots : «Nous voulons être mieux formés pour mieux soigner nos
	malades.» 
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           <title>L’aveu d’impuissance de l’Exécutif devant la gravité des problèmes du pays</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Contributions</category>
           <pubDate>Thu, 10 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Plus que jamais, notre pays a besoin d’avoir à sa tête des dirigeants responsables, sages, serviteurs de l’intérêt général, pourvus de la capacité de résoudre les problèmes du pays qui sont devenus de plus en plus complexes, à cause des multiples régulations que l’Etat doit assurer dans tous les domaines (économique, social, culturel, scolaire, sécuritaire, etc.). 
	Le constat d’échec est édifiant, et le CNES, peu suspecté d’ostracisme à l’endroit du pouvoir en place, surtout depuis la désignation de Mohamed Seghir Babès à sa tête, vient d’en apporter la preuve documentaire la plus irréfutable.
	Lorsque le Premier ministre se fait le simple commentateur de l’actualité, en dénonçant le crime organisé et le grand banditisme, il confesse son impuissance à prévenir et endiguer ces deux fléaux, et par voie de conséquence son inaptitude à gouverner le pays. Jamais la délinquance financière n’aurait atteint les sommets dramatiques qui sont aujourd’hui les siens, — ce qui augure mal du reste de l’avènement d’un Etat de droit avant des temps très lointains —, si l’Exécutif et les appareils répressifs qui lui sont subordonnés avaient été au service de l’intérêt de l’économie nationale, au lieu d’être asservis aux clans et factions, dont les barons de l’informel ne sont que les fidéicommis. Qui peut le plus peut le moins.

	Si un nombre non négligeable d’innocents (je ne peux manquer de penser à Mohamed Antri Bouzar pour lequel le patron des boissons Rouiba, le courageux Slim Othmani, ne cesse de se battre pour qu’il puisse bénéficier d’une grâce) peuvent être détenus des années durant, au mépris des règles les plus élémentaires de la procédure pénale, comment expliquer à l’opinion publique que les plus grands criminels en col blanc, suspectés d’évasion fiscale et de capitaux hors du territoire national, de contrebande aux frontières pour des montants avoisinant les 15 milliards de dollars par an, de trafic de drogue dure (cocaïne et héroïne), d’importation de véhicules volés à l’étranger qui sont activement recherchés par Interpol (M. Dominique de Villepin, alors ministre de l’Intérieur du gouvernement français, avait, en 2004, effectué une visite officielle en Algérie à la seule fin d’alerter le président de la République sur l’ampleur inégalée du phénomène des vols de véhicules à partir du territoire français et qui entraient sans difficultés sur le territoire algérien) coulent des jours paisibles sous le ciel d’Algérie, ou quittent le pays en se jouant des contrôles de la PAF, ou encore sont élargis après avoir purgé seulement le 1/20e de leur peine, lorsque par extraordinaire il leur arrive d’être jugés puis condamnés. Que le Premier ministre réponde.

	S’il est si facile de faire condamner dans notre beau pays des innocents, il ne devrait pas être tellement compliqué de laisser la police judiciaire et les magistrats (dont un grand nombre sont compétents et intègres, quoique puissent en dire les thuriféraires zélés d’une dépénalisation sans bénéfice d’inventaire de l’acte de gestion) aller jusqu’au bout de leurs investigations visant ces nouveaux fossoyeurs de l’Algérie indépendante, à propos desquels le retrait de leur nationale d’origine devrait être désormais à l’ordre du jour, quel que impressionnant que puisse être leur nombre. Entendre un Premier ministre se contenter de pousser des cris d’orfraie devant la montée de la corruption et de l’affairisme le plus sordide, alors qu’il est à la tête du RND depuis 1997, laisse pantois. N’a-t-il pas été le deuxième personnage de l’Exécutif à quatre reprises en 15 ans ? Last but not least, personne n’ignore que l’Alliance présidentielle au sein de laquelle son parti  joue un rôle prépondérant gouverne sans partage le pays, que la société civile est éclatée, que l’opposition n’est qu’une coquille vide et que les élites intellectuelles ont démissionné de leur office moral depuis longtemps.

	Un patriotisme économique en trompe-l’œil

	Quelques exemples suffiront à montrer que ce pays est gouverné de façon particulièrement insolite. Lorsque le Premier ministre fustige le FMI, en déclarant qu’il est fini le temps où celui-ci dictait aux autorités algériennes la conduite à tenir en matière de gestion des équilibres macro-économiques, il fait preuve d’une profonde immaturité politique. D’abord, le FMI ne porte aucune responsabilité dans l’endettement massif que le pays a connu à partir du milieu des années 1980 et tout au long des années 1990. Si les autorités algériennes ont été obligées, après moult hésitations, les unes plus injustifiées que les autres, de rééchelonner in fine leur dette, c’est à cause de la succession d’impérities commises par les successeurs de Houari Boumediène, alors que depuis quelques années, le FMI ne cesse de rappeler l’Algérie, comme il le fait à l’égard de tous les Etats prenant des libertés avec la gestion de leurs finances publiques, à une meilleure gouvernance de ses dépenses publiques.

	Jusqu’à preuve du contraire, le ministre des Finances algérien est désigné par le président de la République et non par le conseil d’administration du FMI. L’Algérie n’est pas, que l’on sache, formellement inféodée à quelque institution internationale que ce soit. Le rappeler avec ostentation relève d’une rhétorique inepte. Cela dit, il est normal que l’Algérie, en sa qualité de membre du Fonds, contribue à la stabilité financière internationale et à la consolidation des fondements de la reprise économique mondiale. Faut-il rappeler au Premier ministre que les ressources sollicitées par le FMI des Etats membres (d’un montant de 430 milliards de dollars) seront mises à la disposition des Etats pour la prévention et la résolution des crises qu’ils traversent et pour répondre aux besoins de financements qu’ils expriment. Il s’agit de prêts et non de dons.

	Ces prêts seront remboursés à l’issue d’une échéance à négocier et seront  majorés des intérêts de droit, comme vient de le rappeler la directrice générale du FMI, le 20 avril dernier. Pas de quoi fouetter un chat. Au moment où l’Algérie laborieuse (celle qui vit exclusivement des fruits de son labeur et non, bien évidemment, l’Algérie des rentiers et des spéculateurs), s’interroge sur la destination des milliards de dollars qui prennent chaque année la poudre d’escampette vers les paradis fiscaux, au moins sera-t-elle fixée sur le montant de la contribution de l’Algérie au FMI, ainsi que sur celui des intérêts qu’elle rapportera au Trésor public. Le Premier ministre n’a pas le droit de mettre en porte-à- faux notre pays par rapport à des institutions internationales que ses successeurs pourraient être amenés à solliciter si, comme tous les éléments disponibles le donnent hélas à penser, des ajustements macro-économiques délicats devaient être opérés dans les années qui viennent pour obvier à la dérive actuelle des finances publiques.

	Sur un autre registre, le patriotisme économique ne peut pas se décliner en déclarations d’intentions, effets d’annonce ou professions de foi stériles. Plus fondamentalement, le patriotisme économique est une chose, le non-respect par l’Algérie de ses engagements internationaux en est une autre. Lorsque l’Algérie s’engage par voie de traités et de conventions internationales, elle le fait en tant qu’Etat souverain et indépendant, nul ne pouvant, en principe la mettre en situation de conclure des accords qui nuiraient à ses intérêts. Or, que de lois et de décrets, présidentiels comme exécutifs, pris ultérieurement à l’introduction dans l’ordre juridique algérien de conventions internationales dûment ratifiées et que la Constitution (première source du droit) dote d’une autorité juridique supérieure aux lois, ne sont-ils pas venus remettre en question les avantages et privilèges accordés aux investisseurs étrangers et consacrés dans des clauses dites de stabilisation et d’intangibilité qui prémunissent ces investisseurs contre les aléas législatifs résultant d’une modification des lois et règlements applicables sur le territoire algérien. Jamais depuis l’indépendance, il n’y a eu autant de menaces de la part des investisseurs étrangers de recourir à l’arbitrage international contre l’Etat algérien et toujours dans les domaines stratégiques (hydrocarbures, télécommunications).

	Où est l’Etat législateur ? Ceux qui ratifient les conventions internationales appartiennent-ils à une autre administration d’Etat que ceux qui conçoivent les textes qui leur portent atteinte ? S’agissant de la stratégie industrielle, véritable serpent de mer des deux dernières législatures, le Premier ministre porte une part de responsabilité écrasante dans la poursuite du processus de désindustrialisation du pays, puisqu’aussi bien depuis 1999, il n’y a pas eu l’esquisse d’une esquisse de stratégie de redéploiement de l’appareil de production. Hamid Temmar se défend de tout immobilisme et semble accabler le Premier ministre qui aurait bloqué toutes ses initiatives depuis 2004. Ce qui ne fait pas de doute, par contre, est qu’en cette année 2012, l’Algérie ne dispose plus d’aucun avantage comparatif au sein de l’espace euro-méditerranéen parmi les pays de l’Est et du Sud de cette région, comme le prouve surabondamment l’implantation d’une usine de montage de véhicules Renault au Maroc et le refus prévisible de la firme Renault d’installer une usine comparable en Algérie.

	Et comme si cela ne suffisait pas à notre malheur, voilà le Premier ministre qui lance à la volée une algarade à l’endroit de la Turquie officielle, allant jusqu’à évoquer la fuite du dey Hussein d’Alger devant les troupes françaises d’occupation du maréchal de Bourmont en juillet 1830. Dérapages délibérés ou actes manqués, ils en disent long sur l’état d’esprit de certains de ceux qui gouvernent ce pays et démontrent le peu de respect et de considération dû à un pays frère qui comptera parmi les dix plus grandes puissances économiques du monde à l’horizon 2023. Lorsqu’on sait, par ailleurs, que la Turquie avait d’ambitieux projets de partenariat avec l’Algérie, dont notamment la fabrication de produits à haute valeur ajoutée destinés à l’exportation vers les pays d’Afrique qui connaissent depuis quelques années une forte croissance économique, on reste stupéfait devant un tel aveuglement.

	Une gouvernance approximative et improvisée 

	La loi de Finances complémentaire pour 2009 devait modifier en profondeur la structuration de l’appareil de production de l’Algérie, puisqu’elle était aussi bien censée, selon les propres termes du ministre des Finances, consacrer le choix de l’Algérie en faveur de l’industrialisation par substitution aux importations et une stratégie d’industrialisation par valorisation des exportations. C’est la première fois dans l’histoire moderne des nations qu’une loi de finances, qui plus est, complémentaire, recèle cette vocation de poser les linéaments d’une double stratégie d’industrialisation qu’aucun pays dans le monde n’a pu encore réaliser à ce jour. Cette prétendue instrumentation d’une nouvelle politique économique, plus que son caractère hétérodoxe, révèle la profondeur du mépris affiché par le Premier ministre à l’égard de tous les experts et spécialistes algériens qui ont dédié toute leur vie à l’étude et l’analyse de l’économie algérienne, en mettant en garde l’Exécutif contre ses choix et son impuissance à encourager la diversification de l’économie nationale, autrement que par l’incantation.

	Elle vient confirmer le fait que le gouvernement se gausse complètement des réactions que suscite sa propension à vouloir tordre le cou aux concepts et aux notions les mieux établis en sciences économiques et en économie politique. Ce que l’on observe trois années après l’adoption de la LFC pour 2009, est que les importations n’ont cessé d’augmenter, que les fraudeurs qui devaient être radiés de tous les registres du CNRC n’ont pas désarmé ou ont cédé la place à plus malfaisants qu’eux, que les exportations stagnent, cependant que la dépendance de l’Algérie à l’égard du pétrole augmente à mesure que s’accroissent les besoins sociaux des populations, l’achèvement de la transition démographique ne devant faire sentir ses premiers effets qu’à l’horizon 2025, mais alors le vieillissement de la population induira une augmentation considérable des dépenses de santé que la sécurité sociale ne pourra, à elle seule, prendre en charge, ainsi qu’une remise à plat de la retraite par répartition, tout au moins dans ses modalités actuelles. 

	Là, résident les défis du futur et nulle part ailleurs. Ni la situation sécuritaire prévalant dans la zone sahélo-saharienne ni les relents de terrorisme international, qui se trouvent imbriqués dans des liens complexes avec le crime organisé, ne menacent la stabilité du pays qui en a vu bien d’autres. C’est dans la gouvernance calamiteuse des affaires de l’Etat (que le CNES vient de mettre au jour de façon magistrale suite à une commande du chef de l’Etat) que gît la plus grande incertitude quant à l’avenir du pays et au destin des générations montantes. Mais si constat d’échec de l’action du gouvernement il y a, on s’en voudra de faire croire que les personnalités appelées à lui succéder feront subir au pays le saut qualitatif dont il a urgemment besoin.

	50 ans après l’accession de l’Algérie à l’indépendance et 23 ans après l’adoption du constitutionnalisme libéral, la société politique algérienne reste trop peu différenciée. Les mécanismes d’allégeance personnelle, les réseaux clientélistes, les solidarités familiales, claniques, tribales et, depuis 1999, confrériques, continuent de germer sur un terreau aussi fertile que celui qui avait irrigué les liens primordiaux à l’époque de l’Algérie précoloniale. C’est assez souligner le caractère potentiellement statique de notre société. Certes, il est exact qu’il existe un relatif polycentrisme des pouvoirs (rendu nécessaire pour la survie même du régime et imposé également par l’insertion contrainte de l’Algérie dans la globalisation), un certain pluralisme idéologique au sein de la société (attesté, entre autres signes, par l’extrême diversité des pratiques religieuses et un Islam revivaliste qui s’inscrit à rebours de l’islamisme radical des années 1990) ainsi qu’une certaine liberté d’expression qui incommode d’autant moins le pouvoir que le lectorat de la presse critique se rétrécit comme une peau de chagrin.

	Toutefois, l’ensemble des ces éléments ne font pas de l’Algérie une démocratie, ni même un pays en transition vers l’Etat de droit, il s’en faut de beaucoup. Le traitement policier des conflits, la violence judiciaire qui s’exerce principalement sur les lampistes et les électrons libres continuent de s’y déployer sur fond d’anomie sociale, d’apathie et d’indolence d’un corps social, hanté par les risques de dégradation de son pouvoir d’achat et les difficultés d’accès principalement aux soins, à l’éducation et à l’habitat social.  L’appropriation de la rente pétrolière par une minorité de privilégiés qui n’entendent fidéliser que des groupes sociaux étriqués ne disposant d’aucun ancrage social, exacerbe les frustrations sociales et alimente un incivisme et une indiscipline dans le travail qui ne laissent pas d’inquiéter, paradoxalement au moment où la mobilisation de toutes les forces vives du pays est devenue un impératif pour préparer l’après pétrole.

	Seule, pourtant, une véritable diversification de l’économie algérienne, pour laquelle milite activement le FCE, serait de nature à redistribuer les cartes en augmentant l’autonomie de tous les acteurs économiques, sociaux et culturels par rapport à l’Etat, tout en accroissant la part dans le PIB de la richesse produite par le travail des hommes et des femmes aux dépens de celle des hydrocarbures.  Malheureusement, il est impossible de se dissimuler le degré d’imprégnation de la mentalité rentière dans les comportements de la quasi-totalité de nos compatriotes, c’est dire si le chemin qui conduit à la vertu économique est encore long.

	Le Premier ministre aurait fait preuve d’humilité devant les faits, de modération dans son expression publique et de davantage de considération pour les populations algériennes (auxquelles il demandait, il y a encore quelques mois, de rendre grâce au ciel que les écoles publiques gratuites puissent servir de garderies pour leurs enfants) qu’il aurait été malséant de l’accabler. Mais grisé par les assurances supposées ou réelles qu’il aurait reçues de ses mentors sans lesquels il ne serait encore qu’un illustre inconnu, il a préféré prendre le parti de la condescendance, du paternalisme et du mépris pour s’adresser aux Algériens, qui, dans leur écrasante majorité, le rejettent.</description>
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           <title>L’Algérie, ou l’impossible changement</title>
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           <pubDate>Thu, 10 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Pour que se produisent des nouveautés dans la vie sociale, il ne suffit pas que des générations nouvelles arrivent à la lumière, il faut encore qu’elles ne soient pas trop fortement entraînées à suivre les errements de leurs devancières. 
	Plus l’influence de ces dernières est profonde — et elle est d’autant plus profonde qu’elle dure davantage —, plus il y a d’obstacles aux changements.Les élections n’ont pas intéressé grand monde, et la question du changement, sans épilogue, reste posée. Pourquoi cette obstination à refuser toute ouverture démocratique ? Le pouvoir a-t-il vraiment les moyens de faire de l’Algérie un pays sans printemps, juste pour se distinguer de ceux qui ont choisi, cette saison, pour faire tomber leurs dictateurs ? Il semble bien que même avec un printemps brûlant, le changement tel qu’il s’opère actuellement est désormais impossible. L’Algérie est-elle une exception ?

	Oui, elle l’est de par la particularité de son histoire, la nature de son régime politique ainsi que de la complexité de son tissu social. Elle a vu de l’échec et de la trahison, ce que les autres peuples arabes viennent de découvrir à la suite de leurs révolutions : une élite opportuniste, une opposition démocratique utopiste et un islamisme guettant, dans l’ombre, le moment venu pour glaner le fruit de l’effort des autres. L’Algérie a besoin d’un changement politique, économique et social, mais bien entendu, pas celui dont nous parle le pouvoir. Ce dernier avait effectivement une chance d’opérer de vraies transformations dans le système politique, mais malheureusement sa nature tyrannique les lui ont interdites, en pensant que malgré les révoltes qui éclatent çà et là, le bricolage peut bien assurer une période de sursis jusqu’à l’élection présidentielle de 2014.

	Jusqu’ici, cette stratégie a porté ses fruits ; il s’agit bien de révoltes et non de révolution ; la nuance donnerait à comprendre que le peuple algérien ne veut pas aller loin dans la contestation par sagesse, disent les uns et par méfiance, disent les autres. C’est cette hésitation populaire qui a encouragé le pouvoir à ne pas œuvrer réellement à un véritable changement. Mais qu’appelle-t-on un véritable changement ? Le pouvoir nous en donne une idée bien précise : changer du mauvais au pire, le président de la République, les ministres et les députés, exemple : Bensalah, de la présidence de l’APN à la présidence du Sénat, Belaïz, de la Justice au Conseil constitutionnel, et beaucoup d’autres exemples qui montrent bien quelle acception que ceux qui nous gouvernent donnent-ils  au concept : le changement équivaudrait à faire déplacer des pions sur un échiquier mal éclairé.

	A l’occasion des élections législatives du 10 mai, et voulant se montrer garant du changement,  le Président de la République, Abdelaziz Bouteflika, est allé jusqu’à qualifier l’événement d’un autre 1er Novembre 1954 ! Voilà une analogie démesurée provoquée par la hantise du printemps arabe, et pourtant l’Algérie à connu bien de «Printemps» antérieurs à celui des Arabes. A
	près cinquante ans d’indépendance, on découvre qu’on a besoin encore d’un autre 1er Novembre 1954 ! Et d’un million et demi de chouhada ? Et les sacrifices du peuple algérien durant toutes ces dernières soixante années ? Et les centaines de jeunes tués pour avoir réclamé le droit à une vie décente ? Sont-ils tous partis en fumée ? Résumer, c’est bien ;  oublier, c’est ignoble.

	Oser comparer une simple joute électorale à une sacrée date historique de l’importance de celle du 1er Novembre 1954 aurait provoqué le courroux de la fameuse famille révolutionnaire, si elle avait été  l’œuvre de l’un des opposants au régime, mais puisqu’elle nous est venue du Président, aucun «nationaliste» n’a voulu souffler mot pour dénoncer le fait de comparer l’incomparable. Les vrais Novembristes ne sont plus de ce monde, et ce ne sont pas aux faux moudjahidine qu’il faille s’attendre à une défense de la mémoire de Novembre 1954.

	Discutons maintenant un peu  de cette comparaison des législatives du 10 mai 2012 au 1er Novembre 1954, cela donnerait des résultats totalement contraires à ceux escomptés par celui qui les a établis. Si on admet que le 10 mai est semblable au 1er Novembre 1954, il en découlerait que l’étape antérieure au 1er Novembre est similaire à celle qui a précédé le 10 mai 2012, c’est-à-dire que les cinquante ans d’indépendance, dont les treize ans du règne de M. Bouteflika, sont analogues à celles du colonialisme français. Sur ce point précis, l’interprétation de la déclaration de notre président peut bien converger vers la célèbre phrase d’Ali Yahia Abdenour : «L’Algérie indépendante est une copie de l’Algérie colonisée». Pourquoi donc un autre premier novembre ? L’expérience est devant nous, et nous n’avons qu’à la regarder avec discernement.

	Dénoncer l’exploitation de l’histoire

	Pour qu’on ne vienne pas nous dire, en 2070, que l’Algérie a besoin encore d’un autre premier Novembre 1954, il faut oser, aujourd’hui, répliquer par la dénonciation d’une exploitation indigne de l’histoire pour assurer la pérennité d’un système peu démocratique. On aurait aimé voir notre président commercer cette entreprise de démystification en vue d’asseoir les fondements d’un véritable Etat moderne mais... Les réformes politiques ont été très timides, au point où il a été renoncé à beaucoup d’acquis arrachés à la suite des événements d’Octobre 1988.  Elles ont été confiées au plus médiocre Parlement depuis l’indépendance, histoire de dire clairement qu’il ne s’agit que d’un semblant de réformes. Telle est la manière dont use le pouvoir pour faire perdre du temps à l’Algérie, au moment où s’affairent les soi-disant opposants à ramasser les os : 462 postes de députés au plus offrant !

	Convoquer l’histoire pour contourner l’exigence d’un véritable changement ne peut guère être la bonne manière de répondre à l’appel de la raison.  Le passé et l’avenir sont deux sens contraires, et les regarder de la même façon ne fait que détruire ce qui reste encore de nationalisme chez les Algériens. Ceux qui gardent les  yeux virés au rétroviseur  n’arrivent jamais à démarrer ; et même s’ils le tentent, ils finissent sans doute au fond un ravin. De toutes ces considérations, rien n’échappe à ceux qui nous gouvernent. Ils savent bien quelle importance sont l’histoire et la religion, chez les Algériens. C’est de leur sensibilité qu’ils puisent les matériaux nécessaires au rafistolage du régime politique.

	Et malheureusement le président Bouteflika, qui n’a absolument rien à perdre en tentant un véritable changement, a préféré laisser la maison telle qu’il l’a trouvée en 1999. Il s’efforcera d’ici 2014, à épargner à l’Algérie l’éclatement qui la menace à tout moment. Ensuite il rentrera tranquillement chez lui. Entre temps, il y a bien des promesses : des élections législatives sans  trucage, un Parlement plus représentatif dont la principale mission sera l’adoption de la prochaine Constitution. Voilà la face cachée  d’une véritable entreprise conjecturale où tout est possible, sauf le changement. Car le Président n’exclut pas totalement la possibilité d’un quatrième mandat. Certes, sa réplique «Dieu seul est éternel» pourrait être interprétée comme un signe d’une intention de rendre les clés du palais en 2014, mais la révision constitutionnelle envisagée est aussi un indice  majeur d’un certain vœu de s’offrir un autre mandat présidentiel.

	Aussi est-il nécessaire d’ajouter que même si ce vœu de partir en 2014 venait à se réaliser, toute cette dynamique enclenchée, lors du printemps arabe, s’avérera vaine, puisqu’elle n’est qu’une sorte de réformes du dernier quart d’heure. Le futur président — il peut être bien l’actuel car on est encore loin du changement — se fixera comme objectifs : la révision de la Constitution, la réorganisation des rapports de force au sein du sommet de l’Etat  et la réduction du rôle du Parlement à la levée de la main, en attendant qu’il soit renouvelé en 2017. L’actuel président pourra bien assumer cette tâche sans nul besoin de recourir aux autres. 

	Les autres, ce sont ceux qui sont inscrits sur la liste d’attente : Ouyahia, Belkhadem, etc. Les élections, l’histoire, les présidents, les députés et les révoltes ont tous prouvé leur échec dans la concrétisation du changement. L’espoir  est certes permis, mais il n’en demeure pas moins que cela reste une vision peu réaliste, au vu des expériences vécues par le peuple algérien dans sa quête de liberté et dans sa lutte contre un régime qui s’est toujours obstiné à ignorer les grondements de la rue. Nous ne chantons pas le fatalisme, mais nous disons juste ce qui doit être dit sans animosité et sans complaisance.</description>
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           <title>Peut-on faire confiance au prochain Parlement ?</title>
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           <pubDate>Thu, 10 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Si les élections servent à quelque chose, ils les auraient depuis longtemps supprimées» (Coluche). «Les promesses électorales n’engagent que ceux qui y croient» (J. Chirac). 
	Désormais, les arracheurs de dents n’ont plus le monopole du mensonge, car je me suis laissé dire qu’on peut aussi mentir comme un politicard en pleine campagne électorale. Si l’action des premiers s’inscrit dans le cadre d’un mensonge pieux, afin de rendre service, les agissements des seconds ne peuvent entrer dans cette catégorie, tant leurs boniments sont des moyens de tromperie ayant pour but de décrocher un siège au sein d’une assemblée élue. Pour ce faire, certains candidats n’hésitent pas à dénaturer la réalité des choses, réalité du pays, de leur parti ou celle de leurs concurrents, en s’appropriant parfois des vertus et des pouvoirs surnaturels dans le but d’épater leurs potentiels électeurs.  De tous les mandats soumis au suffrage populaire, les sièges des deux chambres demeurent les plus convoités, eu égard aux avantages qu’ils procurent, dont notamment :
	- l’immunité contre toute poursuite judiciaire ;
	- l’enrichissement rapide grâce à des salaires mirobolants ;
	- l’absence de responsabilités liées à l’exercice dé la fonction ;
	- la notoriété même factice ;
	- des avantages socio-matériels multiples, etc.

	Ce qui justifie pour certains l’accomplissement de grands sacrifices, allant parfois à l’encontre de la décence et de la dignité humaine. A ce sujet, de nombreux journaux ont rapporté que plusieurs prétendus candidats aux prochaines élections parlementaires ont pleurniché comme des mômes, parce que leurs noms n’ont pas été retenus par leurs formations politiques respectives, alors que d’autres ont carrément changé de bord, reniant ainsi toutes les convictions qu’ils ont formulées lors de leur activité partisane, mettant ainsi en application la citation de N. Bonaparte : «L’absurdité n’est pas un obstacle en politique.» Ce qui fait le jeu du pouvoir qui a œuvré pour la clochardisation de la vie politique par l’avilissement des hommes intègres et l’embellissement de ceux qui ne le sont pas ! Que nous offre notre paysage politique comme alternative où sévit un climat parmi les plus arides sur le plan de la démocratie et des libertés et où tous les moyens sont bons pour marauder les voix de nos pauvres électeurs ?

	1- Les deux «grands partis, le FLN et le RND, qui estiment que leur éternelle légitimité a été acquise après avoir mené, une guerre de libération pour les premiers, et pour les seconds une guerre contre le terrorisme, ce qui a consolidé leur ancrage dans toutes les institutions de l’Etat qu’ils n’ont d’ailleurs jamais quitté depuis l’indépendance. Ils sont de ce fait les principaux responsables des échecs successifs qui ont jalonné la marche de notre pays pour le développement et la prospérité. On ne peut leur pardonner la situation (tous secteurs confondus) dans la quelle se trouve actuellement l’Algérie.

	2- Les partis islamistes, qui, vraisemblablement, ne constituent pas une mouvance univoque, tant les intérêts des uns et des autres divergent d’une manière lamentable. Ces formations omniprésentes et «ubiquitaires» ont initialement donné de l’espoir à l’ensemble de la population comme force active de l’opposition qui œuvre pour l’amélioration de leurs conditions de vie. Ils ont désespérément failli à leurs responsabilités et en manque d’inspiration et de clairvoyance, ils ont voulu prendre un raccourci pour accéder au pouvoir, par la lutte armée pour certains, et par le ralliement sans conditions au pouvoir pour d’autres. Suite à cela, le constat est simple à établir : les islamistes algériens sont des hommes comme les autres, ils peuvent être avides, cupides et archiphiles (assoiffés de pouvoir). Désormais, ils ne doivent leur salut qu’à la mobilisation de leurs militants, qui sont continuellement prédisposés à une activité de propagande intense.

	3- Les partis qui se disent d’obédience démocratique, dont les chefs de file sont incontestablement le FFS, le RCD, et à un degré moindre le MDS, qui est le principal rescapé du courant communiste algérien. Il est, de ce fait, en inadéquation avec la démocratie du fait que le communisme est une pensée hermétique et liberticide. On ne peut nier le fait que le FFS et le RCD soient une véritable force d’opposition, situation qu’ils ont acquise à la suite de luttes incessantes pour la liberté et la cause amazighe. Néanmoins, leur position ambiguë, qui frôle parfois l’hostilité à l’égard de la religion, n’a pas permis l’élargissement de leur base militante. Par ailleurs, certaines prises de décision, comme celles du FFS qui a décidé de prendre part aux prochaines législatives sans aucune garantie de transparence, nous laisse perplexes quant aux véritables motivations de cette participation, d’autant plus que les responsables de ce parti n’ont pas jugé utile de nous informer sur les raisons de leur choix à moins que les voies de Da Lhocine soient impénétrables ! Il convient, par ailleurs, de signaler que les relations exécrables qui lient le RCD et le FFS les ont fortement fragilisés, mettant en cause leur conception de la démocratie.

	4. Pour ce qui reste, il s’agit pour la plupart d’OPNI (Organisme politique non identifié), on ne connaît pas leurs programmes ni les circonstances de leur apparition. Ils vont, selon toute vraisemblance, disparaître après le rendez-vous électoral, à moins que, dans une logique de défi, certains d’entre eux persistent dans l’exercice de la politique en élaborant de vrais programmes, tout en se rapprochant de leurs concitoyens, afin de véhiculer leurs aspirations pour le changement et canaliser leurs espoirs pour une vie meilleure.
	On ne peut cependant nier le fait que certains candidats, toutes formations confondues, soient animés d’une bonne volonté pour remplir convenablement leur mission, sauf que la conjoncture actuelle est malheureusement inappropriée pour qu’ils soient véritablement efficaces. Enfin, que faire devant cette ambiance politique déprimante ? Quelle attitude doit-on observer à l’approche du prochain scrutin ?

	En ce qui me concerne, l’abstention me paraît le comportement le plus judicieux, compte tenu du fait que les deux institutions législatives sont restées en berne durant la durée de leurs mandats respectifs. Elles ont raté plusieurs rendez-vous historiques pour s’affirmer et se ranger aux côtés de ceux qui les ont élues. Au lieu de cela, elles ont préféré faire de la sous- traitance pour un pouvoir exécutif en carence de légitimité. Par ailleurs, je suis réconforté dans l’idée que le pouvoir est tellement arrogant qu’il ne remarquera pas mon absence. Pour nos compatriotes qui ont décidé d’aller voter, je porte à leur connaissance le conseil de F. Roosvelt qui préconise de voter pour le candidat qui donne le minimum de promesses électorales parce que c’est celui qui vous décevra le moins.
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           <title>Législatives de 2012 : L’enjeu de la prochaine présidentielle</title>
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           <pubDate>Wed, 09 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	A la surprise générale, les islamistes en Tunisie, au Maroc et en Egypte ont remporté des victoires électorales, lors de la tenue d’élections législatives, perçues comme les plus démocratiques que la région ait jamais connues dans son histoire.

	
	  
	 La surprise était d’autant plus grande que les islamistes, qui ne se sont pas positionnés à l’avant-garde des mouvements de protestations, ont remporté une grande victoire. Les islamistes marocains et algériens ont même condamné le Printemps arabe, ils ont prétendu que ces manifestations sont manipulées de l’extérieur. A la lumière de ces élections, de nombreux observateurs en Europe et aux USA suivent attentivement les élections législatives en Algérie. Ces observateurs se demandent si le Printemps arabe n’est pas en train de transformer le Maghreb des peuples en un Maghreb islamiste ?

	
	Candidats et protestations

	
	Afin de discréditer le débat démocratique, une vingtaine de partis politiques, sans  assise sociale et sans programme politique, furent créés, du jour au lendemain, en prévision des législatives du 10 mai 2012. Ainsi, 44 partis participent à ce scrutin, avec 1842 listes de candidatures, auxquelles s’ajoutent 183 listes de candidats indépendants. 25 800 candidats sont entrés en compétition, ce nombre a presque doublé par rapport aux précédentes élections. Le nombre de sièges a aussi augmenté, il passe de 369 à 462, dont 30% de femmes. Ce scrutin s’inscrit dans un contexte socioéconomique et politique explosif, aussi bien le long des frontières, à la suite de la crise malienne, qu’à l’intérieur du pays. Au niveau intérieur, les citoyens recourent de plus en plus à l’émeute, aux sit-in, aux grèves de la faim, à l’immolation et à la harga pour faire entendre leur voix. La violence s’est installée au fil de la crise sécuritaire comme l’intermédiation entre Etat et société et entre élites et peuple.

	
	Létigitimation du néo-autoritarisme

	
	Depuis l’élection du président  Abdelaziz Bouteflika, l’hyper-présidentialisme a annulé de facto les prérogatives constitutionnelles de l’APN. La formation du gouvernement relève du seul désir du chef de l’Etat et n’obéit à aucune contrainte constitutionnelle. Aucun des grands dossiers sensibles, comme le bilan sécuritaire, la réconciliation nationale ou les grosses affaires de corruption (Khalifa, l’autoroute Est-Ouest, Sonatrach…), n’a fait l’objet d’enquête parlementaire. Il est même arrivé au Parlement de renier ses propres décisions (loi sur les hydrocarbures de 2006 et code des investissements 2009). Les députés ont pris l’habitude de se contenter de valider les décisions importantes du pays prises en-dehors des institutions formelles. Les députés ne sont évidemment pas dupes de la mission que le pouvoir leur assigne, ils sont même conscients des limites à ne pas transgresser. Dans une telle situation, les députés préfèrent tout bonnement vaquer à leurs affaires personnelles au lieu de s’occuper des affaires de la communauté. Le phénomène de l’absentéisme des députés a ainsi pris des proportions alarmantes. Des sessions plénières et des réunions des commissions sont tout simplement reportées faute de quorum. Pour pallier ce phénomène, le gouvernement compte introduire des amendements au règlement intérieur de l’APN. En un mot, le Parlement est relégué à un simple rôle de légitimation des décisions prises par le pouvoir occulte. En dépit de tout cela, le nombre de députés, dont les honoraires ont substantiellement augmenté, s’est élargi pour la prochaine assemblée.

	
	Question de la fraude électorale

	
	Aucun projet de loi n’a été initié pratiquement par l’APN durant trois législatures. Il était plus rationnel toutefois de réduire le nombre de députés pour des raisons de restrictions budgétaires en ces temps de crise. Mais l’Etat algérien est riche financièrement, la paix des braves au détriment de l’intérêt national n’a pas de prix. Il est bien sûr admis aujourd’hui que la fraude a caractérisé toutes les élections ainsi que les référendums, aussi bien sous le régime du parti unique, que sous le régime du multipartisme. Les responsables politiques, au pouvoir et dans l’opposition, ont publiquement reconnu, ces derniers temps, que les précédentes  élections ont été entachées de fraude massive. Les résultats électoraux ont fait l’objet de quotas octroyés à des groupes politiques, des clans et des personnalités. Ces quotas sont attribués selon des règles non écrites au sein du cabinet noir.
	Le président Bouteflika, lui-même, a estimé qu’on a eu des élections à la Naegelen. «Depuis 62, le peuple n’a pas choisi librement les hommes appelés à diriger son destin», a-t-il souligné. Mais cette fois, les gouvernants nous assurent que le prochain scrutin sera libre et transparent. Les règles du jeu ont-elles pour autant changé ?

	
	Taux de participation  

	
	Sans grande surprise, le citoyen algérien accorde très peu d’intérêt aux élections dans son pays, alors qu’il a suivi attentivement l’élection présidentielle en France. L’image de l’élu est dégradée aux yeux des électeurs. Le député est souvent associé à la recherche d’une aisance financière et d’une opportunité pour faire de bonnes affaires. Sans grande surprise, le taux réel de participation a été de tout temps très faible. Le taux officiel a été de 35% aux élections législatives de 2007.
	La plus grande crainte des gouvernements pour le prochain scrutin est celle d’une très faible mobilisation électorale. Un taux élevé est jugé toutefois nécessaire pour crédibiliser les politiques mises en place durant trois mandats, d’autant plus que le président
	Bouteflika ne compte pas briguer un quatrième mandat. Les plus hautes autorités de l’Etat, ainsi que des partis politiques n’ont pas cessé d’appeler avant même le lancement officiel de la campagne électorale à participer massivement à ce scrutin. Pour encourager les lecteurs à aller voter, les pouvoirs publics n’ont pas lésiné sur les moyens, y compris le chantage et la vindicte. Rien ne réprime pourtant dans la législation algérienne le boycott ou l’abstention.
	Les candidats ont même déclaré que la prochaine législature fera office d’Assemblée constituante. Il semble que le président de la République confierait aux nouveaux députés la mission de réviser la Constitution. Si c’est le cas, la constitutionalité de cette assemblée sera problématique.

	Le président Bouteflika lui-même est impliqué dans les prochaines élections législatives. Très peu loquace d’habitude, il a appelé cette fois-ci à plusieurs reprises les Algériens à voter massivement, alors qu’il ne s’était pas impliqué lors des précédentes élections. Il  a qualifié  le scrutin du 10 mai d’élection de rupture, c’est-à-dire de passage d’une époque à une autre. Le prochain scrutin constitue, selon lui, une date historique aussi importante que le déclenchement de la Révolution. Il a, en effet, lancé à l’occasion de la Fête internationale du travail un nouvel appel à voter massivement. Il a indiqué que «le prochain scrutin connaîtra une large participation des partis, y compris ceux nouvellement agréés, pour donner naissance à un Parlement démocratique et pluraliste». Le président de la République a toutefois mis en garde contre les conséquences de l’abstention parce que «tous les regards sont tournés vers l’Algérie». Comme prévision, le taux officiel de participation sera largement supérieur à celui du précédent scrutin.

	
	Particularités du scrutin

	
	La lutte au sein des partis pour le positionnement sur les listes a amplifié considérablement le discrédit de ces  élections. Au FLN, par exemple, 34 000 personnes ont déposé des dossiers de candidature. Des membres du comité central et des ministres furent écartés de la liste des candidatures. Les luttes internes ont débordé sur la place publique. Les chefs de certains partis politiques soumettent les candidats désireux d’être en tête de liste électorale à une contribution financière. Ces élections sont associées aux «élections de la chkara» (sac poubelle). L’argent amassé dans l’économie informelle et le bazar a fait une entrée tapageuse dans la campagne électorale.

	Comme autre particularité, le RCD, qui, ayant participé aux législatives précédentes, a décidé de  boycotter ce scrutin. La fraude a commencé, selon  Saïd Sadi, avec  la mise à jour du fichier électoral. En revanche, le FFS a décidé de participer à ce scrutin. Pour Aït
	Ahmed, cette participation permet à ses militants de se redéployer sur le terrain de l’action politique. Très étrange, Aït Ahmed n’a pas jugé utile de rentrer au pays pour activer une campagne électorale insipide. De par son charisme et sa probité, sa présence aurait pu la vitaliser. Il semble que le FFS aurait contracté un deal avec le pouvoir. Comme élément, un quota de députés lui aurait été attribué pour constituer un groupe parlementaire. Le FFS sera de ce fait le porte-parole de la question berbère au sein de l’APN. Comme autre facteur en faveur de la participation, elle s’explique par la crainte des retombées de la crise sécuritaire régionale. Cet argument est développé, par ailleurs, par tous les groupes politiques en faveur de la participation. En cas de faible participation, avertissent-ils, le puissant mouvement social sans leadership risque de déraper. Dans un tel scénario, le chaos guette le pays et, par conséquent, l’OTAN interviendra dans le pays pour rétablir l’ordre à l’image de la Libye. La «théorie du complot» des années 1960 et 1970 est actualisée du jour au lendemain. Un discours désuet est-il en mesure de mobiliser la génération post-octobre, la génération des réseaux sociaux ?

	
	Islam séculier et Islam messianique

	
	La lutte entre les partis islamistes, dont le nombre a atteint sept, est devenue plus impitoyable qu’avant. Chaque groupe tente d’émerger comme le parti islamiste hégémonique. Ainsi, trois groupes islamistes, sous l’appellation l’Alliance de l’Algérie verte se sont mis d’accord pour proposer une liste commune. Dominée par le MSP, cette alliance compte remporter 120 sur 462 sièges au sein de la nouvelle assemblée. Rappelons que les islamistes en participant aux gouvernements depuis l’instauration du multipartisme ne se sont pas distingués outre mesure par un comportement particulier. La gestion de leurs départements ministériels ainsi que les autres institutions a été aussi caractérisée par la corruption, le népotisme et la dilapidation des deniers publics. Autre faiblesse de cette alliance, Abdelmadjid Menasra, un dissident a formé  son propre parti, le FCN. Le MSP ne pourrait dans aucun cas de figure remporter les 120 sièges, soit plus de 25%, contrairement à ses estimations, à la suite d’un scrutin libre et transparent. Parmi les nouveaux partis, le FJD que préside le revenant Abdallah

	Djaballah, est celui qui a fait la plus probante démonstration de vitalité aussitôt son agrément obtenu. Plus circonspect que les autres, Djaballah ambitionne clairement de faire du FJD la force dominante au sein de la mouvance islamiste et de contribuer ainsi à la construction du Maghreb islamiste. Les islamistes d’aujourd’hui, qui préfèrent être perçus comme des démocrates musulmans, à l’image des chrétiens démocrates, ne sont pas ceux d’hier. Leur profession de foi n’est plus l’instauration de la justice sociale. Ils ont participé à la mise en place des politiques néolibérales, souvent avec un zèle démesuré.
	Comme conséquence immédiate, la fracture sociale s’est considérablement élargie. A l’inverse, le leadership islamiste s’est rapidement embourgeoisé en parvenant à dominer durant la lutte antiterroriste plusieurs secteurs d’activité de l’économie du bazar. «L’Islam est la solution», ce slogan qui a fait recette dans les années 1980 et 1990 n’est plus d’actualité. Il s’est substitué à un autre,  «La solution est le bazar». L’islamo-business est devenu une forme de rente idéologique. Tout compte fait, l’Islam messianique, toutes tendances confondues, ne peut pas être crédité de plus de 15% des voix à la suite d’une élection libre et transparente. En revanche, le président du FLN s’est aventuré à estimer que ce courant remportera 30% des voix !

	
	Scénarios

	
	Comme premier scénario, les islamistes auront la majorité absolue à l’APN. Dans ce cas de figure, ils poursuivront la campagne de l’islamisation (fermeture des bars, port du hidjab, construction de la Mosquée d’Alger,  d’Oran, d’Annaba…). Ils seront en charge pour le moment des affaires sociales et culturelles. Le scénario du chaos n’est pas probable. Il n’est pas encouragé, en opposition aux tenants du complot, par la France et les USA. L’Islam arabe est-il soluble dans la démocratie à l’image de l’Islam turc ?
	Comme second scénario, la prochaine assemblée serait partagée en 3 grandes mouvances, un pôle islamiste, un pôle nationalo-démocrate et un troisième pôle constitué de «partis-éprouvettes» et d’indépendants. Ce dernier jouera le rôle de balancier au cas où la lutte de sérail ne parvient pas à maintenir un équilibre précaire. Le maintien du statu quo dans une assemblée mosaïque est jugé nécessaire pour pouvoir sceller un consensus à la succession du président Bouteflika. La question du pouvoir civil/pouvoir militaire que le Congrès de la Soummam a tranchée se pose aujourd’hui d’une façon plus archaïque qu’hier.  Plus de 20 ans de multipartisme, le pouvoir politique se pose d’une manière régionaliste et tribale : l’Ouest contre l’Est, village contre village. La stabilité précaire l’emporte toujours sur la stabilité dynamique. La crise régionale perçue comme sécuritaire a réconforté les tenants de la politique du tout sécuritaire et de la normalisation sécuritaire. Selon toute vraisemblance, ce n’est pas un civil qui prendrait cette fois-ci la tête de l’Etat.</description>
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           <title>L’exception algérienne</title>
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           <pubDate>Wed, 09 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Le quotidien est triste à en pleurer en cette veille d’élections législatives. Les gesticulations politiciennes masquent mal les ambitions démesurées des nouveaux aspirants aux fauteuils moelleux. 
	Alors que l’être humain est avili et que ses droits élémentaires sont bafoués, alors que les pratiques déviantes progressent au grand jour avivant les inquiétudes et semant l’effroi, soudainement, les citoyens redeviennent visibles. Injonction leur est faite de se rendre aux urnes pour perpétuer le mal endémique et faire prospérer l’opportunisme qui ronge notre société. A côté des grandes connivences, combien de petites lâchetés dont l’étalage fâcheux accentue le climat de
	surenchère ? Combien de scandales politico-économiques étouffés dans l’œuf ? Ces gestes de folie, qui détruisent le pays, ont fini par transformer le rêve en un cauchemar collectif. Que peut-il bien se passer dans la tête de ceux qui, consciemment, délibérément, attisent les haines et la discorde ? Comment se fait-il que ceux qui ont entretenu le chaos armé pour se perpétuer poursuivent en toute quiétude leur entreprise de prédation ? Est-il normal d’absoudre de leurs fautes ceux qui provoquent l’insécurité et attisent les peurs dont ils ont besoin pour masquer leurs délits ?  

	On voudrait bien sortir de ces arcanes putrescents, mais l’actualité nous poursuit sans relâche.  On voudrait bien ne plus consulter les médias dont les messages nous révulsent, mais ces derniers s’imposent à nous, nous harcèlent et nous obligent à observer, impuissants, le spectacle navrant d’un pays qui se perd à vau-l’eau. Et comme si toutes les crises multiples que nous vivons (Etat de droit en désagrégation, activité économique en stand-by, inflation du dinar, érosion du pouvoir d’achat, chômage, emprise de plus en plus croissante des parasites, bref, toute une population asphyxiée par strangulation qui s’enfonce chaque jour un peu plus dans le mutisme et le désespoir), une folle agitation anime les saigneurs de l’Algérie, ces adversaires déclarés du peuple dont les slogans frisent l’obscénité. Il faut admettre qu’il est bien difficile de trouver une cohérence à toutes ces manœuvres politiques, où redresseurs et redressés se donnent en spectacle .

	Des Flnistes en pleine déconfiture qui tournent casaque ; des Rndistes insubmersibles qui s’agrippent fort au pouvoir ; des Mspistes en quête d’alliances, des Ptéistes en quête de nouvelles recrues et des khobzistes coriaces qui hésitent sur l’outsider à choisir. Sur la quarantaine de partis en lice, pour la plupart nés prématurément, et sur les 25 000 candidats en mal de trône ou de strapontins, combien auront le vent en poupe ? En dessillant les yeux, on voit bien que les dés sont pipés et que le jeu c’est ailleurs qu’il se poursuit, loin des cancans des quidams de toutes espèces et de la canicule politique. Les années passent, rien n’a fondamentalement changé, ou presque, dans les mœurs politiques. La fureur politique est à son paroxysme. Les passions s’exacerbent, l’esprit d’intolérance s’enracine, les luttes entre appareils se font plus acerbes, plus ardentes, comme à chaque veille d’élection électorale d’importance.

	Aux badineries entre clans succèdent les mots qui fâchent, les remarques tranchantes comme un scalpel, les réparties cruelles qui cinglent fort, les coups fourrés aux endroits sensibles et les attaques odieuses qui provoquent l’embrasement général. Derrière ce tonitruant et insidieux tohu-bohu politicien, ne se cacherait-il pas une volonté délibérée de créer le chaos, salvateur pour certains, la régression, féconde pour d’autres ? Pour qui douterait de la tétanie généralisée, le débat public est  on ne peut plus éclairant. A la veille du cinquantième anniversaire de l’indépendance, le jeu complexe des décideurs, dans les méandres des institutions, ne brille ni par sa transparence ni par sa cohérence. L’indicateur du climat politique est toujours en chute et la cote de confiance toujours en baisse,  selon le baromètre social. Aucun signal clair de reprise, aucune bonne nouvelle réconfortante depuis des lustres.

	L’Etat, qui s’est avéré mauvais stratège, persiste et signe pour perdurer. Ministres, sénateurs, députés, maires, walis et conseillers de tout poil s’agitent comme dans une ruche inquiétée, balisent le terrain pour de nouvelles épreuves en s’appliquant à respecter à la lettre, la «feuille de route» tracée en haut lieu, sans même s’interroger sur sa clarté. Les manœuvriers ont fait sortir les tambourineurs de leur léthargie. On les voit, sur le petit écran, surgir de partout, satisfaits d’eux-mêmes, moralisateurs, distillant avec force un argumentaire alambiqué. Le résultat de tout ce branle-bas de combat, de tous ces remue-méninges, de toutes ces gesticulations politiciennes est malheureusement bien connu : des réformettes en guise de changements et des servitudes plus lourdes et plus inflexibles que les précédentes. Assignés à résidence, interdits d’émettre des sons dissonants, impuissants face à une fin de règne qui joue les prolongations, les citoyens redoutent le pire qui les assaille déjà.

	La paupérisation des classes moyennes, la déliquescence des pouvoirs politiques et judiciaires, l’autoritarisme de l’Etat omnipotent, la violence  ne sont un secret pour personne. L’heure est grave pour ceux qui refusent de ployer l’échine, de mendier un bout d’exil, de craquer l’allumette de la flamme du désespoir ou de finir au fond des mers. Le bilan qui tourne au fiasco ne semble émouvoir personne, tout comme le nihilisme qui nous éclabousse encore de ses soubresauts sanglants. On aurait tort de ne pas se soucier des signes avant-coureur qui témoignent de la montée bien réelle des périls et qui donnent tout leur sens à nos lancinantes interrogations. Dans les antres feutrés, les véritables maîtres du pays décident à l’abri des regards indiscrets, pendant que les saigneurs fourbissent leurs armes et entraînent leurs pitbulls menaçants.

	L’Algérie n’est guère à l’abri d’un arbitraire, d’une tyrannie ou d’un totalitarisme plus affirmé. Excepté quelques sentiments individuels de révolte, ici ou là, aucun engagement réel pour sauver l’Algérie n’est  perceptible. Le drame des citoyens est qu’ils ont cru que la liberté obtenue en 1962 serait éternelle. Ils ne se mobilisent que lorsque le porte- monnaie se fait léger, ce qu’a très bien compris le pouvoir actuel. La première tâche régalienne d’un Etat n’est-elle pas d’assurer la sécurité pour tous et non seulement pour les nantis du système qui ne perçoivent plus le spectre de l’effroi qui dessine ses contours ? Humiliés, meurtris et brutalisés par des génies malfaisants, les citoyens voient, impuissants, la délinquance et la grande criminalité fleurir tapies à l’ombre du pouvoir.

	Il n’est plus question de filouteries mais de corruption généralisée avec un grand  «C». Celle-ci n’a ni changé de style ni cherché à dissimuler ses nasses. La seule différence est que le pillage des ressources, par la violence ou par la terreur, se poursuit aujourd’hui à un rythme effréné. Aux friponneries des courtisans et des notables politiques, a succédé la corruption à l’ombre de l’Etat. Ses flammes investissent les plus hautes sphères de l’administration en dévastant tout sur leur passage ; les dégâts causés sont impressionnants ; des milliards sont partis en fumée, d’autres suivront. Squatté par d’habiles manœuvriers politiques aux pulsions suicidaires et au parcours sinueux, le pays n’est pas prêt à mettre un terme aux crises qui se succèdent. Au contraire, la religiosité et l’affairisme confortent leurs positions autour d’un deal : «rebâtir» le pays sur la rapine et le pillage des ressources. Un pacte d’amitié et d’assistance mutuelle scelle désormais leur destin. Francs-tireurs et tireurs aux flancs savent bien qu’en cas d’échec, ils sauveront comme toujours leur tête. Au-delà du gouvernement, c’est le pouvoir dans son ensemble qui est mis sur la sellette.

	Qui nous dira le montant de l’argent public dilapidé dans les gouffres de l’inconscience des dirigeants ? Qui nous expliquera pourquoi les auteurs de délits aussi énormes ne sont ni inquiétés ni justiciables ? Ces crimes horribles contre la nation demeureront-ils éternellement impunis ? Seront-ils amnistiés  par une concorde blanchisseuse ? A qui attribuer cette année la palme de la cupidité et du désir immodéré de puissance et de gloire, après les scandaleux feuilletons (Shorafa, Al Khalifa, Sonatrach, Bcia…) qui ont alimenté la chronique ces dernières années ? Fortement médiatisés, ces derniers scandales ont porté le coup de grâce à une gouvernance vacillante. Désormais, le bunker gouvernemental s’offre aux regards indiscrets. Rendent-ils pour autant les hommes politiques et les cercles mafieux vulnérables ? Pas sûr !

	L’onde de choc des scandales a fait long feu. Les pestiférés, ceux que l’on cloue au pilori, ce ne sont pas les pilleurs de ressources, mais ceux qui les dénoncent et qui dévoilent au grand jour l’incurie et la déliquescence. Au centre des tumultes : le journaliste, qui, au lieu de dénoncer les turpitudes, «devrait savoir raison garder» pour, nous dit-on, préserver l’unité du pays et pour ne pas prêter le flanc aux ennemis du pays. Il est certes plus facile de mettre la pression  sur les pompiers que sur les pyromanes. A quelques jours des élections législatives, les citoyens se déclarent pessimistes et profondément inquiets face au refus ou à l’incapacité du pouvoir politique de mettre fin à toutes les dérives. Sur le chemin qui mène aux bureaux de vote, se trouve le marché où les prix flambent et l’administration qui incarne le mépris souverain du peuple.

	L’électeur aura à l’esprit ses espoirs déçus, ses rêves trahis et ses cris de liberté étouffés lors des marches empêchées. Il verra le gouffre qui sépare le peuple de ses dirigeants. La colère qui transparaît et qui risque de se traduire au niveau des urnes est à la mesure de la trahison ressentie. Sans dramatiser outre mesure la situation,  il est urgent de prendre au sérieux les menaces qui planent au-dessus des têtes. Qu’on se le dise : tant que la justice demeurera soumise aux ordres, tant que le contrôle démocratique fera défaut et tant que les Algériens demeurent empêchés d’exercer leur citoyenneté, aucune éclaircie n’est possible. Les parasites, les escrocs, les entremetteurs et les receleurs, prêts à brûler le pays si leurs intérêts sont menacés, continueront à couler des jours heureux en Europe, aux Bahamas, dans une oasis arabe ou sous d’autres cieux plus cléments, aux frais, bien sûr, du contribuable algérien naufragé.</description>
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           <title>Le mouvement dans l’immobilisme</title>
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           <pubDate>Wed, 09 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Demain, même si le calendrier indiquera la date du 10 mai 2012, on sera le 1er Novembre 1954 ! 
	Ainsi, l’ont déclaré les planificateurs et les startings-partners du scrutin qui désignera les futurs députés qui siègeront au boulevard du chahid de la Révolution, Zighout Youcef.  Favorisés  par les avantages matériels que consacre le statut de député, même s’il doit certainement subsister quelques-uns qui ont des convictions politiques pour servir, et non se servir, l’échiquier politique algérien  est marqué, ces derniers temps, par des positionnements qui se font au mépris des principes qui fondent l’existence de certaines formations politiques. Certaines sont passées de la lutte des classes à la lutte des listes.

	Durant toute la campagne électorale, les préoccupations, les inquiétudes, les drames et les espoirs des Algériennes et des Algériens à la veille du cinquantenaire de l’indépendance ont été relégués au second plan.  Pouvoir et partis politiques, dans une symbiose à rendre jalouse la meilleure des démocraties de par le monde, ont dépensé une énergie pharaonique dans leur jeu de
	rôle : le système, semant le trouble entre sacré et profane en passant par l’invasion de l’Otan, a passé son temps plutôt à inciter la population à voter, seulement voter, qu’à s’atteler à s’imposer la transparence et la neutralité que commande cette échéance. Les partis politiques, de leur côté, justifiaient le pourquoi de leur participation, d’autres relayaient  le discours des organisateurs pendant que les plus malins promettaient une vie meilleure ici bas et dans l’au-delà.

	Malheureusement pour eux, ils n’avaient pas mesuré l’ampleur du rejet qu’ils provoquent au sein de la population. Ils le découvrent, à leurs dépens, en direct, lors de leurs sorties sur le terrain. Ainsi, des meetings sont carrément annulés faute de public, quand ils ne sont pas empêchés par les citoyens dont nous dénonçons le caractère antidémocratique, et certains partis ne se sont pas exprimés dans les médias lourds, faute d’orateurs. Quid de leurs programmes ?  Durant 21 jours, 25 800 candidats  pour les 462 sièges de l’Assemblée nationale ont tous, ou presque, scandé le nom du peuple  tout au long de leurs discours. Curieusement, ce même peuple semble s’être éclipsé et se présente comme le grand absent. Il est échaudé par les promesses non tenues, qu’elles soient du pouvoir avec sa dose de répression ou des partis politiques. Il s’est rendu compte, en live, que ses douleurs ne sont pas partagées par ceux qui lui demandent de voter ou de le choisir.

	Les partis politiques se sont avérés obnubilés par le scrutin de demain au point de devenir insensibles aux angoisses et aux supplices des citoyens. Les futurs députés, dans leur grande majorité,  ont  éludé  des événements dramatiques, des manifestations et des contestations populaires. A titre d’exemple, récemment, des enfants algériens se sont donné la mort. Leur suicide n’est pas qu’un fait divers dont l’exceptionnelle singularité interdirait toute mise en situation. Aucun parti, aucun candidat ne s’est ému publiquement et daigné accompagner les familles meurtries dans leurs deuils. Pourtant, ce phénomène entre de manière dramatique en droite ligne avec un pays en crise et détérioré, enfoncé dans une torpeur culturelle, sociale et économique,  conséquence de l’immobilisme et du laisser-aller des autorités. Alors, faut-il interdire au peuple d’influencer le peuple quand on sait que, demain, à la fermeture des bureaux de vote, une seule question transpercera l’esprit des organisateurs et des jockeys : pas «oui» mais «combien ?» Le  peuple semble dire que  le 10 mai sera plutôt son 8 Mai 45, et il s’attellera à retrouver le vrai chemin du 1er Novembre 54 !  </description>
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           <title>Les taureaux s’ennuient le 10 mai</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Contributions</category>
           <pubDate>Tue, 08 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Avant de voter, je demande aux électeurs de relire les paroles de Mirabeau : «Les moutons vont à l’abattoir. Ils ne se disent rien, eux, et ils n’espèrent rien. Mais du moins, ils ne votent pas pour le boucher qui les tuera et pour le bourgeois qui les mangera. Plus bête que les bêtes, plus moutonnier que les moutons, l’électeur nomme son boucher et choisit son bourgeois. Il a fait des révolutions pour conquérir ce droit.» 
	Mais si les citoyens ne s’expriment pas, s’ils ne veulent, ou ne peuvent, se faire entendre, s’ils se laissent faire par les bluffeurs et les recycleurs de la dictature, ils risquent de voir l’âne de «sidi manaâraf» (un âne inconnu) comme représentant. L’âne qui se faisait passer pour le lion de Sidi M’hamed et circulait dans les douars afin de séduire les a ahuris par sa stupide «baraka».
	L’image animale est un concept représentatif de la politique aux Etats-Unis. L’âne est l’emblème du parti démocrate ; l’éléphant symbolise le parti républicain. Thomas Nast, un caricaturiste de la politique américaine, fut le premier à introduire les animaux comme symboles politiques. Dans notre zoo politique, nous avons des crocodiles, des aigles, des serpents, des taureaux et des crapauds. Nous pouvons les utiliser comme emblèmes aux prochaines législatives. Je laisse le soin au lecteur de placer chaque animal dans le courant politique qu’il représente.

	Des grenouilles dominées par un crocodile, un aigle et un serpent ploutocrates se révoltent pour instaurer la liberté et la démocratie dans leur étang. La ploutocratie est bien définie par Ernest Renan. Il appelle ploutocratie un état de société où la richesse est le nerf principal des choses, où l’on ne peut rien faire sans être riche, où l’objet principal de l’ambition est de devenir riche, où la capacité et la moralité s’évaluent généralement par la fortune. Bien que le vote soit le seul indicateur de l’implication citoyenne d’une population, en Algérie, une grande partie de la population reste muette en s’abstenant de voter. Les grenouilles représentent ce que les responsables des législatives organisées par le gouvernement Ghozali appelaient la majorité silencieuse qui ne vote pas.

	Certains pensent que notre malheur vient de ce silence politique, et que l’adage : «Qui ne dit mot consent» ne s’applique pas dans la politique algérienne. L’Algérie née en 1962 est adulte puisqu’elle a cinquante ans. Elle sait faire la distinction entre un politicien ploutocrate crocodile, à sa grande gueule garnie de dents aiguisées par les mensonges, et un politicien de type serpent, qui siffle avant de mordre sa proie. Il reconnaît que l’aigle aime surprendre sa proie,  et nous informe que le taureau a souvent peur des  coassements des grenouilles, ce bruit lui rappelle sa noyade politique dans leur étang. Un jeune Algérien s’étonne de la situation et dit : «Aucune démocratie dans le monde n’a vu un député aigle élu par le peuple démissionner de son poste pour postuler au poste de président d’une autre institution.» Conscient du présent, il imagine et nous raconte comment les législatives vont se dérouler chez les grenouilles.

	Pour ce jeune, André Gide a bien dit à Biskra : «Pas d’autre bruit que le coassement rythmé des grenouilles.» Il complète l’idée d’André à sa manière et dit : «En mai, pas d’autre bruit que le coassement rythmé des grenouilles. Ce bruit va étouffer les vagissements du crocodile, stopper le sifflement du serpent, affaiblir la trompette de l’aigle et asphyxier le beuglement du taureau.» Voilà comment il imagine la politique chez nous. Des grenouilles vivaient tranquillement dans un étang ; elles se sentaient souvent mal à l’aise quand l’argent liquide et les vents des lobbies troublaient l’étang. Quand l’eau est calme, les grenouilles sentent la politique des clans ploutocrates. L’odeur malsaine réagit sur la mentalité des grenouilles et bloque la logique dans le raisonnement. Comme une drogue, cette odeur leur fait perdre la manière de réfléchir et les oblige à ne pas avancer dans le temps. Inconscientes de leur volonté et de leur puissance politique, elles demandèrent à un crocodile de leur nommer un candidat aux prochaines législatives. Il doit leur apprendre comment s’exprimer démocratiquement quand la bouche est pleine d’eau. Le crocodile, habitué à ce genre de théâtre chez les pauvres grenouilles, se moqua de ce vœu trop comique.

	Ne pouvant agir seul dans un étang bien partagé, il raconta cette histoire «grenouillée» à son ami l’aigle. L’aigle et le crocodile étaient dans le même lobby politique, mais la philosophie des clans veut la division pour mieux contrôler l’étang. L’aigle, oiseau très expérimenté dans la création de conflits et fouteur de discorde là où il plane,  proposa au crocodile un plan d’action commun. Il lui demanda de ramener la carcasse d’un crocodile pour la nommer représentante politique chez les grenouilles. Le crocodile trouva une carcasse d’un vieux frère mort entre les deux guerres. Il ramena sa carcasse et demanda à l’aigle de la transporter chez les grenouilles. L’aigle ne se déplaça pas gratuitement, il exigea une somme d’argent bien camouflée dans un sac poubelle pour accomplir cette mission.  

	Du haut, il jeta la carcasse dans l’étang. L’aigle connaissait parfaitement la mentalité des grenouilles, il savait que chez les crapauds une chose tombant du ciel est sacrée et porte bonheur. La chute de la carcasse faisait un bruit terrible et créa des ondes semblables à une bombe atomique qui troubla l’étang. Les grenouilles, assourdies par le bruit de ce sacré chef, gardèrent grand silence pour exprimer leur obéissance au ciel clément. Après ce fracas, la carcasse flottait calmement sur l’eau et ne leur donnait plus de tracas. Les grenouilles s’habituèrent très vite à ce squelette  sans âme  et sans action. Elles sautaient sur ses os et l’utilisaient comme balançoire pour exprimer leur joie. Elles attendirent longtemps pour voir une action ou un changement dans l’étang.
	Le temps passait, la carcasse flottait, mais  aucune amélioration de la situation dans leur étang.

	Un jeune crapaud fait rappeler aux grenouilles l’adage africain : «Une grosse grume reste un siècle dans l’eau, elle ne devient jamais crocodile.» Les idées du crapaud illuminèrent les esprits des grenouilles. Elles se moquèrent de cette carcasse et se manifestèrent contre ce chef escarpolette venant de la terre des mangeurs de crapauds. Pour une fois, elles se mettent d’accord et s’exprimèrent avec courage et liberté dans l’eau. Elles demandèrent au crocodile un changement immédiat. Le crocodile écouta les grenouilles et nomma un serpent pour les représenter pendant un certain temps. Contre cette nomination, le crocodile demanda au serpent de payer une somme d’argent pour accéder à ce poste bien payant.

	Coïncidence ou calcul, le crocodile récupéra l’argent payé à l’aigle pour le transport et la mission. Chez les ploutocrates, rien ne se perd, tout se récupère. Ce chef avait action et bons sifflements. Il aimait avoir deux grenouilles à chaque repas. Le serpent jouissait de ce boulot et le trouva bien intéressant. Les grenouilles tourmentées par l’attaque de ce nouveau maître demandèrent au crocodile un autre changement. Le crocodile refusa cette demande. Depuis ce temps, on n’entend plus d’autre bruit que le coassement rythmé des grenouilles dénonçant la ploutocratie dans l’étang. Un taureau se désaltérait dans l’étang, il observa la carcasse tomber du ciel, entendit le sifflement du serpent au moment où il dévorait ses proies. Il saisit l’occasion et se proposa comme représentant. Pour se faire connaître, il laissa tomber 100 DA dans l’étang. Les grenouilles ne sont pas dupes. Elles se rappellent sa noyade dans leur étang. Le même crapaud répond au taureau. J’ai bien vu vos cornes sur les 100 DA et j’ai bien entendu votre appel : «Les candidats qui veulent figurer sur une liste doivent émettre sur le compte bancaire du parti des sommes oscillant entre 100 et 500 millions de centimes, afin de financer la campagne électorale.»

	Désolé, vous ne pouvez pas acheter nos voix ! Les grenouilles seront représentées par un crapaud cette fois. Les grenouilles applaudirent la témérité de ce jeune crapaud et le nommèrent candidat. Pour exprimer sa joie il chanta : «Les taureaux s’ennuient le 10 mai.» Conclusion : dans un pays où l’argent n’a point d’odeur, où la politique n’a plus de mérite, où l’éducation se cherche une valeur, l’avenir est sans doute incertain. L’expérience des années 1980, les souffrances de l’ère de la décadence  et ses scandales après 1988 et la corruption des aigles venus d’Amérique pour gérer notre énergie de malheur ne doivent plus exister si nous voulons vivre en paix dans une Algérie forte. Une Algérie nouvelle où la force du pouvoir est équilibrée par le bien-être des faibles sous la justice et la fraternité de tous.
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	Un geste qui concrétise pleinement la crise de confiance entre les gouvernants et les gouvernés.
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           <title>«Il n’y a pas de racisme au Collège international de philosophie»</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
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           <pubDate>Tue, 08 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	En tant que présidente du conseil d’administration du Collège international de philosophie et, à ce titre, chargée d’examiner les candidatures à un poste de détachement ouvert aux directrices et directeurs de programme dépendant de l’enseignement secondaire, je souhaite ici exercer mon droit de réponse concernant l’entretien avec Mme Seloua Luste Boulbina paru dans votre édition du 11 avril 2012 consultable sur elwatan.com. 
	Mme Luste Boulbina affirme : «L’an dernier, nous étions cinq à être candidats à un détachement au Collège international de philosophie. N’ont pas été retenus les deux qui portaient un nom arabe. Pour ne pas être victime de discrimination, on m’a suggéré de changer mon nom !» Je tiens à porter à votre connaissance et à celle de vos lecteurs les faits suivants : les critères de sélection des candidatures étaient fondés sur l’avancement dans la carrière (un salaire trop élevé interdisant de facto tout recrutement) et l’investissement dans le programme pédagogique conclu avec le ministère de l’Education nationale. Je proteste vigoureusement, en mon nom et en celui du collège, contre l’accusation de racisme contenue dans les propos de Mme Luste Boulbina. Le collège a toujours été, demeure et entend bien demeurer un lieu d’internationalité, particulièrement accueillant aux philosophes de toutes origines. En témoignent tant la composition de l’assemblée collégiale que les travaux qui se mènent en son sein, par exemple le cycle «Eclats de la pensée arabe» coordonné par Ali Benmakhlouf avec le soutien de l’Unesco (programme à consulter à l’adresse: http://www.ciph.org/activites.php?rub=agenda&amp;date=20 120413).                                </description>
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           <title>La priorité politique absolue est le boycott des élections législatives</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Contributions</category>
           <pubDate>Sun, 06 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Les indignés, qui sont en froid avec ces élections et ont une inoxydable résistance à la résignation, se réfugient dans le boycott qui est une arme politique dont l’impact psychologique est considérable.  
	Les résignés, désespérés et désemparés par l’incertitude, l’inquiétude, l’angoisse, voteront. «Résignés, indignez-vous.» Les Algériens ont tous un ou plusieurs motifs pour s’indigner. Les réactions hostiles à la participation aux élections législatives sont très nombreuses et se caractériseront par un taux élevé d’abstention. Il faut s’attendre à un élan d’indignation de la part des résignés. L’abstention, qui progresse à chaque scrutin, est un acte de méfiance et de désaveu à l’égard du pouvoir qui interfère de manière directe dans le truquage de toutes les élections qui mènent à la normalisation autoritaire de la société.

	L’appel au boycott, venu des profondeurs de la nation, est entendu et suivi par le peuple, particulièrement les jeunes qui dénoncent la régression politique et sociale réelle et profonde, dans laquelle vivent les Algériens. Malgré le matraquage médiatique, la participation au vote sera faible, parce que les mots simples et bien compris appellent mieux à la mobilisation en faveur du boycott. Le prochain scrutin sera marqué par un nouveau record d’abstention. Ne pas respecter les règles d’une élection propre, transparente, c’est s’attendre à une grande désaffection de l’électorat.

	Le président Abdelaziz Bouteflika s’investit dans la campagne électorale

	La raison et la logique, ainsi que le bon sens ne s’auraient accepter qu’il élève au rang de la révolution du 1er Novembre 1954 ou du référendum de juillet 1962 qui a consacré l’indépendance nationale, les élections législatives du 10 mai 2012, qui ne peuvent que consolider son pouvoir afin de lui permettre de réviser la Constitution, sa Constitution et de préparer sa succession. Les principes du 1er Novembre et du Congrès de la Soummam sont évacués, sacrifiés à des intérêts électoraux, au cynisme électoral. Les Algériens ont surtout retenu le péché d’orgueil dans lequel est tombé Bouteflika, la démagogie, le peu de sérieux, le dérisoire qui naufragent ses propos, qui ne sont qu’un coup d’éclat politicien, un coup de bluff, un dérapage de la pensée, faiblesse politique inexcusable, qui emploie les grands mots pour cacher les grands maux. Déçus par la politique politicienne du pouvoir, les Algériens désireux de préserver la cohésion nationale et la cohésion sociale boycotteront en masse les prochaines élections législatives qui n’incarnent pas l’esprit du 1er Novembre.

	Le Parlement a abdiqué ses pouvoirs constitutionnels pour se mettre au service du pouvoir exécutif

	Il faut diminuer le nombre de députés et non l’augmenter. Le Conseil de la nation, qui est une hérésie, car rien dans la sociologie politique du peuple algérien ne peut justifier son existence, a été créé par le président Liamine Zeroual dans le seul but de contrecarrer une éventuelle majorité à l’APN. Il faut le dissoudre dans les meilleurs délais, parce qu’il ne reflète en rien la réalité nationale et représente une dérive de la République. Le président de la République a fixé la marge de manœuvre du Parlement en lui demandant de voter tous les projets de loi que le pouvoir exécutif lui propose. Il a accentué la primauté présidentielle en fixant la marge d’action du Parlement, selon le principe : «Vous devez faire ce que j’ai décidé que vous feriez.»

	A quoi peut servir une APN quand il n’ y a pas séparation mais confusion des pouvoirs, c’est-à-dire dictature ? Chacun des trois pouvoirs doit remplir strictement son rôle et s’y maintenir. Le président Bouteflika ne s’est pas passionné pour le Parlement, a minimisé son rôle réduit à deux chambres d’enregistrement. A quoi peut servir l’APN quand le Président attend qu’elle soit en vacance, pour légiférer par ordonnances ? L’APN, issue de la fraude électorale, n’a aucune crédibilité, s’enfonce dans  un discrédit dont elle a du mal à se relever, fonctionne à vide sans prise réelle sur les problèmes du pays. Elle n’est en réalité qu’une maison de retraite lucrative destinée aux cadres du parti. La prochaine APN sera éphémère, parce que dans un bref délai, l’accélération de l’histoire mettra en place un régime politique basé sur la démocratie, la liberté, la justice et les droits de l’homme.

	«Les élections législatives seront libres et honnêtes», a déclaré Bouteflika

	Qu’a-t-il fait depuis 13 ans au pouvoir pour que les élections soient libres ? Il a été le premier à bénéficier d’élections truquées. Des élections propres et honnêtes, c’est une bataille perdue pour le pouvoir, parce qu’elles arrivent trop tard. Elles ont été libres en Tunisie, en Egypte, au Maroc, au Sénégal et partout ailleurs. Il faut rafraîchir la mémoire des Algériens sur la fraude électorale, vieille tradition coloniale, amplifiée depuis l’indépendance du pays, qui est au rendez-vous de toutes les élections. Elle déforme et pervertit le suffrage universel, fausse la voie des urnes et la vérité électorale. Ce ne sont pas les électeurs qui choisissent les élus, mais le DRS secondé par l’administration et la justice, en exerçant des pressions sur les volontés et les consciences, en trafiquant les élections par des fraudes massives et en distribuant des quotas. La répartition des tâches est faite, les Algériens doivent voter, mais la répartition des sièges relève de la compétence du pouvoir pour éviter des surprises.

	Le plus simple serait sans doute, comme le recommande le journaliste Kamel Daoud, d’élire le ministre de l’Intérieur qui est aussi celui des élections, et de lui laisser le soin de répartir les sièges de députés, entre les partis qui ont un ancrage populaire et un poids électoral, et les partis de l’opposition qui sont devenus l’opposition du pouvoir. L’entrée en campagne du président Bouteflika, qui demande aux Algériens de voter en masse, a pour objectif de prouver au peuple algérien et au monde, particulièrement à l’Amérique et à l’Union européenne, que les élections législatives seront propres et honnêtes parce que leur contrôle est confié à des juges dont l’indépendance est conférée par la Constitution et qui n’exercent leurs fonctions qu’en appliquant la loi égale pour tous, et de leur conscience.

	La mascarade de certains procès prouve que la justice est aux ordres. Dans les affaires de justice, qui ont une dimension politique, le droit doit triompher de la politique, la morale de la raison d’Etat. C’est une raison pour donner aux Algérien un Etat de droit qu’ils n’ont jamais connu, le seul Etat en mesure d’améliorer l’image de la justice, de rehausser son prestige et son audience. Il n’y a qu’à se souvenir des arrêts du Conseil d’Etat, juridiction administrative suprême, qui en 2004, dans l’affaire du FLN, s’est déjugé en retenant deux oppositions radicalement opposées. Le Conseil constitutionnel a validé toutes les élections entachées de fraudes massives. L’élection présidentielle d’avril 2009 a tourné au ridicule et à la mascarade, caractérisée par une fraude électorale massive, le truquage du scrutin et le bourrage des urnes. Il y a un côté mystique chez Bouteflika, bienfaiteur des zaouïas, qui ont fait de lui l’homme providentiel.

	Le cheikh Nasreddine Chouadli, président des zaouïas, a écrit dans l’hebdomadaire  algérien Al Mohakika(1) : «C’est par la volonté des saints éclairés que Bouteflika a pu mener à bien son œuvre. C’est également en conformité avec la volonté des saints que  Bouteflika sera président à vie.» Mahmoud Chaâlal, président de l’Union nationale des zaouïas algériennes (UNZA) a déclaré : «Pour les élections présidentielles de 2004 et de 2009, Abdelaziz Bouteflika a été réintroduit au palais d’El Mouradia grâce à nous, ce qui nous a enchantés.» La fraude ne sera pas généralisée pour les élections législatives du 10 mai 2012, et l’électorat sera distribué en quotas selon l’équilibre des forces que le pouvoir veut établir sans faire émerger aucune force importante ou moyenne, en mesure de prétendre à la direction du gouvernement qui sera totalement remanié par le président de la République. Le bilan de 13 années de pouvoir dictorial, à défaut d’être positif est instructif.

	Le Président ne peut initier de vraies réformes, parce que la dictature ne se réforme pas. Le monopole politique et la pensée unique étouffent la voix du peuple et conduisent à la régression des libertés. L’Algérie a un besoin urgent de vraies réformes, et non de celles retenues par le pouvoir qui ont atteint le seuil psychologique de l’intolérable. La jeunesse, soucieuse de rigueur et de cohérence, thermomètre de la température qui représente la vie, l’espérance, l’avenir, est délaissée. Le corps social ne peut être entier et fonctionner de manière harmonieuse, que si les femmes occupent la place qui leur revient de droit dans la société, toute leur place, leur juste place, c’est-à-dire l’égalité avec les hommes dans tous les domaines. 

	La priorité du sens de l’unité du peuple et de l’intérêt national est à retenir, pour comprendre la nécessité de mettre en œuvre d’urgence le pluralisme culturel et linguistique. Les résultats obtenus en matière d’éducation et de santé sont catastrophiques. Respecter la liberté d’expression, préserver la liberté de la presse sans exclusion ni exclusive et les règles de l’étique, est le combat qui est mené et qu’il faut continuer.  La diplomatie algérienne manque de sérieux et de rigueur, accumule discrédit, perte d’influence, échecs, et humiliation. Récupérer les partis politiques est un des axes de la politique du pouvoir qui a toujours considéré que les dirigeants des partis, il faut d’abord tenter de les acheter avant de les combattre, et qu’ils sont capables d’abandonner leurs comportements en harmonie avec les principes qu’ils défendaient la veille, à condition d’y mettre le prix.

	L’argent roi où tout s’achète est au cœur du pouvoir. Quand l’argent précède toutes les portes s’ouvrent. A quoi peut servir la richesse de la nation, à améliorer la vie du peuple ou à enrichir les cercles du pouvoir et ceux qui gravitent autour d’eux qui détiennent un patrimoine immobilier très important et des fortunes colossales. La corruption, inséparable de l’exercice du pouvoir, sévit à tous les niveaux et dans tous les domaines. Les deniers publics de l’Etat, sur lesquels le Président a la haute main, sont mobilisés en faveur des riches toujours plus riches, et non au profit des pauvres toujours plus pauvres. L’idéologie du libéralisme sauvage, sans règles ni garde-fou, ouvre la voie au marché informel qui fait la loi. Une partie du peuple vit dans la pauvreté qui s’étend à tout le pays, végète dans la misère, et le pouvoir qui ne répond pas à sa détresse et à sa souffrance donne encore plus à ceux qui en ont déjà trop. Ce qui est le comble de l’injustice. L’exigence sociale est portée par les syndicats autonomes qui luttent sur trois fronts : la protection sociale, l’emploi, le pouvoir d’achat et contre la fracture sociale qui se creuse de manière grave et fait remonter, en surface, la soif de la justice sociale.

	Les Algériens veulent l’alternance, l’autre exigence est l’alternative

	L’alternance qui est le droit souverain du peuple à choisir ses représentants au niveau de toutes les institutions élues de l’Etat, par des élections libres, ne s’est pas réalisée depuis l’indépendance du pays. Elle reste d’actualité. L’alternative passe par la réalisation de convergences autour d’un projet global de transformation sociale et sociétale. La fonction essentielle du pouvoir dictatorial est de consolider les liens de domination, de subordination et d’assujettissement qu’il exerce sur le peuple. Il voit dans la main de l’étranger, qui met en danger l’Algérie, dans toute contestation intérieure, pour avoir sous la main un épouvantail à agiter. Le tableau de bord des relations politiques au sommet de l’Etat voit ses indicateurs basés sur des divergences stratégiques, passer au rouge les uns après les autres.

	Les uns disent le DRS fait tout et le Président fait le reste ; les autres disent le contraire. Il faut répéter avec force ce qui est dit depuis un certain temps, le départ du Président est un préalable absolu, un impératif même. Deux quinquennats, hélas, trois quinquennats, holà. La grande faute politique de Bouteflika  est d’avoir révisé la Constitution en 2008 par un coup d’Etat constitutionnel pour s’octroyer un mandat à vie. L’Algérie a de nombreuses Constitutions, la 5e avec celle en préparation pour avoir leur respect et les règles de jeu qu’elles impliquent. Elles sont peu appliquées, usées et révisées avant d’avoir servi. Le Président veut donner, à la fin de son 3e mandat, un avenir qui ait un sens. Préoccupé par l’image qu’il veut léguer à l’histoire, il prépare sa sortie du pouvoir qui se fera après la révision de la Constitution ou à la fin de son 3e mandat en avril 2014, après avoir fait le changement qu’il veut, fait par lui et pour lui, pour assurer sa succession. Mais rien n’est définitivement acquis en politique, et les affaires humaines ne se déroulent pas souvent comme conçues et ne sont pas exécutées comme prévu. Quand se joue le destin du pays, l’avenir n’est pas écrit.
	
	 

	1 – Le Soir d’Algérie du 30 mars 2009, et El Watan du 29 avril 2012
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           <title>La presse algérienne vue au travers de sa grille des salaires</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
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           <pubDate>Sat, 05 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	L’objet de cet écrit est de montrer que l’«édiction» d’une grille des salaires de référence pour la presse du secteur public, c’est-à-dire celle dont l’Etat est l’employeur, à l’exclusion de son homologue du secteur privé, est contraire à la loi et porte préjudice à la profession journalistique. 
	La logique et le bon sens auraient commandé que cette mesure fut élargie au privé, afin d’assurer, outre l’équité, la stabilité structurelle dont a besoin la profession tant qu’elle repose sur deux secteurs régis par des valeurs communes.  Avant d’entrer dans le vif du sujet, rappelons les faits : le 16 avril 2012, une dépêche de l’APS fait état d’un accord (signé le jour même) portant sur une grille des salaires conclue «entre les sections syndicales des entreprises de la presse publique et le ministre de la Communication,  Nacer Mehal, ainsi que les directeurs des entreprises publiques du secteur de la communication». Plus loin, la même dépêche, citant M. Mehal, précise que «le gouvernement a approuvé cet accord collectif qui prend effet à partir du 1er janvier 2012». Certes, cette nouvelle apporte quelque satisfaction et réconfort à une partie de la corporation des journalistes longtemps livrée à son sort, mais elle n’en soulève pas moins, chez leurs confrères du secteur privé, moult questionnements quant à leur propre devenir. Car cette mesure, qui introduit la régulation dans le mode de paiement des salaires, il faut le répéter, concerne uniquement la presse publique. Pourquoi ?   

	Le ministre de la Communication se déclare incompétent face au privé

	«Je ne peux pas imposer aux titres privés de s’aligner sur la nouvelle grille des salaires des journalistes de la Fonction publique, car il y a la loi sur les relations de travail (loi 90/11) qui détermine la relation entre l’employeur et l’employé», a déclaré, à la mi-décembre 2011, Nacer Mehal devant les députés de l’Assemblé populaire nationale. Cette réponse du ministre mérite qu’on s’y arrête. Parce que d’abord elle contient une contrevérité. Ou plutôt deux :
	1- Les pouvoirs publics, à travers les ministères de la Communication et du Travail, peuvent, grâce à des techniques juridiques appropriées (notamment la loi régissant la publicité) user de leur pouvoir de coercition à l’effet de garantir les droits sociaux des gens des médias. Si ces techniques ne sont pas encore mises au point concernant certains domaines, d’autres existent mais ne sont pas appliquées. Aussi, le droit social dont tout Etat digne de ce nom est censé se réclamer, devrait-il avoir pour finalité de réduire toute espèce d’inégalités et lutter contre toute forme de déshumanisation des rapports sociaux ;
	2 - La technique juridique à laquelle le ministre s’est reporté pour justifier sa décision de ne pas se mêler des affaires du privé (la loi 90/11) ne renferme, en fait, aucune recommandation allant dans ce sens. La loi à laquelle le ministre fait allusion (la loi n° 90-11 du 21 avril 1990 modifiée et complétée, relative aux relations de travail)  a un caractère général, elle s’applique à l’ensemble des professions évoluant au sein d’entreprises publiques ou privées implantées sur le territoire de la République, qu’elles appartiennent au domaine économique ou à celui des services.

	Que cela soit dit en passant, il est significatif de relever que la seule loi à laquelle le ministre Mehal a cru bon de se référer pour parler des gens des médias, s’applique également aux corporations des maçons enrôlés dans les entreprises du bâtiment, aux fondeurs employés dans les entreprises de métallurgie, aux ingénieurs, aux électriciens, aux concasseurs, etc. Or, le législateur, qui a conçu la loi 90/11, conscient de la spécificité du métier de journaliste, a recommandé dans le corps de ladite loi l’«édiction» d’un statut spécifique pour les journalistes. Ce régime spécifique a été du reste concrétisé (du moins sur le papier) par le décret exécutif du 10 mai 2008. Il s’agit en somme de ce qu’on appelle communément le «Statut particulier des journalistes».  Mais la volonté politique avait à l’époque fait défaut, puisque ce statut spécifique n’a pas connu une traduction dans les faits, les décrets d’application prévus n’ayant jamais été promulgués à ce jour. 

	Le journalisme, métier spécifique : une tendance mondiale

	Dans tous les pays du monde, la presse est placée sous un régime spécial. Selon qu’on est en démocratie ou en autocratie, il peut être de «privilège» ou de «contrainte». La nouvelle loi organique (n° 12-05 du 12 janvier 2012) relative à l’information, promulguée dans le cadre des réformes politiques décidées par le chef de l’Etat, en donne le ton. L’énumération des sanctions de type «est puni d’une amende de 100 000 DA à…», installe d’emblée le corps de métier journalistique algérien dans le système de la contrainte. Ce n’est pas ce type de texte qui est à même de concevoir pour le journaliste quelque facilitation lui permettant d’accéder à une simple bibliothèque. C’est répéter une évidence que de dire que la presse, qu’elle soit publique ou privée, représente pour les tenants du pouvoir un territoire à surveiller de près, et, au besoin, à vouer aux gémonies.

	D’où le caractère franchement pénal de la nouvelle loi que je viens de citer.Et pourtant, l’ensemble de la législation régissant les médias, y compris ce nouveau texte à tonalité répressive, procède paradoxalement d’une logique de détermination et de mise en perspective de la profession journalistique, créditée dans son ensemble (privé et public) d’assurer une mission de service public. En somme, la législation algérienne en la matière organise un corps de métier et non pas un tissu d’entreprises de presse articulées sur le privé et le public. Vous chercherez en vain dans la loi organique relative à l’information une quelconque discrimination entre le privé et le public. Les orientations prescriptives qu’elle contient dessinent le territoire inviolable des journalistes, dont l’étendue inclut en réalité les deux espaces. On ne le répétera jamais assez, tout s’ordonne autour d’un métier dont on peut dégager 3 principales normes :
	1- La profession dans tous ses segments partage un «code déontologique», ce qui la rapproche de la corporation des médecins et des avocats, à cette différence près, elle n’est pas une profession libérale ;
	2- L’identité professionnelle des journalistes (des deux secteurs) est attestée par une carte de presse délivrée par une commission nationale.
	3- Le travail des journalistes est rémunéré suivant une «grille des salaires» fixée par une «convention nationale». C’est ce dernier élément qui a été sacrifié par le département de Nacer Mehal. Il est donc le chaînon manquant à l’ensemble de la technique juridique utilisée, sachant que cette dernière, qui se réclame de l’«universalité» est le produit de l’importation. A commencer par le Conseil supérieur de l’éthique et de la déontologie du journalisme, en passant par l’autorité de régulation, jusqu’à la carte de presse, tout respire le modèle européen, et surtout français.

	Je pourrais ajouter une quatrième norme qui dessine comme en creux, la dimension déontologique, cette norme renvoie l’image d’une presse appréhendée comme un seul homme, ployant sous le poids de fortes amendes et jadis d’emprisonnement. Il est pour le moins absurde de tracer dans la presse une ligne de démarcation entre privé et public, quand les journalistes relevant du premier ont le droit au même échafaud que leurs confrères du second, n’est-ce pas ? Puisque c’est la même épée de Damoclès qui est suspendue sur les têtes des uns comme des autres, tous ont donc droit aux mêmes rémunérations.  Est-il besoin de rappeler que l’un des objectifs du dispositif juridique régissant les métiers du journalisme demeure la protection des journalistes contre l’arbitraire de leur
	employeur ? Mais  force est de reconnaître que c’est à la violation de ce principe que le ministère de la Communication travaille. Les patrons dont on attend qu’«ils possèdent, comme le souligne le sociologue Claude-Jean Bertrand, des talents d’hommes d’affaires, de gestionnaires, et non une conscience morale», se sont ainsi vu confortés dans la liberté qu’ils se sont octroyée pour faire ce que bon leur semble.    

	Un statut particulier jeté au frigo

	Mais depuis 2008, le statut professionnel des journalistes sommeille dans le frigo, faute de textes d’application. Pour l’instant, il ne sert qu’à agrémenter le site Web du ministère de la Communication, où l’on peut le télécharger. Conséquence : la législation spécifique à la presse se réduit de fait à deux textes majeurs: la nouvelle loi relative à l’information (promulguée en janvier 2012) et la loi 90/11 relative aux relations de travail.  

	Cela dit, on est en droit de se demander, du reste, pourquoi le département de Mehal s’est empressé d’établir une grille des salaires pour le secteur public, sans se sentir aucunement indisposé par l’absence de statut particulier des journalistes, alors même que l’on sait que toute politique salariale est déterminée par ce texte fondamental ? Qu’est-ce qui l’aurait empêché de l’activer ou de procéder à son renouvellement, et ce, d’autant plus que cela fait déjà presque trois mois que la nouvelle loi organique relative à l’information a été adoptée ? Que l’on songe, et puisque M. Mehal nous y invite, à ces batailles autour des statuts particuliers qu’avaient livrées, tout au long de ces dernières années, les syndicats autonomes de la Fonction publique à l’effet d’améliorer le salaire des travailleurs. N’empêche, ce qu’il convient de relever, c’est ceci : dans le fond, l’ensemble de la législation algérienne relative aux médias (en vigueur ou en hibernation) s’accorde à percevoir la corporation des journalistes comme une catégorie juridique à part. 

	La dichotomie journalistes du secteur public/journalistes du secteur privé que le département de Nacer Mehal introduit, tombe sous le sens et s’inscrit en porte-à-faux avec le statut professionnel des journalistes, quand bien même celui-ci a été mis hors circuit. Car, contrairement aux autres corps de métier, à l’image des médecins ou des enseignants, le statut particulier des journalistes ne relève pas de la Fonction publique. Ce statut régit la corporation des gens des médias tous secteurs confondus. Le législateur a consacré de fait la spécificité de la corporation journalistique en la démarquant d’une manière très nette des autres corporations. Pour qu’il faille concevoir deux régimes de salaires distincts, il aurait fallu que le législateur fît un statut professionnel pour les journalistes du secteur privé et un autre pour les journalistes du secteur public.

	L’invention d’une nouvelle hiérarchie

	Les journalistes des deux secteurs sont donc régis par un même statut particulier (ou professionnel) d’où devrait découler la grille des salaires. Les deux secteurs (privé et public) s’inscrivent dans une échelle de valeurs partagées. Ce qu’introduit l’acte immoral et injuste et techniquement irréalisable du ministère de la Communication, c’est une hiérarchisation nouvelle, en ce qu’elle institue sur le plan des valeurs un rapport de subordination du privé au public. Une discrimination grave qui remet en cause les normes du travail universellement admises. La hiérarchie professionnelle, qui justifie les salaires, est normalement définie par le jeu des échelons et des indices. Par exemple, le salaire d’un reporter, d’un chef de service, d’un chroniqueur judiciaire, etc. doit être similaire à l’intérieur de chaque catégorie de média (quotidiens nationaux, hebdos et périodiques algérois, agences, hebdos régionaux, audiovisuel, presse électronique).

	Dans chacune de ces catégories s’élève une structure hiérarchique pyramidale. Ensuite, à l’intérieur de chaque catégorie s’opèrent d’autres discriminations salariales. Dans la catégorie «Quotidiens nationaux», on aura des salaires pour les quotidiens d’Alger et d’autres pour ceux des régions. On le voit, il n’y entre jamais une considération en rapport avec le privé ou le public. Du reste, la loi organique relative à l’information stipule en son article 75 que «la nomenclature des différentes catégories de journalistes professionnels est déterminée par le texte portant statut des journalistes». Et pourtant, ce n’est pas dans ce texte que le département de Mehal est allé puiser sa méthode de travail. Le ministre n’a eu les yeux de Chimène que pour la loi 90/11, qui, outre qu’elle ait, comme cela a été dit plus haut, un caractère général, jouit d’un rang statutaire inférieur à la loi organique relative à l’information, qui, elle, a expressément prescrit l’établissement d’un statut professionnel pour les journalistes.

	«Il ne faut pas suivre les dispositions générales du droit civil lorsqu’il s’agit de choses qui doivent être soumises à des règles particulières tirées de leur propre nature», conseille Montesquieu. Les gens embarqués dans un navire sont soumis à des règles particulières tant qu’ils ne l’ont pas quitté, explique l’auteur de L’Esprit des lois. Aussi, le Syndicat national des journalistes, dont la représentativité avoisine le degré zéro, s’est fendu d’un communiqué tout à fait absurde où il demande «l’unification de la législation régissant la corporation», ne s’avisant pas, comme nous venons de le voir, que l’arsenal juridique régissant la presse est d’une parfaite cohérence et que c’est son application qui fait défaut.  

	Le syndicalisme dans la presse, l’exception ?

	A l’heure où les corporations de la Fonction publique sont constamment mobilisées pour revendiquer leurs droits socioprofessionnels respectifs, à l’heure où sous la conduite de syndicats autonomes, l’on voit les enseignants, les médecins, les communaux, les universitaires, les greffiers, les aiguilleurs du ciel, etc engagés dans des mouvements de protestation continus, la presse algérienne fait pâle figure. C’est une des rares corporations, pour ne pas dire l’unique, qui soit épargnée par les convulsions sociales qui secouent périodiquement le monde du travail.

	Un observateur non avisé peut conclure à l’existence de syndicats forts qui s’y seraient imposés. Il n’en est rien. C’est tout le contraire. N’empêche, au cours de l’année 2011, sans que rien ne l’ait laissé présager, la corporation était soudainement sortie de sa léthargie pour dénoncer les mauvaises conditions socioprofessionnelles dans lesquelles elle était confinée depuis de longues années. Née d’un mouvement spontané consécutif aux révoltes qui ont éclaté au Maghreb et dans le monde arabe, la protestation a été principalement portée par une coordination éphémère, l’«initiative nationale pour la dignité de la presse». Mais comme toutes les organisations du genre, elle fut, et ce, à l’issue d’une guerre d’usure, complètement phagocytée. Toute la protestation cependant s’est déroulée en dehors des cadres syndicaux existants, le SNJ (Syndicat national des journalistes) et la Fédération UGTA (Union générale des travailleurs algériens). N’empêche, le mouvement est inédit, les journalistes dans leur majorité, qu’ils soient du secteur privé ou du public, s’impliquent. Leurs principales doléances sont l’établissement d’un statut professionnel ainsi qu’une grille des salaires conformes à leur rang social.

	La demande est adressée à l’Etat. Une certaine ambiguïté entache cependant l’attitude des journalistes du privé dont on pouvait s’attendre qu’ils adressent une partie de leurs critiques à leurs employeurs. Leurs confères du public, mieux lotis en tous les cas, semblaient plus à l’aise dans leur rôle de contester la légitimité des relations de travail qu’ils ont pu nouer avec l’Etat-employeur.
	Malgré sa brièveté, ce mouvement de protestation, dont le fer de lance a été la presse publique, et plus précisément l’audiovisuel (radio et télévision), avait donné des sueurs froides au gouvernement.

	L’essentiel de l’appareil idéologique de l’Etat risquait la paralysie. Des sit-in et des arrêts de travail sont observés. Ainsi, le rassemblement des journalistes du quotidien El Moudjahid devait finalement aboutir au renvoi de son directeur. Les événements s’accélérèrent et les journalistes algériens semblaient emboîter le pas à leurs confrères du Maroc voisin, où un mouvement de contestation analogue s’était déclaré. Tout compte fait, l’échec de l’«initiative nationale pour la dignité de la presse» découle de la croyance naïve qu’elle pouvait abattre un travail syndical qui aurait nécessité des années de travail au sein d’une formation syndicale aguerrie.

	Son inscription dans le conjoncturel pouvait être plus productive si les demandes qu’elle avait formulées se limitaient à un ou deux points. Le terrain était assez miné pour espérer des résultats probants. Cela dit, la faiblesse de la mobilisation et de la syndicalisation dans le secteur de la presse est due, à notre sens, à plusieurs facteurs. On peut citer, entres autres :
	1-  La superposition sur le statut professionnel d’un code pénal assigne d’emblée les journalistes à proximité du commissariat de police et des tribunaux. La mobilisation y ramène donc plus de policiers que de militants syndicaux. La naissance d’une Fédération UGTA, en mai 2009, fut du reste célébrée dans le sillage d’une offre de logements.  
	2- Le package juridique qui régit le secteur est fourni d’une manière incomplète, ce qui amène le juge au moment où il doit prononcer son verdict, à se référer à des lois plus générales, moins précises, qui sont le plus souvent défavorables au journaliste.   
	3- La prolifération dans le secteur privé d’entreprises fragiles (que ce soit sur le plan  financier que managérial) dont les journalistes sont conscients. Mis à part les poids lourds de l’Etat et les titres connus et reconnus de la presse privée, les autres relèvent de la protopresse. Les grèves et les protestations, visant à la démocratisation de l’ordre social, ne sont possibles au niveau du secteur privé que dans les entreprises de grande taille (ArcelorMittal Annaba,  Cevital).
	4- La contractualisation du journalisme qui renforce la précarité.      
	5- La professionnalisation de la presse,  les nouvelles recrues issues de l’Ecole de journalisme sont de plus en plus nombreuses même si beaucoup n’ont pas de qualification sérieuse ou ont une formation insuffisante. Cependant, certains grands titres leur offrent des stages périodiques qui accélèrent leur insertion. Mais, comme partout ailleurs dans le monde, ces nouveaux arrivés sont moins engagés politiquement. Cette tendance à la professionnalisation est réfrénée cependant par un mouvement contraire, celui de la lumpen prolétarisation que favorisent les titres fragiles, qui auraient tout fait pour faire du journalisme sans journalistes. Leurs portes sont ouvertes à tout-venant, ce qui permet de récupérer de jeunes gens dont le niveau d’études est proche de celui du vendeur ambulant de cacahouètes.    

	Conclusion

	Le mouvement de protestation dont la presse fut le théâtre pendant les derniers mois de 2011 a profité finalement au secteur public, quand bien même le secteur privé en est partie prenante. C’est le résultat d’un rapport de force sur le terrain. On estime à présent que la presse publique a un degré de nuisance plus grand que son homologue du privé. Cela soulève la question de la performance (de plus d’une soixantaine ?) de quotidiens qui évoluent sous le chapiteau «privé» et qui sont royalement déconnectés du «marché des idées». Mis à part le segment performant et productif de cette presse représentée par les titres prestigieux, la grande masse est constituée de titres aussi fragiles que vacillants. Les entreprises qui les éditent sont-elles éligibles à la mise à niveau, à l’instar de celles qui activent dans le secteur économique ?  Car il ne s’agit pas de régler un problème en créant un autre. Ces entreprises font vivre des familles. Dans quelle mesure ces journaux qui absorbent une partie de la manne publicitaire de l’Etat ont-ils opposé leur veto pour empêcher l’harmonisation de la grille des salaires ? Car, enfin, les journalistes les moins bien payés du secteur privé sont à peu près ceux qui sont employés dans les titres les plus gracieusement renfloués par l’Anep, l’agence étatique de publicité.  
	
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	La nouvelle loi organique a annoncé la couleur.
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           <title>Sarkozy, Le Pen et les médias-mensonges</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Contributions</category>
           <pubDate>Sat, 05 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	«La meilleure façon de prédire l’avenir, c’est de le créer.»   

	                        Peter Drucker 
	La percée du Front national au 1er tour de la  présidentielle française n’est pas une surprise pour ceux qui ont suivi l’évolution politique de l’Hexagone ces dix dernières années. Sarkozy, en s’emparant du leitmotiv de l’extrême-droite, a fait basculer la France dans un climat de xénophobie légitimée adossée à un racisme latent. Le président sortant rebondit sur chaque événement confortant sa politique. L’affaire Merah, survenue au cœur de la campagne présidentielle, a fait figure de pain béni. Le traitement médiatique de cet événement a amplifié le climat d’insécurité au point de transformer en panique nationale ce qui n’était, à l’origine, qu’un fait divers.

	L’instrumentalisation de cette affaire, par les médias et les politiques, a eu pour effet d’accentuer la stigmatisation des Maghrébins et l’amalgame «musulman égal terroriste». La récupération de cette affaire par la droite et l’extrême-droite est indéniable, donnant une occasion supplémentaire à Sarkozy d’aller, une fois encore, chasser sur les terres du Front national en brandissant une fois de plus le problème de l’insécurité issue des banlieues. Le président candidat, habile et excellent communicateur, a su attirer l’électorat d’extrême-droite en employant les mots qui les interpellent : immigration, musulmans radicaux et terrorisme.

	L’affaire Merah est un exemple type d’instrumentalisation de la peur à des fins politiques, puisqu’il faut rappeler que pendant plusieurs jours, et dans un contexte de campagne présidentielle, les télévisions ont focalisé l’attention du public sur «le tueur au scooter» dont le parcours s’est terminé après 30 longues heures de siège. Convenons que tout cela ne peut être sans conséquence sur l’opinion publique à l’approche d’élections. Certains analystes restent d’ailleurs sceptiques au vu de certains éléments de l’affaire, en plus du contexte où elle intervient. Cette suspicion repose entre autres, et à juste titre, sur un événement aux conséquences (sur l’opinion) similaires survenu en 2002 à 2 jours du premier tour de la présidentielle, l’affaire «Papy Voise»(1). Nous ont-ils rejoué le même scénario dix ans après ?

	L’affaire «Papy Voise» en 2002

	Pour rappel, tous les journaux télévisés  de la veille du 1er tour se sont synchronisés sur l’affaire d’un vieil homme racketté, puis tabassé chez lui par des «jeunes» qui ont fini par brûler sa maison. Notons que lorsque les médias parlent de «jeunes» tout court(2), c’est souvent pour désigner de manière subliminale les «jeunes des cités issus de l’immigration». Les télévisions passaient en boucle Paul Voise, ce vieux monsieur, dont il est question, et qui explique sa mésaventure, le visage très marqué par les violences qu’il a subies. Les journaux télévisés du 20 avril 2002 ont pris le soin de montrer la pauvre victime revenant sur les ruines calcinées de sa maison, en y associant des jeunes passant à proximité provenant de la «cité voisine.»(3) En plus d’être maintenant sans domicile, vivant seul et dans le dénuement, Paul Voise est présenté comme étant apprécié par ses voisins qui lui expriment leur solidarité.

	Tous les ingrédients sont donc réunis pour susciter la compassion et l’indignation de l’opinion, le décor de l’insécurité est planté, les médias se déchaînent et les réactions pleuvent. Le lendemain, jour du premier tour des présidentielles, contre toute attente et contredisant tous les sondages, Le Pen est second derrière Chirac. Jospin se retrouve ainsi hors course suscitant l’incompréhension et la stupéfaction générale. De nombreux journalistes et hommes politiques ont affirmé que le traitement médiatique de «l’affaire Paul Voise» avait sans doute beaucoup influencé les votes du 21 avril 2002. Le directeur de l’information de TF1 de l’époque a reconnu récemment avoir commis «une faute» en surmédiatisant ce fait divers, la veille de la présidentielle de 2002(4).

	En 2012, l’affaire Merah

	Les tueries de Toulouse surviennent en pleine campagne pour la présidentielle de 2012, et certains candidats à la magistrature suprême commettent des flagrants délits de récupération en capitalisant sur l’effroi national. Nicolas Sarkozy s’empresse de décréter, en hommage aux victimes, une minute de silence imposée à tous les écoliers de France amplifiant les événements pour leur donner une dimension nationale.

	En associant des enfants à cet hommage forcé et précipité, il aura contribué à semer dans ces jeunes esprits la confusion, la peur et l’amalgame  : «Mohamed égal terroriste». Des parents d’élèves ont d’ailleurs critiqué cette démarche imposée à leurs enfants, qui ont été confrontés à leur insu à la violence des actualités. Certains détails de l’affaire nécessitent réflexion ; à titre d’exemple, le fait que le présumé meurtrier qui, à seulement 23 ans, a déjà été en Afghanistan, en Israël, en Syrie, en Irak, en Jordanie et deux fois en Iran(5). Autre fait curieux, il aurait lui-même appelé France 24 pour revendiquer ces crimes, puis est rentré chez lui avant de s’y faire encercler. Les 30 heures de siège de son appartement étaient-elles nécessaires ? La réponse est sans doute non, car, comme l’a indiqué le fondateur du GIGN(6), des gaz lacrymogènes auraient suffi pour faire sortir Mohamed Merah vivant en 5 minutes, sans tirer un coup de feu. Il y avait manifestement donc volonté d’allonger la durée de cet événement qui s’est terminé par 300 coups de feu et la mort du présumé meurtrier.

	Un dernier détail troublant, Merah était apparemment pisté dès le premier meurtre(7), l’aurait-on laissé continuer ? De «l’intox» il y en a eu aussi sur les chaînes d’informations où nous avons pu voir défiler en boucle l’information selon laquelle «Abdelkader Merah est fier des actes de son frère Mohamed», ce que l’intéressé a démenti fermement par la voix de son avocate(8).
	Ces mêmes chaînes relayaient aussi l’information selon laquelle le père Merah allait intenter un procès contre l’Etat français, déclenchant une avalanche de déclarations indignées de diverses personnalités, dont Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères. Pourtant, le père du présumé meurtrier a démenti catégoriquement avoir formulé une telle intention ce jour-là(9). Ainsi, une fausse information divulguée par une «chaîne info» suffit pour être reprise en chœur par l’ensemble des médias, engendrant des réactions en chaîne. Cela s’appelle :  la désinformation.

	à qui profite le crime ?

	Ceux qui dans leurs programmes ont mis en avant l’insécurité et l’immigration ont vite fait de repartir en guerre contre «l’Islam radical» et le terrorisme, avec le concours des chaînes TV qui ont joué un rôle fondamental dans l’entretien de cette psychose, le tout entraînant le dénigrement de l’Islam, l’accentuation des amalgames et la stigmatisation collatérale des jeunes de banlieues. Ces derniers, considérés comme Français de seconde zone, sont confinés dans des ghettos depuis des décennies pour pérenniser le «risque banlieue», car force est de constater que rien n’a été fait pour les en sortir. C’est à se demander si l’insécurité, qui en est issue, n’est pas là pour cautionner la politique du tout répressif et de «tolérance zéro».

	La France porte les stigmates de 10 années de Sarkozy, ministre de l’Intérieur, puis Président. Il a «extrême-droitisé» la droite française en jetant continuellement de l’huile sur le feu de la xénophobie, soufflant sans relâche sur les braises du racisme, stigmatisant les minorités en leur imputant tous les maux, sans parler de la haine de l’Islam, le débat sur l’identité nationale, la loi sur les bienfaits de la colonisation, le débat sur la déchéance de la nationalité, l’interdiction du voile intégral, la «circulaire Guéant» et bien d’autres joyeusetés. L’expansion du racisme décomplexé et le repli de la France sur elle-même sont le résultat d’une décennie d’intégrisme politique. De ce fait, la progression du clan Le Pen n’est pas une surprise et le Front national n’en sort que plus renforcé d’une décennie UMP.

	Les médias comme porte-voix

	L’instrumentalisation de la criminalité et du terrorisme à des fins politiques n’est pas une nouveauté. Cependant, il faut reconnaître que la télévision y contribue pour beaucoup, son rôle est fondamental dans le façonnement de l’opinion publique. Les faits divers et les polémiques stériles sont le pain quotidien que distribuent ces médias qui ont des messages à transmettre, une idéologie à défendre, des intérêts à servir, s’éloignant chaque jour qui passe un peu plus de leur vocation première : informer. Dans cette course effrénée au sensationnel, les chaînes de TV tombent vite dans la surenchère pour attirer toujours plus de téléspectateurs. Les médias «d’information en continu» tels que Al Jazeera, France 24 et I-télé diffusent à longueur de journée ce qui est présenté comme information. Toutefois, nous pouvons relever quotidiennement que les faits mis en avant, les premiers titres, ne sont pas toujours les informations essentielles. Il y a chaque jour un arbre pour cacher la forêt.

	Les médias sont les ateliers de l’information où se fabrique le consentement des masses, ils ne sont pas impartiaux et ils servent très souvent les intérêts de ceux qui les détiennent. Pour en finir avec le biberon médiatique, l’esprit critique doit intervenir dans la lecture des actualités en ne prenant jamais pour argent comptant l’information sous prétexte qu’elle est télévisée. S’interroger sur les sources et leur crédibilité, la réputation du média qui la diffuse, le contexte dans lequel elle est rendue publique, sans quoi les nations-troupeaux continueront de paître dans les vertes prairies de la propagande.
	
	
	Notes et renvoi :
	1 : Liberation.fr le 3 mars 2003 (Lien court http://www.tinyurl.com/dg98765)
	2 : Expressions récurrentes : «jeunes casseurs», «jeunes délinquants», «…agressé par des jeunes»
	3 : INA.fr. JT (à 4’00») du 20 avril 2002 (tinyurl.com/dg98766)
	4 : Dailymotion.fr. R.Namias sur Europe1 (tinyurl.com/dg98777) et Lalibre.be (tinyurl.com/dg98770)
	5 : Lemonde.fr le 22 mars 2012 (tinyurl.com/dg994321)
	6 : Lepoint.fr le 23 mars 2012 (tinyurl.com/dg98778)
	7 : Rue89.fr le 22 mars 2012 (tinyurl.com/dg98999)8 : tf1.fr le 26/03/2012
	(tinyurl.com/dg98888)
	9 : Nouvelobs.com le 28/03/12
	(tinyurl.com/dg99988)
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           <title>A chacun ses tambours</title>
           <author>Amnay idir </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Contributions</category>
           <pubDate>Sat, 05 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Le 4 avril dernier, Günter Grass, prix Nobel de littérature en 1999, publie un poème en prose dans le journal allemand Süddeutsche Zeitung dans lequel il estime qu’Israël, avec ses armes atomiques, «menace la paix mondiale déjà si fragile». 
	Intitulé Ce qui doit être dit, le poème évoque d’éventuelles frappes préventives israéliennes contre des installations nucléaires iraniennes comme étant un projet qui pourrait mener à «l’éradication du peuple iranien, parce que l’on soupçonne ses dirigeants de construire une bombe atomique». En parallèle, il y a «cet autre pays, qui dispose depuis des années d’un arsenal nucléaire croissant - même s’il est maintenu secret -, et sans contrôle, puisque aucune vérification n’est permise», poursuit l’auteur, visant Israël sans le nommer, au début de son texte. Grass relève «le silence généralisé sur ce fait établi», qualifié de «mensonge pesant», parce que «le verdict d’antisémitisme tombera automatiquement» sur qui le rompra. «Pourquoi ne dis-je que maintenant (...) que la puissance atomique d’Israël menace la paix mondiale déjà fragile ? Parce qu’il faut dire ce qui pourrait être trop tard demain», explique-t-il. «Je ne me tairai plus, parce que j’en ai assez de l’hypocrisie de l’Occident» vis-à-vis d’Israël, «responsable de cette menace».

	Il demande «un contrôle sans obstacle et permanent de l’arsenal atomique israélien et du programme nucléaire iranien par une instance internationale reconnue par les deux gouvernements». Plusieurs réactions hostiles à l’auteur se sont manifestées, notamment en Allemagne et en Israël. Réactions qui s’accordent à le qualifier d’antisémite. Pourtant, l’écrivain a toujours reconnu le droit à l’existence de l’Etat d’Israël.  Le 8 avril, Israël le déclare persona non grata sur son territoire. Le ministre des Affaires étrangères allemand, Guido Westerwelle, écrit dans l’hebdomadaire Bild am Sonntag que «l’Allemagne a une responsabilité historique pour les citoyens d’Israël» et que «placer l’Iran et Israël sur un pied d’égalité moral n’est pas plein d’esprit, mais absurde».

	Le Parti social-démocrate allemand (SPD), dont Günter Grass est proche prend ses distances avec le Nobel de littérature. «Ses apparitions pour soutenir le SPD lors de meetings de campagne sont exclues», relève Christian Lange, un responsable du groupe SPD au Bundestag, cité par le journal Die Welt. Des voix demandent de retirer le prix Nobel à Grass. L’Académie suédoise qui décerne ce prix rejette une telle option. «Il n’y a pas et il n’y aura pas de discussions à l’Académie suédoise pour lui retirer son prix», écrit son secrétaire permanent, Peter Englund, sur son blog.

	Depuis les années 1950

	Les romans et prises de position de Grass sur les questions qui vrillent l’actualité prêtent souvent le flanc à des critiques hostiles. En 1959, Günter Grass publie son roman Le Tambour adapté à l’écran, en 1979, par Volker Schlöndorff. L’œuvre met en relief les complicités des petits bourgeois allemands avec Hitler. A travers le personnage d’Oscar, il exhume les événements qui se sont déroulés à Dantzig, sa ville natale, entre 1924 et 1950. Un passé que sa patrie ne peut affronter sans se culpabiliser. Impedimenta, qui s’impose aux consciences non sans traumatisme. Une mémoire collective à jamais marquée par les crimes nazis(1). Et quand le fondateur de l’Ecole de Franckfurt, Theodor Adorno, observe qu’«écrire un poème après Auschwitz, c’est barbare», Günter Grass voit qu’«on n’aura jamais fini d’écrire après Auschwitz»(2). Le 17 juin 1953, les ouvriers se soulèvent à Berlin-Est. Ils sont écrasés par les chars soviétiques.

	Le dramaturge, Bertolt Brecht, s’y trouve mais ne dit rien. Ce qui inspire à Grass sa pièce Les Plébéiens répètent la révolution, où il s’attaque à Brecht et aux intellectuels restés inertes face à la répression des ouvriers est-allemands et le pouvoir qui voit en leur révolte une contre-révolution, relevant d’un complot occidental. Engagé aux côtés de Willy Brandt, il prend la défense de ce dernier quand le chancelier Konrad Adenauer le présente comme «émigré» et «enfant illégitime». Il s’attaque à l’attitude de l’Allemagne face à ses écrivains émigrés, à l’exemple de Thomas Mann. A ce propos il écrit : «Car c’est tacitement une véritable loi en Allemagne. Les émigrés ne doivent jamais revenir. Qu’ils aillent mourir comme Heinrich Heine ou Georg Buchner à Paris ou à Zurich.»(3) Son roman, La Ratte (4), situe l’histoire dans les années 1980 pour traiter de la menace nucléaire et de la destruction de l’environnement.

	Le personnage principal est une ratte qui apparaît en rêve au narrateur. Ce dernier relate comment l’humanité, qui court vers sa perte, ne fait rien pour éviter la catastrophe nucléaire. Une telle aberration est illustrée à travers cette observation: «L’ordure survit à l’homme. Seule l’ordure lui a survécu !» (P13). Et plus loin : «Nous n’avons, dit la ratte, déclenché que ce que l’homme s’était à lui-même promis : les stocks suffisaient, selon le mot de son Dieu vengeur, pour détruire toute chair où il existât un souffle de vie. Et, cent fois plutôt qu’une, les hommes voulaient en effet à toute force s’anéantir eux-mêmes et toute autre créature (P150).»  En 1989, avec la chute du Mur de Berlin, prélude à la réunification allemande, Grass plaide en faveur d’une confédération des deux Etats et s’oppose à la dilution de la République démocratique d’Allemagne (RDA) dans l’Allemagne fédérale.

	A son avis, la réunification traduit une vision ultra-libérale qui permet au capitalisme de l’Ouest de privatiser le tissu industriel est-allemand aux dépens des intérêts de ses populations.Cette question est abordée dans son roman Toute une histoire(5) en 1995. Le lieu est Berlin, de 1989 à 1991, au moment de la chute du Mur de Berlin et de la réunification allemande observée par deux personnages, Fonty et Hofftaler, un intellectuel et un espion. A travers eux, défile l’histoire de l’Allemagne : la révolution de 1848, la réunification de1871 consacrée par Bismarck, la République de Weimar, la Gestapo, le groupe l’Orchestre rouge et la Stasi. Mais dans cette histoire, à la Cervantès, brille l’esprit de Grass. Le livre, comme tout ce qu’écrit Grass, aiguise les passions. Il constate : «à l’Est comme à l’Ouest, des écrivains clouèrent d’autres écrivains au pilori. Ils s’accusaient pour ne pas être accusés. Celui que l’on portait la veille au pinacle était aujourd’hui traîné dans la boue. Ce qui n’était pas dit, s’ajoutait à ce qui l’était. Une sainte fut proclamée putain d’Etat, et le chanteur qui faisait jusque-là sangloter la douleur ne parvenait plus qu’à des cris de satisfaction. De petits esprits s’érigent en juges. Le soupçon pèse sur chacun. Et comme les points cardinaux indiquaient toujours les orientations politiques, la valeur de la littérature de l’Est fut estimée au taux occidental : celui de la ferraille»

	(P 556). Fonty dans une lettre à sa petite fille dit : «des milliers d’ouvriers et d’employés sont soumis à un processus de décapitation qui ne raccourcit certes pas les individus d’une tête, mais dont le couperet lui enlève le pain qu’il gagnait, l’emploi qui, lui, était hier encore assuré, et sans lequel, du moins dans ce pays, il est comme sans tête» (P 580).Et dans une lettre adressée cette fois à Martha sa fille, il  observe : «… Pour ce qui est de ton mari, celui que tu t’es offert comme entrepreneur solide, bienveillant et qui à présent fait honneur à son nom par ses spéculations foncières, je ne peux te dire qu’une chose : lui aussi est un fils de son époque (…) La victoire sur le communisme a rendu fou le capitalisme.» C’est pourquoi je voulais instamment conseiller à Eckhard Freudlich, peu avant qu’il ne s’ordonne de quitter la vie, de prendre la tangente comme moi : «On ne peut plus rester en Allemagne» (P 626). En 1993, il s’engage dans les débats sur la restriction du droit d’asile et la révision de la Constitution qu’elle implique et à laquelle il s’oppose. Il quitte ainsi le SPD, dont les rapports sont souvent conflictuels. En 1979, il s’oppose à «la loi contre les extrémistes». La droite le qualifie de «sympathisant des terroristes» et la gauche de «protecteur de l’establishment».

	Ainsi est l’humanité

	Depuis l’aube des civilisations, les œuvres littéraires, artistiques, idées philosophiques, réflexions sur les questions d’actualité déclenchent des tempêtes qui sèment l’odeur de la mort, prison, intolérance… Pour schématiser, en 399 avant Jésus-Christ, Athènes condamne à mort Socrate, coupable d’enseigner aux jeunes à réfléchir par eux-mêmes en usant de la maïeutique. Il boit de la ciguë. Ses dernières paroles : «N’oublie pas d’aller sacrifier un coq à Esculape», le dieu de la médecine et de la santé et exprime son regret de ne pas avoir été musicien. Anaxagore et Protagoras sont poursuivis par la justice d’Athènes, Aristote est contraint à l’exil pour un temps. Les têtes de Diagoras de Melos sont mises à prix, Théophraste, Stilpon et Phryné passent devant les Héliastes. A Amsterdam, Spinoza est excommunié par les siens pour ses idées. Jugé dangereux par les adeptes d’un Islam dogmatique, Al Hallaj est décapité.

	Le 13 janvier 1898, Emile Zola, convaincu de l’innocence du capitaine Alfred Dreyfus publie dans le journal L’Aurore son J’accuse. Une partie importante de l’opinion publique et de l’élite française réveille les démons nationalistes et déclenche sa guerre à l’auteur de Germinal. La justice le condamne pour diffamation. Il s’exile un an en Angleterre. En Espagne, passons l’Inquisition, sous la dictature de Franco, en 1956, la police saisit 36 289 Bibles et nouveaux testaments protestants, jugés contraires à la foi catholique. Hitler qualifie d’«art dégénéré» tout ce qui ne convient pas à son moule idéologique. Staline lance son appel au meurtre contre l’écrivain Kravchenko, à cause de son livre  J’ai choisi la liberté.   Au nom de la religion, les passions s’attisent pour empêcher la projection du film La dernière tentation du Christ de Martin Scorcese.

	Au nom de la religion aussi, Ayatollah Khomeiny lance un appel pour tuer Salman Rushdi, auteur du roman Les versets sataniques, jugé blasphématoire. En juillet 2001, le chef d’orchestre, Daniel Barenboïm, joue un extrait d’un opéra de Richard Wagner (1813-1883) et déchaîne les colères alimentées par le fait que ce dernier, en plus de son antisémitisme est le compositeur préféré d’Hitler (6). L’avenir est loin d’être immunisé contre ce genre d’attitudes. Qui a raison si ce n’est le plus puissant ? Les Gitans et les Tziganes ont subi les atrocités nazies. Pourquoi, à ce jour, aucune voix ne s’élève pour leur rendre justice. Où est la limite entre raison et aberration, vérité et mensonge ? «Et qu’est-ce que ça veut dire ‘‘illégal’’, quand ce qui se passe est de toute façon un défi à la loi ?»(7) se demande Günter Grass.
	 

	1) Günter Grass : Le Tambour. Paris, Editions Le Seuil 1961.
	2) Brigitte Pätzold : Günter Grass en croisade contre l’oubli .Le Monde diplomatique, Octobre 1995, n° 499.Pp 14 et 15.
	3) Ibid.
	4) Günter Grass : La Ratte, Paris Editions Le Seuil 1987.
	5) Günter Grass : Toute une histoire. Paris, Editions Le Seuil 1997.
	6) Edward .W.Said : Barenboïm brise le tabou Wagner. Le Monde diplomatique, octobre 2001, n° 571.Pp 24 et 25.
	7) Günter Grass : Mon Siècle. Paris Editions Le Seuil 1999.</description>
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           <title>La question de la liberté et de l’honnêteté des prochaines élections en Algérie</title>
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           <pubDate>Sun, 29 Apr 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Depuis plusieurs mois, les plus hautes autorités de l’Etat appellent à participer massivement aux élections législatives du 10 mai prochain, en assurant qu’elles seront libres et honnêtes. Ce faisant, elles ressassent un discours déjà vieux. 
	Mais peut-on se fier aux discours des gouvernants sans une analyse objective des conditions dans lesquelles se dérouleront ces élections et des instruments utilisés par le pouvoir politique pour en garantir la liberté et l’honnêteté ? Deux notions qui sont liées en ce sens que l’absence de liberté laisse prévoir un scrutin contestable parce qu’il devra couvrir la manipulation. A l’inverse, lorsque les conditions sont réunies pour garantir la liberté des élections, les citoyens parviennent à se mobiliser et ils obtiennent les contrôles nécessaires pour en faire respecter l’honnêteté. Ainsi seulement est assuré le droit des citoyens à désigner leurs représentants, à participer à l’élaboration des politiques et à la gestion des affaires du pays sur la base de leurs aspirations. Tel est l’objectif de toute élection libre et honnête.

	Les liens entre liberté et honnêteté des élections ne doivent cependant pas aboutir à confondre ces deux exigences. Chacune d’elles a son sens propre en fonction duquel se vérifie son authenticité. La liberté des élections condense les caractéristiques essentielles du système politique. Elle exige en effet :
	- La neutralisation et la suppression de tous les instruments répressifs de surveillance et de contrôle de la société, notamment dans ses activités politiques, syndicales, associatives : aucune police politique n’est compatible avec l’organisation d’élections libres.
	- L’existence de partis politiques autonomes, représentatifs des différentes catégories sociales, porteurs de projets politiques, économiques et sociaux.
	- L’organisation de débats publics contradictoires portant sur les problèmes politiques, économiques et sociaux qu’affrontent les populations.

	Ces trois conditions doivent être remplies sur une période conséquente précédant les élections pour permettre à chaque force politique de s’organiser et aux populations de prendre connaissance des projets et d’effectuer les choix les plus aptes à répondre à leurs aspirations. Or, il suffit d’observer la scène politique pour se rendre compte qu’aucune de ces conditions n’est remplie.
	Certes, il existe plusieurs partis politiques, les uns de création artificielle, d’autres sans base ou ancrage populaire, d’autres encore limités dans leurs activités par le pouvoir politique qui les empêche de se constituer en force représentative et d’incarner une alternative au pouvoir en place. On ne voit pas comment un tel pouvoir va aujourd’hui organiser des élections libres qui contrarient son maintien. La création récente d’une trentaine de partis dans une sorte de désert politique confirme la vieille stratégie du pouvoir, déjà largement expérimentée par la Constitution de février 1989, qui multiplie les groupuscules politiques, facilite les manipulations et discrédite le débat démocratique.

	La liberté des élections exige le respect des libertés démocratiques, pour que toutes les forces socio-politiques puissent faire entendre leurs revendications sur la scène politique.
	Après plusieurs décennies de déni des droits les plus élémentaires des citoyens, il s’agit là d’une exigence forte. Et ce n’est pas en renforçant les pouvoirs du ministère de l’Intérieur sur les partis et les associations ou sur les médias, comme le permettent les récentes lois de janvier 2012 relatives aux réformes entreprises dans ces domaines, que l’on ouvre la voie aux débats d’idées sur les politiques dont le pays a besoin en matière d’éducation, de santé, de logement etc. Ce n’est ni en occultant la dépendance des magistrats et l’état actuel de la justice ni en imposant le silence aux victimes du terrorisme et des disparitions forcées par la charte et l’ordonnance relatives à la réconciliation nationale que l’on rendra confiance aux citoyens. On peut multiplier les exemples qui soulignent la négation des droits des citoyens. Comment s’étonner dès lors que ceux-ci recourent de plus en plus à l’émeute et aux violences pour faire entendre leurs voix ? N’est-ce pas le chômage et l’exclusion, l’injustice et l’arbitraire qui conduisent de nombreux jeunes au désespoir ? En ne retenant ici que les conséquences électorales de cette situation, le moins que l’on puisse dire est que rien ne pousse à l’organisation d’élections libres. Comment, dans ces conditions, penser que celles-ci pourront être honnêtes ?

	L’honnêteté des élections se vérifie particulièrement dans tout ce qui a trait à l’organisation du scrutin : le découpage des circonscriptions, le mode de scrutin, l’établissement des listes électorales, l’acheminement des cartes d’électeurs, les opérations de vote dans des bureaux adéquats, le dépouillement des bulletins, l’acheminement des urnes et enfin l’inscription et le regroupement des résultats.

	L’honnêteté des élections exige également une répartition équitable des moyens d’information entre les différents partis et les candidats. Chacune de ces opérations doit permettre aux candidats et à leurs partis, non seulement d’être informés de tout ce qui se passe, mais de pouvoir dénoncer les fautes ou les manipulations éventuelles et d’exiger réparation.
	La vérification de l’honnêteté des élections ne commence donc pas le jour du vote, mais dès la fixation de sa date. Il convient donc de mettre en place les conditions indispensables à sa réalisation. Chacune de ces opérations exige contrôle et surveillance.  

	Le législateur, par la loi relative aux élections promulguée le 12 janvier 2012,  donne de larges pouvoirs à l’administration et aux magistrats pour veiller à l’honnêteté des élections. Le problème est que, en Algérie, l’administration tout comme la magistrature sont étroitement contrôlées par le pouvoir politique. Les gouvernants se donnent ainsi les moyens de contrôler les élections par des organes qu’ils dominent. Sous couvert d’opérations techniques, le contrôle du pouvoir et de ses «administrations» continue.
	Même la Commission de surveillance, composée de représentants de partis au pouvoir et d’autres sans expérience politique sur le terrain, ne pourra jouer que les seconds rôles.

	Les élections législatives de mai 2012 peuvent donc difficilement être considérées, dès aujourd’hui, comme libres et honnêtes, ainsi que le proclament les plus hautes autorités du pays. Elles apparaissent plutôt comme le moyen d’une recomposition de la scène politique par le haut. Rien, dans les prochaines élections, ne semble de nature à constituer une amorce de transition démocratique. Tout indique par conséquent qu’elles ne peuvent être que ce qu’elles ont le plus souvent été : une sorte de dialogue du pouvoir avec lui-même et quelques redistributions de cartes qui seront qualifiées de «changement»…

	Paris, avril  2012
	Pour le cercle  Nedjma

	Mohammed Harbi (professeur d’histoire) ; Madjid Benchikh (professeur de droit) ; Aïssa Kadri (professeur de sociologie) ; Ahmed Dahmani (maître de conférences en économie)
	 </description>
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           <title>Abstentionnistes, le premier parti</title>
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           <pubDate>Sat, 28 Apr 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	«Les élections législatives du 10 mai sont comparables au déclenchement de la Révolution de Novembre 1954.» Telles sont les paroles prononcées par  Bouteflika lors de son discours à propos de la prochaine consultation, en raison des enjeux qu’elle comporte, dans un contexte international particulièrement sensible, généré par  le Printemps arabe.
	
	  
	En effet, Bouteflika veut envoyer à la scène internationale l’image qu’il souhaite projeter à l’extérieur du pays.
	Dans le système international actuel, les élections doivent correspondre à des normes et des standards minimums de validité. C’est à l’aune de ceux-ci que seront établies les comparaisons avec les autres pays et que sera jaugée l’image démocratique du régime par des pays tels que les Etats-Unis, l’Union européenne (UE)...
	Le président de la République est confronté à la nécessité de demander à l’ensemble du corps électoral de participer massivement  et de trancher. C’est certes un outil stratégique, mais c’est aussi un test de confiance dans lequel l’ensemble du régime se trouve engagé. Depuis, les Algériens ne peuvent pas ouvrir la presse, regarder la télévision, écouter la radio sans qu’une référence à l’élection soit faite. Décidément, tout est bon pour inciter les Algériens à aller voter. Après les SMS, les affiches et panneaux électoraux, les discours, la mobilisation des artistes, voilà les prêches dans les mosquées qui, autrefois, étaient des lieux où  était strictement interdit l’exercice de la politique (apparemment uniquement pour certains).

	«La mosquée ne peut être isolée du dynamisme politique que connaît le pays», a expliqué Ada Fellahi, conseiller auprès du ministre pour les Affaires religieuses !
	À moins de trois semaines de l’élection, les candidats et leurs états-majors veulent mobiliser les électeurs pour éviter une abstention qui pourrait s’avérer d’une ampleur sans précédent.
	Mais combien seront-ils, ceux qui y croient encore et veulent bien aller voter le 10 mai ? On peut globalement considérer que l’électorat se  répartira de façon inéquitable entre quatre grandes catégories :  
	- la première catégorie, constituée principalement des personnes âgées, composée elle-même de deux parties : la première est constituée par ceux qui ont toujours voté, pour qui le vote constitue un véritable devoir auquel ils ne dérogent que rarement ; quant à la seconde, il s’agit des personnes qui votent  beaucoup plus par peur des représailles de l’administration que par conviction d’un acte ou d’un choix délibéré. Cette première catégorie vote  généralement  pour le parti au pouvoir ;
	- les militants et leurs proches, sympathisants constituent la seconde catégorie, votant chacune pour les candidats du parti auquel ils appartiennent ;
	- la troisième catégorie, peu nombreuse, est constituée des gens ayant bénéficié récemment de l’aide de l’Etat (logements sociaux, dispositif Ansej…). Cette catégorie vote  également pour le parti au pouvoir ;
	- la quatrième et dernière catégorie, ce sont les abstentionnistes, de loin les plus nombreux, dédaigneux vis-à-vis de toute manifestation du politique et dont le volume ne cesse de croître.

	Le 10 mai se reproduira ce que plusieurs observateurs des médias, du monde politique ou scientifique pronostiquaient avant le scrutin sans grand risque d’être démentis : l’abstention aux élections législatives sera particulièrement élevée.
	C’est devenu une habitude, les élections n’intéressent pas les Algériens. Mais pourquoi devraient-elles les intéresser ? Est-il vraiment utile de voter sous ce régime, où les élus n’ont qu’une marge de manœuvre symbolique ? A quoi sert le vote, pourquoi s’encombrer avec une Assemblée très coûteuse pour les contribuables si le Président peut légiférer par ordonnance ?
	En effet, l’abstention n’a pas cessé de progresser au fil des scrutins et concerne tous les types d’élections. Mais les scrutins législatifs sont encore davantage touchés que les autres.

	Les Algériens ne se préoccupent plus suffisamment de l’intérêt général, ce qui explique l’abstention. Peut-être ne sont-ils pas entraînés par la dynamique d’un projet politique qui corresponde à leurs aspirations ?
	Les programmes (la majorité des partis se prétendant de celui du Président) sont le plus souvent généraux et peu distinctifs, très peu lisibles pour les électeurs. Tout cela ramène le caractère compétitif du scrutin à des généralités peu concrètes pour les citoyens.
	Nous ne voyons pas actuellement de projets chiffrés avec des échéances qui soient offerts par les partis politiques. Tous les prétendants cherchent plutôt à sauvegarder leur pouvoir ou à essayer de gagner une place au sein de l’hémicycle (pour les nouveaux) qu’à prendre des initiatives qui pourraient leur valoir quelques inconvénients électoraux. Le militantisme et le dévouement, ces grandes qualités sont désormais moins répandues aujourd’hui que par le passé au sein des partis.

	«Je ne vois pas comment quelqu’un, parmi les 38 listes en présence à Alger, pourrait valablement me représenter.» Ce sont là les paroles d’un jeune, attablé avec trois autres, dans un café pour justifier son choix de s’abstenir le 10 mai.
	Les chefs de certains partis politiques soumettent les candidats désireux d’être en tête de liste électorale à une contribution financière allant de 100 à 500 millions de centimes. Ceci concerne notamment les formations de Moussa Touati et de Bouguerra Soltani, qui troquent ainsi leur statut de leader politique contre celui de vendeurs de postes de députés. Les listes de candidats elles-mêmes sont désormais composées comme des cocktails propres à entretenir la confusion (que le parti soit de tendance nationaliste, islamiste, affairiste ancien adhérant à un parti politique ou indépendant) : il y a souvent sur les listes dites nationalistes  des hommes islamistes et vice-versa. «C’est mon droit. C’est aussi le mien de leur refuser mon suffrage.»

	En effet, les jeunes n’y croient plus. Ils ne croient plus aux solutions politiques. Les chefs en tête sont, autant que les autres, accusés de rechercher le pouvoir sans véritablement se préoccuper du sort du jeune et de son vécu.
	La dictature du politiquement correct a débouché sur l’abandon du mérite au profit des quotas régionalistes et des affairistes. Pratiquement tous  les partis, qu’ils soient de tendance islamiste, nationaliste ou démocratique, ont proposé aux électeurs des listes quasi identiques. De quoi inciter les plus blasés ou les plus lucides à rester chez eux !
	Le nombre important de citoyens qui vont s’abstenir, voter nul ou blanc, confirmeront  une nouvelle fois un rejet massif des institutions dites «représentatives» et des politiques menées depuis plusieurs années par tous les gouvernements, politiques menées au profit des plus puissants, au profit des classes possédantes et dirigeantes.

	Depuis plusieurs années, une part grandissante de l’électorat est devenue allergique à  l’ensemble de la classe politique qui n’a cessé d’apparaître chaque jour plus éloignée des préoccupations des citoyens.
	Peut-on être intéressé par la chose politique lorsqu’on possède une licence et qu’on est chômeur  depuis plusieurs années, qu’on vit  reclus chez ses parents, désœuvré, dépressif et suicidaire, obsédé par son inutilité dans la société et le vide de son existence ?
	Combien y a-t-il de personnes qui souffrent seules, en silence, de cette fracture sociale et en supportent seules la violence ? Aujourd’hui, on peut même avoir un travail et être pauvre, on est face à l’explosion de la précarité.
	Que doit-on contester, la politique de l’économie de marché ou simplement la forme libérale de sa régulation ? Mais pourrons-nous nous contenter de dénoncer l’un sans toucher à l’autre ?  

	Le pouvoir d’achat et l’emploi restent au cœur des préoccupations des Algériens, comme l’a été en son temps la sécurité.
	L’abstention est ici une démarche civique : elle vise à rappeler que pour que la démocratie représentative fonctionne, il faut que les candidats et les élus aient la volonté de représenter leurs électeurs, non de les trahir.
	Les hommes politiques, ou les leaders de partis qui se transforment à l’occasion des consultations électorales en machine à promesses, désormais, ne font plus recette chez le citoyen.
	Loin d’être un «non-acte» de démissionnaire, l’abstention consciente est un acte responsable de refus d’un système de domination où le droit de vote constitue l’acte public d’allégeance du plus grand nombre au pouvoir de quelques uns. L’histoire récente a montré combien le rituel électoral, qui devait garantir la liberté et les moyens de vie pour chacun d’entre nous, n’a fait que renforcer le pouvoir d’une caste de possédants et l’exploitation de l’immense majorité des hommes.
	Mais qu’en est-il des sondages dans cette période préélectorale ? Lorsque l’on sait que les sondages d’opinion, outre leurs vertus scientifiques pour l’étude des processus électoraux, peuvent jouer un rôle important pour améliorer la gouvernance en permettant aux «sans-voix» d’exprimer leur point de vue et de peser sur l’orientation des politiques publiques. Leur vocation première est de décrire des tendances.

	Jusqu’à présent, il n’y a qu’El Watan qui ait eu le mérite de commander et de publier le seul sondage réalisé, qui donnait un  taux d’abstention de 38%. Cependant, nous ne pouvons pas nous fier aux résultats de ce sondage. Ses concepteurs, en omettant volontairement de publier le nombre de personnes interrogées, les ont  discrédités.
	Selon les estimations recueillies ici et là (auprès  des rares instituts et bureaux d’études), moins d’un tiers  des électeurs vont se rendre  aux urnes  le 10 mai pour élire leurs députés. Ce n’est pas simplement un véritable camouflet infligé aux prétendants à la députation, mais aussi à la classe politique dans son ensemble.
	Les élections législatives du 10 mai seront marquées beaucoup plus par l’abstention record que par la victoire ou la défaite de la coalition islamiste. Elles montreront une fois de plus le fossé qui sépare l’opinion et la classe politique.
	Pour la troisième fois consécutive, lors des élections législatives de cette dernière décennie, les électeurs inscrits sur les listes électorales qui ne se rendront pas aux urnes formeront «le premier parti de l’Algérie».
	
	
	Okba Khiar. Enseignant à l’ENSSP, ayant fait la conception et la réalisation de 126 enquêtes et sondages d’opinion dont 19 publiés par les quotidiens El Watan (8) , Liberté (7) , El Khabar (4).</description>
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           <title>L’étrange plaidoyer du Premier ministre devant les patrons</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Contributions</category>
           <pubDate>Sat, 28 Apr 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	S’il subsistait encore un doute, le moindre doute, quant à l’absence de visibilité de l’Etat dans la société algérienne (nous n’osons pas dire la déliquescence de l’Etat, comme le prédit, de façon récurrente, l’ancien chef de gouvernement, Ahmed Benbitour, mais nous en prenons, semble-t-il, le chemin), le discours prononcé par Ahmed Ouyahia devant les membres du FCE, le 9 avril, suffirait largement à le dissiper. 
	Car enfin, c’est la première fois depuis qu’Ahmed Ouyahia est aux affaires qu’il vient souffler aussi ostensiblement sur les braises d’un feu qu’il aura largement contribué à allumer, en ne prenant aucune des mesures indispensables à la résorption des principaux fléaux qui affectent le pays : délabrement avancé de l’école, indigence de la qualité des prestations des principaux services publics, notamment ceux de la justice, de la santé et de la culture, aggravation du crime organisé et du grand banditisme, généralisation de la corruption active, instabilité des lois et des règlements (lorsqu’ils ne sont pas frappés d’obsolescence intégrée, autrement dit, sont ineffectifs dès leur publication au JO, comme par exemple la réglementation, pourtant essentielle, sur les marchés publics), refus obstiné et délibéré de certains clans du pouvoir de mettre l’Algérie sur les rails d’une diversification de son appareil de production, en améliorant notamment les facteurs d’attractivité de notre pays pour les investisseurs nationaux, autant que pour les entreprises étrangères.

	
	L’ABSENCE DE L’ÉTAT

	
	Le régime algérien dispose, en théorie, de tous les leviers pour rompre avec la logique infernale de la dépendance à l’égard de l’extérieur qui concerne désormais la totalité des produits primaires, des produits alimentaires, des biens de production et de consommation et des services. Le RND, entité construite ex cathedra par le régime algérien au milieu des années 1990, pour pallier la déloyauté alléguée de la direction du FLN d’alors, truste aujourd’hui l’ensemble des postes de commandement de l’Etat, avec l’appui d’un FLN relooké, chaque fois que de besoin et l’appoint du MSP.  

	La situation calamiteuse dans laquelle se trouve aujourd’hui le pays n’est pas un phénomène de génération spontanée, elle est le produit de la pseudo-gouvernance des affaires de l’Etat. Depuis 1999, pour ne pas remonter plus haut dans le temps (puisque aussi bien, paraît-il, l’Algérie était alors dirigée par un «président stagiaire»), on relèvera, à titre d’exemple, qu’aucune mesure favorisant la bancarisation des masses astronomiques de monnaie fiduciaire qui circulent librement sur le marché n’a été concrétisée, que l’opération lancée, il y a plus d’une année, destinée à évaluer et comptabiliser les signes extérieurs de richesse, afin de les soumettre, le cas échéant, à un impôt sur la fortune ou sur le patrimoine a été abjurée sans autre forme de procès.

	Ce n’est pas à la société civile de s’emparer de ces questions, encore moins de combattre les fléaux qui minent la cohésion sociale. Elle ne dispose ni du monopole de la violence légitime (seul apanage de l’Etat et de ses services) ni des outils lui permettant de jouer un rôle d’alerte vis-à-vis des pouvoirs publics, encore que le FCE n’a eu de cesse de proposer, au moins depuis 2006, au gouvernement, de mettre à sa disposition sa propre expertise, non seulement aux fins de moraliser la vie des affaires, mais également dans le but d’améliorer les performances de l’économie algérienne.

	
	LA MONTÉE DU CRIME ORGANISÉ ET DU GRAND BANDITISME

	
	Sur le chapitre de la moralisation de la vie des affaires, Ahmed Ouyahia est orfèvre en matière de mise en cause de gestionnaires innocents. Dans les années 1996-1997, à l’insu du président Liamine Zeroual (partisan incoercible de la présomption d’innocence), il a pris la tête d’une croisade contre certains dirigeants d’entreprise dont la plupart furent innocentés par les juridictions de jugement. Depuis 1999, le nombre de citoyens innocents condamnés à de lourdes peines de prison n’a cessé d’augmenter et sont particulièrement ciblées les personnes les plus honnêtes et les plus attachées à l’intérêt du pays, comme si leurs bourreaux avaient voulu apporter la démonstration au monde entier que plus un citoyen algérien sert avec désintéressement son pays, plus grandes sont ses chances (au sens mathématique du terme) d’être embastillé pour trahison ou espionnage. Le procès en sorcellerie instruit contre Abane Ramdane, qui n’est rien moins que le père fondateur de l’Etat algérien, plus de 50 ans après sa mort, est emblématique à cet égard et en dit long sur les mœurs politiques algériennes. En revanche, les barons de l’informel contre lesquels le Premier ministre se contente de vitupérer, coulent des jours paisibles sous le soleil d’Algérie ou sous d’autres cieux, sauf au cas où ils sont lâchés par leurs parrains, ce qui arrive assez fréquemment, il est vrai.

	
	LE REFUS OBSTINÉ DE PRÉPARER L’APRÈS-PÉTROLE

	
	S’agissant de l’après-pétrole, l’appréciation du Premier ministre serait risible, n’était la gravité des moments que nous vivons. L’auteur de ces lignes a été un des premiers à affirmer que l’Algérie ne serait plus exportatrice de brut à l’horizon 2025, alors que le Premier ministre, prétendant s’appuyer sur des données objectives, situait le Peak Oil à 2050. Aujourd’hui, il reprend à son compte le scénario qu’il avait jugé iconoclaste, mais le plus remarquable n’est pas dans l’incohérence intellectuelle de sa démarche ; il réside plutôt dans la sérénité de mauvais aloi qu’il manifeste sur ce sujet, comme s’il n’était responsable de rien et que les impérities de son administration ne lui étaient nullement imputables. Surtout, il feint de croire que c’est à l’Etat, et à l’Etat seul, de définir la stratégie de rupture avec le modèle rentier clientéliste qui fait de l’Algérie un cas à part dans le monde. La mise en œuvre de l’après-pétrole ne fait pas partie de la vocation du FCE ni de la société civile, fut-elle la plus dynamique et la plus entreprenante. A chaque institution son rôle et ses attributions. Plus près de nous, le ministre des Finances avait justifié le contenu de la loi de finances complémentaire pour 2009 par la nécessité pour l’Algérie de promouvoir tout à la fois une stratégie d’industrialisation par substitution aux importations et une stratégie d’industrialisation par valorisation des exportations (excusez du peu).

	Mais depuis quand et dans quel autre Etat du monde une loi de finances (ordinaire ou complémentaire) a-t-elle eu pour vertu de porter un projet de développement économique au lieu et place d’un code des investissements et surtout d’une volonté politique qui ne ressort, pour l’instant, d’aucune décision de l’Exécutif ? Et même en admettant le postulat controuvé du ministre des Finances, quel bilan a été fait de la mise en œuvre de la LFC pour 2009 consacrant le «patriotisme économique», lorsqu’on sait qu’aucun des 37 textes réglementaires qui eussent dû être pris pour son application n’a été publié au JO, les lois de finance ultérieures ayant posé de nouvelles règles. Plus de trois décennies après la tenue du Congrès extraordinaire du FLN de juin 1980 qui avait décliné le modus operandi de l’après-pétrole, l’Algérie est encore plus dépendante des hydrocarbures que jamais. N’est-il pas déjà trop tard ? Aujourd’hui, l’économie algérienne ne peut se prévaloir d’aucun avantage comparatif, quand ce ne serait que par rapport aux autres pays de l’est et du sud de la Méditerranée, comme le Maroc, la Tunisie, l’Egypte, pour ne rien dire de la Turquie qui fera partie, d’ici 2025, des dix plus grandes puissances économiques du monde.

	Notre industrie ne fabrique même pas des produits sénescents destinés à satisfaire la demande intérieure la moins exigeante. Rares sont les investisseurs étrangers qui s’intéressent à l’Algérie pour y créer des emplois productifs, de la valeur ajoutée industrielle, transférer les technologies et le savoir-faire, car notre pays, nonobstant le niveau de ses réserves de change, est de moins en moins attractif sur tous les plans. A cet égard, ni le plan complémentaire de soutien à la croissance (2005-2009) ni le plan quinquennal (2010-2014) ne feront de l’Algérie un pays post-rentier. Les synergies positives escomptées de la politique des grands travaux pour lesquels ont été dédiés quelque 500 milliards de dollars ne sont visibles nulle part. En revanche, des déséquilibres macro économiques majeurs sont à redouter à partir de 2015-2016 à cause de l’explosion des dépenses publiques.  

	
	PAS DE «PRINTEMPS ALGÉRIEN» SANS LÉGITIMITÉ DES GOUVERNANTS

	
	Il serait certes trop simple d’accabler les seuls dirigeants du pays, tant la responsabilité de la désolation actuelle transcende de loin le périmètre de l’Etat. Mais, quoi qu’on puisse en penser, il y a un préalable incontournable qui est la question de la légitimité de ceux qui gouvernent ce pays. Aussi longtemps que les élites dirigeantes ne seront pas perçues comme légitimes par les populations, il sera illusoire de faire repartir l’Algérie du bon pied. Il ne s’agit pas de la seule légitimité que confère le suffrage universel dans le cadre de la représentation politique consubstantielle aux démocraties libérales (encore faudrait-il que le scrutin dans notre pays soit transparent, ce qu’il n’a été qu’une seule fois depuis l’indépendance, c’est-à-dire le 16 novembre 1995, à l’occasion de l’élection de Liamine Zéroual à la magistrature suprême)  ; il s’agit de la légitimité que confère originellement, mais aussi a posteriori, le service de l’Etat, le dévouement pour l’intérêt général, une moralité au-dessus de tout soupçon, une rigueur intellectuelle sans faille, un sens aigu de la justice sociale, la pratique de l’autolimitation pour permettre à l’ensemble des autorités de l’Etat de fonctionner conformément au principe de la séparation des pouvoirs, le souci de répartir équitablement, non pas la rente pétrolière, mais les fruits de la croissance produite par le travail matériel et intellectuel des hommes et des femmes de ce pays.

	Ce n’est pas un hasard si la génération à laquelle j’appartiens nourrit une nostalgie teintée d’amertume pour la période 1965-1978, pendant laquelle le président Boumediène s’était efforcé de construire un Etat pérenne et d’œuvrer à la prospérité du plus grand nombre. Ce n’est pas un hasard si les jeunes générations se sont spontanément identifiées à Mohamed Boudiaf qui avait su incarner en quelques mois une espérance à jamais meurtrie dans la conscience collective nationale. Enfin, ce n’est pas un hasard si les Algériens, notamment les plus jeunes d’entre eux, étaient majoritairement disposés à voter pour le président Liamine Zéroual en avril 2009, si celui-ci avait consenti à se présenter à la magistrature suprême. Quant aux élections législatives du 10 mai prochain, le taux massif d’abstention escompté par tous les observateurs augure mal de la représentativité de la future Assemblée nationale, et, partant, du gouvernement qui devrait en être issu.

	Quant au partage clientéliste de la rente, dont le Premier ministre actuel est un des principaux contributeurs (au sens de maître d’œuvre), il renvoie aux calendes grecques l’indispensable consensus social sans lequel le pays ne pourra jamais mobiliser ses plus précieuses ressources. 50 ans après l’indépendance, l’Algérie ressemble de plus en plus à une sorte de manteau d’Arlequin fait de bribes et fragments : société segmentée, hétérogène, composite, à nouveau encalminée dans les liens primordiaux issus de son histoire médiévale, en proie à une anomie qui se joue de tous les codes sociaux et de l’ensemble des échelles de valeur. Hélas, tout ce capharnaüm se déroule sous le regard indifférent, si ce n’est réjoui, du Premier ministre et de tous ceux qui l’ont créé.</description>
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           <title>Pour une transmission du patrimoine par l’école</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Contributions</category>
           <pubDate>Sat, 28 Apr 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description>
	Il y a quelques jours s’est tenu à Bou Saâda un important colloque organisé par le ministère de l’Agriculture et du Développement rural, en partenariat avec la Conférence permanente des villes historiques de la Méditerranée, le Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH), la fondation Hans Seidel, le réseau euro-méditerranéen Strademed et l’institut Maghreb-Europe de l’université Paris 8 Vincennes, Saint-Denis,  et portant sur : «Les villes historiques de la Méditerranée et leurs territoires. Le cas des zones steppiques et des espaces oasiens : quelle stratégie de développement durable, rural et local ?» 
	El Watan en a rendu compte. Nous aimerions ajouter quelques éléments concernant le patrimoine immatériel, car cette dimension permet de mesurer combien cette ville et cette région peuvent s’enorgueillir d’une richesse et d’une hospitalité qui ne sont pas que des légendes.

	Non que le site, les monuments ou tout ce qui est économique, agricole ou architectural soient moins importants, mais il est difficile de rester insensible devant tant de simplicité et d’humanité. Ces gens sont fabuleux ! Leur générosité ne consiste pas uniquement à offrir des biens, encore que non, elle vous fait du bien. Elle est toute dans cette ouverture et cet accueil qui vous dit : «Venez, faites halte chez nous.» On se sent vraiment apaisés devant tant de calme, de densité et de pesanteur…, comparés à la fébrilité caractéristique de  nos villes. Quelle émotion devant ce djebel Kerdada chanté par Cheikh Smati, poète de Sidi Khaled dont la légende dit «Ya  sama’ kaoul essmati goul amine» (O toi qui entends les paroles de Smati, dis amen), tant sa verve est reconnue et respectée au titre d’une parole sacrée : Et haouel ya kaf kerdada warhal darragt a‘liya jbal ettawaya.

	Bou Saâda est, comme chacun le sait, mais cela peut valoir pour toute cette région qui va de Biskra jusqu’à Laghouat, en passant par M’sila, Djelfa, El Ksar…, l’un des centres névralgiques de ce chant que l’on appelle saharien et auquel le grand Khelifi Ahmed a donné toutes ses lettres de noblesse. Triste coïncidence, cet immense artiste disparaissait deux ou trois jours avant l’ouverture du colloque. L’une des communications de cette rencontre, consacrée au chant «ayieye», lui était d’ailleurs dédiée, en hommage à tout ce qu’il a pu représenter.

	Bou Saâda, comme toute cette zone du Hodna, est aussi un vivier d’authentiques poètes, souvent chantés justement dans le «ayieye», que nous avons eu la chance de rencontrer et avec lesquels nous avons passé des instants inoubliables. Dans une langue que l’on dit populaire, ou dialectale, mais dont la teneur, la hauteur et, osons-le et le classicisme, permettent toute forme d’expression poétique, ils disent leur mode de vie, mais parlent aussi de Kaïs et Leyla, d’amour et de mélancolie. Oui, cette langue est belle, très belle, d’autant plus belle que, tout en n’étant pas considéré comme littéraire, elle produit une littérature qui ne peut craindre aucune comparaison. Et l’on se prend à rêver d’un jour où ces poèmes seraient étudiés à l’école. Car cette langue, authentiquement nationale, aiderait justement à guérir et à dépasser les multiples fractures (imaginaires, mais qui produisent de désastreux effets de réalité) qui affligent notre pays : fracture entre une langue dite «populaire» et une autre supposée «classique» ; il n’y a pas plus d’arabe «classique» comme essence pure à mythifier ou à combattre que de langue populaire disqualifiée pour toute création artistique.

	Fracture entre le sacré et le profane : cette poésie nous donne à lire des textes où une religion apaisée n’interdit pas l’amour ni les préoccupations terrestres, et où l’on n’est pas très loin de la sécularisation.
	- Fracture entre le Nord et le Sud, ou entre ville et terroir : même s’ils valorisent leur mode de vie et le chantent, ces poètes ne le font quasiment jamais en opposition aux autres. Et s’il arrive parfois de trouver des textes où le Nord et la ville sont un peu moqués ou critiqués, ce n’est jamais ni méchant ni mal intentionné. Ils ne se situent pas dans l’opposition ou l’adversité.
	Tout en ayant un enracinement local très fort, cette poésie est non seulement nationale, mais par ses formes et surtout ses thèmes, elle est dans l’universel, elle nous donne la preuve que l’universel n’est pas le contraire du local, il en est le déploiement. L’universel n’est pas le contraire du particulier, et il n’y a pas d’universel sans enracinement local.

	C’est donc un vrai patrimoine, riche et fécond dont notre pays dispose et dont il n’a pas le droit de passer à côté. Il faut le valoriser et valoriser un patrimoine, ce n’est pas l’inscrire dans on ne sait quelle vision paranoïaque qui en fait un objet continuellement attaqué par de fantasmatiques invasions culturelles ; valoriser un patrimoine, c’est l’aider à se développer pour qu’il continue à produire, l’éditer, le lire, l’apprendre. En un mot, le promouvoir à travers toutes les institutions de l’Etat, notamment l’école, pour se l’approprier et le transmettre aux jeunes générations qui ne peuvent qu’en tirer fierté.                
	 </description>
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           <title>«A Tikjda, il n’y a pas d’abandon»</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Contributions</category>
           <pubDate>Sat, 28 Apr 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Dans votre édition datée du 7 avril 2012, dans la rubrique «Idées-débats», sous le titre «Tikjda se meurt», l’auteur de la contribution, l’ex-directeur du Parc du Djurdjura a, à travers ses écrits, particulièrement ciblé le Centre national des sport et des loisirs de Tikjda (cnslt). 
	Le but recherché à travers ce droit de réponse est de rétablir la réalité telle qu’elle est, et d’éclairer davantage les lecteurs d’El Watan sur la réalité de Tikjda, notamment pour la partie qui nous concerne directement, à savoir le CNSL Tikjda, puisque nous sommes directement cités par 1’auteur de la contribution. Une réalité que ce dernier a délibérément occultée, alors qu’en tant qu’ex-directeur du Parc National du Djurdjura (PND), il devrait, normalement, parfaitement maîtriser. Le PND ne se limite pas à Tikjda et ses environs, mais bien à d’autres sites tout aussi importants qu’il ne connaissait que par voie d’information, car ayant négligé sans aucun plan de charges. Nous citerons, entre autres, Aït Ouabane, Tala Rana et Tala Guilef, des zones livrées à l’abandon durant toute la période où l’ex-directeur du PND avait exercé ses responsabilités.

	L’auteur, dont nous saluons - au moins - l’éveil tardif après vingt-huit ans de sommeil, a omis consciemment de citer qu’il avait participé et approuvé, en toute âme et conscience, toutes les délibérations concernant les projets de notre structure, le CNSL Tikjda, du temps, en effet, où il faisait partie de notre conseil d’orientation. Parmi ces délibérations, nous citerons, entre autres :
	la piscine et la salle OMS, approuvées en tant que projets neufs au CNSLT (délibération n° 05, procès-verbal du 25 févriér 1995. A travers ses écrits, il semble que l’ex-directeur du PND n’est pas du tout informé de ce qui se fait sur le terrain à Tikjda. S’agissant, en effet, du collectif bas au sujet duquel s’inquiète l’ex-directeur du PND à travers sa contribution, nous lui laissons le soin de se rendre à Tikjda et il verra de ses propres yeux que les travaux de remise à niveau de ces «carcasses» sont bel et bien engagés et même plus, ils sont en cours d’achèvement.

	En solutionnant ce point précis, cela illustre - et par les faits - que le CNSLT n’est pas resté les bras croisés face aux carences écologiques et environnementales de Tikjda et ses environs. Ceci, pour les actes concrets. Et nous ajouterons qu’il est osé de la part de l’auteur d’affirmer que le CNSL Tikjda ne se soucie guère de l’environnement, de la protection d’un site dont nous sommes partie prenante. Ces aspects étant le souci des pouvoirs publics, donc du ministère de la Jeunesse et des Sports, dont dépend notre établissement qui n’a de leçons à prendre de personne. La direction générale du CNSL Tikjda est consciente de la mission qui lui incombe au niveau local et même plus. D’où notre adhésion totale et par les faits à des initiatives opérationnelles et de niveau mondial. Telles, notamment, les recommandations issues du 7e Congrès mondial du tourisme de neige et de montagne, tenu ce mois-ci, dans la principauté d’Andorre qui incitent à une réflexion plus globale et réaliste sur les nouvelles technologies et perspectives universelles sur le tourisme de montagne.

	La rencontre internationale sur le tourisme sportif, une autre initiative du même genre, a été organisée récemment à Bouira et à laquelle le CNSL Tikjda a activement participé et à l’issue de laquelle nous avons également bien noté les recommandations pour pourvoir continuer à avancer et à progresser dans nos démarches pour un avenir harmonieux. Ceci, juste pour confirmer que le CNSL Tikjda est ouvert à toutes les initiatives, qu’elles soient locales ou universelles. Car, nous sommes tenus à œuvrer dans ce cadre exceptionnel qu’est la montagne. D’où le fait que nous déplorons l’attitude et la manière avec lesquelles l’auteur expose une situation qui est loin d’illustrer la réalité du terrain.  
	 </description>
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           <title>Les mathématiques et les sciences ne sont pas en voie d’extinction</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Contributions</category>
           <pubDate>Wed, 25 Apr 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Wed, 25 Apr 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description>
	Je souhaiterais intervenir sur certaines réflexions rapportées par la presse nationale, notamment les points de vue d’Ali Derbala et Rachid Bebbouchi (publiés dans El Watan), qui coïncidaient avec l’adhésion de l’Algérie à la Société internationale de mathématiques et la tenue du congrès de la Société de mathématiques d’Algérie (SMA) (nouvellement créée). 
	Les titres des articles de la presse nationale (et de la société en général) minimisent les avancées actuelles, si elles ne les rabaissent pas. Pourquoi ce pessimisme qui ne reflète pas la réalité du terrain ? C’est un problème mondial que ce désintérêt pour les mathématiques, mais c’est également vrai pour tout ce qui est fondamental : physique, chimie et même informatique fondamentale.  Peut-être est-ce dû à notre manière d’enseigner ?
	Il y a eu un petit article sur le congrès de la SMA, ainsi qu’une interview de Rachid Bebbouchi sur ce sujet dans El Watan du 18 mars 2012 : Il est légitime pour les jeunes de penser à leur avenir en s’orientant vers des filières à débouchés visibles, si ce n’est qu’apparent : pharmacie, médecine, informatique (par informaticien, il faut comprendre la double, voire la triple compétence : un biologiste ayant des connaissances d’informatique, un architecte ayant des connaissances d’informatique...).

	Je voudrais rappeler que les premiers diplômés en informatique des universités USTHB, Constantine ou Oran (et même l’ex-INI) trouvaient des problèmes de débouchés, car les entreprises ne savaient pas quoi en faire : «C’est quoi l’informatique ?», disaient les responsables de recrutement. Seul le CNI (ex-Commissariat national à l’informatique et le centre de recherche de Sonelgaz, et peut-être celui de Sonatrach avaient cet aspect visionnaire que doit avoir l’université (certaines visions marchent et d’autres conduisent à un mur… et il faut l’accepter et transmettre ce message aux nouvelles générations… N’est-ce pas là le rôle de l’université d’envisager des orientations, même si certaines n’aboutissent pas ?

	Une anecdote (racontée par Rachid Bebbouchi lui-même dans un autre journal) : le lauréat des dernières olympiades de mathématiques auxquelles a participé l’Algérie (c’était il y a près de 15 ans), disait, après avoir reçu son prix, qu’il ne ferait pas mathématiques, mais pharmacie. Pourtant, il ne faut pas plus d’intelligence pour faire pharmacie que mathématiques. Mais ce sont les meilleurs qui demandent à faire pharmacie, et il est nécessaire pour la tutelle d’imposer un numerus clausus pour canaliser les flux. Les «meilleurs» ont le droit de choisir leur avenir comme ils l’entendent.

	Dans l’article consacré au congrès de la SMA (El Watan du même jour), d’autres collègues ne partageaient pas ce point de vue pessimiste (Benali Benzaghou, Zizi Khelifa…) et étaient plus optimistes quant à l’évolution des mathématiques dans notre pays. Mais, effectivement, d’autres collègues tenaient le même langage «pessimiste», à commencer par le ministre. Sauf que ce dernier parlait de vouloir engager des actions pour remédier à ce problème. Il faut dire que des actions ont été déjà entreprises dans son département avec, notamment, l’introduction des classes préparatoires(*). Il faut dire que ces dernières devraient exister dans tous les lycées, mais le ministre de l’Education avait estimé que son département était incapable de le faire.

	Aussi, seuls quelques lycées pilotes ont été retenus. Il faut ajouter aussi que ce type de classes préparatoires existait depuis 2000, au niveau de l’école préparatoire de Rouiba dépendant du MDN, avant son extension à quelques lycées pilotes. Si ces classes préparatoires devraient sans problème alimenter les écoles d’ingénieurs (un «bon» ingénieur a une bonne culture fondamentale, sinon il n’est qu’un «bon» technicien, comme la société les exploite actuellement, non pas selon leurs compétences, mais selon les besoins des employeurs ; on se demande si elles auront l’effet escompté pour les mathématiques fondamentales, sachant que la majorité des étudiants du MI (mathématiques et informatique : un pôle d’excellence à l’USTHB) optent en 2e année pour l’informatique pour «fuir» les maths. De plus, je crois me souvenir qu’il y a eu des contestations d’étudiants au niveau de ces classes ; je ne sais pas trop de quelle nature.

	Notre collègue Rachid Bebbouchi reconnaissait toutefois que les filières d’engineering (recherche opérationnelle et statistiques, en mathématiques) avaient une certaine cote, en tout les cas, mieux que la physique, la chimie ou l’informatique fondamentale. Cela a été vrai (avant l’introduction du LMD) avec d’autres filières de mathématiques appliquées à Blida et dans beaucoup d’autres établissements nationaux.

	Enfin, je souhaiterais mettre un petit bémol aux dires de notre collègue Rachid Bebbouchi qui disait que si la filière «recherche opérationnelle» avait la cote chez les étudiants, elle ne pouvait être considérée comme des mathématiques. On pourra vérifier que c’est inexact, en consultant certaines bases de données reconnues internationalement, telles que Mathematical Review et la classification AMS (American Mathematical Society) ; d’autres journaux de références de ce type existent : Zentralblatt (Berlin) ou Referativni Journal (ex-URSS). En principe, c’est au Cerist que revient le rôle de la recherche en information scientifique et technique, mais nous sommes dans l’obligation de nous référer à ces bases de données reconnues au niveau international.

	La recherche opérationnelle figure bien dans le «mathematical subject classification) aux côtés de la programmation mathématique (linéaire, non linéaire, convexe, géométrique, en nombre entiers…) 90 Operation research, mathematical programming (les numéros indiquent la classification du thème). Si le département de recherche opérationnelle de l’USTHB semble s’être limité à tout ce qui concerne la programmation mathématique, mais principalement la théorie des graphes et les structures discrètes (domaine dans lequel elle rayonne), la recherche opérationnelle ne se limite pas à cela et comprend des méthodes stochastiques (ordonnancement et théorie) des files d’attente, théorie de fiabilité, commande optimale déterministe ou stochastique, Simulation statistique, théorie de la recherche, théorie des jeux déterministes ou stochastiques… Il est vrai aussi que les aspects stochastiques de la recherche opérationnelle se sont développés à l’USTHB au sein du département de probabilités et statistiques plutôt que dans celui de recherche opérationnelle, ce qui n’est pas le cas dans les établissements de l’intérieur où ces divers aspects sont plus ou moins abordés. Je continue dans la classification AMS : 97 Mathematic Education On peut retrouver «recherche opérationnelle» au 97 M40.

	Mathematical Programming au 97 ? Graph Theory au 97 K20
	Je cite d’autres thèmes parmi les plus répandus, si ce n’est que dans notre pays
	Théorie des graphes 05C, 90, 68R, 68W
	65K Mathematical programming, optimization and variation techniques
	65C et 68C Simulation
	Contrôle optimal 49
	Combinatoire 05

	Théorie des files d’attente (Queueing Theory, 60K25), Renewal theory (60K05), Fiabilité (Reliability) (60K10) classés avec 60 Probability theory and stochastic processes
	Maintenant, les chercheurs en recherche opérationnelle  publient leurs travaux dans diverses revues d’analyse ou d’algèbre qui ne font pas toujours mention explicitement du terme «recherche opérationnelle».
	NB.3. Un peu d’histoire. La recherche opérationnelle est née avec les militaires durant la Seconde Guerre mondiale (si certains revoient les vieux films US, on verra effectivement des bureaux avec la dénomination «département de recherche opérationnelle» qui s’intéressait à tous les problèmes logistiques accompagnant une guerre : transport, communication, industrie de l’armement…) avant de basculer dans le public : industrie et économie en particulier, mais pas seulement. 

	C’est également le cas actuellement avec la cryptologie et la sécurité informatique qui, avant de basculer dans le public pour les aspects de transactions électroniques, a commencé à être développé par le militaire. Il faut se rappeler que les mathématiques ont commencé à se développer avec une attention pour les problèmes physiques, ce qui a conduit à des disciplines telles que «équations de la physique mathématique» (équation de la chaleur, des cordes vibrantes…) : les challenges actuels vont vers les nanotechnologies, la micro étant dépassée.  Si les phénomènes physiques sont assez bien maîtrisés (après des siècles d’investigation), les phénomènes où l’humain intervient (économie, sociologie…) sont plus compliqués à modéliser (une forme vicieuse d’incertitude), et au lieu de se «lamenter» sur le recul de certaines formes d’enseignement, on ferait mieux de mettre les avancées des mathématiques fondamentales au service de telles disciplines mal connues et qui obéissent à des «lois occultes», comme l’ont montré les déboires de la finance mondiale ces derniers temps… et dans notre pays également, sans citer ici de cas «d’écoles».

	Je souhaiterais également rappeler que l’USTHB est à vocation scientifique et technologique, comme cela a été le cas initialement à l’université de Blida. Cette dernière a basculé vers une «vraie» université (universalité oblige) en regroupant toutes les disciplines, même si c’est sur des sites différents.

	A Alger, la situation est plus compliquée, car son université a été restructurée en Alger 1 (sciences humaines et sociales), Alger 2 (sciences économiques et politiques), Alger 3 (sciences juridiques) (les numérotations sont peut-être différentes), et enfin l’USTHB qu’on pourrait appeler Alger 4. Je ne parle pas de la médecine qui fait cavalier seul et qui milite pour sa propre université (Alger 5 ?).
	Il y a également les différentes écoles supérieures qui font redondance avec ce qu’enseigne l’université (par exemple le département d’informatique de l’USTHB et l’Ecole nationale d’informatique, INI, qui ne sont qu’à quelques centaines de mètres l’un de l’autre).
	Pour Alger 1, 2, 3 et 5, les gens de l’USTHB sont tous des matheux (maths, physique, chimie, informatique, électronique, génie civil, mécanique… à l’exception peut-être de la biologie).

	Il est vrai aussi que la recherche opérationnelle n’a pas réussi à évoluer en tant que discipline particulière (probablement parce qu’elle aborde beaucoup d’aspects et qu’elle a été «acceptée» et «absorbée» dans beaucoup de disciplines «dites classiques ou fondamentales»). Juste pour l’exemple, les ingéniorats de recherche opérationnelle, dont parle notre collègue, étaient très prisés à l’USTHB et constituaient pratiquement le premier choix des étudiants (presque) devant l’informatique. Il y a eu très peu de filières de ce type (USTHB, Béjaïa et Blida, selon mes souvenirs). Pourtant, que ce soit la recherche opérationnelle ou l’informatique, les premières promotions (tout au moins à l’USTHB) sont sorties de l’Institut de mathématiques… et dans les universités de l’intérieur, l’informatique est avec les mathématiques… sauf à l’USTHB.

	Il est vrai également qu’outre-mer, la recherche opérationnelle est développée de manière différente selon les pays.
	A titre d’exemple, en France, la recherche opérationnelle est une discipline d’informatique, mais évoluant également selon les établissements au côté d’automatique ou génie industriel (comme à l’ENP). Aux USA, elle peut être vue dans des disciplines telles que l’informatique, le business, mais aussi les mathématiques.

	En Algérie, c’est un malencontreux hasard qui a fait que la recherche opérationnelle se retrouve en mathématiques à l’USTHB. Ce hasard a été que l’Institut de mathématiques de l’USTHB a voulu développer les deux disciplines simultanément et les premières promotions étudiaient les mêmes modules. La suite n’a été que des problèmes (de
	personnes ? de stratégies ?) qui ont fait que c’est généralement (pas toujours, contre-exemple Béjaïa ou Blida) une structure de mathématiques qui prend en charge la recherche opérationnelle. NB.4. Je voudrais citer également Xavier Guyon, invité aux journées de statistiques et qui, lors du débat final, disait : «On parle de mathématiques ‘‘pures’’, comme s’il existait des mathématiques ‘‘impures’’ !)». Sans commentaires ! 
	 

	(*) Nous pouvons rappeler que les grandes écoles d’ingénieurs (à l’image de celles qui existent en France (polytechnique, travaux publiques…), étaient accessibles à l’issue d’un concours (les participants étant ceux des classes préparatoires, de l’EMP (Ecole militaire polytechnique), ex-ENITA (Ecole des ingénieurs et techniciens d’Algérie), mais également tous les diplômés de DES (équivalent de maîtrise) en mathématiques, physique et chimie.
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	Les maths, véritable casse-tête chinois pour certains élèves.
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           <title>Le médecin légiste confronté au risque routier</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Contributions</category>
           <pubDate>Tue, 24 Apr 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description>
	Les accidents de la route constituent un véritable problème de santé publique par le nombre croissant de blessés et de morts qu’ils occasionnent dans notre pays et dans le monde. 
	Ce problème préoccupe l’Organisation mondiale de la santé (OMS) depuis plus de quatre décennies. En 1974, elle a adopté la résolution WHA27.59 déclarant que les accidents de la route constituent un problème de santé publique et appelait les Etats membres à réagir. Elle a créé, en mars 2000, le Département de la prévention et des traumatismes et a élaboré une stratégie quinquennale pour la prévention des accidents de la circulation dans le monde. Au sein de la Banque mondiale, un groupe de travail interdisciplinaire a été constitué afin de s’assurer que ce dossier important soit considéré comme un problème de santé publique majeur, traité conjointement par des spécialistes des transports et de la santé publique. Ses emprunteurs sont encouragés à inclure des éléments relatifs à la sécurité routière dans la plupart de leurs projets de route et de transports urbains. En avril 2004, l’OMS et la Banque mondiale organisent la première Journée mondiale de la santé sous le slogan : «L’accident de la route n’est pas une fatalité» et le 14 avril 2004, l’Assemblée générale des Nations unies se réunira afin de traiter pour la première fois de la sécurité routière.   

	Pourquoi ai-je choisi ce sujet ?

	Les accidents de la route tiennent une place importante dans la médecine légale moderne, du fait de tous les aspects liés à la prise en charge médico-légale des victimes, notamment la description, l’évaluation des blessures et du handicap, sans compter tous les problèmes juridiques qu’ils soulèvent et qui exigent une intervention médicale pour être résolus. En relation avec les personnes blessées, elle analyse le type des lésions, les circonstances de survenue de l’accident et tire des conclusions médico-légales. Pour ce qui concerne les personnes tuées, la médecine légale devrait permettre d’analyser les causes et les circonstances du décès, alors que j’ai constaté malheureusement la quasi absence d’autopsie médico-judiciaire dans ce domaine durant toute la période de mes recherches (2006, 2007, 2008).

	Le médecin légiste est dépendant des différents intervenants en amont. La prise de conscience des failles de la chaîne des intervenants, la perception des conséquences néfastes de ces insuffisances et du préjudice sur les victimes ont été au centre de mes préoccupations, avec le souhait d’aller jusqu’à émettre des recommandations. Il faut souligner que pour exposer les aspects médico-légaux des victimes des accidents de la route, j’ai dû me baser uniquement sur les résultats de mon expérience au jour le jour et ce, depuis le début de mon activité à l’hôpital de Zéralda, en 2004. L’absence — à ma connaissance du moins — de support théorique et de références bibliographiques dans le domaine précis de l’approche médico-légale proprement dite, a rendu difficile l’exposé de ce chapitre.

	C’est cette difficulté même qui, très tôt dans ma pratique, a suscité l’intérêt pour ce sujet, décidé de ce choix et conduit à un recensement systématique, au cas par cas, des écueils et des manques. La décision d’entreprendre une étude prospective sur les aspects médico-légaux des victimes des accidents de la route a été prise en 2005, ce qui fait une expérience de cinq ans. Elle s’est faite sur la base d’annotations personnelles consignées des années durant sur chaque difficulté rencontrée, pour répondre, dans un premier temps, à l’attente des victimes d’accident, et par la suite, elle s’est étendue à celle du corps médical et des magistrats.

	Cette vision des aspects médico-légaux découle d’une analyse personnelle, sa présentation est forcément subjective, quelque peu arbitraire, et mérite sûrement d’être complétée à l’avenir. C’est dire l’intérêt de ce travail qui est l’un sinon le premier en Algérie qui s’intéresse à ce problème médico-légal, mais également touche d’autres disciplines médicales et d’autres aspects de la société, notamment le juridique. Il s’inscrit dans cette logique et se veut une contribution modeste dans l’analyse de ce fléau. Mon ambition est d’ouvrir le sujet en attendant que d’autres travaux de recherche le complètent.

	Quelle a été la problématique ?

	Puisque l’insécurité routière est actuellement reconnue comme un problème majeur de santé publique dans le monde en général et notre pays en particulier, lui appliquer les outils de la recherche en santé clinique et épidémiologique apparaît comme une source prometteuse de progrès, tant au plan de la connaissance et de la prévention que de l’évaluation et la prise en charge médicale et médico-légale des victimes. Ce problème, qui a pris les dimensions d’un véritable fléau, interpelle donc la communauté médicale à plusieurs titres. Pendant l’accident : la plus ou moins grande fragilité des victimes, la violence de l’accident, la présence de facteurs aggravants, la qualité et la rapidité de la prise en charge feront que ceux-ci en sortiront indemnes, seront plus ou moins grièvement blessés ou décéderont.

	Après l’accident : le devenir du blessé, ses séquelles et les conséquences de celles-ci au plan physique et fonctionnel, mais aussi familial, socioculturel ou professionnel restent les grandes inconnues de l’insécurité routière. Et c’est à ces différents stades qu’intervient le médecin. Dans la pratique médico-légale, les accidents de la route tiennent une place importante, car le médecin légiste constate et évalue les blessures en fixant l’incapacité temporaire totale (ITT) ; il intervient dans la réparation du dommage, il a aussi un rôle à jouer dans la prévention. Il est interpellé pour des expertises au civil et au pénal par les autorités judiciaires (magistrats, police et gendarmerie), pour des missions bien définies en rapport avec les accidents de la route, par les compagnies d’assurances et par les ayants droit. Dans le but d’accomplir sa mission, il a besoin de documents médico-légaux probants, notamment le certificat médical initial (descriptif) qui doit être complet et précis, car il permettra à la victime de prouver l’existence de son dommage afin d’obtenir réparation.

	L’appréciation médico-légale des différents préjudices se heurte à beaucoup de difficultés : d’abord l’absence de barème d’évaluation du dommage corporel en matière d’accident de la route, qui gêne la fixation du taux d’IPP. A nos jours, en Algérie, pour évaluer le dommage occasionné par un accident de la route, on se réfère au barème des accidents de travail. De plus, l’évaluation de l’ITT est assez souvent mal comprise et assimilée à un arrêt de travail. Par ailleurs, dans la pratique médicale aux urgences, nous avons constaté qu’il n’existe pas de «compte-rendu médical d’accident de la circulation» standard qui doit être correctement rempli par le médecin, au même titre que la «fiche navette» accompagnant le malade à chaque fois qu’un avis spécialisé est demandé et qui servira de document médico-légal probant, que ce soit en consultation de médecine légale ou d’expertise dans le cadre du dommage corporel ou en autopsie diligentée par la justice. Il n’existe aucune étude épidémiologique descriptive récente des lésions obéissant aux règles de recherches épidémiologiques à côté des études statistiques sur les accidents de la route au niveau national et ce, malgré l’importance du fléau.

	Il n’existe aucune étude nationale traitant les aspects médico-légaux posés par les accidents de la route comme, par exemple, la recherche d’alcool, de plantes et de substances classées comme stupéfiants ; cette recherche n’est pas bien cadrée par la législation en vigueur et présente beaucoup de défaillances sur le plan pratique. Enfin, il y a méconnaissance des causes de la mort et des tableaux lésionnels des victimes. Les autopsies ne sont pas toujours demandées. L’attention est essentiellement focalisée sur la quantification des blessés ou des décès, sans que la gravité des conséquences sanitaires fasse l’objet d’études spécifiques. Le Centre national de prévention et de sécurité routière, CNPSR, n’utilise pas de données médicales dans l’élaboration de ses statistiques nationales, alors que les décisions stratégiques de sécurité routière doivent être basées sur des données scientifiques (donc objectives).

	En matière de sécurité routière, pour cibler les interventions, pour contrôler et évaluer l’efficacité des mesures prises, on doit avoir des données fiables et harmoniser notre terminologie. Le médecin légiste, souvent assimilé au médecin de la violence, est confronté à beaucoup de problèmes médico-légaux en matière d’accidents de la route. Il doit impérativement avoir un rôle actif, car il a aussi un rôle dans la prévention à tous les niveaux, même dans la proposition de l’élaboration des textes de loi, du moins eu égard à ses multiples constatations dans sa pratique courante. Néanmoins, malgré l’engagement politique sanitaire en matière de «tout faire» pour la sécurité routière, il existe encore des insuffisances tant sur le plan prise en charge médicale que judiciaire.

	En effet, la définition d’un «blessé grave», comme il peut être perçu au sein de notre société par ses répercussions individuelles, familiales, professionnelles, scolaires, etc., reste floue et inappropriée ; la définition de «tué par accident de la route» n’est pas uniformisée au niveau du territoire national, et n’est pas conforme à celle recommandée par l’OMS, «tué par accident, toute victime qui décède sur les lieux d’accident ou dans les trente jours qui suivent». Ce qui nous laisse penser que le chiffre réel des victimes décédées par accident de la circulation routière est plus élevé que celui avancé par la gendarmerie et par la police. Ce qui ne nous permet pas d’évaluer la gravité réelle des accidents ni de faire des études comparatives à l’échelle internationale.
	 
	Résumé de l’étude statistique

	D’après notre étude, les consultants pour accident de la route ont représenté un taux de 17% par rapport au nombre total des consultants, qui sont passés au niveau de notre service de médecine légale. La répartition des usagers de la route par tranche d’âge et par sexe est très significative puisque p=0,000001. Elle a démontré que la moitié des victimes étaient des passagers ; le tiers était des piétons ; le motocycliste a représenté le 1/10 des cas. Le piéton était soit producteur de sur-risques, soit comme victime ; ce qui justifie des mesures particulières. La traumatologie routière dans la circonscription de Zéralda a touché majoritairement les sujets jeunes quels que soient le sexe et la catégorie d’usager de la route, puisque la tranche d’âge des 1-44 ans s’est élevée à 75,4%  (3/4 des cas) ; et 80% des victimes d’accident de la route décédées étaient des jeunes de sexe masculin âgés entre 15-29 ans. 

	L’augmentation du nombre des jeunes usagers de la route impliqués dans les accidents a pour effet d’augmenter dans des proportions encore indéterminées, le nombre des invalides permanents et d’abaisser l’espérance de vie. Ce fléau est à l’origine de décès, mais aussi pourvoyeur de handicaps lourds portant atteinte à la réinsertion dans la vie professionnelle. Les conséquences de l’accident sur la qualité de vie des victimes et de leur famille, sur le cursus scolaire et le parcours professionnel, restent inconnues à nos jours.

	en conclusion

	Sachant que la mortalité est un indicateur de la gravité de tout problème de santé, l’absence de registre national des victimes de la route, la non-adoption, à ce jour, par notre pays de la définition de «mort par accident» recommandée par l’OMS, le CNPSR qui occulte les données médicales, implique automatiquement une sous- déclaration des décès, et par conséquent, une sous-estimation de la gravité des accidents. Il est donc indispensable et grand temps de normaliser les indicateurs de mortalité. Les défaillances relevées au cours de notre travail, particulièrement en matière de recherche d’alcool, de plantes et de substances classées comme stupéfiants ; le manque d’harmonisation et la pauvreté des procès-verbaux établis par la police ou par la gendarmerie lors du constat de l’accident impliquent nécessairement une réadaptation de la législation et des mesures réglementaires en matière de sécurité routière en général.

	Car la qualité de la recherche épidémiologique en la matière ainsi que l’efficacité de la lutte contre l’insécurité routière seraient accrues par une coordination renforcée entre chercheurs et acteurs de terrain. Le risque routier est un risque complexe qui nécessite une politique de prévention ambitieuse, qui ne peut se limiter au contrôle et à la sanction des infractions. Il concerne également l’ensemble de la population et pas seulement les automobilistes. Il faut un renforcement de l’interministérialité, qui permettrait notamment au ministère chargé de la Santé d’occuper sa place dans le dispositif de sécurité routière.                        

	Références bibliographiques :
	-OMS : Les statistiques relatives aux accidents de la route.
	Rapport sur la réunion d’un groupe technique de l’OMS, Prague 26-28 septembre 1978. Bureau régional de l’Europe, OMS. Copenhague 1981.
	-OMS : Rapport mondial sur la prévention des traumatismes dus aux accidents.
	DA. Costa. Sécurité routière et circulation : la responsabilité de différents acteurs 2007.
	Extrait du travail de recherche fait par Pr Benabid Miloudi Farida, intitulé «Aspects médico-légaux des victimes des accidents de la routes».
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	Les conséquences de l’accident sur la qualité de vie des victimes et de leur famille, sur le cursus scolaire et le parcours professionnel, restent inconnues à nos jours.
	 
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           <link>http://www.elwatan.com/contributions/le-medecin-legiste-confronte-au-risque-routier-24-04-2012-168042_120.php</link>
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           <title>Voter, c’est remettre en selle un pouvoir illégitime, autiste et isolé</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
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           <pubDate>Sun, 22 Apr 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	A la veille du 50e anniversaire de l’indépendance du pays, s’annoncent des élections législatives, le 10 mai prochain, dans des conditions pour le moins déplorables pour les Algériens. 
	Si le pari de la libération du territoire a été réussi, celui de la libération de l’homme, tel que prévu dans la déclaration du 1er Novembre 1954 n’est toujours pas acquis.  Les manifestations pacifiques ne sont pas toujours permises, notamment dans la capitale, et le droit de grève, remis en cause par le pouvoir, qui a promulgué une batterie de textes qui prorogent de fait l’état d’urgence théoriquement levé.  Le chômage atteint des records inégalés, le suicide même des enfants est devenu un phénomène de société, et le mal-vivre est le quotidien des Algériens. Il ne reste plus à la population, notamment les jeunes, que l’émeute pour poser leurs problèmes quand ils n’optent pas en dernier ressort pour la harga, à tel point qu’il ne se passe pratiquement pas un seul jour sans que l’on signale ces drames à travers le territoire national.

	La répression et la gestion des émeutes sont des points forts du régime autoritaire et policier. Les services de sécurité sont dotés de moyens humains et matériels ahurissants. La paix sociale à tout prix est achetée avec une partie de la rente pétrolière qui a échappé à la corruption. Des sommes faramineuses sont englouties dans l’import/import au détriment de la création de richesses source intarissable d’emplois, souci majeur de notre jeunesse. L’économie est en panne, et, au lieu de la développer, on recourt au crédoc puis à une dévaluation du dinar qui ne dit pas son nom afin de faire accroire par les chiffres qu’elle se porte bien. Pour faire baisser la fièvre, on casse le thermomètre !  Les droits à la santé, au logement, à l’éducation, à la culture, au sport, aux loisirs..., pourtant garantis par la Constitution, sont devenus des privilèges quand ils ne sont pas bafoués.  Au plan extérieur, la situation est très préoccupante.

	Attirés par son pétrole et sous prétexte d’instaurer la démocratie en Libye, les pays de l’OTAN y ont installé la guerre civile. Des armes de guerre y circulent à ciel ouvert, traversent nos frontières devenues poreuses, constituant ainsi une menace pour la sécurité du pays et de toute la région. La déstabilisation du Mali additionnée à celle de la Libye nous fait craindre le pire. Faute d’anticipation d’évènements, pourtant à nos portes, nos chancelleries sont violées, notamment à Gao où nos diplomates ont été enlevés, sans coup férir, par un groupe non identifié ! Souhaitons qu’ils retrouvent leur pays sains et saufs. L’Algérie, dont la guerre d’indépendance avait émerveillé le monde, jouissait d’un respect et d’une considération ; aujourd’hui ses ressortissants sont renvoyés par l’Italie, par exemple, la bouche scotchée sans qu’il y ait la moindre réaction immédiate de la part de nos  autorités ; les Italiens eux-mêmes sont plus outrés que nos responsables.

	Pendant ce temps à Alger, on déroule le tapis rouge à des étrangers, qui, en fait, ne représentent qu’eux-mêmes quand notre capitale n’est qu’une escale de quelques heures pour des responsables internationaux de haut niveau, attendus chez nos voisins devenus plus attractifs.  En fait, tous ces éléments montrent qu’il n’y a pas d’Etat protecteur de ses «sujets» car il n’y a pas de citoyens en Algérie ; il n’y a qu’un régime autoritaire et policier dont l’unique souci est de régenter la société pour se maintenir, perdurer et faire fructifier sa rente.  C’est dans ce contexte chaotique que le pouvoir, épaulé par d’insoupçonnables partis politiques, compte organiser les prochaines élections législatives.

	Ajoutons à cela le fait que des partis qui remplissaient les conditions d’existence en vertu de la loi n’ont pas été agréés alors que des dizaines d’autres, dont certains sont issus du sérail, l’ont été en un temps record, en vertu de la politique de l’octroi ; c’est à se demander si par ce subterfuge, la fraude attendue aidant, on ne cherche pas à imposer par un jeu d’alliances, même contre nature, une nouvelle carte politique, par le haut, à la mesure du prince du moment.  Cette opération semble être pour le pouvoir un préalable à l’autre élection à venir, autrement plus importante qu’est la présidentielle de 2014.  N’est-ce pas là, en définitive, l’enjeu principal des législatives ?

	La participation à ce scrutin, outre le risque de le voir se dérouler «à la Naegelen» est de cautionner, voire de participer à une recomposition par le haut. Il y a risque de contribuer à la remise en selle d’un pouvoir illégitime, autiste et isolé ; isolé, car il a tout fait pour détruire la société civile et les partis politiques crédibles, dont le rôle d’intermédiation entre lui et la population est leur raison d’être pour éviter toute explosion sociale dont personne ne peut prévoir les conséquences.  Le risque de la participation vaut-il la peine d’être pris ?</description>
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           <title>Amazighité et nature de l’Etat</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Contributions</category>
           <pubDate>Thu, 19 Apr 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	La mondialisation entraîne inévitablement une uniformisation culturelle. 
	Dans un réflexe de défense, dans une volonté d’échapper à l’anonymat, l’homme recourt au repli sur soi et finit dans un espace sécurisant mais parfois stérilisant que constitue la communauté. Deux extrêmes qui ne participent pas à l’épanouissement de l’humanité. La recherche d’une solution médiane aidera, pensons-nous, à créer des lieux d’autonomie où chaque individu pourra tisser les liens sociaux qui lui conviennent, ce qui ne l’empêchera pas de participer à la grande aventure de l’humanité, avec des valeurs de plus en plus partagées même si de nombreux couacs persistent encore. Une voie qui permettra, principalement aux minorités ou minorés et aux autochtones, d’échapper au joug imposé par une majorité tyrannique.
	Trop longtemps, la vérité de l’Etat-nation s’est imposée à tous les citoyens qui ne sont plus que des individus atomisés, sans liens de solidarité de groupe autre que le dévouement à une hypothétique nation dont il faut épouser les symboles et intérioriser le discours.

	Aujourd’hui, un autre regard s’impose sur l’organisation de la société humaine. Une organisation qui tienne compte de la part de subjectivité et de sensibilité qui sont en chacun de nous.
	L’homogénéité est rarement le propre d’un pays. Il faut donc placer toutes les passerelles interculturelles pour que s’instaure l’intertolérance. La tendance jacobiniste des Etats-nations, qui veulent imposer des cultures, langues et identités uniques désignées sous le commode vocable de constantes nationales, ne peut avoir d’avenir dans un monde qui s’ouvre et se découvre.
	L’intégration citoyenne ne peut se faire aux dépens de la diversité. L’humiliation, la dévalorisation et la frustration sont de mauvais ingrédients pour construire une unité nationale.

	De par son histoire, l’Algérie ne peut être que multilingue, multiculturelle et multicultuelle. La démarche outrancière, qui consiste à vouloir imposer une idéologie arabo-islamiste négatrice des autres, ne peut participer à asseoir une sérénité sociale, seule garante de paix. Ce ne sont pas les multiples déclarations de foi, ni les quelques textes sur les droits de l’homme signés dans l’urgence par les autorités algériennes pour juguler une contestation, qui permettront l’intégration politique de ceux qu’on appelle avec dérision les «minoritaires».

	La construction de mythes fondateurs, à contre-courant de l’histoire, visant à construire un imaginaire «sur-mesure» et à fabriquer un peuple nouveau, ne fait qu’exacerber une tension déjà très grande, creusant ainsi un peu plus le fossé qui sépare les populations arabophones des populations amazighophones.
	Comment, dès lors, espérer une démocratisation dans les pays dont les gouvernants ignorent, voire combattent toute spécificité, tout particularisme ? Comment espérer une démocratisation quand on sait que durant des décennies, on a désigné une catégorie du peuple comme danger à l’unité nationale, dans le cadre d’une stratégie de perpétuation du pouvoir ?  

	Une attitude discriminatoire vis-à-vis d’une communauté (amazighe) mise en position de minoritaire et sur laquelle s’exerce la force du droit ou la force brutale.En quoi la mise en place d’organismes et structures qui prennent en charge ces populations déstabiliserait les institutions de l’Etat ? Le contraire est par contre vrai, l’oppression et l’humiliation peuvent amener les groupes dominés à des postures figées et conséquemment à des actions de désespoir.

	Ce qui se passe en Kabylie illustre parfaitement nos propos et nul ne sait comment finira l’aventure. Depuis 1962 se sont multipliés les incarcérations, les disparitions, les humiliations, les assassinats (notamment ceux de 2001). Aujourd’hui  encore, et malgré quelques avancées, la planification du désordre (indifférence policière ou l’autre extrême, le zèle policier) obéit à une stratégie savamment réfléchie. Pourtant, contrairement à ce qui est escompté, il ne faut pas compter sur la résignation des «minoritaires». Au contraire, la radicalisation des revendications n’en sera que plus grande.

	Il serait tellement plus simple de gérer politiquement la contestation. La refondation de l’Etat, qui prend en compte les régions, aurait permis certainement de faire l’économie de la violence par une territorialisation des questions spécifiques. Cela permettrait aux «minorités» ou considérées comme telles, d’être les acteurs de leur propre histoire et de participer, ainsi, à celle d’une nation qui n’écrase pas le citoyen au nom de l’unicité et de l’uniformité.

	Il faut dire, qu’actuellement, les tabous sont en train de tomber. En Algérie, le mur de la peur est désormais franchi.
	Des intellectuels (même s’ils sont encore peu nombreux) et des partis (formels ou informels) préconisent l’Etat-régions. Une administration de la nation qui permet à l’unité et à la diversité d’entrer en adéquation. Les populations auront à assumer, dans ce cadre, pleinement leur choix culturels et économiques. La maîtrise de leur avenir rendra caduques les revendications et s’installera ainsi une paix sociale durable.

	Aussi, faut-il amener l’Etat à changer de nature pour devenir un outil au service des différentes communautés nationales. Redéfinir les compétences de l’Etat, transformer les institutions pour aboutir à un consensus national permettront à chacun d’assouvir sa soif d’identification et de participer pleinement à la vie démocratique du pays. Autrement dit, un Etat respectueux de tous les citoyens et en accord avec les principes fondamentaux des droits de l’homme dont les revendications des minorités que définissent Robert Lafond et Henri Giordan, sociolinguistes français, comme «droit du sujet à l’insertion communautaire… une exigence qui représente une condition indispensable pour qu’existe la démocratie sur la double instance de l’identité collective et de l’identité individuelle».

	Une identité collective exprimée par une langue propre et un particularisme culturel. Deux faits qui doivent bénéficier de tous les droits dans une société démocratique. Des spécificités communautaires qui permettent d’accéder à l’universel ouvert et tolérant, loin de l’uniformisation et libérant la créativité, mais aussi des particularismes qui ne  se confinent pas à un autisme communautaire.

	La responsabilité de l’Etat est donc directement engagée. Il se doit, pour garantir une égalité de droit, de mettre en place les organismes et institutions qui puissent permettre le développement et la modernisation des langues autochtones. En effet, la politique du laisser-aller ne peut profiter qu’à la langue dominante. Au contraire, une politique volontariste de l’Etat qui appliquera un «coefficient de réparation historique» peut aboutir progressivement à une égalité linguistique et par-là même à une égalité sociale. L’intégration à la nation ne peut se faire qu’à ce prix. Avant d’être une revendication, l’amazighité (dans ses composantes identitaire, culturelle et linguistique) a d’abord été une aspiration profonde. L’Etat-régions permettra précisément de transformer cette aspiration profonde en droit. Reconnues officiellement, les communautés algériennes n’auront alors plus de raisons d’adversité. Un tel régime politique de type unitaire permettrait de créer des régions autonomes basées sur l’autogestion économique mais également linguistique.

	Le modèle de gestion, actuellement en vigueur, c’est-à-dire celui de l’Etat-nation conçu sur le modèle jacobin français pose évidemment problème. En effet, l’unicité et l’uniformité qui le définissent sont antinomiques de la diversité nécessaire à l’intertolérance.Malheureusement, cette culture du «un» (une nation, une langue, une religion…) est prégnante dans le pays, et il faut s’attendre à de grandes résistances pour un changement de système de gouvernance.
	En matière de politique linguistique (et donc idéologique), l’arabe littéraire, voulu comme unificateur, est devenu oppressif et étouffe les langues naturelles du pays. La cohésion sociale, l’homogénéité sociale invoquée pour justifier la langue unique (celle de l’Etat) ne peuvent suffire pour faire taire une population autochtone dont les spécificités ne sont pas prises en compte, sinon du bout des lèvres.

	Le statut de langue nationale accordée au tamazight, il y a quelque temps, pour des raisons liées aux événements de Kabylie, n’a aucune traduction concrète. La reconnaissance de la composante amazighe de l’identité nationale n’a aucun impact sur le terrain. Tout est pensé en termes de réponse à une conjoncture, à une tension sociale, laquelle, sitôt passée, rend caducs les acquis. L’Académie amazighe et le Conseil supérieur à l’amazighité, promis officiellement par le président de la République, n’ont été qu’un effet d’annonce au service d’une campagne électorale.

	Dans les faits, l’éradication des idiomes, autre que l’arabe classique, est programmée. Les textes législatifs algériens inspirés largement des textes français rendent hors-la-loi la langue amazighe qui n’a d’autre issue que d’être «clandestine» ou disparaître. Bien entendu, on peut la parler et, depuis quelques années, l’étudier à condition qu’elle n’ait pas la prétention de rivaliser avec la seule langue légitime, celle du pouvoir. Le HCA (Haut commissariat à l’amazighité), faute de moyens et le CNPLET (Centre national pédagogique et linguistique pour l’enseignement de tamazight), sans véritable statut sont devenus par la force des choses des coquilles vides.

	Confinée dans la sphère privée, la langue amazighe est devenue un faire-valoir démocratique et sert à donner l’illusion de la pluralité. Plutôt qu’une interdiction franche qui desservirait les intérêts des gouvernants, le choix a été porté sur la création d’un environnement hostile à son épanouissement. A terme, le pouvoir compte organiser à tamazight de belles funérailles. Pourquoi, en effet, s’encombrer d’une langue «attardée» puisque tous les citoyens peuvent accéder à la langue arabe «noble et sacrée» ?
	Cette apocalypse linguistique programmée n’aura pourtant pas lieu. La demande sociale est forte, le nombre de locuteurs importants et dans certaines régions à l’image de la Kabylie, le pays Chaoui et le M’zab, la langue amazighe est véhiculaire. Cette vigueur génératrice de contestation/revendication gêne le pouvoir qui n’a pas d’autre choix que de répondre aux attentes, à la fois pour des raisons internes pour se garantir une paix sociale mais aussi pour des raisons externes afin de donner l’illusion d’un régime tolérant.Les réponses du pouvoir se feront donc à minima.

	Il est bon de rappeler que le monolinguisme est un des critères qui définissent l’Etat centralisé. L’extinction de toute langue autre que celle du pouvoir est l’ultime but. L’assimilation à la culture dominante est encouragée par le biais du statut social que confère la langue arabe. Les médias lourds qui sont le monopole de l’Etat, une politique économique qui accentue l’exode vers les villes qui ne laissent aucune place pour les cultures périphériques, le contingent qui permet de déplacer les berbérophones hors de leur territoire naturel, l’école et la mosquée utilisées comme lieux de formation idéologique, sont autant de moyens d’aliénation et de déculturation.

	C’est pourquoi les droits des peuples autochtones et minorés passent  nécessairement par la redéfinition de l’Etat, par la valorisation des régions naturelles. Autrement dit, par une refondation nationale basée sur une souveraineté régionale, qui ne soit pas en contradiction avec une constitution nationale à reformuler (curieusement, la commission pour la réforme constitutionnelle, présidée par M. Bensalah, n’a pas cru bon d’écouter les doléances des militants amazighs).

	Peut-être faut-il rappeler qu’à l’opposé de l’Algérie, le multilinguisme est vécu, en Suisse (dans de nombreux autres pays aussi), comme ciment de cohésion sociale puisque l’égalité des langues est un fait constitutionnel. Un exemple dont pourrait s’inspirer l’Algérie, où des régions entières sont linguistiquement homogènes et où peut s’appliquer le principe de territorialité et un traitement linguistique d’autant plus aisé qu’il n’y a que deux langues nationales (arabe nord-africain et tamazight). Une politique qui serait en accord avec, notamment, l’article 27 du pacte civil qui stipule :  «Dans les Etats où il existe des minorités… les personnes appartenant à des minorités ne peuvent être privées de droits… d’employer leur propre langue.»

	Une politique qui mettra fin à la discrimination faite au nom de la majorité tyrannique. Le droit citoyen impose nécessairement le respect de la communauté à laquelle on s’identifie, aussi petite soit-elle. Les autochtones, représentés en Algérie par les amazighophones, sont en droit (au même titre que les autres Algériens) de réclamer une pleine autodétermination, une gestion par eux-mêmes des territoires qu’ils occupent. Un pays où l’autonomie régionale, au niveau de toute la nation, deviendrait enfin réalité. La Commission pour la réforme constitutionnelle n’a pas attiré foule, parce que les tenants du pouvoir n’ont pas cru bon d’aborder les problèmes de fond (et le sujet abordé dans notre communication en est un). Il faut dire aussi que nombre de promesses faites par les plus hautes autorités n’ont jamais été tenues.

	Aussi, il est difficile de les croire une nouvelle fois. Le Maroc, monarchique et bien moins pourvu en richesses naturelles, vient de nous faire la leçon en intégrant dans sa nouvelle Constitution des réalités jusque-là taboues, notamment le statut de langue officielle à la langue amazighe. Alors, il ne reste au pouvoir algérien, pour prouver sa bonne foi, que de proposer au minimum ce que l’Etat marocain a octroyé à son peuple. Tout le reste n’est que palabres.
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           <title>la LADDH est un contre-pouvoir sur le plan des libertés</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Contributions</category>
           <pubDate>Wed, 18 Apr 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	La morale de Kant reflète la maxime personnaliste : «Agis de telle sorte que la personne humaine en toi et en autrui soit toujours considérée comme finalité et non comme un moyen.» 
	Quand on aborde un problème aussi sérieux et crucial que celui des droits de l’homme, qui sont le sel de la terre, une avancée certaine de la démocratie, un espace de liberté, de dignité et de justice, il faut les prendre dans toutes leurs dimensions, sans étroitesse ni omission, parce qu’ils ne sont pas divisibles et sont porteurs de droits politiques, économiques, sociaux et culturels. Ceux qui disent que les légitimes différences d’opinion ne peuvent s’exprimer qu’à l’intérieur du pays n’ont rien compris à la marche du monde et à l’universalité des droits de l’homme, qui ne connaissent ni frontières géographiques ou idéologiques ni non-ingérance dans les affaires intérieures des Etats du fait qu’ils sont partie intégrante des relations internationales et qu’ils jouent un rôle important dans la qualité des relations entre les Etats.L’Etat algérien a ratifié les pactes et conventions internationaux relatifs aux droits de l’homme, sans y attacher beaucoup d’importance quant à leur application du fait que sa politique les méconnaît ou les bafoue.

	Le conseil national de la LADDH a pris acte de la démission de Mostefa Bouchachi

	Pour quelque responsable que ce soit, le signe de sa réussite et de son respect est le regret qu’inspire son départ. Le conseil national, qui pénètre bien la réalité du pays dans tous les domaines, ne réserve ses félicitations qu’aux cadres de la LADDH qui ont mis à son service les richesses de leur intelligence et de leur cœur.
	La réponse est celle d’un éducateur qui bénéficie de son expérience, de sa maturité, de sa faveur toujours lucide avec laquelle il traite les problèmes pour éveiller les esprits, solliciter les bonnes volontés, former les consciences, afin que chacun, à sa place, se mette au service des droits de l’homme qui, malgré l’ampleur de la tâche, est source de confiance et de joie. Il a opposé un silence froid au départ de Mostefa Bouchachi.

	L’alignement de Mostefa Bouchachi aux positions de l’appareil du FFS, et non de ses anciens dirigeants ni de ses actuels dirigeants et militants qui sont respectables et respectés, mérite le désaveu du conseil nationale de la LADDH. Il a glissé sur la planche savonnée par l’appareil du FFS, qui l’a récupéré. Il n’a pas refusé le cadeau empoisonné qu’il lui a offert. La promotion individuelle prime sur toute autre considération, contredit l’exemplarité qui est plus qu’une esthétique, une éthique… Bouchachi s’est rallié à titre personnel à l’appareil du FFS, mais la LADDH, qui est l’original des droits en Algérie, le reste n’étant que copie et photocopie, est en dehors du pouvoir et des partis politiques. Il va devenir le notable d’un parti, oubliant la conscience aiguë qu’un militant de la Ligue doit toujours garder des sentiments et aspirations populaires. Certains mots, peut-être un peu durs en apparence, doivent malgré tout être dits car si l’on n’y prend garde, le silence sur le fonctionnement de la LADDH dans ce qu’il a de défectueux porte préjudice aux fondements principaux des droits de l’homme et à ses militants qui se sont montrés ses guides fidèles, désintéressés, efficaces.

	Mostepha Bouchachi n’a pas fait mystère de son ambition clairement affichée, avec une lourde dose d’inconscience, de saisir toute occasion, même en piétinant les droits de l’homme, pour servir ses intérêts les plus immédiats, les plus égoïstes. Il a cherché sa promotion individuelle en se ralliant à un parti politique.
	La LADDH ne peut constituer le passage obligé pour être appelé à une haute fonction des trois pouvoirs de l’Etat. L’homme a la faiblesse de se prendre pour ce qu’il n’est pas : peu cultivé, il se croit un humaniste. Une telle erreur de jugement sur soi-même lui fait accepter toutes les flatteries, s’enfoncer dans toutes les impasses. L’homme versatile qui ne met pas son comportement en harmonie avec ses actes fait de véritables tête-à-queue et, comme un crabe, marche aussi bien dans un sens que dans celui qui lui est opposé. Comme la chauve-souris, suivant le modèle anglo-saxon, il agit selon le dicton : «Je suis oiseau voyez mes ailes, je suis souris vive les rats.»

	Pour certains partis, qui sont l’opposition du pouvoir et non l’opposition au pouvoir, ce qui importe c’est d’avoir une position sur les aspects les plus immédiats et non sur le fond des problèmes, ce qui implique non pas une vision suivie d’une stratégie, mais d’une simple tactique.L’arbitraire, l’injustice, l’intolérance, l’exclusion, la xénophobie qui est l’une des variantes de l’intolérance à l’autre, à celui qui pense autrement mais égal dans sa dignité et dans ses droits, sont présents et agissants, mais ils font la courte échelle à un pouvoir qui accuse un déficit républicain et démocratique, viole la loi, porte atteinte aux droits de la défense, à l’autonomie de la justice et à l’indépendance de la magistrature. Qu’avez-vous fait de la justice, Monsieur le ministre de la Justice ?
	Le droit de se rassembler et de manifester publiquement est interdit parce que la levée de l’état d’urgence est remplacée par l’état de siège.

	Les marches sont interdites parce qu’elles s’inscrivent dans la lutte pour la démocratie, la liberté, la justice et la justice sociale. Le peuple a répondu à la brutalité de la répression avec calme et dignité, c’est sa manière de manifester son hostilité au pouvoir.
	Le pouvoir a pratiqué une politique qui s’est servi des droits de l’homme pour tenter de les manipuler, de les récupérer, de les exploiter, en secrétant des ligues des droits de l’homme qui ne sont que des langues de bois dont on fait les flûtes qui chantent à des fins de politique intérieure et internationale, pour redorer son image bien ternie par la transgression des lois et une répression qui a imposé un strict contrôle policier de la population. Il veut garder en vase clos les atteintes graves aux droits de l’homme, pour ne pas avoir à payer le prix politique de ses méfaits.

	Les droits de l’homme ne sont jamais dans l’état, toujours face à l’état, jamais dans le pouvoir, jamais dans un parti politique
	C’est la personne humaine debout et non à genoux, face à l’Etat.
	La LADDH ne peut intégrer aucun des courants politiques ou idéologiques qui traversent la société. Les droits de l’homme, il faut des défendre avec intensité, les servir avec un dévouement entier, dépourvu d’ostentation et d’ambition. Dans la presse d’aujourd’hui, maître Hocine Zehouane se réclame encore de la LADDH. Il a été débouté des deux procès qu’il a engagés contre elle, au tribunal puis à la cour d’Alger. Le secrétariat qu’il a voulu constituer, formé de Aït Yahia, Mohamed Smaïl, Me Nordine Ahmine, et Tahar Khellil, l’ont vite évacué. Il a été destitué par la FIDH de sa qualité de représentant de la LADDH. Ligue d’un seul homme, elle est devenue celle d’un homme seul. Il a récolté la politique d’exclusion, de haine et de division qu’il a semée. Aït Yahia, Khellil, Ahmine et Smaïl doivent rejoindre la LADDH. Mohamed Smaïl fait l’objet, depuis plus de 11 ans, d’un harcèlement judiciaire sans précédent.

	Il a découvert plusieurs charniers, a filmé les ossements de Saïdane, enlevé en plein jour par la milice de Fergane en septembre 1986 parmi les 212 autres disparus de la wilaya de Relizane. Devant la justice, il a pris des positions fermes et courageuses, a osé dire tout ce que l’on doit taire. Les militants des droits de l’homme doivent tous s’aligner derrière lui pour l’innocenter de l’injustice.

	Le pouvoir est centralisateur, dominateur, totalitaire, dictatorial

	La centralisation conduit à la paralysie et à la dégradation politique et morale des institutions, dues à l’absence d’alternance qui permet le maintien au pouvoir des mêmes clans et des mêmes intérêts.Un président de la République à la fois chef d’Etat et chef du pouvoir exécutif, ministre de la Défense, qui a fait du gouvernement l’annexe de la Présidence et du Parlement deux chambres d’enregistrement, ne répond pas aux critères d’un Etat de droit.
	Le combat entre les défenseurs des droits de l’homme et les dictatures, objet du débat d’Antigone et de Créon qui remonte à l’an 442 avant l’ère chrétienne, a toujours été sans merci jamais terminé. Le défi d’Antigone pour que les droits de la personne humaine triomphent de la dictature est un défi actuel. La LADDH a, tout au long de son existence, combattu le système politique dictatorial qui a fait des Algériens des sujets et non des citoyens.

	La seule source du pouvoir n’est pas le peuple comme le proclame la Constitution, mais le système politique qui a engendré des pouvoirs dictatoriaux qui ont mis sous tutelle la vie publique et privatisé l’Etat, instrument de leur domination et source de leurs privilèges. Il faut aussi souligner le rôle politique de la corruption. C’est la liberté qu’il faut recouvrer d’abord, car là où elle fait défaut surgissent la tyrannie, la dictature. Elle ne se proclame pas, elle se mérite, elle se conquiert. Victor Hugo a écrit : «Libérez la liberté, la liberté fera le reste.»

	Les droits de l’homme – qui sont aussi et les droits de la femme, cela va sans dire, mais cela vaut mieux en le disant – sont intégrés de manière irréversible à la culture algérienne et le combat devra se poursuivre sur deux fronts, celui de l’éducation qui agit sur les mentalités et celui de la législation qui agit sur les structures sociales. A la génération de l’indépendance doit succéder celle des droits de l’homme : «La liberté peut regarder la gloire en face», a écrit Chateaubriand.
	Le poids des idées et l’exigence de liberté et de justice finiront par peser sur le peuple et assurer, avec l’accélération de l’histoire, un changement de régime politique et non un changement dans le régime, un changement de politique et non un changement dans la politique.

	La LADDH, dont la mission est un véritable apostolat, croit à la nécessité et à l’utilité des contre-pouvoirs qui feront de cette terre d’Algérie une terre de liberté, de justice, de tolérance, de dialogue, une terre pour vivre ensemble et non les uns contre les autres. Que des milliers de nouvelles militantes et de nouveaux militants viennent renforcer la LADDH pour donner plus de puissance à son action, plus de succès, plus de certitude dans la victoire pour instaurer la démocratie. Il faut écouter le peuple et surtout les jeunes, garçons et filles à égalité, qui ont du caractère, du courage, des certitudes, une forte sensibilité pour le pluralisme politique, syndical et culturel. Il faut passer le pouvoir, tout le pouvoir, à la génération de l’indépendance.
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           <title>Le «Printemps berbère» a ouvert la voie aux grandes contestations populaires</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
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           <pubDate>Tue, 17 Apr 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Par la noblesse des combats pour la démocratie et la reconnaissance de l’identité berbère qu’il symbolise, Avril 1980 restera à jamais gravé dans la mémoire collective du peuple algérien qui venait de prendre conscience qu’il est possible de changer le cours des choses, pour peu qu’il soit uni et déterminé à faire aboutir ses revendications, en dépit des moyens de répression considérables dont disposait le pouvoir dictatorial en place. 
	Ce premier grand soulèvement populaire qualifié de «Printemps berbère» en raison des revendications démocratiques et identitaires portées par les populations essentiellement berbérophones de Tizi Ouzou, Béjaïa, Bouira, Boumerdès et Alger, ouvrira la voie à d’autres grands mouvements de contestation, parmi lesquels on peut citer l’insurrection du 5 Octobre 1988 et le mouvement citoyen de 2001 qui ont permis d’obtenir pas mal d’ouvertures politiques et d’acquis sociaux au prix de plusieurs centaines de morts et de blessés, auxquels l’Etat ne rendra, malheureusement, jamais justice.   
	La dictature des années soixante-dix, enrobée d’idéologie arabo-baâthiste et matinée de socialisme «spécifique» à large connotation soviétique, avait en effet recouvert d’une chape de plomb tout le pays, mais plus fortement encore les régions berbérophones de Kabylie et des Aurès, où les référents culturels et identitaires locaux étaient soumis à contrôle lorsqu’ils n’étaient pas carrément prohibés.

	L’interdiction faite à l’icône de la poésie et chanson kabyle, Taous Amrouche, de chanter et clamer des poèmes en langue berbère à l’occasion du festival panafricain de 1969, l’arrestation un peu plus tard de jeunes portant des tee-shirts arborant des caractères Tifinagh, constituaient autant d’actions perçues, à juste titre, comme des signes évidents de répression ciblant expressément les populations berbérophones.
	Dans l’esprit du parti FLN largement dominé par les islamo-baâthistes, l’arabisation de l’enseignement, de la Justice et de l’administration devait aboutir, à terme, à l’extinction de la langue berbère et à la fin des particularismes identitaires et culturels des régions concernées.  

	L’intolérable déni identitaire outrageusement mis en œuvre sous le régime de Houari Boumédienne semblait toutefois avoir atteint ses limites à la mort de ce dernier en décembre 1978. Déjà, une année auparavant, la jeunesse kabyle contrainte de vivre sa culture dans la clandestinité, avait pu défier Boumediene au stade 5 Juillet d’Alger lors de la finale de la coupe d’Algérie de football ayant opposé les équipes de la JSK et du NAHD. Houspillé et interpellé aux cris d’«Imazighen», ce dernier ne put que se résigner à constater la vivacité de la revendication identitaire portée par des dizaines de milliers de voix.

	Mais le facteur déclenchant de la grande révolte populaire d’Avril 1980, qui durera plusieurs mois en s’étendant à l’ensemble des régions berbérophones ainsi qu’à la capitale, était l’interdiction d’une conférence sur la poésie antique berbère que le célèbre écrivain et anthropologue Mouloud Mammeri, devait donner à Tizi Ouzou sur invitation de la communié universitaire.
	Il n’en fallait pas plus pour qu’éclatent des manifestations de rues qui ont rapidement tourné à l’insurrection et à la désobéissance civile. Professeurs, étudiants et travailleurs de l’université Hasnaoua ainsi que les médecins et infirmiers du CHU de Tizi Ouzou entrent en dissidence en plaçant leurs structures respectives en sous-régime de l’autogestion.

	Ils seront rapidement suivis dans cette logique d’insurrection citoyenne par les travailleurs de toutes les unités économiques de la région.  Devant le rétrécissement des espaces d’expression, la rue deviendra le récipiendaire des revendications populaires. Après environ deux semaines d’un relatif retrait des forces de répression dépêchées à grands renforts dans la ville de Tizi Ouzou et la zone industrielle de Oued Aïssi, l’intervention des forces de police, auxquelles se sont jointes celles de la gendarmerie et de la sécurité militaire, sera tout aussi brutale que disproportionnée, notamment à l’adresse des étudiants et enseignants dépourvus de moyens de défense, retranchés dans les campus et cités universitaires d’où partaient les mots d’ordre et les cortèges de manifestants.

	Des affrontements démesurés entre les brigades de répression nombreuses et suréquipées et les manifestants résolument pacifiques, résultera un bilan macabre faisant état de plus de 400 blessés graves, tandis que les arrestations musclées se comptaient par milliers. Vingt-quatre (24) personnes (professeurs d’université, médecins, étudiants et syndicalistes) ont été déférés devant la Cour de sûreté de l’Etat avec, comme chefs d’accusations «organisation clandestine visant au renversement du gouvernement et intelligence avec l’étranger», passibles de lourdes peines d’emprisonnement. Aussi brutale qu’elle fût, la répression ne parviendra pas à pacifier la Kabylie que les propos haineux, souvent même racistes, proférés par les brigades antiémeutes à l’égard des manifestants, avaient failli entraîner dans une logique de sécession.

	Conscients de l’importance des enjeux politiques que pouvait engendrer cette révolte qui se propageait comme une traînée de poudre à d’autres régions du pays, y compris l’Algérois, les autorités politiques ont été contraintes de libérer les détenus, ce qui avait quelque peu détendu l’ambiance anxiogène et le climat insurrectionnel qui régnaient dans les régions concernées.
	L’insurrection d’Avril 80 parviendra au bout du compte à ébranler l’édifice arabo-islamique en remettant, notamment, en cause ses certitudes quant à la marginalisation possible de l’identité et la culture berbères qui devaient, selon l’idéologie baâthiste, s’effacer devant la magnificence de la langue et de la civilisation arabes.

	Le mouvement d’Avril 1980 a été un tournant décisif dans cette quête de reconnaissance de l’identité et de la langue amazighe qui conduira, plusieurs années plus tard, à sa reconnaissance, au même titre que l’arabe, comme  langue nationale du pays.
	Le Printemps 1980 a, par ailleurs, bouleversé la situation politique et sociale en Kabylie en ouvrant, notamment, la voie à la contestation populaire, à l’action syndicale et aux luttes démocratiques. De par ses apports multiformes (formulations claires des revendications identitaires et des aspirations démocratiques), le «Printemps berbère» est, aujourd’hui encore, perçu comme un précieux héritage politique, une véritable école du combat démocratique dont peuvent s’inspirer aussi bien les populations berbérophones que les opprimés des autres régions du pays.

	Sur le plan social, l’insurrection d’Avril 80 a, à l’évidence, permis l’émergence d’une génération d’intellectuels engagés dans le combat démocratique, à l’instar de Tahar Djaout, Matoub Lounes et autres chanteurs et artistes de talent. Culturellement, le «Printemps berbère» a brisé le tabou linguistique et culturel, en remettant en cause le mythe de la supériorité de la langue arabe sur le berbère, de même qu’il réussira à tempérer quelque peu l’ardeur des islamo-baâthistes à arabiser dans la précipitation l’enseignement, l’environnement et les institutions publiques comme ils l’avaient insidieusement programmé.

	Du Printemps berbère naîtront, bien qu’un peu plus tard, des structures d’enseignement, d’encadrement et de promotion de la langue amazighe (département de langue amazighe dans certaines universités, le Haut Commissariat à l’Amazighité, le Centre National Pédagogique et Linguistique pour l’Enseignement de Tamazight «CNPLET») qui ont le mérite d’avoir formé les premiers Magisters en langue Tamazight. Les moyens humains, matériels et financiers dérisoires mis à la disposition de ces structures limiteront malheureusement leurs actions à l’organisation de quelques colloques scientifiques et rencontres à caractère culturel. Les promesses de création d’un Conseil Supérieur à l’Amazighité et d’une Académie Amazighe réitérées par le président de la République à l’occasion de ses campagnes électorales n’ont, pour leur part, jamais été tenues. 

	Le statut de l’enseignement de Tamazight a, certes, évolué (transformation des départements de Tamazight en Instituts formant des licenciés en langue Tamazight), mais faute d’une réelle volonté de promouvoir l’enseignement de cette langue, les instituts en question ne parviendront pas à avoir l’impact éducationnel souhaité en raison, notamment, de la diminution du nombre d’élèves qui désertent les cours de langue berbère du fait des fortes pressions exercées sur eux par l’administration (exigence d’une autorisation paternelle) et, bien entendu, en raison de l’absence de perspectives professionnelles offertes aux enseignants.
	Quel bilan tirer de ce premier grand soulèvement populaire d’Avril 1980 ?  De la création des premiers instituts de langue et culture Amazighes au sein des universités de Tizi-Ouzou et celle de Béjaïa, de la reconnaissance du Tamazight comme langue nationale en 2003, en passant par la création des radios locales et de la chaîne de télévision d’expression berbère, le processus de réhabilitation de l’identité berbère a, à l’évidence, connu de notables avancées.

	Mais ces avancées restent malgré tout fragiles et, dans tous les cas, non définitivement acquises. L’avènement de l’islamisme à la fin des années 1980 ayant relancé le processus d’arabisation au pas de charge, les dénis identitaires et culturels contre lesquels les acteurs du «Printemps berbère» s’étaient insurgés ont été progressivement remis au goût du jour. La société algérienne et, notamment, les jeunes sont en grande majorité arabisés et, de surcroît, fortement imprégnés de dogmes islamistes. Certains acquis que l’on croyait irréversibles sont soumis à des situations de blocage lorsqu’ils ne sont pas carrément remis en cause. C’est le cas du Haut Commissariat à l’Amazighité qui, certes, est autorisé à exercer ses prérogatives mais qui n’a en réalité aucune légalité juridique, les mandats de ses membres ayant expiré depuis de nombreuses années.

	Le CNPLET a, quant à lui, été placé sous tutelle du ministère de l’Education nationale qui l’a mis en veilleuse en le privant des budgets nécessaires au financement de ses travaux de recherche. En matière d’avancées démocratiques qui figuraient, faut-il le rappeler, parmi les revendications essentielles du mouvement d’Avril 1980, le bilan est tout aussi mitigé. L’éclatement du MCB porteur de ces revendications en plusieurs tendances en est en grande partie responsable. L’université, qui a été de par le passé le lieu fécond des combats démocratiques, est aujourd’hui tombée dans la léthargie.

	L’individualisme reprend dangereusement le-dessus sur l’union et la concertation, qui avaient fait la force des universités à la pointe des luttes démocratiques. Le militantisme culturel et linguistique tend, également, à s’estomper dans les campus universitaires où  les étudiants sont aujourd’hui beaucoup plus préoccupés par les questions d’ordre matériel que par les luttes politiques. Implanté comme par hasard dans les zones berbérophones (Tizi Ouzou, Béjaïa, Boumerdès et Bouira) qui lui sont pourtant franchement hostiles, le terrorisme islamiste a propulsé la sécurité au premier rang des préoccupations des citoyens de ces régions. De ce fait, les questions identitaires et culturelles les préoccupent beaucoup moins que par le passé.

	Sorti indemne des tourmentes d’Avril 80,  d’Octobre 88 et du mouvement citoyen de 2001, force est de constater que le pouvoir a réussi à conserver toutes ses prérogatives en matière d’idéologie et continue, aujourd’hui encore, à régenter toutes les institutions, y compris celles censées fonctionner de manière autonome. Mais les messages d’espoir que le «Printemps berbère» comporte et les formes de luttes pacifiques qu’il préconise, constituent autant de sources d’inspiration qu’il est bien utile, notamment pour la société civile, de revisiter, en ces temps d’impasse politique et de régression sociale.                            </description>
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           <title>L’IAP : un autre méli-mélo de Khellil</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Contributions</category>
           <pubDate>Tue, 17 Apr 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	La rubrique Périscoop du quotidien Le soir d’Algérie du mercredi 22 février 2012 rapporte une information pour le moins surprenante et relative à l’Institut algérien du pétrole (IAP). 
	C’est ainsi, selon cette source, que Sonatrach «récupère» l’IAP, suite à une décision prise lors de la précédente réunion du Conseil des ministres. Sonatrach serait chargé d’en faire une école de renommée mondiale en matière de formation dans le domaine énergitique. Une première question s’impose : depuis quand Sonatrach a-t-elle perdu l’IAP pour le récupérer aujourd’hui ? Même lorsque l’ancien ministre de l’Energie et des Mines, Chakib Khellil, avait décidé d’ouvrir son capital aux entreprises étrangères, Sonatrach a toujours conservé la majorité des actions, soit plus de 80%. Pourquoi voudrait-on sciemment, ou inconsciemment, passer l’éponge sur près de 13 ans de gestion et qu’en est-il exactement ? 

	Bref rappel historique sur les circonstances de cette intégration

	En 1999, l’Algérie entamait sa cinquième année de crise, contrainte de répondre à une demande de plus en plus forte dans la formation supérieure. Les pouvoirs publics décident alors d’intégrer les instituts dits de «technologie», qui servaient de support de formation aux différents secteurs, à l’enseignement supérieur. Mais pour des raisons stratégiques, d’ailleurs évidentes, l’IAP a vu ses objectifs réorientés pour consacrer ses activités à la formation de spécialisation nécessaire au secteur des hydrocarbures, et ce, en étroite collaboration avec les utilisateurs. Les conséquences immédiates ont consisté en :

	• un arrêt d’une nouvelle rentrée de bacheliers ;
	• un recrutement provisoire et exceptionnel des étudiants ayant effectué les deux premières années du tronc commun technologie ;
	• continuer d’accepter les bacheliers pour les centres de Skikda et Arzew en attendant les changements des statuts. Plusieurs groupes de réflexion ont été mis en place pour proposer un statut à même de répondre à ces besoins. Le débat a porté globalement sur deux orientations :
	• Sa transformation en un établissement public à caractère scientifique et technique, spécialisé dans le domaine de l’énergie et des hydrocarbures doté de la personnalité morale et de l’autonomie financière, administrative et pédagogique, placé sous tutelle du ministère de l’Energie. Il aurait fallu dans ce cas procéder à une modification de son statut défini dans le décret n° 73-51 du 28 février 1973.
	• L’intégrer carrément au secteur économique, auquel cas il faudrait procéder à sa dissolution. Après étude et analyse des différentes options depuis plusieurs années et dans des circonstances particulières qu’il est inutile de rappeler pour des raisons propres au secteur, il a été décidé d’intégrer cet institut à Sonatrach, jugée capable de représenter le secteur de l’énergie et par voie de conséquence il fallait le dissoudre, ce qui fut fait en juin 1999. Le rappel de ces étapes est important pour mettre l’accent sur le fait que même si l’objectif principal de l’intégration est clair, et qui consistait à répondre aux besoins du secteur de l’énergie comme défini précédemment, ces besoins justement demeurent pour un groupe d’entreprises, en perpétuelle restructuration, difficilement identifiables et c’est là où réside la principale difficulté pour mener à bien le plan de redéploiement.Sur insistance personnelle de Youcef  Yousfi, alors ministre de l’Energie et des Mines, et au lendemain de son intégration à Sonatrach, cette dernière a créé un projet pour redéployer les activités de l’institut afin de le porter au niveau d’une université pétrolière et gazière et un centre de recherche de rang international. Le motif paraît logique, d’autant plus que Sonatrach devra s’inscrire d’une manière effective dans les grands challenges technologiques de l’industrie pétrolière et gazière internationale. Cette industrie est marquée par des transformations structurelles à l’échelle mondiale et a considérablement modifié les rapports de force qui en découlent. Une compétition concurrentielle s’est instaurée pour rendre la pérennité des acteurs plus sévère. Pour surmonter ces contraintes, il faudrait améliorer sans cesse les performances et développer l’esprit créateur et innovant. Cette université devra permettre de fournir l’élément humain indispensable pour surmonter ce défi. Ce projet s’est fixé comme objectifs de :
	• garder la même dénomination (IAP) et l’intégrer totalement à Sonatrach ;
	• adapter et assurer une cohérence des nouvelles missions confiées à cet institut, avec le redéploiement du secteur de l’énergie et des mines en général et de Sonatrach en particulier, en tenant compte, bien entendu, du contexte actuel des reformes économiques ;
	• de mettre tous les moyens humains, matériels et financiers pour aboutir à un pôle d’excellence et de référence.

	Le processus de redéploiement a visé cinq axes d’activité :  

	1 - La formation d’ingénieurs spécialisés de très haut niveau dotés, dès le départ, d’une solide base scientifique et technique et d’un professionnalisme confirmé et en étroite adéquation avec les besoins et les objectifs du secteur utilisateur.
	 2 - La formation post-graduée  Elle devra se faire en partenariat avec les universités nationales et surtout étrangères et être en synergie avec les préoccupations du secteur de l’énergie et des mines. Cette formation visera, à long terme, d’affirmer la vocation industrielle de l’IAP et la positionnera parmi les premiers instituts mondiaux spécialisés dans les hydrocarbures et les mines.  
	3 - La formation de techniciens supérieurs. Elle sera assurée par les deux centres régionaux de l’Est et de l’Ouest et bénéficie d’un environnement qui lui facilite les relations avec l’industrie pour donner aux élèves les moyens d’une formation pratique performante.  
	4 - La recherche scientifique et technique appliquée à l’industrie des  hydrocarbures. Son objectif est de permettre à court terme de jouer un rôle crucial dans la maîtrise et la diffusion de nouvelles technologies, en vue de leur application effective dans l’industrie des hydrocarbures. Elle constitue un domaine privilégié de formation et de résolution des problèmes industriels. Il faudrait réserver à cette activité une  importance particulière non seulement sous l’égide de Sonatrach, mais impliquer ses partenaires nationaux et étrangers.
	5 - La formation continue et le recyclage permanent. Elle touche des ingénieurs d’Etat, ceux d’application et des techniciens du secteur de l’énergie, pour adapter régulièrement leurs connaissances au développement de la technologie. Elle est une forme concrète de prise en charge réelle et efficace des problèmes du secteur.
	Des principales actions planifiées depuis son intégration à Sonatrach en 1999
	• Rechercher une forme d’organisation pour concrétiser les objectifs tracés ;
	• tenter de trouver une nouvelle filière d’enseignants/chercheurs ;  
	• lancer un concours pour le recrutement d’ingénieurs spécialisés avec comme «instructions» de toucher le maximum de citoyens à travers le territoire national (opération réalisée) ;
	• concrétisation de la première phase d’enseignement qui consiste à donner aux futurs ingénieurs spécialisés, une solide formation en anglais ;  
	• conception des programmes de formation à débattre et à envoyer pour audit ;
	• signature des conventions cadres avec les entreprises du secteurs (Naftec, ENIP, ENTP, EXPL, Sonelgaz, etc.) et avec les universités (Boumerdès, Sétif, USTHB etc.) ;
	• mise au point et proposition de plusieurs thèmes pour la formation industrie ;
	• la prospection de partenaires étrangers a abouti à la signature d’une convention cadre avec l’Institut français du pétrole, puis un contrat particulier pour la formation d’un master en économie pétrolière et management stratégique ;  
	• des contacts ont été entrepris avec plusieurs universités étrangères (Allemagne, USA, G. B., Suisse). Finalement, ce sont les Ecossais d’Aberdeen qui ont eu le contrat dans des conditions discutables.

	Qu’en est-il exactement sur le terrain ?  

	L’arrivée de Chakib Khellil au ministère de l’Energie et des Mines, le 26 décembre 1999, a quelque peu changé la donne. Dès sa première visite à cet institut, le ministre a clairement affiché son intention de le privatiser en ouvrant son capital car, pour lui, son redéploiement devait dépendre du marché et de la concurrence en matière de formation en Algérie. L’intéressé a accaparé  tous les pouvoirs dans le secteur de l’énergie et tenté de brouiller les cartes pour s’écarter complètement des objectifs cardinaux de l’intégration de cet établissement.

	Face à cela et en dépit d’une reconnaissance unanime de doter le secteur d’une institution du gabarit décrit plus haut, la question de savoir si Sonatrach seule peut le hisser au niveau recherché s’est posée avec acuité. Dans ce cadre, une réflexion a été lancée aux partenaires pour transformer l’IAP d’institut d’entreprise en un institut commun à tout le secteur des hydrocarbures. (voir allocution d’ouverture du PDG de Sonatrach durant les journées scientifiques et techniques n° 4). Depuis cette date, une confusion totale s’est instaurée sur tous les plans et notamment sur celui pédagogique, car la formation d’ingénieurs spécialisés à partir d’un «input» d’ingénieurs d’Etat s’est avérée selon toute vraisemblance un échec (selon les résultats du concours).

	En effet, ce type de profil qui existe sur le marché national du  travail a dû subir les revers du système universitaire dont les insuffisances sont connues de tous. Donc, pour trouver l’élément humain indispensable afin de relever le défi technologique face à une concurrence accrue, le profil est à rechercher ailleurs. Les différentes structures de Sonatrah ne jouaient pas le jeu et par voie de conséquence est née une inadéquation entre les besoins en formation et la formation en cours. L’organisation de l’institut, telle que retenue par Sonatrah, s’est avérée inefficace pour concrétiser les objectifs tracés. La dissolution de l’IAP l’a totalement éloigné de l’enseignement supérieur, ce qui a rendu la formation diplômante institutionnellement difficile sinon impossible.

	Les utilisateurs ont d’autres préoccupations que de réfléchir sur des axes de recherche. Lors de l’installation du nouveau directeur général de ce qui reste de l’Institut algérien du pétrole (IAP), le ministre de l’Energie et des Mines, Dr  Youcef  Yousfi, a eu à constater l’immense gâchis fait à cette institution de renommée mondiale (voir article dans le quotidien Soir d’Algérie du 19 septembre 2011). Les moyens financiers consentis par Sonatrach n’ont fait que miroiter son image externe, mais en aucun cas réussi à le booster de l’intérieur pour en faire un pôle d’excellence comme le souhaitait ce même ministre, bien avant l’arrivée du fameux Chakib Khellil en 1999.

	Le diagnostic amer est fait, les dégâts sont visibles. Déroutés par des ordres et des contre-ordres, les différents responsables en charge de ce projet ont emprunté toutes les voies, à l’exception de celle qui les conduisait vers un centre de renommée mondiale. Ils donnaient l’impression d’utiliser ce fleuron de l’industrie des hydrocarbures comme un tremplin. Si des mesures n’ont pas été prises à temps pour stopper cette dérive, c’est probablement parce que le système est tellement atteint par l’encanaillement et la gabegie qu’il ne réagit plus aux doses de sanctions conventionnelles. 

	Conclusion

	Le plus grave est que ceux qui ont applaudi hier avec Chakib le font aujourd’hui avec Yousfi, au nom du principe de la coordination/subordination, c’est-à-dire la discipline. Ils obéissent, mais la bouche ouverte. Il faut souligner, par ailleurs, que la capitalisation, la consolidation et la fertilisation du savoir et du savoir-faire pétrolier et gazier ne sont pas une affaire d’entreprise, mais celle d’une nation. Sonatrach a été chargée de les réaliser pour le compte de l’Etat au même titre que le développement national. Cela explique son intérêt médiatique pour un éclairage de l’opinion publique. C’est pour cela qu’on est en droit de se demander si Sonatrach n’a pas réussi à hisser ce patrimoine pendant près de 13 ans, comment pourrait-elle le faire aujourd’hui et avec les mêmes têtes ? S’agit-il d’un autre round à vide pour occuper les gens durant une autre génération ?</description>
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