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       <title>El Watan - Histoire</title>
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       <lastBuildDate>Wed, 23 May 2012 10:10:33 +0100</lastBuildDate>
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           <title>Il y a 30 ans, la mort tragique de Seddik Benyahia et de ses compagnons</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Histoire</category>
           <pubDate>Thu, 03 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Evoquer aujourd’hui la mort de Benyahia et de ses compagnons relève presque de la catharsis pour moi. 
	Durant 30 ans, sa disparition me paraissait une énigme irrésolue. Elle le demeure, tant l’enquête sur l’accident tragique qui l’a emporté a un relent d’inachèvement. Mais en parler, c’est un tant soit peu soulager une mémoire jusque-là travaillée par l’ampleur d’une attaque en somme contre l’Algérie, alors disposée à intercéder pour le règlement du conflit irano-irakien. Car, c’est dans ce contexte que l’avion transportant Benyahia et sa délégation à destination de Téhéran fut abattu. Mais d’abord, de Benyahia, il était écrit que son destin serait tragique. N’a-t-il pas échappé miraculeusement à la mort dans le crash, en pleine brousse, de l’avion qui le transportait à Bamako le 30 mai 1981 ? La nouvelle que m’annonçait M. Goudjil, ministre des Transports, le lendemain matin, était celle de son décès, l’épave de l’avion n’ayant pas été retrouvée à l’heure où il me parlait.

	Sur ses instructions, j’ai programmé, avec le concours d’Air Algérie, une mission de rapatriement des corps. Dans l’urgence, les cercueils furent confectionnés et chargés à bord du Boeing 727 qui allait nous transporter. Ce jour-là, la mort n’était pas au rendez-vous. Un berger avait retrouvé l’épave au milieu de la brousse, à son bord, Benyahia blessé (double fracture du fémur), coincé dans son siège. A ses côtés, son secrétaire général, en état de choc, le commandant de bord blessé également coincé, et trois membres d’équipage décédés. Cette information reçue, les cercueils des survivants furent débarqués et rangés dans un hangar derrière le salon d’honneur. Par un coup du sort, c’est dans ce même cercueil débarqué que fut déposée, un an plus tard, la dépouille de Benyahia lorsque la mort décida de son œuvre à la frontière irano-turque, le 4 mai 1982.

	7 mai 1982, des obsèques dignes d’un chef d’Etat étaient organisées pour Benyahia et ses compagnons. Une foule considérable — estimée à 200 000 personnes — lui rendit un ultime hommage sous la pluie battante et le vent en tempête. Sous la plume d’un journaliste sénégalais (Le Soleil 8 mai 1982) nous pouvions lire : «Dans un silence impressionnant, troublé par le sifflement du vent, les véhicules de l’armée qui transportaient les cercueils recouverts de l’emblème national et de couronnes de fleurs ont parcouru lentement les quinze kilomètres séparant la Grande-Mosquée, où la prière du vendredi avait été dite, du cimetière El Alia dans la banlieue est de la capitale. La cérémonie d’inhumation s’est déroulée au Carré des martyrs. Elle a été marquée par une oraison funèbre dite par Mohamed Chérif Messaâdia.»

	A côté de l’émotion, il y avait à expliquer la mort d’Algériens :
	- Un ministre des Affaires étrangères : Seddik Benyahia ;
	- huit hauts cadres de la nation ;     
	- Ahmed Baghli, directeur de la division des pays arabes au MAE ;
	- Saâdeddine Bennouniche, directeur de la division Europe occidentale, Amérique du Nord, MAE ;
	- Mohand Lounis, directeur de la division Asie-Amérique latine, MAE ;
	- Abdelhamid Talbi, sous-directeur des études à la direction générale de l’aviation civile, ministère des Transports ;
	- Salim Khaldi, directeur des échanges commerciaux, ministère du Commerce ;
	- Mohamed Bessekhouat, directeur des études et de la réglementation bancaire à la Banque centrale d’Algérie ;
	- Mohamed Rédha Benzaghou, directeur général de la coordination énergétique et de la commercialisation, ministère de l’Energie et des Industries pétrochimiques ;
	- Un journaliste de l’APS, Mouloud Aït Kaci ;
	- l’équipage de l’avion Grumman G II de
	la Présidence ;
	- le capitaine Abdelmoumène Lakhdar, commandant de bord ;
	- le capitaine Sebahi Mustapha, pilote ;
	- le lieutenant Abdelmoumène Maatouri, officier navigant ;
	- Mme Fethia Chibane, hôtesse

	L’enquête est diligentée. Les faits. L’avion quitte Alger le lundi 3 mai en fin de matinée. Il devait se poser à Téhéran à 18h. Il n’est jamais parvenu à destination. Il s’est écrasé près de la localité de Qottur proche de la frontière irano-turque, à une centaine de kilomètres du territoire irakien. La nouvelle de la catastrophe est tombée le mardi 4 mai à 5h du matin. L’annonce du crash est faite par les Iraniens qui incriminent les Irakiens. Aussitôt, le président Chadli Bendjedid charge le ministre des Transports, Salah Goudjil, de l’enquête. Une importante délégation est désignée, composée de hauts fonctionnaires, d’experts et d’officiers haut gradés de la Défense nationale. En ma qualité de premier responsable de la sécurité aérienne en Algérie, j’étais désigné membre de la délégation chargée de mener l’enquête qui a débuté le 5 mai dès notre arrivée à Téhéran. Pour la sécurité du vol, nous avions rejoint l’Iran par sa frontière avec la Russie. Des groupes de travail se sont constitués.

	Les informations les plus complètes, au moindre détail, ont été recueillies. Quant aux enquêteurs chargés de la reconnaissance des corps des victimes du crash, ils vécurent un épisode des plus éprouvants, et c’est peu dire, devant le spectacle de l’horreur. Jeudi 5 mai. Après de grandioses manifestations de soutien des Iraniens, les cercueils, oui, de nos martyrs, furent chargés à bord du Boeing à même la cabine que nous occupions. Funeste compagnonnage. Il fallait que le transfert des dépouilles se fasse dans la plus grande dignité. Aussi, en transitant par Moscou, je remis à notre ambassadeur, Layachi Yaker, un télex à envoyer aux autorités algériennes les priant de préparer de nouveaux cercueils en bois noble.

	A notre arrivée, pendant qu’une délégation nous attendait, une autre mise en bière a eu lieu, et le hasard a voulu que Benyahia soit dans le cercueil qui lui était destiné une année auparavant lors de l’accident de Bamako. Deux officiers supérieurs de l’armée, restés sur place durant 17 jours, devaient se rendre sur les lieux du crash récupérer tous les éléments matériels possibles qui allaient permettre à l’enquête de progresser et de déterminer le responsable de l’attaque aérienne visant l’avion algérien. Pour mener cette tâche, j’avais appris par le ministre Goudjil que le président Mitterand, par communication téléphonique, avait proposé au président Bendjedid, les services des experts français. L’offre fut élégamment déclinée puisque les experts civils et militaires algériens étaient en mesure de mener à bien l’enquête. J’eu l’honneur de représenter le ministre des Transports dans la commission constituée. En cette étape, le président Chadli avait promis au peuple algérien de l’informer de l’aboutissement de l’enquête.

	Avant de commencer nos travaux, nous avions estimé que la Turquie, qui possède des radars de surveillance très performants, pouvait nous aider à percer le mystère de ce crash. Contre toute attente, les Turcs nous ont signifié que leurs radars leur servaient à surveiller uniquement leur espace aérien ! Comme par hasard, en-dehors des Iraniens qui ont pu tout enregistrer à partir de Tabriz situé près de la frontière turque, aucun pays n’a «rien vu» dans cette zone de guerre. Ne comptant que sur nos seules compétences, nous nous étions appliqués à exploiter les éléments matériels récupérés : une partie de la boîte noire, le flight recorder (enregistrement des données de vol) et les enregistrements de la tour de Tabriz, nous ont permis de reconstituer avec une très grande précision les dernières minutes du vol.

	Le Grumman quittant l’espace aérien turc pour pénétrer dans l’espace aérien iranien reçut l’ordre du contrôleur radar de la tour de Tabriz de rebrousser chemin. Il avait constaté sur son écran le décollage de deux chasseurs irakiens qui se dirigeaient vers l’avion algérien. Par trois fois, le contrôleur réitère son commandement de retour sur l’espace turc pendant que le pilote devait être en pourparlers avec Benyahia pour recevoir ses instructions. Le contrôleur de Tabriz avait compris le stratège irakien : éviter de frapper dans l’espace aérien turc. Quand le pilote décide de retourner vers cet espace, le virage qu’il prit, compte tenu de la vitesse, le déporta dans l’espace aérien iranien (les données relatives à ce virage ont été déterminées avec une très grande précision grâce au Flight Recorder).  A ce moment précis, un missile air-air percute la partie arrière de l’appareil qui pique en chute libre pour s’écraser au sol aux environs de Qottuz.

	Grâce à la récupération des débris du missile, nous avons pu identifier son numéro. Le missile était d’origine russe. Sachant que les références des armes vendues aux pays amis sont archivées, l’ambassadeur soviétique, après maintes tergiversations, a admis que le missile en question avait bien été livré à l’Irak. L’ambassadeur d’Irak a aussitôt été saisi par la commission d’enquête. Les Irakiens reconnaissent que le missile tiré était bien le leur, mais ils arguèrent du fait qu’ils ont tiré des centaines de ce type sur l’Iran, et que par ailleurs, rien ne prouve que les autorités iraniennes n’aient pas déposé ces débris à proximité du Grumman ; ils avaient toute la latitude pour le faire, puisque,  nous, experts algériens, sommes arrivés sur les lieux 48 h après le crash, disaient-ils. La commission d’enquête exploite alors un autre indice : la trace de peinture sur l’éclat d’obus.

	Les chimistes du complexe d’El Hadjar ont été sollicités. J’ai personnellement reçu l’ingénieur venu recueillir le débris de missile. Après investigations, la trace de peinture sur le débris d’obus correspondait très exactement à celle qui avait servi à peindre l’immatriculation de l’avion. Nous détenions enfin la preuve intangible que l’obus a été bel et bien tiré par les Irakiens. De son côté, l’enquête iranienne, conduite par le colonel Forghani, était déjà parvenue aux mêmes conclusions par une autre voie, celle de l’exploitation minutieuse des données radar et écoutes de la tour de Tabriz.

	Au vu de ces preuves irréfutables, la commission d’enquête algérienne saisit les autorités irakiennes. Saddam Hussein lui-même répond par une note d’une page signée de lui, affirmant que ses avions n’avaient pas commis cet acte. Et de conclure, de mémoire : «Et quand bien même se serait le cas, vous n’ignoriez pas que votre avion évoluait dans une zone de guerre.» Ce que semblait ignorer le président irakien, c’est qu’au même moment, évoluaient également dans la même zone deux avions, l’un libyen l’autre allemand. Et seul l’avion algérien a été visé ! A ce stade de l’enquête, six mois après le crash, la commission clôtura ses travaux par un rapport établi en un seul exemplaire. Ce rapport fut remis de la manière la plus officielle par M. Goudjil et moi-même au chef de cabinet de la Présidence, le défunt Larbi Belkhir assisté de Abbas Ghezael, directeur de la sécurité à la Présidence et Mouloud Hamrouche, chef du protocole du président de la République. Maintenant, il est de bon ton de rappeler ou de faire connaître aux jeunes Algériens qui était Seddik Benyahia. Pour cela, il suffit de lire et relire parmi la somme des articles journalistiques nationaux et internationaux, en son hommage, l’un d’entre eux, celui par exemple de Jean Louis Arnaud du quotidien français Le Matin du 5 mai 1982).

	«à travers toutes les tempêtes»

	«Le renard chez l’ours», disait-on de lui lorsqu’il était à Moscou, le premier ambassadeur de l’Algérie indépendante. Benyahia avait certainement l’intelligence secrète et rapide, l’habileté à frayer son chemin et le remarquable pouvoir de séduction et de persuasion. Ne devait-il pas convaincre il y a deux ans Jean François Poncet, malgré un environnement politique et administratif parisien très réticent, que la France devait faire aux Algériens certaines concessions essentielles ?
	A cinquante ans, cet homme ascétique, tirant sur une éternelle cigarette, avait gardé la maigreur d’un adolescent et la flamme d’un étudiant militant. A le voir aussi frêle, on l’aurait jugé vulnérable au premier coup de vent. Et pourtant, de tous ces Algériens historiques, qui ont fait la guerre d’abord, l’indépendance ensuite, il devait être un des seuls à passer à travers toutes les tempêtes, les plus secrètes comme les plus ouvertes.

	Originaire de Taher, le village de Ferhat Abbas, dans la partie arabisée de la Petite Kabylie, le jeune Benyahia, qui avait rejoint les rangs de l’insurrection dès 1954, fut aussi un des premiers à entrer en 1954 au CNRA (Conseil national de la résistance) et se retrouva tout naturellement chef de cabinet de Ferhat Abbas lorsque celui-ci devint en 1958 le premier président du gouvernement provisoire, le GPRA. A Melun en 1960, puis à Lugrin et à Evian, il fit preuve d’un talent précoce de négociateur, aux dires de ceux-là mêmes qui le retrouvèrent vingt ans plus tard à Paris comme ministre des Affaires étrangères à l’occasion d’autres négociations qui, pour être plus sereines, n’en étaient pas moins difficiles .

	Diplomate, mais investi d’une mission très politique auprès du Kremlin de 1963 à 1965, il réussit à séduire Boumediène qui venait de prendre le pouvoir et qui, au lieu de l’envoyer poursuivre sa carrière à Londres, en fit son ministre de l’Information pour ne plus le lâcher. Il n’y a pas de doute que ce travailleur acharné, nationaliste avant tout et humoristique à ses heures, a toujours su se faire apprécier par ceux qui utilisaient ses talents. Il a fallu qu’il se marie sur le tard, notent ses collègues, pour ne plus être le dernier à quitter son ministère, que ce soit à l’Information, puis à l’Enseignement supérieur ou aux Finances. A son palmarès d’organisateur et d’administrateur, il pouvait afficher des performances aussi variées que le succès du 1er Festival panafricain de la culture à Alger, la fusion de tous les groupements de jeunesse, la réforme de l’enseignement supérieur ou la présentation du budget et de la politique du gouvernement devant l’Assemblée nationale à une époque où l’Algérie avait un président, mais pas de premier ministre.

	Son dernier exploit, et non le moindre, lorsque Chadli, succédant à Boumèdienne, le nomma aux Affaires étrangères, fut de faire oublier le très brillant Abdelaziz Bouteflika qui avait régné pendant seize ans sur la diplomatie algérienne. Au système très personnel de son prédécesseur, il allait substituer un appareil plus administratif sans doute, mais plus fonctionnel aussi, n’hésitant pas à secouer quelques barons et à confier des postes de responsabilité à de jeunes diplomates. Sans bruit, il devait être l’homme du grand chambardement. Comme il s’imposait à lui-même une discipline de fer, il n’eut pas trop de peine, semble-t-il, à imposer à ses collaborateurs une nouvelle forme de rigueur qui devait valoir à l’Algérie de Chadli quelques-uns de ses plus grands succès diplomatiques.

	On le vit bien en janvier 1981, lorsqu’il négocia lui-même la libération des otages américains de Téhéran, et plus récemment lorsqu’il mena à bien avec Claude Cheysson, au moment de la visite de François Mitterand à Alger, les dernières négociations franco-algériennes, en particulier la plus délicate d’entre elles, sur le gaz. Les éloges à Seddik Benyahia furent nombreux. Sa mort tragique est demeurée inexpliquée pour l’opinion publique. Elle a installé un blanc dans l’histoire de l’Algérie.</description>
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           <title>Mohamed Gholam dit Si Hacène : témoignage d’un ancien condamné à mort</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Histoire</category>
           <pubDate>Thu, 03 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	A l’état civil, Mohamed Gholam est né le 2 septembre 1935 à Koléa. Ancien militant du MTLD jusqu’au début de la lutte armée, en novembre 1954, puis responsable de l’organisation FLN de Aïn Benian, Douaouda et Zéralda, djoundi dans les rangs de l’ALN, puis officier au niveau de la  Wilaya IV, et ce, jusqu’au 10 juin 1958, jour de son arrestation. Si Hacène détaille celle-ci, en tentant d’être le plus précis possible. 
	«Le 9 juin 1958, deux militants que j’avais chargés d’une mission furent arrêtés le soir même. Au cours de leur interrogatoire et torture, l’un deux avait parlé du rendez-vous que je leur avais fixé pour la nuit du 10 juin dans le refuge d’El Hadj Mohamed Lamali, à Chéraga. Ce jour-là, vers 17h, un militant nommé Abderrahmane Mekraz, dit Si Mourad, natif de Koléa, et  moi-même, étions encerclés par l’armée française.Lors de l’accrochage qui s’ensuivit entre les soldats français et nous deux, j’ai été gravement atteint par des balles au niveau du cœur, ce qui m’a fait perdre la rate. Une fois identifié, c’était la fête pour les militants français (ma tête était mise à prix 50 000 francs et ma photo affichée sur les murs). Les militaires étaient tellement joyeux que mon compagnon avait réussi à leur échapper.»

	Gholam Mohamed, natif de Koléa, avait fait sa scolarité à Douaouda-ville. En 1943, lors du débarquement des Alliés, sa famille dut déménager à Notre Dame d’Afrique. Il ne put poursuivre ses études, car un jour il a été refoulé à l’entrée de l’école à cause de sa corpulence. «Il est trop grand, on ne peut pas l’accepter.» «Depuis, j’ai  appris tout seul. J’ai fait l’école de la vie», résume-t-il.
	Il faut dire que Mohamed jouit d’un gabarit appréciable. Très grand et très fort, il ferait penser à un catcheur.

	A 77 ans, il garde la même verve et la même consistance. Il vous racontera avec émotion sa militance auprès de Benyoucef, qui a été son chef de cellule en 1953 et de Mahieddine El Haloui, des hommes d’exception, des militants de grande valeur. «Si Hacene» (son nom de guerre) a activé dans toute la zone du Sahel algérois aux côtés de Abdelaziz Hadji, Rachid Benrahmoune, Abdekader Benrabah et bien d’autres. Si Hacène parlera de ses compagnons, dont plusieurs ne sont plus de ce monde et qui, à ses yeux, ont été des résistants modèles tout au long de la côte ouest de la capitale.

	Arrêté par la soldatesque française, Si Hacène fut transféré au PC du capitaine Belrout à Ouled Fayet «La torture avait commencé le soir même. Le lendemain, je fus transféré au châteaudun de Douéra, où je suis resté 25 jours malgré mon état de santé qui oscillait entre la vie et la mort, la torture n’avait point cessé. Là où je suis passé, c’était le même enfer, notamment chez ‘‘les paras’’ de Aïn Benian, sous le commandement du capitaine Marilini».

	En 1959, après moult péripéties plus désagréables les unes que les autres, Si Hacène est transféré, le 20 avril 1959, à la prison civile de Blida pour un mois, puis à celle de Koléa pour une confrontation avec un ouvrier du gérant d’une ferme que j’ai abattu le 7 juin 1958.
	Retour à Blida, puis à Alger.  Le 28 juillet 1959, Hacène passe devant le tribunal où il est condamné à mort pour attentat contre le lieutenant Guarnier le 12 juillet 1957. Il se retrouve avec 10 autres condamnés à mort. Sid Ahmed Mokdad, Belkacem Attalah, Abdelkader Daïfi, Yahia Safi, Ahmed Aoun, Saïd Belaziz, Ahmed Zoukh, Ahmed Mouissi, Saïd Ganaïssi et Amer Moussa Charef.
	Au mois de décembre, les exécutions avaient repris. Le premier à passer à l’échafaud fut Daïfi, puis huit jours plus tard, Ahmed Zoukh d’Azzefoun. A partir de ce jour, aucun de nous ne pouvait dormir tranquillement, chacun attendait son tour ! Les 12 et 13 janvier 1960, Si Hacène est jugé pour une seconde affaire. Il fut condamné à 7 ans de prison pour association de malfaiteurs, étant présenté comme chef d’une organisation terroriste.

	Le 14 janvier, il est condamné à perpétuité pour l’assassinat de Boualem Labadi et Abdelkader Benaïssa à Aïn Benian. Le 15 janvier 1960, il fut de nouveau condamné à mort pour l’affaire de la grenade lancée au café de Chéraga. Le 9 novembre 1960, Si Hacène est transféré à la prison d’El Harrach, où se termine son histoire de condamné à mort commencée à Barberousse. «Je ne vais pas décrire le reste de ma détention dans les 14 prisons que j’ai ‘‘visitées’’ entre l’Algérie et la France.» Ce que je peux dire, c’est qu’aucune personne, quelles que soient son intelligence et son imagination ne peut comprendre vraiment ce qu’a vécu un condamné à mort.  
	Mohamed Gholam vit à Aïn Benian, entouré de l’affection des siens.      </description>
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           <title>«Abane Ramdane mérite le panthéon national»</title>
           <author>Mohand Aziri </author>
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           <category>Histoire</category>
           <pubDate>Sat, 28 Apr 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description> 
	- Votre dernier ouvrage Ben Bella-Kafi-Bennabi contre Abane : les raisons occultes de la haine est en passe de devenir un succès de librairie. Ravageur et véhément, son contenu a-t-il induit des échos, de l’establishment notamment ?

	Non, pas d’écho pour le moment. Exceptées les déclarations bienveillantes du ministre de l’Intérieur, Daho Ould Kablia sur Abane Ramdane. Des déclarations certes bien gentilles mais qui sont biaisées : on aurait aimé qu’il les tienne avant, lorsque la polémique a éclaté, et non pas dans un contexte électoral - comme c’est le cas - avec cet objectif latent d’apaiser la Kabylie. Toutefois, comme déclarations, c’est toujours bon à prendre.
	 

	- Même lorsque ça vient d’un «MALGache», disciple de Boussouf, un des assassins de Abane ?

	A l’époque, Ould Kablia était jeune, un soldat, et n’avait pas de pouvoir. Maintenant, effectivement, il a pris du grade, il est membre du gouvernement, par son propos, il engage pleinement le gouvernement et le président Bouteflika. Même s’il est sincère, et je pense qu’il l’est, son propos à Tizi Ouzou aurait eu plus de mérite s’il avait été tenu en temps opportun. Par ailleurs, je ne crois pas qu’il ait fait ces déclarations en qualité d’ancien membre du MALG. Je ne le pense pas. Le cas contraire, il se doit de faire une rétrospective générale, ce qui s’est passé et non pas se contenter de répliquer aux propos de Ali Kafi. Il doit nommer les choses, qualifier comme il se doit la mort de Abane : un assassinat maffieux avec préméditation.
	 

	- Vous dites avoir travaillé dix ans sur cet ouvrage. Avez-vous eu accès à des archives inédites comme celles du MALG, dont l’association éponyme est dirigée par l’actuel ministre de l’Intérieur ?

	Mais que voulez-vous trouver dans les archives du MALG, quand le corps lui-même, celui de Abane, a été définitivement anéanti. Pensez-vous qu’on puisse trouver dans ces archives le procès-verbal d’un assassinat maffieux. Car il s’agit d’un crime maffieux, du genre qui ne laisse pas de traces. Par ailleurs, je ne m’inscris pas dans une démarche d’historien. Je ne suis pas dans mon rôle. Dans mes deux ouvrages, j’ai porté un regard de politologue.
	 

	- Dans votre dernier ouvrage, vous cassez des mythes, dont le mythe Bennabi, que vous décrivez sous des habits nouveaux : vous déterrez, à ce propos, son passé de «collaborateur» avec les nazis et l’administration capitularde de Vichy. En vous en prenant avec une telle véhémence à la figure de Bennabi, n’avez-vous pas l’impression d’avoir trop tiré sur la corde ? Ne craignez-vous pas de choquer, notamment, les disciples de Bennabi, un personnage qui non seulement ne se situait pas dans la sphère très immédiate des exécutants de Abane, jouit d’une aura d’intellectuel anticonformiste ?

	Les idéologues précèdent parfois les assassinats. Nous en avons fait l’expérience dans notre pays. Mais pour répondre à votre question, ça tient à une question de timing. Ce livre devrait sortir, en dernier, après celui traitant des Vérités sur l’assassinat de Abane que je compte sortir en décembre prochain. Mais j’ai précipité sa parution pour permettre aux protagonistes encore vivants de prendre connaissance de son contenu. Je pense notamment à Ben Bella et Kafi. Je ne voulais pas tomber dans les mêmes travers que ces derniers qui se sont attaqués à des personnalités qui ne sont plus de ce monde. Pour ce qui est de Bennabi, c’est justement parce qu’il n’était pas dans la sphère immédiate de Abane, mais bien à la lointaine périphérie de la Révolution, qu’il en parle avec beaucoup d’approximation. De la révolution, il en parle comme un néophyte, comme quelqu’un qui n’en sait pas grand-chose ou a-t-il eu seulement quelques échos des héros des maquis aurésiens qui parvenaient jusqu’à lui, en Luat Clairet. Non, Bennabi n’est pas un monument. Il est tout juste un islamiste francophone qui se donne des allures de maître à penser. Par ailleurs, beaucoup d’Algériens ne le connaissent pas sous son vrai visage : ils le découvrent, maintenant, comme il est, véritablement. C’est un intellectuel autodidacte, défaitiste, qui s’emmêle les concepts (marxistes et islamistes), manipule des référents théologiques et idéologiques, souvent antinomiques, forcément inconciliables. En définitive, Bennabi n’est pas un intellectuel anticonformiste comme on a bien voulu nous le présenter.
	 

	- Votre livre est «violent». L’auteur, on le sens, veut rend coup pour coup… Vous mettez en œuvre la loi de talion…

	Je ne crois pas qu’il est violent. En fait, je n’ai fait que répondre à des insultes. Je l’ai fait en prenant soin d’argumenter au préalable. C’est là où réside justement toute la différence entre la démarche d’un Bennabi qui qualifie Abane d’«erreur induite» et d’ «erreur introduite de l’extérieur», sans avancer le moindre argument, et ma démarche à moi, qui est au contraire, assez étayée. De quelle preuve dispose un Kafi pour parler de Abane qui, selon lui «n’est ni de gauche ni de droite», l’accusant d’avoir ouvert des «canaux secrets» de négociations avec la France ? Aucune preuve. Quand j’évoquais l’implication de Kafi dans la mort de Zighout Youcef, je cite les déclarations de Ben Bella et le livre de Fethi Dib, le patron des services égyptiens. Sans pour autant prendre pour argent comptant ce que ces derniers disent.
	 

	- Ne pensez-vous pas qu’en s’engageant sur cette pente raide, on finira par accuser tous les résistants, les plus illustres y compris, d’être des  «traîtres» en puissance ? De Messali à Abane, en passant par Ben Bella, Abbas, Boussouf, Boumediène, Yacef, Ighilahriz… tous traînent des casseroles… La figure du «héros» pur, irréprochable, au-dessus de la mêlée… n’aura plus sa place, plus de sens, dans l’imaginaire collectif ?

	Oui. C’est ce qui me désole le plus. C’est toujours difficile de s’en prendre à des mythes, à des illusions, d’ôter le couvert sur les parties sombres d’un personnage. Ce n’est pas pour autant descendre trop bas quand on s’avance avec des arguments. Quand des accusations de ce type viennent d’un Ben Bella, elles peuvent être justifiées par la soif au leadership, mais quand ça vient d’un Bennabi !!!
	 

	- Le colonel Amar Benaouda a «récidivé» récemment, sur les colonnes d’un quotidien national, en qualifiant le Congrès de la Soummam de trahison, et son premier inspirateur,  Abane en l’occurrence, de traître…

	Voilà. On est encore dans l’invective rageuse. Benaouda vit reclus à Seraïdi, honni, vomi par la population. Au point où une association à qui il a voulu faire  un don, l’a rabroué et refusé de le prendre. Mais à quoi devrions-nous nous attendre de la part de quelqu’un qui s’est toujours rangé du côté de l’homme fort. Benaouda a été dans le comité central du FLN qui a exclu Abdelaziz Bouteflika, et colporté sur ce dernier quantité d’invectives, et qui, 20 ans après, tombe dans ses bras en pleurant. J’aimerais bien que Benaouda nous dise quelles sont ces «fautes» que Abane aurait donc commises pour mériter le  sort qu’on lui a réservé ?
	 

	- A vous lire, on a l’impression que Abane, l’unificateur du mouvement national sous la bannière du FLN, avait réussi à faire l’unanimité contre lui, qu’il était devenu l’homme que tous voulaient abattre ?

	Pas tous, uniquement les prétendants au leadership de la Révolution, comme Ben Bella avec qui il n’a jamais été tendre. Entre les deux hommes, aux caractères diamétralement opposés, il y a de la détestation réciproque. Ali Kafi, quant à lui, ne digère toujours pas son exclusion du Congrès de la Soummam. Il vit ça comme une blessure narcissique profonde.
	 

	- Curieusement, dans votre livre, vous évacuez les ordonnateurs de l’assassinat de Abane, vous préférerez vous appesantir sur des responsables et idéologues de la Révolution qui n’ont pas de lien direct avec le meurtre. Pourquoi ?

	Parce que ce n’est pas l’objet de ce livre, mais du prochain. Et dans le prochain livre, il y a des vérités dures à entendre.
	 

	- Vous êtes professeur de médecine, vous exercez à Paris, et vous dites dans une interview récente que désormais vous vous consacrerez entièrement à l’écriture. L’écriture de l’histoire, vous en faites presque une affaire personnelle…

	Non, non pas du tout : je n’en fais pas une affaire personnelle. Si je m’y intéresse, c’est par sens du devoir. Du devoir de mémoire. Il fallait que j’assume cet héritage. C’est une charge excessivement lourde. Croyez-moi, j’ai hâte d’en finir pour m’adonner à l’écriture libre. J’ai hâte de donner une sépulture morale pour Abane, que plus jamais un lâche ne viendra souiller.

	
	- Certains vous reprochent de transformer l’histoire de Abane notamment en affaire personnelle...  

	Pas du tout. Je ne parle aucunement de ma personne dans mes livres. J’y ai complètement évacué le «moi». Ce qui me catalyse, c’est le fait d’établir ou de rétablir les vérités - mes vérités -  et devant un enjeu pareil, ma personne est inintéressante. Je me dis souvent que si Abane était de Mécheria ou autre région d’Algérie, il serait porté au panthéon national.
	 

	- Votre prochain ouvrage portera sur des Vérités sur l’assassinat de Abane. Qu’est-ce que vous y apportez de nouveau, que les historiens ont omis de faire ?

	Le livre apporte beaucoup d’émotions. Un raz-de-marée émotionnel. Parce que j’ai interrogé des personnes parmi les plus proches de la scène où se préparait l’assassinat de Abane.
	Il y a des choses inédites, nécessaires pour situer avec précision les responsabilités. Comme cette histoire de procès-verbal des colonels ayant précédé l’élimination de Abane. Le PV existe, mais il a été dressé a posteriori. Ceux qui ont décidé de l’élimination de Abane, sous des prétextes protéiformes, n’ont pas sollicité l’approbation de tous les membres - signataires du dit PV - ils l’ont fait après coup. 
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           <title>Une balle en plein front du colonel</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Histoire</category>
           <pubDate>Sat, 21 Apr 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	1958 en Wilaya IV. Le rouleau compresseur de l’opération «Courroie» avance inexorablement d’Ouest en Est, les pertes sont considérables dans les rangs de l’ALN. 
	Plusieurs armes ont été, cette fois-ci, récupérées par l’armée française, des casemates découvertes, des infirmeries saccagées. La «bleuite» a fait des ravages en Wilaya III limitrophe de la IV. Malgré cela, la détermination d’aller de l’avant n’a jamais été remise en cause par ceux qui, dans le dénuement total, sont résolus à arracher l’indépendance.
	Pendant ce temps, les populations de Theniet El Had et ses alentours, surtout les douars d’El Meddad, vécurent dans leur chair les exactions commises par la soldatesque «mécanique» sous les ordres du cruel colonel Marie-Meunière de Schacken, un Alsacien ayant plutôt l’allure d’un SS, avec son éternel monocle qui lui valut le surnom de «colonel Bouaïne».

	Sorti de Saint Cyr en 1934, il marqua son passage aux Dragons Portés de Verdun et en Indochine avec le 5e Cuirassier. Il fut chargé, à son retour de Diên Biên Phu en 1954, du 2e Bureau relevant du BEL (Bureau d’études et liaisons) de la 2e Région militaire d’Alger. Ami intime du général Massu, de Schacken fut décoré de la Légion d’honneur et muté au secteur militaire de Théniet El Had au mois de juillet 1957, spécialement pour casser et écraser la révolution à Théniet El Had et ses environs. Depuis son arrivée à la tête du 12e  RCA(1), plusieurs ratissages sanguinaires eurent lieu dans les douars avoisinants. Il ne passe pas  un jour sans voir les half-tracks rentrer à Théniet El Had avec, dans la plupart des cas, des cadavres de civils attachés à l’avant des blindés qu’on prétendait être des moudjahidine ou des chefs de maquis.

	Des scènes pareilles avaient pour but de  terroriser davantage les populations indigènes et atténuer la peur viscérale des colons suscitée par les fantomatiques fellagas.La caserne de Théniet El Had est devenue un véritable laboratoire de «torturologie», après celle de Aïn Sfa  à Tissemsilt, où les meilleurs tortionnaires de la région exerçaient leurs spécialités en inventant de jour en jour les différents procédés utilisés pour arriver à bout de  «la question». «La goutte chinoise»(2) est un procédé suranné largement dépassé devant l’hélicoptère, la gégène(3).  

	L’écrasement des testicules ou les aiguilles plantées entre la chair et les ongles sont les autres moyens atroces pour soutirer le renseignement. Les résultats sont obtenus en moins de temps qu’il faut que lors de la pratique de «la goutte chinoise». Dans toute cette ambiance macabre, s’il y avait quelqu’un à qui l’ALN devrait  tordre le cou, c’était incontestablement le colonel Marie Meunière de Schacken. C’est ainsi que là où le maquis s’attendait le moins du monde, l’occasion s’était présentée un dimanche 14 novembre 1958. C’était un jour gris. Le soleil apparaissait par moment entre deux nuages poussés par une bise glaciale.

	Un groupe de moudjahidine, venant du djebel Ghilès pour se rendre au PC de la Zone III de Amrouna, s’était arrêté au douar Boussedi pour reprendre des forces. Les maquisards étaient là depuis très tôt le matin. Dix-sept heures trente minutes. Les «choufs» informent, par «téléphone arabe», les djounoud de  l’arrivée de deux voitures civiles et d’une jeep militaire qui suivait loin derrière. Apparemment, le cortège n’était pas sécurisé. Dans la minute qui suivit, le chef de groupe, de concert avec ses compagnons, décide de tenter une embuscade. Un branle-bas de combat a lieu. On décide à la hâte de repérer les endroits propices à même de réussir l’action.

	Il faut dire que la situation de la Zone III est des plus précaires. Le maquis  manquait de tout : munitions, vêtements, alimentation. Heureux était celui qui traînait une paire de pataugas usée jusqu’à la corde. Dans certaines régions de la Wilaya IV, les maquisards enterrèrent leurs armes faute de munitions. Les  bases de l’Est et de l’Ouest étaient loin, et on peinait à approvisionner en armes la Wilaya. «Notre usine d’armement était les routes où on tendait des embuscades en espérant récupérer ainsi vêtements et armes.» (dixit commandant Azzedine)(4).

	L’année 1958 avait marqué  au fer rouge certaines régions de la Wilaya IV. «Un demi-oignon et une demi galette rassis étaient notre caviar pour tromper notre faim.» (dixit commandant Azzedine). Le groupe de maquisard était donc acculé à tenter le diable pour réussir cette embuscade inespérée. Personne, même le «chouf», n’avait idée de l’aubaine qui se présentait ce jour-là.
	Un jour qui a fait de cette embuscade et des hommes qui l’ont tendue un allant décisif vers davantage de courage et d’abnégation pour concrétiser les aspirations de Novembre.  

	Caché par quelques nuages qui s’effilochaient, le disque solaire commença sa descente sur El Meddad(5), mettant ainsi à couvert les maquisards. Ces derniers ont été disposés pour des tirs croisés de telle manière que les occupants n’auront aucune chance de sortir indemnes de l’embuscade. Dix-sept heures cinquante-cinq, la première voiture, une 403 Peugeot grise, pointa le capot en négociant doucement le virage à gauche. Elle avait à son bord le docteur Bertrand, au volant, un passager, à l’avant. C’était le commandant Audrey, chef du 2e Bureau. Le colonel de Schacken était assis à l’arrière au milieu de deux officiers, dont le colonel Julien, son adjoint.

	Elle est suivie immédiatement par une Peugeot 403 noire conduite par le sous-officier Jean Challiès, un Girondin appelé du contingent, chauffeur du colonel, et, assez éloigné, un Dodge 4x4 qui fermait le convoi. L’assaut fut alors donné après un galvanisant «Allah Ouakbar»(6) hurlé par le chef du groupe. Un déluge de feu s’abat alors sur les deux voitures. Le chauffeur du colonel a été criblé de balles et sa voiture est allée finir sa course en percutant le talus à gauche de la route.
	Aux premiers coups de feu, le conducteur eut la présence d’esprit d’accélérer à fond dans l’intention d’échapper à l’embuscade, mais le colonel était déjà mort atteint d’une balle au milieu du front. Deux balles ont atteint le colonel Audrey le blessant au bras droit et à la poitrine. L’embuscade n’a duré que quelques minutes.
	Ecoutons Mohamed Berouka qui, en 1960, une année après sa libération, était allé rendre visite au docteur Bertrand installé à Alger (Hydra).

	«Une année après ma sortie de prison en 1959, je rendis visite au docteur Bertrand qui était mon chef de service à l’hôpital de Théniet El Had. Notre discussion à bâtons rompus nous mena à la fameuse embuscade tendue au convoi du colonel». L’air grave et d’un ton calme, le docteur Bertrand me dit : «Jusqu’à présent, je n’arrive pas à expliquer le fait que seul le colonel ait été atteint d’une balle en plein front, lui qui était assis au milieu. Ma voiture est devenue une vraie passoire. Les portières ont été criblées de balles. Le projectile meurtrier a presque rasé ma tempe pour aller se loger dans la tête de l’officier. Nous sommes sortis indemnes, sauf le colonel, dont la mort a été instantanée et les blessures du commandant Audrey. Ce n’est qu’après cet attentat que je me suis rendu compte que la France n’avait aucun avenir en Algérie. L’indépendance était inéluctable.»

	La nouvelle est tombée tel un couperet à Théniet El Had. La consternation se lisait sur le visage de tous les Européens. Le 14 novembre 1958 sera une date charnière dans la prise de conscience des pieds-noirs et des colons : Demouzon, Peter, Anouille, Formonto, Garcin, Daguenet, Nicole, fervents partisans de l’Algérie française. Un grand doute s’est imposé à eux : l’Algérie sera-t-elle un jour définitivement la leur ?

	Le jour des funérailles, Théniet El Had est devenue une ville morte, enveloppée dans un inquiétant et obstiné silence abyssal que seul le glas de l’église rompait. L’administration coloniale avait interdit tout déplacement de personnes. Les magasins étaient fermés. Accompagnés de leurs maîtres, tous les écoliers ont été rassemblés en face du bal. Après les derniers sacrements, les funérailles eurent lieu devant l’église Sainte Anne des Cèdres.
	Les généraux Massu, Gracieux, Parlange, les sous-préfets de Miliana, d’Orléansville et de Théniet El Had, Zekouitz, Garcin, maire de la ville, étaient présents, la tête baissée, l’air grave devant les catafalques. Seuls les indigènes contenaient intérieurement leur joie mais aussi difficilement la peur des représailles.

	Il est loin le temps où Hubert Garcin disait à qui voulait l’entendre que le 1er Novembre 54 n’était ni plus ni moins qu’un trouble de l’ordre public, une rébellion que les pouvoirs publics allaient vite mater. Maintenant, il doit impérieusement revoir ses appréciations sur la vérité de l’heure, puisque durant cette année 1958, trois colonels et autant de commandants ont été ciblés par l’ALN. Le colonel Jean-Pierre trouva la mort dans une embuscade à Guelma. Deux autres officiers sont passés de vie à trépas à Médéa et en Kabylie. Maintenant, l’ALN ne se contentait plus que du menu fretin. La Révolution a atteint sa vitesse de croisière. Si la population a accueilli avec soulagement et avec joie la fin d’un tyran, elle appréhendait, la peur au ventre, la terrible vengeance qui allait s’abattre sur elle.

	Par où les militaires allaient-ils commencer ? Va-t-on boucler la ville et prendre dans le tas des «suspects» pour la «corvée de bois» ?Allait-on se rabattre, comme il est d’usage, sur la Chaâba qui, d’ailleurs, a payé un lourd tribut chaque fois que les reîtres débarquaient dans le douar. Mais la vengeance, cette fois-ci, sera in situ, elle allait s’abattre sur le hameau des Boussedi où a eu lieu l’embuscade.

	Les soldats n’épargnèrent personne le jour-même de l’embuscade : hommes, femmes, vieillards. C’est à coups de crosse, de rangers et de cris que les paysans furent bousculés, malmenés et rassemblés dehors, dans une aire de battage.
	Les reîtres donnèrent libre cours à leur instinct dévastateur. Ils jetèrent pêle-mêle matelas, couvertures, sacs de farine et de blé qu’ils éventrèrent. Les hommes subirent d’atroces tortures. Les enfants étaient terrorisés. Certains seront traumatisés durant toute leur vie.

	Pour la circonstance, la loi sur la responsabilité collective décrétée en 1844 a été décongelée et remise d’actualité. Tirés à la mitrailleuse 30, dix-huit corps tombèrent lourdement sur la terre battue. Tous des Boussedi. Une pluie fine commençait à mouiller les cadavres. Le hameau des Boussedi pleure ses morts. Pour apaiser la conscience de quelques-uns qui auraient pu avoir des scrupules et pour légaliser le génocide, la torture et la disparition, on consignera dans les procès-verbaux que lors de l’enquête effectuée à la suite de l’attentat, des suspects ont fui à la vue des enquêteurs et qu’il leur a été tiré dessus. L’affaire, de ce fait, fut  classée définitivement.
	
	Renvois : 

	1. Régiment de chasseurs d’Afrique
	2.  Torture qui consiste à enfermer un prisonnier dans une cellule où règne un silence total. On laisse goutter un robinet que le bruit de la goutte produit à la longue dans les oreilles du supplicié l’effet d’un
	coup de marteau en plein crâne.
	3. Appareil (génératrice) qui produit du courant pour les appareils mobiles de radiophonie. La gégène sera
	utilisée pour la torture à l’électricité.
	4. Commandant militaire de la Wilaya IV
	5. La forêt des Cèdres dans la chaîne de l’Ouarsenis.
	6.   «Dieu est Grand».</description>
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	L’année 1958 avait marqué  au fer rouge certaines régions de la Wilaya IV.
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           <title>L’indépendance c’est pour demain</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Histoire</category>
           <pubDate>Sat, 21 Apr 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Le 5 juillet 1962, c’est comme si c’était hier... Je nous revois juchés sur un camion au milieu d’une grappe humaine criant : «Vive l’Algérie indépendante !» 
	Une foule en délire se déversait sur l’ex-rue de Lyon, arrivant des ruelles environnantes, entraînée par des youyous enchanteurs. Nos mères, d’habitude si discrètes et qui, en fait, ne sortaient jamais que pour aller au hammam, s’étaient retrouvées dans la rue sans savoir par quel miracle, le voile blanc retombant sur les épaules, leurs cheveux, pour une fois, caressés par le soleil. Pour elles, plus que pour quiconque, plus rien ne serait pareil. Les voir dans la rue avec leurs enfants, en ce jour de fête de l’indépendance, c’était pour nous une joie sans commune mesure, nous qui souffrions de ne pas les voir venir nous chercher à la sortie de l’école, alors que les mamans françaises attendaient leurs bambins qui accourraient vers elles, et c’était toujours un déferlement de tendresse.

	Nous savions que nos mamans nous aimaient, mais elles avaient trop à faire. Elles passaient des journées entières courbées sur les bassines à linge. En fait, elles ne pouvaient pas sortir. Trop jeunes pour nous poser des questions, il nous semblait que c’était l’ordre des choses. Juchée sur ce camion en délire, j’avais 13 ans. L’âge pour savoir, mais peut-être pas tout à fait pour comprendre.Mais les enfants de la guerre savaient beaucoup de choses, celles qu’ils entendaient en tendant l’oreille, lorsque les adultes chuchotaient.  Nous habitions Belcourt, dans une grande et belle maison de style mauresque où s’étaient regroupées plusieurs familles indigènes. Si je dis que la maison était grande et belle, c’est qu’elle l’était vraiment, des bassins avec jets d’eau, magnifiques «fouarate» de marbre blanc, les pots de bégonias regorgeaient des fenêtres et les glycines violettes retombaient sauvages sur le mur clôturant la maison.

	Les jasmins blancs embaumaient le jardin et régnaient en maîtres des lieux, majestueux ! Il y avait aussi un jardin aux arbres exotiques où les enfants n’avaient plus accès depuis une terrible tragédie. Du fait de cette interdiction, ce jardin était continuellement l’objet de notre convoitise.

	De temps en temps, l’un de nos camarades de jeu arrivait à s’y infiltrer et revenait les poches chargées de «kokoz», un fruit doux de couleur orange. On en raffolait. Mais les adultes veillaient, gare à celui qui transigerait ! Il est vrai que les garçons étaient destructeurs, toujours à vouloir grimper aux arbres, et Mohand Chérif l’a payé de sa vie. Il est tombé de l’arbre et s’est fracturé le pied. Au début, il marchait clopin-clopant, puis il ne sortit plus de chez lui. On l’entendait hurler même la nuit. Un jour, quelqu’un a dit : «C’est la gangrène.» Et il est mort. J’entends encore les cris de Zina, sa mère. Elle s’arrachait les cheveux, se tapait les cuisses, se lacérait carrément les joues jusqu’au sang. Mohand Chérif et sa frange blonde qui tombait lourde sur son front. Comment l’oublier ? Toute sa famille est venue de Kabylie pour assister à l’enterrement, et je me souviens du repas mortuaire auquel tous les voisins avaient été conviés, de grosses boules de semoule dans une sauce rouge.

	La mort de Mohand Chérif nous avait tous traumatisés. Depuis, les enfants n’avaient le droit de jouer que dans un terrain aride qui se trouvait sur le versant gauche de la maison et que nous appelions «sahara», ni arbres, ni fleurs, ni fruits. C’est là que nous passions tout notre temps lorsque nous n’avions pas classe. Inutile de préciser que nous n’allions jamais nulle part. En fait, nous ne sommes jamais sortis de Belcourt. En éprouvions-nous le besoin ? Je crois que nous étions heureux. Les Français, nous devinions leur existence, mais nous ne savions pas où ils vivaient exactement.
	Le premier Français que nous avons vu, avant de faire connaissance avec l’école française, c’était le monsieur qui venait une fois par mois ramasser l’argent du loyer.

	Le jour où il venait, c’était la fête, aussi bien pour nous que pour nos mères, parce que c’était la seule attraction qui venait de l’extérieur et cela d’autant plus qu’il était accompagné de son épouse qui portait de jolies robes.
	Ce sont nos mères qui s’acquittaient du loyer, les hommes étant au travail. Plus tard, nous avons vu arriver d’autres Français, venus bousculer la plénitude de notre vie et glacer nos rires, des hommes en treillis, l’arme au poing, prêts à tirer. Avant, tout semblait calme et tranquille. Les enfants jouaient et les mères assises au soleil tricotaient et papotaient. L’une d’elles appelait de temps à autre son rejeton pour le rappeler à l’ordre d’être trop dissipé.

	Au «sahara», nous étions sur notre territoire, les garçons jouaient aux cow-boys et les filles rêvassaient à longueur de temps des jolies poupées qu’elles voyaient dans les vitrines du Monoprix sur le chemin de l’école. Mais en posséder une n’était bien sûr qu’un rêve, et les filles le savaient. Ces poupées n’étaient pas pour elles. Nous rêvions de l’indépendance, alors que nous étions de si jeunes enfants. «L’indépendance», un mot, un seul, et à lui seul, nous réjouissait de bonheur, parce que les adultes disaient que ce serait le plus beau jour, celui de notre liberté. Lorsqu’ils en parlaient, leurs visages s’illuminaient, leurs yeux brillaient.
	Mais nous savions aussi les heures graves, lorsque les soldats entraient dans la maison, les coups de bottes brisant la nuit, ils emmenaient les hommes, et nos mères hurlaient. Apeurés, nous nous regroupions, serrés les uns contre les autres, le regard hagard et les cheveux ébouriffés.

	La nuit de sommeil cassée, il fallait se rendre le matin à l’école comme s’il ne s’était rien passé. Certains des hommes revenaient le lendemain, alors que pour d’autres, ce fut un départ sans retour. Certaines mamans prenaient le deuil et rejoignaient Zina pour pleurer avec elle. La pauvre Zina, de plus en plus longue et maigre, les cheveux enroulés dans un foulard usé, car plus jamais question pour elle de se faire belle, la mort de Mohand Chérif avait brisé son cœur. L’indépendance c’est pour demain, mais entre-temps, des soldats envahissaient la rue Albin Roset.

	Les garçons grimpaient contre le mur de la maison et les interpellaient : «Johnny, Johnny, donne-moi un chewing-gum !» Parfois, ils leur en donnaient, mais parfois ils poursuivaient leur chemin sans s’arrêter. Plusieurs fois, l’un des garçons a failli tomber et les branches des glycines se retrouvaient arrachées.
	Les mamans criaient, la peur de la récidive, car Mohand Chérif était dans tous les esprits, mais rien n’y faisait. En nous rendant à l’école, nous voyions des hommes de notre communauté, bras levés, face contre le mur et les soldats en train de les fouiller. Nous n’avions pas peur des soldats, nous les appelions «Johnny» et ça les faisait rire. Mais lorsque leurs coups de bottes, dans la nuit, défonçaient la porte de la maison, ils nous faisaient peur et tout le monde à la maison pleurait.

	On disait que Khedoudja était la plus courageuse, parce que c’est elle qui ouvrait la porte aux soldats. C’est juste parce qu’elle croyait toujours qu’on venait pour elle, depuis le jour où on lui avait arraché sa fille collégienne et âgé d’à peine quinze ans.
	Les soldats l’avaient tirée du lit, l’avaient traînée en chemise de nuit jusqu’à une jeep qu’ils avaient stationnée devant la maison. Je me rappelle que la pauvre Khedoudja s’était accrochée aux jambes du soldat en le suppliant de ne pas lui prendre son enfant.
	J’entends encore ses cris qui avaient déchiré la nuit. Il arrivait que l’on soit surpris de voir rentrer dans la maison un homme qu’on ne connaissait pas, et on entendait dire : «C’est un moudjahid.» Mais on retournait vite à nos jeux sans savoir ce qu’il devenait. Nos mères disaient que les moudjahidine nous apporteraient l’indépendance, et qu’on serait libres.
	On ne comprenait pas trop ce que cela voulait dire. Mais nous avions néanmoins compris que tout serait à nous, mais ce «tout» pour nous, les enfants, se résumait au Monoprix.

	Et c’est tout ce qui comptait. Alors, on «fantasmait» sur ce moudjahid grâce auquel tout serait bientôt permis.
	Les garçons juraient de se rassasier de bonbons, et les filles voyaient leur rêve bientôt réalisé, une poupée blonde, brune ou rousse à dorloter. Les manifestations du 11 Décembre 1960 nous avaient d’autant plus surpris que tout avait commencé dans notre quartier. La rue Albin Rozet noire de monde et des drapeaux vert et blanc flottaient au vent, alors que face aux CRS, les hommes criaient : «Nous voulons notre indépendance !», accrochés au mur, et tant pis pour les glycines, nous chantions à tue-tête «Napoléon est à la Saint-Hélène, nous allons le délivrer, vive l’Algérie, vive l’Algérie indépendante.»

	Dans nos petites têtes, tout se confondait. C’est la nuit de ce 11 décembre que notre rêve s’envola en fumée. «Le Monoprix a été incendié par les moudjahidine», ont dit nos mères. Il y avait une effervescence dans la maison. Nous sommes montés en courant à la terrasse, et nous avons vu des flammes gigantesques monter jusqu’au ciel. Tout Belcourt vibrait de youyous stridents et de : «Tahia el Djazaïr !» Personne ne faisait attention à nous les enfants, et pourtant, nous étions bien tristes. Plus de bonbons, plus de poupées. Le rêve brisé.

	A l’école, on nous faisait lever le drapeau et chanter La Marseillaise. Nous chantions pour faire plaisir à nos maîtresses.
	A Noël, on nous distribuait des chocolats fondants de crème. Une élève parmi les grandes se déguisait en père Noël.
	Le samedi, nous courions devant l’église regarder sortir les mariés, c’était le plus beau jour de la semaine. Nous avions aussi une séance de cinéma et Sissi l’impératrice a bercé nos rêves de petites filles. Nous revenions de l’école avec la fête plein la tête, mais les visages graves de nos mamans nous rappelaient que rien n’allait.  
	Belcourt devenait une poudrière, et les soldats n’arrivaient plus en files indiennes, mais par camions. Nous avons même vu un homme mort, le corps ensanglanté, devant notre épicerie habituelle. Certains disaient que c’était un traître, mais en fait, personne ne savait qui il était.  

	De plus en plus, nos mères avaient peur de nous envoyer en classe. C’est en ce fameux 5 juillet qu’elles ont perdu la tête, elles sont sorties dans la rue, elles couraient dans tous les sens, puis, nous prenant par la main, elles grimpèrent dans un camion qui passait avec des fêtards à son bord, ne sachant comment nous tenir tout en ajustant leur voile.
	C’est un miracle qu’on soit revenus vivants à la maison, car le véhicule était en surcharge.
	Zina avait enlevé le deuil, mais Mohand Chérif ne fut jamais aussi présent qu’en ce jour de fête. L’indépendance, ce mot magique qui a bercé nos jeunes années, mais sans trop savoir ce qu’il signifiait.

	Notre pays à nous c’était Belcourt, et l’indépendance, c’était le Monoprix. A part ça, l’Algérie, la France, on ne comprenait pas trop.  
	Ce n’est qu’en octobre, à la rentrée des classes, en voyant le maître d’arabe, que nous avions compris que quelque chose avait vraiment changé. Nos maîtresses n’étaient plus là. Pas de lever de drapeau et pas de Marseillaise. Pas de mariés devant l’église et pas de Sissi l’impératrice, et que notre patrie ne se résumait pas à Belcourt, mais à un pays grand comme le ciel. Nous usions tous les jours nos souliers à la découverte de sa capitale «Alger la blanche» qui, de jour en jour, nous ravissait. </description>
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           <title>Une séquence réussie d’échanges entre historiens, témoins et acteurs</title>
           <author>Nadjia Bouzeghrane </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Histoire</category>
           <pubDate>Sun, 25 Mar 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Pour les organisateurs  du colloque «Sortir de la guerre d’Algérie : regards croisés, regards apaisés » qui s’est tenu les 17 et 18  mars derniers à Evian, il s’agissait de comprendre et d’aider à comprendre  les enkystements mémoriels, les idées reçues, les non-dits ou dits erronés, de  replacer les faits dans leur contexte et dans leur véracité.
	  
	Evian, de notre envoyée spéciale
	
	Certains thèmes comme celui des harkis (dont un petit groupe était devant le Palais des festivités pendant la durée du colloque, ndlr) ont déjà été abordés à  Chambéry l’an dernier. Ce présent colloque en est la suite. Nous savons que les plaies ne sont pas refermées », « comprendre l’histoire est aussi une thérapie pour ceux qui en ont souffert et pour passer à quelque chose de plus constructif», a affirmé Claude Mégevand, président de la Salévienne (société d’histoire régionale de Savoie). Eugène Blanc, représentant l’Association des professeurs d’histoire et de géographie de Grenoble et  Jean-Philippe Aoudia, président de l’association Les amis de Max Marchand, Mouloud Feraoun et leurs compagnons, n’en ont pas dit moins.  

	Ce colloque se voulait «apaisé» et «en  dehors de la politique».  «Place aux historiens, aux témoins pour offrir  des regards apaisés et apaisants, aux regards des spécialistes sur des événements douloureux pour construire une paix démocratique, une paix définitive, totalement nourrie d’un respect mutuel tendu vers le développement humain», a affirmé, pour sa part, Eric Brunat, vice-président de l’université de Savoie, chargé des relations internationales. Gilles Manceron, historien et président  d’honneur de la Ligue des droits de l’homme (co-organisatrice) a fait une mise au point à propos du 19 Mars comme date de la fin de la guerre : «Un certain nombre de gens disent qu’il ne doit pas y avoir de commémoration car le conflit a continué au-delà de cette date. C’est le cas de nombreux conflits, qu’on prenne l’exemple du 11 Novembre  ou du 8 Mai 1945, la guerre s’est poursuivie, notamment dans le Pacifique. L’argument est biaisé et quand le secrétaire d’Etat annonce qu’il n’y aura pas de commémoration officielle, c’est une manière de céder à des arguments fallacieux.»

	L’historien avance qu’on ne peut pas évacuer le rôle de l’OAS ; quant à la question des supplétifs, elle  fait partie de l’histoire, mais il faut la «contextualiser», ce sont «des gens enrôlés, instrumentalisés par l’armée, victimes d’abandon par le pouvoir politique français». Et comme l’écrit l’historienne Raphaëlle Branche  dans son dernier livre Guerre d’Algérie, une histoire apaisée ?, qui a servi de fil conducteur à ce colloque :  «Assumer la part coloniale de l’histoire nationale est encore un chantier politique à construire. Il apparaît comme un préalable  à un changement de regard sur la guerre d’Algérie. Sans cette prise en compte élargie, on continuera à voir  cette séquence historique comme le début d’une histoire sociale et politique française marquée par la perte, la douleur, la défaite, alors qu’elle n’est qu’un moment dans les relations entre la France et l’Algérie, un moment marqué par la fin d’une relation politique inégale et la délégitimation de l’idéologie coloniale.» Il a été question de la dimension savoyarde des Accords d’Evian avec l’évocation du maire d’Evian, Camille Blanc, assassiné par l’OAS le 31 mars 1961 ; de l’archevêque d’Alger Mgr Duval ; de la diplomatie helvétique ; du regard des Allemands sur la guerre  d’Algérie ; du point de vue des Algériens au titre des regards croisés, d’autres regards croisés avec un gros plan sur l’enseignement de la guerre d’Algérie de chaque côté des deux rives de la Méditerranée, enseignement qui évolue dans le temps mais qui pose la question préalable fondamentale sur les objectifs de l’enseignement de l’histoire.

	Concernant l’écriture de l’histoire en Algérie, Gilbert Meynier note qu’elle reste une histoire officielle, marquée par quelques évolutions, avec toutefois une impasse sur la berbérité. Faisant référence au récent colloque à Tlemcen sur l’Emir Abelkader auquel il a pris part, «j’ai eu l’impression que la mentalité changeait, que les esprits s’ouvraient». Et l’historien de noter que sur la commémoration du cinquantenaire des Accords d’Evian les deux Etats, algérien et français  sont absents. De toutes les communications, témoignages, débats denses de ces  deux jours d’échanges nous ne pouvons, faute de place, rendre toute la teneur. Nous proposons toutefois une synthèse de quelques-unes des communications. Les organisateurs se chargent pour leur part d’en éditer les actes dans un proche avenir.     
	
	 </description>
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           <title>Retour sur la fusillade  de la rue d’Isly, le 26 mars 1962</title>
           <author>Nadjia Bouzeghrane </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Histoire</category>
           <pubDate>Sun, 25 Mar 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	«Les jours d’après : le drame de la fusillade de la rue d’Isly (26 mars 1962) : histoire et mémoire» 
	L’historien  Alain Ruscio a replacé la fusillade de la rue d’Isly, le 26 mars 1962, dans son contexte, celui d’une «escalade de la violence de l’OAS contre l’armée française et la population algérienne». Il a  rappelé que le général putchiste Salan avait prôné «l’offensive généralisée» contre l’armée française, donnant consigne à ses activistes l’emploi de bouteilles explosives. Instrumentalisant la population européenne, Salan l’avait considérée comme un «outil valable». L’annonce de la signature des Accords de cessez-le-feu précipite l’escalade. «Je donne l’ordre de harceler les  forces armées partout en Algérie», dit Salan. «Le cessez-le-feu de de Gaulle n’est pas le nôtre.»

	Le général Salan jette la population européenne d’Alger  dans la rue pour faire le forcing de Bab El Oued, bouclé par l’armée. La majorité des commentaires relève l’irresponsabilité de ceux qui ont envoyé la population à la mort. L’OAS cherchait-elle le martyr, se demande l’historien. «L’OAS porte la plus lourde responsabilité de ce drame.» Et de citer les propos de Jean-Jacques Susini (fondateur de l’OAS) : «La violence était mûrement planifiée dès le début de l’organisation, nous cherchions à mobiliser la population européenne.» Alain Ruscio considère que Susini et ses comparses «ont changé le cours de l’histoire, ont précipité le départ des Européens d’Algérie».
	Philippe Ould Aoudia rappelle que pour le seul mois de mars, il y a eu 611 attentats de l’OAS, soit 20 par jour. Et il rappelle que le 25 février 1962, le général Salan donnait l’ordre de s’attaquer aux intellectuels musulmans chaque fois qu’ils seront  soupçonnés de sympathie avec le FLN.</description>
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           <title>Le choix d’Evian</title>
           <author>Nadjia Bouzeghrane </author>
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           <category>Histoire</category>
           <pubDate>Sun, 25 Mar 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Une station thermale de 5000 habitants  qui a géré une conférence à haut risque et mondialement médiatisée. 
	Le choix de la ville d’Evian résulte de multiples contraintes : l’Etat français voulait que les négociations se tiennent en France et la délégation du  GPRA voulait que les négociations se passent à proximité de la Suisse, où elle s’y était repliée.  La conférence devait se tenir au Palais des festivités, construit en 1957 par Camille Blanc et aménagé pour accueillir négociateurs et journalistes (salle de conférences, bureaux, salle de presse, cabines téléphoniques pour les envois…).

	L’assassinat du maire par l’OAS, le 31 mars 1961, entraîne le déplacement du siège des négociations à l’hôtel du Parc, aujourd’hui transformé en copropriété de logements privés. 800 journalistes avaient sollicité une accréditation pour couvrir les travaux de la conférence ; une centaine ont pu la couvrir, d’autres se trouvaient à Genève, où ils suivaient la délégation algérienne.
	 </description>
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           <title>Assassinat du maire d’Evian par l’OAS</title>
           <author>Nadjia Bouzeghrane </author>
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           <category>Histoire</category>
           <pubDate>Sun, 25 Mar 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Deux bombes explosent, le 31 mars 1961, à quelques secondes d’intervalle devant l’hôtel Beau rivage qui appartenait  à Camille Blanc, maire d’Evian et où il y résidait avec sa famille. 
	Nombre d’Evianais savaient leur maire menacé dès la désignation de la ville pour accueillir les négociateurs. Des lettres de menaces de particuliers ou de groupes opposés aux négociations arrivaient à la mairie. L’Echo Dimanche d’Oran accuse Camille Blanc d’accueillir triomphalement la délégation algérienne et de la «mettre en bouteille». Le flot de lettres de menaces ne tarit pas après l’assassinat de Camille Blanc.

	Son successeur reçoit quatre lettres la veille de l’ouverture des négociations. L’une d’elles est signée du «tribunal spécial» de l’OAS.  La conférence s’ouvre sous haute sécurité. Pendant toute sa durée, le portrait du maire, entouré d’un crêpe noir, est accroché dans tous les hôtels et magasins de la ville. Camille Blanc, maire depuis 1945, ancien résistant, victime du terrorisme de l’OAS, revêt une stature symbolique d’envergure nationale. Ses assassins ont bénéficié en 1968 de la loi d’amnistie.
	
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           <title>Une œuvre au service de la fraternité humaine</title>
           <author></author>
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           <category>Histoire</category>
           <pubDate>Sun, 25 Mar 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Décédé en Algérie en 1996 à l’âge de 91 ans, Monseigneur Duval a accompagné avec lucidité l’indépendance de l’Algérie, relève  Marie-Christine Ray, journaliste, auteure de Le cardinal Duval, évêque à Alger. Monseigneur Duval  a œuvré, dès son arrivée en Algérie en 1947, (Constantine d’abord), à faire reconnaître le droit des Algériens à la justice. 
	«On a intérêt à relire les écrits de Monseigneur Duval, cet homme est une conscience», indique Marie-Christine Ray. «Les mots justice, fidélité aux Algériens»  résument la personnalité du prélat. Les bouleversements de la Seconde Guerre mondiale l’avaient convaincu que le temps des colonies était fini. Dès son arrivée à Constantine, il se met en rapport avec les responsables des communautés musulmane et juive. Ce qu’il voit en arrivant à Constantine, c’est l’injustice coloniale, la misère des Algériens, «il faut être aveugle pour ne pas voir l’injustice et les conséquences qu’elle entraînerait», dira-t-il.  Quelques semaines avant le déclenchement de la lutte armée, en 1954, il est nommé archevêque d’Alger. Il emploie le terme d’«autodétermination» dès 1956, dans une lettre aux prêtres d’Algérie, alors que son prédécesseur ne cessait de prêcher les bienfaits de la colonisation.

	«Qu’on ne me dise pas que l’amitié est impossible entre hommes de conditions, de races, de confessions différentes», déclarait-il lors de son intronisation à la cathédrale d’Alger. Il ne se fait pas que des amis. Mais il n’est pas seul ; un certain nombre de  chrétiens d’Algérie, comme les Chaulet ou le père Samson, avaient compris cette question de la justice. En 1962, il appelle les Européens à rester et à participer au développement de l’Algérie indépendante, il en appelle d’autres à venir en coopération. «Est-il besoin de dire qu’il ne faut pas supprimer nos écoles», qui «doivent être les premières à promouvoir le bilinguisme et la culture algérienne». L’Etat algérien offre à Monseigneur Duval la nationalité algérienne en 1965. A sa mort, en 1996,  il a eu des funérailles nationales.
	
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           <title>«L’été de la discorde»</title>
           <author></author>
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           <category>Histoire</category>
           <pubDate>Sun, 25 Mar 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description> 
	Par l’historien Amar Mohand-Amer (université d’Oran) *
	 

	Avant de développer un sujet «critique», «miné», celui que les historiens appellent «la crise du FLN, l’été 1962», le jeune historien rappelle que le 18 mars est une date très importante pour l’histoire de l’Algérie. Les Accords d’Evian, signés ce jour-là et proclamés le lendemain, devaient préparer la période transitoire qui va du 18 mars au 20 septembre 1962, date de l’élection de l’Assemblée nationale algérienne constituante. Il y avait chez les Algériens, qui négociaient au nom du GPRA et du FLN,  une vision «naïve, peut-être» mais qui a existé, celle d’une Algérie où au moins 500 000 Européens devaient rester en Algérie,  avec des garanties relevant de la création d’un Exécutif provisoire, soit un gouvernement de fait formé par une moitié de membres du FLN et par une autre moitié de la société civile,  incluant des musulmans et des Européens comme Roger Roth et Charles Koening et Manonni, et une force locale qui serait composée d’appelés musulmans de l’armée française. Le FLN avait accepté que pendant cette période transitoire il y ait une armée de 40 000 à 60 000 membres. L’objectif de cette armée était de permettre une transition dans des conditions acceptables.

	Le 18 mars personne n’imaginait que l’indépendance serait synonyme des violences que subiront tous ceux qui habitent en Algérie, toutes communautés confondues, pas seulement les harkis ou les Européens. Du côté du FLN, l’objectif est la tenue, à l’indépendance, d’un grand congrès réunissant les forces vives algériennes (syndicalistes, femmes, jeunes, intellectuels…).  Pourquoi le scénario sud-africain n’a-t-il pas été possible en Algérie, thème développé la veille par l’historien Gilles Manceron ? Deux événements  sont à l’origine de cet échec. L’OAS a été le principal facteur et cause du départ d’une grande partie des pieds-noirs. Bien que l’OAS se soit définie comme une armée, elle s’est plus attaquée aux civils, à l’ALN et à l’armée française. Mohand-Amer a ensuite axé son intervention autour de trois grandes questions : la légitimité populaire ; les institutions nées de la guerre et celles nées de la crise ; rapport du politique au militaire. La question de la légitimité est un serpent de mer, c’est un problème important au sein du FLN de 1962 à 2012. Au 18 mars 1962, il y avait une cohabitation de plusieurs légitimités, la plus incontestable, selon l’historien, est celle des maquis, la deuxième est celle de l’armée des frontières au Maroc et en Tunisie, la troisième légitimité celle du GPRA, la quatrième de l’Exécutif provisoire résultant des Accords d’Evian  et c’est la seule autorité officielle de l’Algérie pendant cette période transitoire, avec sa force armée, et la dernière légitimité est incarnée par les personnalités libérées le 18 mars : Ben Bella, Boudiaf, Aït Ahmed, Khider et Bitat, une légitimité associée au moment fondateur du 1er Novembre. Paradoxalement, ce n’est pas la légitimité de l’ALN avec sa martyrologie, l’aura de ses maquis ou la puissance de l’armée des frontières qui s’imposent en 1962.

	La légitimité effective est l’apanage des politiques, notamment Ben Bella et Boudiaf. L’indépendance crée ses propres règles, sa propre logique.  Pourquoi le GPRA ne tire-t-il pas les dividendes d’une grande victoire, celle des Accords d’Evian reconnus par des dizaines de pays et non des moindres ? De 1954 à 1962, le FLN a réussi à masquer ses divisions, ses luttes de pouvoir. Le GPRA arrive en 1962 avec un double paradoxe : il est le principal acteur des Accords d’Evian, mais au sein du FLN, il est contesté par les responsables qui sortent de prison et par la base, c’est-à-dire l’ALN. Et aussi par le gouvernement français qui ne l’a jamais reconnu, bien qu’il ait signé avec lui les Accords d’Evian. La deuxième atteinte se produit quand le premier ambassadeur de France, Jean-Marcel Jeanneney, mise sur le groupe de Tlemcen autour de Ben Bella. Jeanneney ne rencontrera jamais le président du GPRA. Pour Jeanneney, Ben Khedda est un phraseur et sa place est dans une université et non pour représenter l’Algérie à un moment difficile. Le GPRA c’est aussi les centralistes, une certaine élite. Ce problème entre l’élite et les militaires n’est pas nouveau au sein du FLN. Quand Jeanneney demande à Ben Bella pourquoi le FLN marginalise ces intellectuels (Réda Malek, Réda Houhou, Benhabylès…), il répond que ce sont des techniciens de la révolution et non des révolutionnaires. C’est récurrent jusqu’à aujourd’hui. Ben Bella et Benkhedda ont deux conceptions différentes de la chose publique.

	Ce sont deux parcours. Ben Bella est considéré, en 1962, comme le leader national, statut que personne ne lui conteste, ce que lui contestent ses opposants, c’est sa volonté de privatiser le FLN. C’est ce qu’il fera au CNRA de Tripoli. En 1962, l’ALN est divisée entre une armée des frontières puissante, bien équipée, politisée, qui n’a subi aucune crise ou presque (affaire Zoubir en Oranie), et en face, une ALN qui a souffert d’un côté du plan Challe et de la marginalisation politique. L’intégration au sein de l’ALN des «Marsiens» posera problème. Les «Marsiens» sont tous ceux qui rejoignent l’ALN à partir de mars 1962. Ce sont des dizaines de milliers de combattants de la 25e heure et qui vont jouer un rôle important dans la grande insécurité que vont subir tous ceux qui habitent en Algérie à ce moment-là. Le gros des ralliements vient des appelés algériens de l’armée française. De nouvelles institutions vont apparaître, la plus importante étant le Bureau politique. Ben Bella ne se voit pas comme un dirigeant élu démocratiquement, mais comme un leader. Avec Ben Bella, c’est le retour de la primauté du politique sur le militaire pendant une période courte, le retour du leader charismatique que le FLN avait banni. Ce qui constituait une atteinte au principe de la collégialité.

	C’est pourquoi, Ben Bella veut être désigné comme le chef avant l’indépendance, d’où en résultera la crise de l’été 1962. Il ne rentrera à Alger que le 3 août en tant que chef du FLN. Ben Bella ne fait pas de coup d’Etat contre le GPRA, mais un coup de force politique en s’appuyant sur Ferhat Abbas et son groupe, sur l’armée des frontières et quelques wilayas, il est aidé par l’Egypte et par la France. Le BP devient l’autorité suprême du FLN,  il va diriger le pays, mais s’opposera à la Wilaya IV, l’Algérois. Le BP s’attaque à la Wilaya IV en utilisant la puissante armée des frontières. Mais la population n’a jamais adhéré à cette crise, pour preuve, en septembre quand l’armée des frontières écrase de manière brutale la Wilaya IV, la population s’interpose, c’est ce qui a permis à l’Algérie d’éviter d’entrer dans une crise grave, la «congolisation» que beaucoup redoutaient. Concernant les harkis, Amar Mohand-Amer relève qu’ils  étaient protégés par les Accords d’Evian. Le 18 mars personne ne pensait que les harkis allaient subir une tragédie. Le FLN (GPRA ensuite le Bureau politique) n’a jamais appelé à des représailles.

	Par contre, la carence du pouvoir, les luttes intestines, le ralliement par dizaines de milliers des «Marsiens», ont fait que la configuration de l’ALN de l’intérieur a complètement changé. La crise du FLN crée aussi les conditions objectives aux ambitions, aux règlements de comptes. C’est une période qui n’était pas maîtrisable. Ben Bella arrive au pouvoir le 20 septembre au moment où Boudiaf, l’un des principaux hommes de Novembre 1954, quitte le FLN et crée le PRS. La thèse de Amar Mohand-Amer, soutenue en avril 2010 à Paris VII, sera publiée par les éditions Barzakh avant la fin de l’année.   

	 

	
	*Synthèse  d’une communication au colloque «50 ans après les Accords d’Evian. Sortir de la guerre d’Algérie : regards croisés, regards apaisés»
	 </description>
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           <title>«L’armée française vue par les maquisards de l’Armée de libération nationale»</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
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           <pubDate>Sun, 25 Mar 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	La thèse de Dalila Aït El Djoudi, soutenue le 3 décembre 2004 sous la direction de Jean-Charles Jauffret, est le premier travail d’histoire militaire comparée algéro-française. La jeune historienne a pu accéder aux archives de l’ALN (une quarantaine de cartons non classés) et cent vingt cartons du Service historique de l’armée de terre française (SHAT) ; toutefois, une centaine de dossiers français, soumis à dérogation, lui furent refusés. Elle a aussi interrogé 79 témoins algériens.
	
	  
	 

	Par Dalila Aït El Djoudi, université de Montpellier

	 

	Cinquante ans après la fin des combats, la sérénité ne s’impose toujours pas, comme en témoignent les manifestations organisées par des groupes mémoriels qui défendent telle ou telle mémoire et qui s’opposent à l’organisation de colloques, comme on a pu le voir à Nîmes ou à Nice. Cette réflexion sur l’ALN a été un sujet d’étude longtemps marginalisé par l’historiographie. J’ai souhaité faire sortir de l’ombre celui qui était longtemps considéré comme l’ennemi invisible, mais aussi qui n’avait pas de reconnaissance. Comment pouvait-on étudier en France l’histoire de l’ALN, alors que la reconnaissance officielle de la guerre n’est intervenue qu’en 1999 ? Avant cette date, le statut de combattant n’était pas reconnu à celui qui fut l’adversaire du soldat français pendant la guerre d’Algérie. Il était qualifié de «rebelle», «hors-la-loi», «fellagha», y compris dans les écrits d’historiens. Ce n’est qu’à partir de 2000, lors d’un colloque, organisé à huis clos à Montpellier, que Mohammed Harbi a demandé à tous les historiens présents de ne plus employer ces termes en dehors des guillemets. La prise en compte de cette reconnaissance permet une fusion des regards afin de montrer cette guerre à hauteur d’homme. Elle a travaillé sur les Wilayas III et IV utilisant des documents de l’ALN du côté des archives militaires françaises, mais aussi du Musée algérien de l’armée et du Musée du moudjahid ainsi que des témoignages de combattants. Elle précise que Gilbert Meynier a mené une étude comparative dans les six Wilayas. 

	L’ALN s’organise et se structure à partir du Congrès de la Soummam du 20 Août 1956. Pour  l’ALN, il s’agissait d’une guerre officiellement déclarée  par l’Appel du 1er Novembre 1954. Les archives et les documents permettent à l’historienne de voir comment l’ALN voyait son adversaire, mais aussi comment elle voulait qu’elle soit vue par l’opinion internationale. Comment se construit l’image de l’adversaire dans cette guerre ? Les figures de l’autre ? La spécificité des prisonniers.  La perception de l’adversaire est liée à la manière dont la guerre est pensée et menée. L’ennemi a une double représentation, il s’agit à la fois de l’ennemi intérieur et de l’ennemi extérieur. La difficulté de désigner cet ennemi par les Français réside dans le fait que les militaires ne sont pas les seuls impliqués dans ce conflit, puisqu’il s’étend à deux communautés civiles. Et pour l’ALN, l’ennemi est essentiellement exogène et reconnu comme un égal, puisque l’ALN envisage avec lui des engagements cherchant à régler le conflit. La reconnaissance de cet ennemi, le fait d’admettre son existence apparaît comme un préalable à la paix. Pour le combattant algérien, la figure de  l’ennemi n’est pas représentée uniquement par la figure du soldat, mais elle s’est transposée au monde politique où elle a pris une forme plus complexe et plus diffuse. Ainsi, l’ennemi clairement défini peut prendre plusieurs visages. C’est au rejet du système colonial qu’il convient de rattacher la représentation de l’adversaire.

	De ce fait, l’image de l’autre ne relève pas seulement de la désignation de l’adversaire, mais il s’agit aussi de la révélation de la nature oppressive du système défendu par l’autre. Les combattants de l’ALN connaissent davantage les combattants français que ceux-ci ne les connaissent. L’armée française n’est pas une inconnue pour les Algériens, bon nombre l’ont côtoyée pendant la Seconde Guerre mondiale. Du côté des Français, il y a toujours eu une suspension à l’égard des soldats musulmans. Durant la guerre de Libération nationale, l’ALN ne manque pas d’interpeller les combattants français sur ce passé proche par l’intermédiaire de tracts. «Français, ne faites pas ce que vous ne vouliez pas qu’on vous fît». «Soldat français, tu as frémi d’indignation aux récits des crimes et atrocités commis à Oradour-sur-Glane, mais combien d’Oradour tu as faits en Algérie, pourtant tu sais très bien que les crimes se paient».  Le traitement des prisonniers illustre la dimension psychologique de la lutte, il est utilisé comme un outil de propagande, c’est l’occasion pour l’ALN d’avoir une reconnaissance. Le cas des prisonniers est évoqué à travers différentes directives officielles, notamment dans la plateforme de la Soummam où il est précisé que les Accords de Genève doivent être respectés, toutefois selon les instructions internes, les prisonniers sont traités de manière différente et au cas par cas. D’après le témoignage de Belkecem Taguelmint, les prisonniers français étaient ramenés en Tunisie et la Croix-Rouge les rapatriait en France. D’après d’autres témoignages, les conditions de détention des prisonniers français sont pénibles. Les prisonniers français du FLN font partie des oubliés de la guerre d’Algérie, il en est de même pour les disparus.  

	
	
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           <title>Les deux Allemagnes face à la guerre d’Algérie</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Histoire</category>
           <pubDate>Sun, 25 Mar 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description> 
	
	Par Jean-Paul Cahn *
	
	Au début du soulèvement armé ni l’une ni l’autre des deux Allemagnes n’étaient encore souveraines, précise le professeur Cahn. Elles ne le devinrent qu’en 1955. Du fait de la Guerre froide, la RFA avait des relations diplomatiques avec Paris, la RDA n’en avait pas. Celle-ci n’avait donc pas à ménager la France, tandis que Bonn se trouva exposée à d’importantes pressions de Paris. Chacune des deux Allemagnes voulait empêcher l’autre de devenir le partenaire d’une Algérie indépendante.  Alors que la RDA voyait dans la guerre algérienne une nouvelle étape de la décolonisation  – et donc de la libération des peuples opprimés – la RFA ne mit d’abord pas en doute la thèse «l’Algérie c’est la France», mais Bonn commença à douter dès 1955 de la capacité de la France de régler le problème algérien par les armes. Cela suscita à Bonn une double inquiétude diplomatique : les fortes pressions françaises pour obtenir un soutien allemand inconditionnel mirent bientôt Bonn dans l’embarras car les capitales arabes, qui soutenaient le FLN, menaçaient de reconnaître Berlin-Est.

	D’autre part, d’un point de vue géostratégique, Bonn craignait que si l’URSS s’établissait en  Afrique du Nord à la faveur de l’indépendance algérienne, l’Europe soit prise en tenailles par la menace soviétique. Les premiers militants  algériens arrivèrent en RFA en 1957. Il s’agissait de membres de la Fédération de France du FLN que le maillage policier empêchait d’agir dans l’Hexagone. Au début des années 1958, la RDA avait invité étudiants et ouvriers algériens à s’installer chez elle pour «échapper aux griffes du capitalisme». Avant même la création du GPRA au Caire, en septembre 1958, le FLN impliqua la RFA dans l’internationalisation du conflit. Il ouvrit à l’ambassade de Tunisie un «bureau des affaires sociales» qui était en réalité une officine diplomatique. La France protesta à diverses reprises, mais Bonn intervint sans fermeté excessive.

	Contrairement à la RFA, Berlin ne se contenta pas d’un «bureau». La RDA voulait arracher une reconnaissance diplomatique au GPRA. Finalement, Mabrouk Belhoucine obtient l’installation à Berlin-Est d’un délégué permanent de l’UGTA. Celui-ci, Ahmed Kroun, ne s’occupait pas que des ouvriers mais aussi des étudiants, essayant de nouer des contacts avec d’autres démocraties populaires, même à Berlin-Ouest alors que pour les Allemands de l’Est, il fallait une autorisation. Ahmed Kroun sera expulsé au bout de 9 mois. La RDA a préféré in fine le tout ou rien à un compromis pragmatique.

	A l’Ouest, au contraire, on misait sur le réalisme : tout en gardant une priorité française (qu’imposait au demeurant la crise de Berlin à partir de 1958/1959), la diplomatie allemande intégrait le facteur arabe et particulièrement la perspective d’une indépendance algérienne. Il s’ensuivit une politique de plus en plus nettement à double fond : le chancelier se montrait ouvertement acquis à la cause française, notamment en défendant de Gaulle face à Washington.

	Mais dans le même temps, des contacts secrets étaient établis avec le FLN par l’intermédiaire d’un diplomate de la jeune génération  du nom de Paul  Franck ; des pressions étaient exercées sur les ministères de l’Intérieur et de la Justice pour que ne soient pas poursuivis ou que soient punis sans «sévérité» les manquements du FLN à la législation allemande (jusqu’à des crimes de sang, notamment dans le cadre des luttes entre FLN et MNA ou de la collecte de l’impôt révolutionnaire).

	Bonn apporta un soutien de moins en moins passif aux Allemands qui aidaient le FLN. Ces derniers étaient représentés par quelques députés (dans un premier temps socio-démocrates dont H. J. Wischn, qui prirent fait et cause pour l’indépendance algérienne) ; des journalistes qui dénonçaient les méthodes françaises en Algérie – le recours à la torture ou des bavures comme Sakiet Sidi Youssef ; des citoyens que l’on appelle «porteurs de valises» par référence au réseau Jeanson. On estime à quelque 3000 au maximum le nombre d’Algériens en RFA et à quelques centaines en RDA. De part et d’autre, ils furent largement pris en charge par les syndicats. Jugeant que Bonn ne se montrait pas assez ferme dans sa lutte contre le FLN, Paris arraisonna hors des eaux territoriales des navires de commerce allemands suspectés de transporter des armes à destination des Algériens ; cela fut d’autant plus mal ressenti en RFA que les navires soviétiques ou escortés par des bâtiments russes ne l’étaient pas. Hambourg était le premier port pour l’approvisionnement en armes du FLN.

	Paris organisa des attentats en territoire allemand contre des Algériens, le plus célèbre étant celui qui, perpétré devant l’ambassade de Tunisie, blessa le premier représentant du FLN en RFA, Ameziane Aït Ahcène, qui mourut quelques mois plus tard en Algérie. Mais aussi contre des marchands d’armes allemands qui firent des victimes innocentes. Dans les deux cas, il s’agissait de violations expresses de la souveraineté allemande par un Etat ami.
	En 1958/1959, le plan Pinay-Rueff (passage de l’ancien au nouveau franc) avait incité le FLN à fabriquer de la fausse monnaie dans la Ruhr. L’affaire avait été éventée et l’enquête conduisit, en 1961, à l’arrestation de trois des plus hauts responsables du FLN, Hafid Keramane, Mouloud Kacim et Alberto. Tous trois furent incarcérés à Bonn. L’affaire prit de l’ampleur. Paris, qui faisait de cette affaire un test  en raison de l’importance des personnes  impliquées, exigeait leur extradition alors que la France négociait avec le FLN. On trouva un moyen de libérer les trois hommes sous caution et de les expulser discrètement. On dépêcha Wischnewski et un député de la majorité proche du FLN auprès du GPRA et des négociateurs algériens d’Evian pour calmer leur irritation.

	Cet épisode avait pour objet d’éviter qu’Alger choisisse la RDA comme partenaire allemand ; mais il permit aussi à Bonn de rappeler à Paris que la RFA était souveraine, elle prenait ses décisions en toute indépendance. S’il faut faire un bilan comparatif, on constate que Bonn a tiré son épingle du jeu. La RDA fut écartée sans ménagement par le gouvernement algérien. Cela fut particulièrement évident lors des festivités de l’indépendance autour du 1er Novembre 1962 : pas d’accueil officiel pour le délégué Georg Stibi, vice-ministre des Affaires étrangères, traitement de la délégation de troisième ordre. Wolfgang Kiesewetter, ambassadeur extraordinaire plénipotentiaire, rapportait : «Auparavant, M. Taleb avait encore souligné nos bonnes relations et le soutien de la RDA pendant la guerre. Mais désormais il dit : ’Nous en remercions la RDA, mais maintenant c’est une autre situation.’»

	La RFA, par contre, put prendre pied à Alger et dans le même temps préserver ses liens avec la France : l’année 1962 ne fut pas seulement celle de la fin de la guerre en Algérie, mais aussi celle du rapprochement entre Paris et Bonn qui déboucha, en janvier 1963, sur le Traité de l’Elysée. Trois différences surtout entre les deux Allemagnes expliquent ce bilan : le réalisme de Bonn qui prit quelque distance  après une phase de soutien inconditionnel à Paris mais sut, au prix de louvoiements, atteindre la fin de la guerre en ménageant la chèvre et le chou, en clair : adopter une attitude de tolérance envers les Algériens sans jamais aller au point où la France aurait vraiment pris ombrage. La deuxième différence est structurelle. Alors qu’en RFA il y avait un centre décisionnel unique, le gouvernement et son chancelier, la RDA, démocratie populaire, connaissait la primauté du parti sur le gouvernement. La conséquence en fut que l’idéologie l’emporta souvent sur la diplomatie et le réalisme.

	Last but not least : alors que l’économie est-allemande peinait à décoller, la RDA n’avait pas les moyens d’une aide vraiment efficace pendant la guerre, et elle ne présentait qu’un intérêt modéré pour l’Algérie indépendante. La prospérité de l’Allemagne de l’Ouest contribua largement à lui attribuer le siège allemand à Alger.  

	 

	
	*Professeur à l’université Paris IV

	Synthèse d’une communication présentée par le professeur Cahn au colloque «50 ans après les Accords d’Evian. Sortir de la guerre d’Algérie : regards croisés, regards apaisés»-</description>
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           <title>La diplomatie suisse lors de la préparation des Accords d’Evian et après le 19 Mars 1962</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
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           <pubDate>Sun, 25 Mar 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Le rôle de la Suisse dans le processus qui amène à la signature des Accords d’Evian est souvent mentionné comme une démonstration exemplaire de la politique active de neutralité.
	  
	 

	Par Eric Perrenoud.
	(Service historique du ministère des Affaires étrangères de la Confédération helvétique)*
	 

	La phase finale de la guerre se traduit par un double processus : d’une part, des contacts secrets sont organisés en Suisse et aboutiront à des négociations publiques à Evian (du 20 mai au 13 juin 1961) et à Lugrin (du 20 au 28 juillet) ; d’autre part, les partisans les plus violents s’activent en fondant l’OAS (responsable de l’assassinat du maire d’Evian le 31 mars) et en soutenant le «putsch des généraux» à Alger, en avril 1961.

	Du côté algérien, les affrontements s’aggravent entre le GPRA et les chefs de l’armée dirigée par Houari Boumédiène. Relancées en octobre 1961, les négociations secrètes permettent d’organiser des entretiens à la frontière franco-suisse, aux Rousses, du 11 au 18 février 1962, puis la conférence publique d’Evian du 7 au 18 mars 1962, qui aboutira aux accords de cessez-le-feu. Trois facteurs caractérisent l’implication de la Suisse dans la guerre en Algérie : des Suisses y résident ; des Algériens séjournent en Suisse ; les relations franco-suisses sont marquées par des tensions qui atténuent les multiples et  profondes relations de bon voisinage. Certains Suisses obtiennent des situations en vue dans le système colonial. C’est le cas de la famille Borgeaud, une des plus grosses fortunes de l’Algérie coloniale. Pendant la guerre, des Suisses vont en Afrique du Nord pour aider les victimes par le biais de la Croix-Rouge internationale. Le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés, dirigé par les diplomates suisses Auguste R. Lindt de 1956 à 1960, puis par Félix Schnyder jusqu’en 1965, vient en aide aux quelque 226 000 personnes qui s’enfuient d’Algérie vers la Tunisie et le Maroc pendant la guerre d’indépendance. 

	Il semble admis que la décision de déclencher le conflit armé fut prise en 1954, à Berne, par les dirigeants du FLN : cinq des neufs chefs historiques se réunirent dans la capitale fédérale, tandis que la vigilance des policiers était absorbée par la Coupe  du monde de football (Mohamed Harbi : 1954. La guerre commence en Algérie, Bruxelles 1984, p. 61). En 1960, l’administration suisse estime le nombre d’Algériens résidant en Suisse entre 500 et 800. A la fin de la guerre, environ 500 étudiants algériens résidaient en Suisse. De plus, la répression en France incita de plus en plus les organisations algériennes à se replier en Suisse. Les services secrets français manifestent un vif intérêt pour la Suisse. Une collaboration étroite se noue entre des policiers français et suisses qui échangent des informations secrètes. Ces relations provoquent, en mars 1957, le suicide du procureur de la Confédération, René Dubois. Il lui est notamment reproché d’avoir transmis  des informations à Marcel Mercier,  «attaché» de l’ambassade de France, en particulier des écoutes téléphoniques de l’ambassade d’Egypte à Berne, par laquelle transitaient des informations sur les activités des indépendantistes algériens en Suisse. La Suisse est aussi marquée par un mouvement de solidarité avec les indépendantistes algériens.

	Des ouvrages interdits en France peuvent être édités en Suisse, en particulier La Question de Henri Alleg qui expose l’usage généralisé de la torture. Des militants suisses s’engagent en faveur du FLN. C’est notamment le cas de Jean Mayerat, qui est arrêté en août 1960 pour avoir tenté d’emporter en France quelques centaines de numéros du journal du FLN. La Suisse  apparaît aussi dans des affaires de trafic d’armes destinées aux combattants de l’ALN. Elle est aussi citée dans les transactions financières qui passent par la Condération. Dès 1956, de multiples tentatives de contacts entre les belligérants sont menées par divers intermédiaires au nord et au sud de la Méditerranée, avec la Suisse comme lieu d’entretiens ou comme intermédiaire pour les organiser. En avril 1959, Ferhat Abbas manifeste le souhait de rencontrer un diplomate suisse au Caire.

	L’ambassadeur de Suisse, Jean-Louis Pahud, délègue un collaborateur auprès du président du GPRA qui croit savoir que de Gaulle serait favorable à des négociations qui pourraient avoir lieu en Suisse ou en Espagne. F. Abbas donne la préférence à la Confédération, déclarant qu’il a une plus grande confiance dans les services suisses de sécurité ainsi que dans les dispositions que les autorités fédérales prendraient pour assurer à cette rencontre le secret nécessaire. Il «a encore insisté sur la nécessité qu’il y aurait à garder un secret rigoureux, tant à l’égard des autorités françaises qu’à celui des autorités égyptiennes. Elles ne manqueraient pas, a-t-il dit, les unes et les autres, de ‘’torpiller’’ le projet si elles venaient à apprendre quelque chose» (télégramme et lettre de l’ambassadeur de Suisse au Caire, Jean-Louis Pahud au chef du Département politique fédéral, Max Petitpierre 1er  et 2 avril 1959).
	A la fin de 1960, des contacts se nouent avec Olivier Long, chef de la délégation suisse auprès de l’Association européenne de libre-échange. En décembre 1960, le ministre français de la justice, Edmond Michelet, propose que des entretiens soient organisés, ce qui est approuvé par le général de Gaulle.

	Le 18 février 1961, de Gaulle adresse une note à Georges Pompidou (alors membre du Conseil constitutionnel) et Bruno de Leusse (sous-directeur pour l’Europe au Quai d’Orsay, détaché auprès du ministre d’Etat chargé des Affaires algériennes, Louis Joxe) pour leur préciser les buts et les limites de leur mission d’information. Les deux émissaires français discutent le 20 février avec Boulahrouf (délégué du FLN à Rome) et Ahmed Boumendjel, directeur politique du ministère de l’Information du GPRA. Le 5 mars, une deuxième rencontre secrète se déroule à Neuchâtel avec les mêmes protagonistes. Les responsables suisses, Olivier Long et Gianrico Bucher, chef de la section Est du DPF, se chargent de la sécurité et du secret des entretiens sans participer aux séances. Le ministre des AE du GPRA, Krim Belkacem, adresse une circulaire aux chefs de mission à l’étranger pour préciser le cadre et les conditions des négociations… Il précise les problèmes qui restent à régler et annonce qu’une conférence au niveau ministériel aura lieu à Evian.

	Le rôle de la Suisse suscite l’irritation de l’OAS. Le consul général de Suisse à Alger redoute que son poste soit visé par les «plastiqueurs». Il expose au DPF une évolution inquiétante. Deux jours plus tard, le 20 mai 1961, c’est l’agence consulaire de Suisse à Oran qui sera envahie par une centaine de manifestants partisans de «l’Algérie française» qui saccagent les locaux en guise de protestation contre la politique suisse. En mai 1961, Max Petitpierre aborde le rôle de la Suisse en Algérie lors de son dernier exposé en tant que chef du DPF devant les commissions parlementaires. A cette occasion, il évoque les incertitudes de la situation française : «L’évolution en France sera naturellement influencée par les péripéties de la Conférence d’Evian. Celle-ci vient de s’ouvrir sans qu’on puisse prédire si elle sera un échec ou un succès. La question la plus difficile sera celle du Sahara, mais il y en a d’autres. Ainsi, en cas de sécession – c’est-à-dire si le FLN ou le peuple algérien quand il sera consulté rejette l’association avec la France – le général de Gaulle prévoit un regroupement des Européens à Alger et Oran ; c’est là une solution qui sera sûrement rejetée par le FLN. La négociation sera donc longue et difficile.

	Elle est abordée avec beaucoup de méfiance par le GPRA : on a l’impression qu’il a peur, qu’il ne se sent pas sûr de lui. Ces Algériens manquent d’ailleurs d’expérience : plusieurs d’entre eux sont des combattants, des guerriers, pas des diplomates ni des hommes d’Etat.  De plus, ils sont divisés : il y a les durs, ceux qui sont à l’origine de la lutte contre la France, les pro-communistes qui voudraient que l’Algérie nouvelle s’appuie sur Moscou, et les pro-occidentaux, du type Ferhat Abbas . On ne peut prévoir quelle tendance l’emportera. Il n’y a pas de doute que si le président Bourguiba cherche à exercer une influence modératrice, d’autres chefs arabes, notamment le président Nasser, chercheront par tous les moyens à saboter la conférence et à empêcher un arrangement. Il ne faut pas compter non plus que l’URSS et la Chine encouragent le GPRA à la modération. Les chances de succès de la conférence sont donc très incertaines.»

	Le 5 septembre 1961, lors d’une conférence de presse, de Gaulle reconnaît la souveraineté algérienne sur le Sahara et confirme la volonté française de poursuivre les négociations. Du point de vue algérien, la concession sur le Sahara permet de lever un obstacle sur lequel avaient buté les entretiens précédents. Les diplomates suisses continuent leurs efforts. Du 27 au 29 octobre 1961, puis du 8 au 11  novembre et dès le 8 décembre, une équipe d’une petite dizaine de fonctionnaires fédéraux, dirigée par Olivier Long, accompagne les déplacements secrets des représentants algériens qui rencontrent dans la région bâloise des émissaires français. Dès l’été 1962, les nouvelles autorités algériennes font des ouvertures aux représentants suisses afin que des aides soient apportées au développement. En fait, les fonctionnaires suisses ont négocié avec des Algériens qui ne joueront pas les premiers rôles  en Algérie indépendante… Le GPRA qui avait la responsabilité des négociations, s’efface devant l’armée : Boumédiène avait manifesté, dès le début, sa méfiance face aux négociations et il avait voté contre les Accords d’Evian.
	
	 

	*Synthèse d’une communication présentée au colloque «50 ans après les Accords d’Evian. Sortir de la guerre d’Algérie : regards croisés, regards apaisés»</description>
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           <title>Le cinéma doit aborder les thèmes restés tabous, selon Ahmed Rachedi</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Histoire</category>
           <pubDate>Thu, 22 Mar 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Le réalisateur algérien Ahmed Rachedi ne comprend rien à la démarche des autorités qui s’apprêtent à finaliser le programme de la célébration du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie. 
	Le réalisateur, qui intervenait hier lors d‘une rencontre organisée à la salle Atlas à Alger, s’est interrogé sur l’absence de projet de film sur le colonel Lotfi ou Larbi Ben M’hidi. Son projet consacré à Krim Belkacem, l’une des grandes figures de la Révolution, qu’il a proposé, est resté sans suite. «Je ne sais pas où est le problème. Le scénario a été validé par les commissions de lecture des ministères de la Culture et des Moudjahidine qui ont demandé quelques légères modifications qui ont été prises en compte», dira-t-il, cité par APS. Sur une liste de 230 projets annoncés, M. Rachedi se demande aussi pourquoi uniquement un seul, à savoir celui consacré à Zabana,  a été retenu. Pour lui, le cinéma doit aborder les thèmes restés tabous jusque-là.

	Il a mis l’accent sur la nécessité de consacrer des productions filmiques aux héros de la Révolution. «Chacun de ces martyrs mérite plus qu’une œuvre cinématographique», a-t-il insisté, soulignant que «la France a produit 93 films sur Napoléon». En outre, il a estimé que de nombreux aspects sont tout de même restés inexploités comme le Congrès de la Soummam et les grandes batailles menées par l’ALN contre le colonialisme. M. Rachedi n’a pas raté l’occasion d’évoquer les difficultés rencontrées par les réalisateurs pour le tournage de films sur les héros de la guerre de Libération, citant notamment l’absence de documents écrits ou d’ouvrages historiques. Selon le réalisateur de L’Opium et le bâton, il n’existe aucun livre sur Mustapha Ben Boulaïd, tout comme il n’y a qu’un seul et unique ouvrage sur Krim Belkacem.          </description>
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           <title>«La vie d’un homme ne compte pas»</title>
           <author>Ghania Lassal </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Histoire</category>
           <pubDate>Sun, 12 Feb 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
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	L’Algérie libre vivra !» Tel est le slogan lancé par Fernand Yveton dans les couloirs de Serkadji, alors qu’il était mené à l’échafaud, au matin du 11 février 1957. 
	Afin de commémorer cette date et rendre hommage aux «oubliés de l’histoire», l’association Machâal Echahid a organisé, hier, au Forum d’El Moudjahid, une rencontre-évocation sur la vie de Fernand Yveton. D’origine franco-espagnole, il est né en juin 1926 à Clos-Salembier, à Alger. C’est en 1956 qu’il rejoint les rangs du FLN, en compagnie de plusieurs «camarades», dont son ami Félix Colozzi. «Fernand était un militant très actif, responsable de toutes les actions du groupe», se rappelle celui-ci, qui a été arrêté en même temps que Yveton.

	«C’est un pur héros. D’origine européenne, et jouissant de ce fait de nombreux privilèges, il a eu le courage de sacrifier sa position sociale, puis sa vie, pour la justesse de la cause algérienne», s’émeut l’ancien condamné à mort Abdelkader Djilali Guerroudj. Le martyr Didouche Mourad avait dit de Fernand Yveton : «Celui-là n’est pas comme les autres.» Il fait ainsi parti de ces «justes» qui ont «mêlé leur sang au sang des Algériens», ajoute M. Guerroudj. Pourtant, sur les 198 combattants guillotinés, Yveton est le seul «Français» à être exécuté de la sorte. Sa grâce est refusée par le président français, René Coty.

	Et c’est un certain François Mitterrand, alors ministre de la Justice, qui confirme son exécution. Pourtant, «il n’y a pas eu mort d’homme». Fernand Yveton, humaniste et anti-violence convaincu, «avait programmé l’explosion de la bombe pour les coups de 20h. Heure à laquelle l’usine est vide», explique Félix Colozzi. Arrêté le 14 novembre 1956, il est condamné à mort le 25 novembre 1956. «Son procès a été celui de la haine raciale et du fascisme, de l’injustice», déplorent ses anciens compagnons. Il est guillotiné le 11 février 1957 par Maurice Meyssonnier.

	Pourquoi une telle célérité dans sa mise à mort ? «Compte tenu du climat d’hystérie qui prévalait, le gouvernement était pressé de s’en débarrasser», affirment ses compagnons. «Il a été guillotiné pour l’exemple. Nous considérons que c’est un crime d’Etat», poursuivent-ils. Toutefois, Fernand Yveton savait que son sacrifice ne serait pas vain. Quelques minutes avant que le couperet ne s’abatte sur son cou, il avait déclaré : «La vie d’un homme ne compte pas. Ce qui compte c’est l’Algérie, son
	avenir.»</description>
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           <title>Revisiter la mémoire de Houari Boumediène</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Contributions</category>
           <pubDate>Sat, 31 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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	Dans les lignes qui suivent, je m’efforcerai de rappeler, en substance, l’ascension du colonel Houari Boumediène au sein du FLN/ALN en soulignant que sa légitimité historique ne saurait être ni relativisée, encore moins niée. 
	Dans une deuxième partie, j’évoquerai trois des principales contraintes avec lesquelles le président Boumediène a dû se colleter dans sa gestion des affaires de l’Etat, jusqu’à la maladie qui devait l’emporter le 27 décembre 1978.

	Un chef politico-militaire charismatique

	Trente-trois ans après la mort de Houari Boumediène, tout Algérien qui garde en mémoire la période durant laquelle celui-ci a gouverné l’Algérie est en mesure de se faire une idée, non pas du bilan de l’ancien président de la République que de l’esprit avec lequel il a cherché à s’attaquer aux causes profondes du sous-développement économique, social et culturel, dans lequel la colonisation française avait mis les Algériens 130 ans durant. Très peu d’observateurs, de la période 1965-1978, ont essayé non pas de ranimer le souvenir du Président défunt, mais d’exposer simplement, avec didactisme, ses réalisations, ses succès (si l’on veut bien lui en reconnaître) mais aussi ses échecs (que l’historiographie dominante monte systématiquement en épingle, on ne sait trop pour quelle raison, prenant soin au passage d’épargner son prédécesseur et ses successeurs, lesquels, à l’exception notable de Mohamed Boudiaf et de Liamine Zeroual, portent une part prépondérante de responsabilité dans l’impasse que connaît aujourd’hui l’Algérie.

	Etre Boumediéniste, en cette fin d’année 2011, n’a pas grand sens. A l’inverse, accuser tel partisan de l’ancien chef de l’Etat de verser dans une «Boumediènnôlatrie» compulsive, c’est feindre de n’avoir pas compris le sens du message qui lui a été consacré, non à des fins de glorification post mortem qui n’intéresse personne, mais dans un souci de restituer la trame de l’histoire de notre pays, en laissant le soin aux historiens et aux archivistes de se prononcer in fine.

	A l’égard des générations qui ne l’ont pas connu (quelque 78% d’Algériens en 2011) et aussi vis-à-vis de ceux qui ont suivi, dans l’enthousiasme ou dans l’indifférence, son parcours de chef d’Etat, il est nécessaire de fournir une grille de lecture pour les aider à mettre en perspective la percée du colonel Boumediène par rapport aux turbulences de la guerre de Libération nationale consécutives à l’élimination de Abane. Ces turbulences constitueront autant de prodromes de la crise de l’été 1962, à la faveur de laquelle va se hisser le colonel Boumediène, alors patron de l’état-major général (EMG) pour s’imposer aux clans et aux factions en conflit.

	La place nous manque ici pour décliner les étapes successives du parcours du colonel Boumediène au sein du FLN/ALN. Ce que le lecteur doit savoir, c’est que de tous les principaux acteurs de la guerre de Libération nationale, le colonel Houari Boumediène était le seul à incarner une vision globale et cohérente d’un Etat algérien indépendant. Ceux qui prétendent qu’il avait été, dès l’origine, obsédé par la conquête du pouvoir une fois l’indépendance acquise, méconnaissent gravement deux ordres de circonstances. Le premier renvoie aux nombreux atermoiements et conflits de conscience que le colonel Boumediène a dû surmonter pour imposer son autorité au GPRA, au CNRA et plus tard au Conseil interministériel de la guerre (CIG), dirigé par le triumvirat Boussouf-Krim-Bentobbal, dans la mesure où il était profondément respectueux de la légalité révolutionnaire.

	Ces trois entités étaient, en réalité, vouées à la surenchère dans leurs prétentions respectives à recueillir les dividendes de l’indépendance, excluant d’emblée les valeureux combattants des wilayas de l’intérieur, du reste, très tôt subvertis par le GPRA et ses affidés uniquement soucieux d’internationaliser le conflit avec la France. Le deuxième ordre de circonstances était que le colonel Boumediène avait démontré ses capacités de chef politico-militaire et de leader charismatique, d’abord comme second de Abdelhafid Boussouf qui succéda lui-même à Larbi Ben M’hidi à la tête de la Wilaya V, puis comme commandant de cette Wilaya, ensuite comme responsable du commandement Ouest, et enfin comme patron de l’EMG.

	Le colonel Boumediène avait réussi la gageure d’unifier les troupes de l’ALN, après que l’ensemble des autres institutions de la révolution eurent vainement cherché à les instrumentaliser et à les utiliser chacune pour son compte, comme si l’heure de l’indépendance avait déjà sonné. Il n’y avait, en 1960, qu’une seule institution de la révolution qui n’était pas traversée par quelque clivage clanique, clientéliste, népotique ou régionaliste que ce soit, c’était l’EMG. Il n’y avait qu’une seule entité où prévalaient la rigueur morale, le désintéressement, la probité, la solidarité de corps, c’était encore l’EMG.

	Les moudjahidine encore vivants (il en reste si peu) qui ont combattu à l’Est peuvent témoigner du sentiment de délivrance qu’a constitué pour eux la désignation du colonel Boumediène à la tête de l’EMG, en janvier 1960. Enfin, ils allaient être débarrassés d’un hors-la-loi hors normes qui s’était proclamé patron de la base de l’Est, à savoir Amara Bouglez (Amara Laskri) qui fut, en réalité, un allié objectif de l’armée coloniale en faisant obstacle à toute incursion d’hommes ou acheminement de munitions à partir du territoire tunisien vers l’Algérie, alors qu’il était impératif de soulager le fardeau des combattants des wilayas de l’intérieur, confrontés à la quatrième puissance militaire du monde.

	Ce même Amara Bouglez laissa, l’âme sereine, s’édifier la ligne Morice destinée à priver l’ALN de tout soutien en hommes et en logistique à partir de l’extérieur et pas seulement en provenance de Tunisie. Ce sont les faits historiques et il ne sert à rien de chercher à les occulter, à seule fin de réhabiliter la mémoire de certains fossoyeurs de la révolution algérienne. Il avait fallu un chef politico-militaire de l’envergure de Boumediène pour stopper net une des dérives les plus funestes du FLN/ALN, qui plus est, dans la région la plus stratégique militairement. Au cours de l’été 1962, comme cela était prévisible depuis longtemps, les clans et factions du FLN/ALN se livrent à une guerre sans merci pour la conquête du pouvoir.

	L’EMG s’imposera finalement, non pas parce qu’il était militairement le plus puissant, mais parce qu’il était encadré par une direction soudée, homogène, immune de tout relent régionaliste et emmené par un homme d’exception qui avait déjà anticipé, depuis son QG de Ghardimaou, le mode opératoire de la gouvernance de l’Etat algérien, dans la stricte fidélité à la Proclamation du 1er Novembre 1954 et aux prescriptions du Programme de Tripoli de juin 1962. Entre 1962 et 1965, Houari Boumediène tente de limiter les dégâts causés par celui qui avait les faveurs de la France et de l’Egypte pour présider aux destinées de l’Algérie, à savoir Ahmed Ben Bella.

	Tout ou presque a été dit sur la gestion chaotique du pays par ce tyranneau de douar. C’est contraint et forcé que Houari Boumediène, alors 1er vice-président de la République et ministre de la Défense, et ce, après moult hésitations et même palinodies, se résout à le destituer le 19 juin 1965, faisant ainsi revivre l’espoir chez des millions d’Algériens, excédés par les postures fantasques de celui, que déjà en 1956 Abane et Ben M’hidi voulurent écarter du commandement de la Révolution. Le «sursaut révolutionnaire» du 19 juin 1965 n’est pas un coup d’Etat. C’est, au contraire, un acte salvateur de rétablissement de l’autorité de l’Etat, sans cesse bafouée par Ben Bella qui multipliait décisions intempestives et cédait à un populisme sans bornes.

	C’est, en effet, Ben Bella qui chercha à déstabiliser le fragile Etat algérien en dessaisissant l’Assemblée nationale de ses attributions par le recours indiscriminé aux ordonnances, en écartant des hommes de grande valeur comme les regrettés Kaïd Ahmed et Ahmed Medeghri, avant de s’en prendre à Houari Boumediène qui avait pourtant été à son égard d’un loyalisme sans faille, le dépouillant de ses pouvoirs au profit de Mahmoud Guennez, qui n’était partie prenante à aucune conjuration et ne réclamait rien.

	C’est la mort dans l’âme que Houari Boumediène franchit le pas fatidique, lui qui durant toute sa carrière connut les affres et les frustrations de l’officier discipliné. Il avait obéi à Larbi Ben M’hidi, Abdelhafid Boussouf, au GPRA, au CNRA, au CIG, sans jamais exprimer la moindre velléité d’indépendance ou pis, d’insubordination. Les affaires Lamouri et Zoubir ne concernaient en rien le colonel Boumediène. Ni les colonels Lamouri et Nouaoura, ni le commandant Aouachria, ni la capitaine Lakehal n’étaient des concurrents de Houari Boumediène, lequel refusa cependant de sanctionner ceux qui devinrent plus tard ses compagnons de route à l’indépendance : Belhouchet, Draïa, Messaadïa.

	Les quatre premiers furent exécutés sur ses ordres le 16 mars 1959 (donc avant la création de l’EMG), mais à la demande insistante du GPRA qui ne tolérait pas la moindre manifestation de contestation de ses décisions. Houari Boumediène s’était fait violence pour faire «le sale boulot» pour le compte du GPRA, afin que la légitimité de celui-ci, — qu’il finira lui-même par contester —, fut préservée, tant bien que mal. Oser affirmer, après cela, que Houari Boumediène voulait s’arroger le monopole de la direction de la Révolution, relève purement et simplement du révisionnisme.

	Un homme d’état obsédé par la construction de pays

	Entre 1965 et 1977, le président Houari Boumediène met sur les rails la machine à produire du développement autocentré, reposant sur la doctrine des industries industrialisantes. Le succès de cette stratégie de développement repose largement sur le rôle de l’Etat qui doit être capable de mobiliser des capitaux importants ; toutefois, la rentabilité de l’opération ne peut être évaluée que sur le long terme. Dans le même temps, il s’engage à donner corps à un grand nombre de principes qu’il considère comme non négociables : «le pain pour tous», «l’école pour tous les enfants», «le logement pour toutes les catégories sociales», «la terre à celui qui la travaille», «les soins gratuits pour tous», «l’exploitation des richesses naturelles du sol et du sous-sol au seul profit des enfants de ce pays». 

	Pour traduire en actes concrets cette doctrine, le chef de l’Etat lance la Révolution agraire (RA), la gestion socialiste des entreprises (GSE), nationalise les intérêts étrangers implantés en Algérie, limite le développement du secteur privé auquel il reproche de nourrir une vision foncièrement féodale des rapports de travail, et, enfin, restreint l’accueil des investissements étrangers au seul secteur des hydrocarbures. Deux des aspects les plus controversés du bilan de Houari Boumediène sont la révolution agraire et le choix de la stratégie industrielle pour extirper l’Algérie du sous-développement que lui avait légué la colonisation française. S’agissant de la révolution agraire, le président Boumediène était parti d’un constat simple : le déficit nutritionnel de l’Algérie étant structurellement important, et seule une forte croissance agricole serait en mesure de le résorber, laquelle croissance passe par la constitution d’un secteur industriel intégré.

	Le deuxième constat est qu’au lendemain de l’indépendance, il existait des propriétés de dimensions considérables qui étaient mal ou sous-exploitées ; mais, grâce à la pratique d’une agriculture extensive, leurs propriétaires étaient assurés de revenus confortables, alors que les salariés agricoles (autrement dit les khammès) vivaient quasiment au niveau du seuil de pauvreté. Il fallait mettre un terme à cette double anomalie. Ce n’est pas par volontarisme politique ou par tropisme idéologique que le chef de l’Etat algérien décide de restructurer le monde rural. C’est par fidélité aux principes cardinaux énoncés dans la Proclamation du 1er Novembre 1954, la Plate-forme de la Soummam de 1956 et dans le Programme de Tripoli de 1962. Houari Boumediène n’aurait-il pas trahi le serment révolutionnaire s’il avait conservé intactes les structures féodales du monde paysan, lui le fils d’un fellah pauvre de l’Est algérien ?

	Quant à l’échec de la révolution agraire, il ne saurait être imputé au président Boumediène ; tous les experts algériens et étrangers convenaient que la Charte et l’ordonnance du 8 novembre 1971, portant révolution agraire, définissaient avec un maximum de rigueur et de précision le mode opératoire de la stratégie de développement agricole de l’ensemble des campagnes du pays. Toutefois, la très insuffisante adhésion des fellahs aux conversions techniques indispensables des modes de faire-valoir des terres, l’absence de garanties qu’ils en seront à terme les propriétaires exclusifs, le bureaucratisation des contrôles et des procédures que l’ administration se devait de diligenter aux fins de s’assurer de la mise en cohérence du dispositif juridique et institutionnel, la faible progression du revenu agricole, censé à l’origine créer une demande solvable, en tant que débouché pour le secteur industriel, et enfin, celle du surplus agricole qui ne sera en définitive jamais ce pôle rêvé d’accumulation, susceptible d’être orienté vers l’investissement ; l’ensemble de ces facteurs se sont ligués pour mettre à mal la téléologie des textes fondateurs.

	S’agissant du choix de la stratégie industrielle, le président Boumediène ne l’a pas décidé unilatéralement ou en contemplation dont on ne sait quel dogme. Dans les circonstances de l’époque, seule la voie du développement non capitaliste était réputée faire décoller les économies déstructurées et duales comme l’étaient assurément les structures de l’économie algérienne. Il y avait même le plus large consensus des experts, des universitaires et des praticiens pour souligner l’impact positif de cette stratégie de développement.

	Le président Boumediène, militaire de formation, n’était pas un théoricien des économises en voie de développement, mais, cependant, parce que beaucoup plus modeste que d’aucuns se l’imaginent et soucieux de la réussite de ce projet, il a prêté une oreille attentive à tous les spécialistes de l’époque qui considéraient que seul un Etat propriétaire de l’essentiel de moyens de production et d’échanges pouvait garantir, en amont, la faisabilité du modèle, car il est, par prédilection, celui qui est en mesure de mobiliser des capitaux très importants et de veiller, grâce à une planification rigoureuse (et non pas nécessairement impérative, au sens où elle procéderait par oukases successifs de la part de l’administration centrale) à la rentabilité du processus.

	C’est en application de cette théorie que le président Boumediène charge Belaïd Abdesslam de sélectionner les pôles d’industrialisation, dont l’impact sur les autres secteurs de l’économie sera suffisamment significatif. Il fallait notamment déterminer, pour reprendre le mode d’emploi conçu par l’éminent économiste Gérard Destane de Bernis, les branches à l’origine desquelles des «chaînes de déséquilibre créateurs» engendreraient, à leur tour, des mécanismes suscitant la création de nouvelles branches, lesquelles rétroagiraient sur les précédentes en les stimulant.

	Autant dire que l’architecture de ce schéma était fort complexe et sa traduction sur le terrain encombrée d’aléas et d’incertitudes, qui finirent par triompher de la seule bonne volonté de ses exécutants. On doit cependant à la vérité de dire que le président Boumediène a été circonvenu sans intermittence par «Si Abdesslam, la science» sur les aptitudes intrinsèques de notre appareil de production, autant que de nos instituts de recherche et de formation à domestiquer le transfert de technologie, mobiliser une main-d’œuvre hautement qualifiée et choisir, de façon éclairée, entre des industries, toutes très capitalistiques, qui induisaient une forte dépendance technologique.

	Ce processus aurait pu être maîtrisé, sur le moyen terme, n’était le refus inepte de Belaïd Abdesslam de faire émerger en Algérie une industrie de sous-traitance. Le président Boumediène n’était pas omniscient, si grand que fût son don d’ubiquité. Il avait en charge d’autres dossiers très lourds : la révolution agraire (comme il a été dit plus haut), la GSE, le devenir de l’école, la généralisation des soins gratuits, le suivi très minutieux des projets de développement de Sonatrach et Sonelgaz, la politique d’équilibre régional, l’arbitrage sans cesse recommencé entre les différents courants et sensibilités idéologico-culturels qu’exacerbait la segmentation des élites (élites arabophones, élites francophones), sans parler de l’écheveau inextricable que constituait la conduite d’une politique étrangère inconditionnellement indépendante, au grand dam des grandes et moyennes puissances irritées par la fonction de directeur de conscience que s’était attribué le président Boumediène, pour bouleverser l’ordre économique mondial.

	Il en résulte que le chef de l’Etat algérien avait besoin de s’adosser à des compétences nationales, surtout après qu’il leur ait indiqué la feuille de route. Force est d’admettre que celle-ci n’a pas été suivie par ses collaborateurs qui pensaient que la sortie du tunnel du sous-développement était une opération purement bureaucratique, justiciable d’un pilotage depuis les sommets de l’Etat et que la rente pétrolière allait financer, à l’infini, des projets dispendieux, déconnectés des réalités socio-économiques et culturelles du pays.

	Du reste, ces réalités avec lesquelles on avait trop longtemps rusé, ne tardèrent pas à se venger, et déjà du vivant du président Boumediène qui ressentit, alors, cette grimace de l’histoire, comme un véritable crève-cœur. En ce qui concerne l’arabisation qui sera notre troisième et dernier point, le président de la République est bien obligé, en cette fin de l’année 1976, de prendre acte du fait que l’arabisation tous azimuts, fortement impulsée par les ministres Ahmed Taleb Ibrahimi et Boualem Benhamouda était davantage conçue comme une vaste entreprise de défrancisation, qu’elle ne procédait, à la vérité, de la volonté politique de réhabiliter la personnalité arabo-islamique (celle-ci n’étant qu’une des composantes de l’identité algérienne, parmi d’autres, tout aussi prégnantes, comme la berbérité).

	Le président Boumediène craint qu’elle ne fasse, tôt ou tard, obstacle à l’épanouissement intellectuel des générations montantes et même qu’elle les enferme dans un ghetto culturel. Il décide, prenant à revers l’ensemble de l’encadrement administratif et pédagogique du vaste secteur de l’éducation, non seulement de mettre un coup d’arrêt à une arabisation largement folklorique (les professeurs du secondaire des lycées de la capitale dispensaient leur enseignement en dehors de tout programme pédagogique et n’étaient  jamais inspectés), mais de remettre en selle une francisation du système éducatif qui ne le céderait en rien à l’algérianité de son contenu, ni à l’algérianisation progressive des cadres et des compétences chargés de le faire fonctionner.

	Malheureusement, il confia le redressement de l’école algérienne au fougueux Mostefa Lacheraf qui cherchera, en vain, il faut bien le dire, à «désarabiser» l’enseignement, mais à la hussarde, s’aliénant, de ce fait, les nombreuses troupes arabophiles qui supervisaient au sein des académies l’orientation de l’enseignement. On peut regretter la réaction tardive du président Boumediène, dont pourtant les discours officiels ne créditaient pas la langue arabe d’une prédilection particulière pour véhiculer les valeurs du savoir et de la connaissance (il disait souvent «Loughatou achiiri oual gharamiyate»).

	Le président Boumediène avait fait des concessions d’autant plus indues au courant conservateur arabo-islamique que notre pays devenu indépendant n’encourait aucune menace sérieuse quant à son identité et sa capacité à préserver les éléments fondateurs de sa personnalité. Toutefois, à la décharge de l’ancien chef de l’Etat, tous les textes de la révolution insistaient sur la réappropriation par les Algériens de la langue arabe et enjoignaient à ceux qui auront en charge la gestion des affaires de l’Etat de veiller à la généralisation de son enseignement et à sa maîtrise par tous les enfants du pays.  Ce maximalisme doctrinal, qui aurait dû être confronté aux contraintes objectives du terrain, se justifiait à l’époque de la colonisation où l’identité du peuple algérien avait été mise sous le boisseau ; il n’avait plus sa raison d’être, au regard des ambitions affichées pour l’Algérie par le président Boumediène de devenir une puissance régionale. Il finit par l’admettre, mais seulement une année et demie avant sa maladie, ce qui permettra à ses successeurs, otages du courant islamo-baâthiste, de revenir sur cette amorce du bilinguisme.

	Dans les limites restreintes assignées à cet hommage au président Boumediène, il a fallu faire ressortir l’essentiel : sa légitimité historique acquise au travers des responsabilités éminentes qu’il exerça à la tête du FLN/ALN et, notamment, de l’EMG dont l’ANP sera en grande partie l’héritière. Il fallait également faire justice des accusations portées contre lui, en ce qui concerne la révolution agraire, l’industrialisation et l’arabisation.

	Le volet relatif à la politique étrangère de l’Algérie a été délibérément occulté faute de place. Pour finir, le lecteur doit savoir que le président Boumediène était conscient des échecs de sa politique qu’il voulait très volontariste, au point parfois de faire croire à l’observateur que pour lui, la société algérienne était manipulable à discrétion (au sens positif du terme), ce qui l’a conduit à sous-estimer les résistances du corps social à une adhésion sans réserve au socialisme. Il s’était également rendu compte que pour construire un Etat exemplaire, il fallait choisir des collaborateurs exemplaires, et ce ne fut pas toujours le cas. Mais, lorsqu’il décide, vers mi-juin 1978, de nettoyer les écuries d’Augias, pour faire repartir l’Algérie du bon pied, les premiers symptômes de la pathologie morbide, qui devait l’emporter six mois plus tard, sont au rendez-vous de son destin.
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	Boumediène sur les pas du «redressement révolutionnaire».
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           <title>La guerre d’Algérie vue par les Algériens</title>
           <author>Nadjia Bouzeghrane </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Histoire</category>
           <pubDate>Thu, 08 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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	La guerre d’Algérie vue par les Algériens, de Renaud de Rochebrune et Benjamin Stora, dont le premier volume Des origines à la bataille
	d’Alger, paru en octobre 2011, est présenté par son éditeur (Denoël) comme «L’autre regard sur la guerre d’Algérie : l’ouvrage le plus neuf
	et le plus attendu pour la commémoration de 1962». 
	Paris.
	De notre correspondante
	 

	A la question : «Peut-on raconter autrement l’histoire de la guerre d’Algérie ?», Renaud de Rochebrune et Benjamin Stora qui viennent de publier La guerre d’Algérie vue par les Algériens. Volume 1 Des origines à la bataille d’Alger, aux éditions Denoël (octobre  2011) précisent, d’emblée, dans une note de dernière page de couverture que l’ambition de ce livre est de «rapporter, à partir de toutes les sources possibles, un récit, lisible par tous, de cette guerre telle qu’elle a été vécue et relatée par les Algériens, et en premier lieu par les militants et combattants indépendantistes». Comme l’aurait fait, en historien, un hypothétique envoyé spécial français de l’autre côté de la «ligne de front» pendant le conflit. «Ce changement de perspective permet de jeter un regard neuf sur ce qu’on appelle généralement, du côté algérien, la guerre de Libération nationale ou la Révolution. Qu’il s’agisse des dates essentielles, du nombre de victimes, du déroulement des batailles, du comportement des populations civiles, des rapports entre Européens et Algériens, de l’utilisation de la violence ou de la torture, des objectifs de la lutte ou, bien sûr, des ‘‘héros’’, tous les aspects du conflit, et notamment les plus tragiques, prennent un tour totalement différent, et très instructif, dès qu’on les considère à partir de ce seul point de vue, ce qui permet aussi d’éclairer d’un jour nouveau le destin contemporain de l’Algérie».

	Et lors d’une présentation publique de leur ouvrage, samedi, à la Librairie Gutemberg (12e arrondissement de Paris), les deux auteurs se sont accordés à dire que ce livre n’est pas de donner une autre version de la guerre d’Algérie et de la période qui l’a précédée, mais de faire un récit objectif tel qu’on peut voir la guerre de l’autre côté de la Méditerranée et de signaler qu’il faut se garder des «clichés» et des «idées reçues» sur l’Algérie et les Algériens. Ils ont également relevé la méconnaissance, voire l’aveuglement, des Français de métropole et des Européens d’Algérie sur cette partie de l’histoire franco-algérienne et sur ce qui s’est passé en Algérie. En France, on a de la guerre d’Algérie «une vision d’un parti unique, d’êtres frustes sans éducation, d’une révolte d’analphabètes. La plupart des militants nationalistes sont citadins, instruits», signale
	Benjamin Stora. «Quand la guerre éclate, la classe politique française argue de l’absence d’interlocuteurs algériens, il fallait juste voir et s’intéresser aux milliers de militants nationalistes». Et aussi «à relire ce livre, on mesure la richesse, la complexité des débats chez les militants algériens, le foisonnement des idées, des personnages, des divergences». La méconnaissance continue cinquante ans après. «Combien de Français, aujourd’hui, connaissent Larbi Ben M’hidi, Didouche Mourad, Zighout Youcef ou Ahmed Zabana ?», relève encore Benjamin Stora.

	Des centaines de récits, de témoignages, mais aussi de livres et de travaux universitaires, en arabe et en français, ont été à l’origine de ce travail qui vise, selon ses auteurs à «rétablir l’équilibre d’un point de vue de la connaissance».
	Il est à préciser que Renaud de Rochebrune est conseiller de la direction de Jeune Afrique après en avoir été l’un des rédacteurs en chef, il a été le coauteur des Mémoires de Messali Hadj (Lattès, 1982) et l’éditeur de Le FLN, mirage et réalités de Mohamed Harbi (éditions Jeune Afrique, 1980). Il est également l’auteur de Les Patrons sous l’Occupation (Odile Jacob, 1995, avec Jean-Claude Hazera). Quant à Benjamin Stora, qui n’est plus à présenter, il convient de rappeler toutefois qu’il est professeur d’histoire du Maghreb contemporain à Paris-XIII, qu’il a publié une trentaine d’ouvrages, en majorité consacrés à l’Algérie, et est l’auteur de plusieurs documentaires. Puisse ce livre être diffusé en Algérie également et traduit en arabe, c’est le vœu des auteurs mais aussi de tous ceux et celles qui sont attachés à une histoire renvoyée à son objet propre et à ceux dont le métier est de la restituer pour peu qu’ils en aient les moyens et les conditions, la première de ces conditions est qu’elle soit libérée des scories d’instrumentalisation idéologique ou politicienne.
	
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           <title>Le Paradis et l’Enfer</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Histoire</category>
           <pubDate>Thu, 08 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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	Par sa problématique, cet ouvrage se présente comme une contribution à une meilleure compréhension entre les peuples algérien et français. 
	Acteurs, lieux, événements, enjeux de mémoire y sont évoqués sobrement. On y trouve des récits d’itinéraires qui suscitent l’émotion, ceux des premiers militants algériens montés sur l’échafaud, Abdelkader Ferradj et Ahmed Zabana, entre autres. Bénéficiant de l’accumulation historiographique, de témoignages et de la recherche la plus récente, remettant en perspective interprétations et représentations, cette synthèse propose au lecteur un regard réfléchi et lui offre une vision originale d’une guerre dont est issu le présent de l’Algérie.
	Les Algériens, en général, cultivent un rapport singulier à leur histoire.

	
	C’est à la fois leur paradis et leur enfer. Placés en situation d’infériorité par l’oppression coloniale, ils ont développé, malgré leurs divergences, un système de défense idéologique, face à cette histoire, qu’on retrouve largement dans la diaspora.
	Les blessures du passé sont si profondes que, malgré la liberté acquise, elles continuent à mordre et à susciter débats et controverses. Après la nuit de l’oppression, les Algériens ont cherché à renouer les fils cassés de leur mémoire. A la fabrication par le colonisateur d’une légende noire pour dévaloriser l’image des Algériens, le nationalisme a opposé un tableau idyllique et mythique du passé. Son projet était politique. Il s’agissait de libérer intellectuellement les nouvelles générations de l’emprise coloniale. Cette détermination a orienté le récit historique. L’offensive contre l’arrogance française a pris une autre tournure après 1962. Le nouvel Etat a mis l’histoire au service de la construction de sa propre légitimité et lui a assigné, en la monopolisant, la tâche de consolider son pouvoir.
	Chacune des directions qui se sont succédé à la tête du pays a cherché à imposer sa marque, autrement dit son discours historique. Faute d’une véritable anamnèse, chaque bataille du passé conserve son pouvoir détonateur.  Aussi, l’émergence du métier d’historien en Algérie s’est-elle opérée dans un contexte peu favorable à la recherche historique. Cela apparaît clairement après les événements sanglants d’octobre 1988 qui ont mis fin au système du parti unique.

	
	Une donnée politique nouvelle est également apparue. Dans les milieux populaires, on a réalisé que c’est la relation à l’Etat qui confère aux acteurs politiques la capacité de s’enrichir et de dominer le champ social.
	Si l’on y ajoute la ruée des aspirants au pouvoir sur la scène politique, on s’aperçoit que le mythe nationaliste forgé dans la lutte commune contre le colonialisme connaît aujourd’hui une sérieuse érosion.
	Les équipes dirigeantes se trouvent disqualifiées, alors que leur discours sur l’histoire n’a pas réussi à trouver le cœur des Algériens. Malgré tous les moyens scolaires et médiatiques mis en œuvre par l’Etat, les tentatives de contrôle des idées des Algériens sur leur histoire ont rencontré la méfiance et le scepticisme. La vitalité de la tradition orale et la résurgence des mémoires individuelles, ou de celles des groupes politiques condamnés jadis au silence se sont révélées plus fortes et plus efficaces.
	On le voit bien, ces dernières années, avec l’abondance des publications de mémoires et de témoignages dans lesquels on peut trouver le pire et le meilleur.

	
	Y domine la fierté des Algériens d’avoir eu raison du colonialisme. Des volontaires ayant choisi la voie du risque et du sacrifice, des irréguliers capables de tenir en échec une armée professionnelle aussi expérimentée que celle de la France, telle apparaît, même aux yeux des opposants au pouvoir, la geste de Novembre 1954. A ceux qui ont conduit une guerre inégale, ils sont reconnaissants d’avoir, malgré leurs fautes et leurs limites, réintroduit le pays dans le concert des nations.
	C’est au nom du passé révolutionnaire qu’ils exigent que, dans l’aventure victorieuse contre la colonisation, ne soient plus occultés les épisodes sombres et que soient honorées les promesses faites dans le feu du combat.
	La revendication démocratique a remis l’histoire au goût du jour.
	A la recherche d’un discours rassembleur pour consolider une identité fragile menacée par des forces centrifuges qui font partie de l’héritage historique, les élites dirigeantes n’ont pas encore trouvé le bon chemin.

	
	L’histoire peut les y aider. Si le métier d’historien, encore balbutiant en Algérie, cesse d’être soumis à surveillance comme le prône la Constitution. Si les départements d’histoire dans les universités s’avèrent libres de construire leurs objets. Si la recherche n’est plus enfermée dans des cadres nationaux souvent peu pertinents. Enfin, si on accorde la priorité à l’analyse et à la réflexion sur les questions épistémiques et méthodologiques. La science et la recherche historique y gagneraient en crédibilité. Puisse cet ouvrage, par sa façon d’aborder l’histoire de la guerre, contribuer à favoriser cette évolution. C’est le vœu des historiens anticolonialistes des deux rives de la Méditerranée qui souhaitent coopérer, ensemble, et ne plus voir leur travail hypothéqué par les politiques fluctuantes des Etats.</description>
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