le 21.01.12 | 01h00 Réagissez
Artiste multidisciplinaire, mannequin, danseur, écrivain et styliste, Imane Ayissi sublime le monde de la mode avec ses collections raffinées et contemporaines. En février, il organisera un défilé à Yaoundé, au bénéfice de l’association Almoha, qui s’occupe des maladies rares des enfants d’Afrique.
- Aujourd’hui, vous êtes reconnu au niveau international. Parlez-nous un peu de votre parcours.
Je me suis intéressé à la mode très tôt. Enfant, j’essayais de dessiner et je transformais des vêtements de ma mère. Plus tard, j’ai travaillé pour Blaz Design, une des marques textiles importantes du Cameroun et pour la créatrice Madé Jong. Parallèlement, je faisais de la danse, parce que cela faisait partie de la culture familiale, mon grand-père maternel était un grand danseur. J’ai donc intégré, avec ma sœur Chantal Ayissi, qui est aujourd’hui une chanteuse très populaire en Afrique, le ballet familial que mon frère Ayissi Le Duc, qui est toujours danseur et chorégraphe, avait créé. Ensuite, nous nous sommes tous retrouvés dans le ballet national du Cameroun. C’est là que j’ai commencé à voyager en Europe. J’ai ensuite dansé avec Yannick Noah sur son tube Saga Africa, à la même époque, je m’installais à Paris. J’ai aussi dansé avec Touré Kounda, Kassav, Baaba Maal, j’ai tourné dans des clips avec Sting et Mylène Farmer, je suis parti en tournée à travers le monde avec Patrick Dupond...
- Comment était la vie parisienne ?
Quand je me suis installé à Paris, j’ai essayé de faire du mannequinat, bien sûr, un peu pour gagner de l’argent, mais surtout pour rentrer dans le monde de la mode qui me fascinait. Les débuts n’ont pas été faciles, mais peu à peu, j’ai défilé pour Yves Saint-Laurent, Claude Montana, Dior Homme, Valentino et Roméo Gigli. J’ai également travaillé de manière plus «artistique» avec des photographes, des peintres, des scénographes… En même temps, je me suis remis à créer des vêtements, puis de vraies collections, que je vendais uniquement sur commande à des clientes fidèles. J’ai rapidement voulu montrer mon travail à travers des défilés, comme les grandes maisons de couture. Mon premier défilé à Paris s’est déroulé en 1993, je n’avais aucun moyen à l’époque, mais je voulais y arriver et j’en ai mis plein la vue avec plus d’une centaine de robes à pois, ce qui, rétrospectivement, me fait encore rire. Aujourd’hui, je continue à créer des collections couture, mais aussi du prêt-à-porter de luxe, et je crois que je suis un peu plus inséré dans le circuit professionnel de la mode internationale.
- Comment passe-t-on de mannequin à styliste ?
Cela n’a rien d’évident, et c’est assez rare, peu de mannequins, même des top models, ont réussi une reconversion dans la mode. On peut citer Katoucha ou Ines de la Fressange. Quand on est mannequin, bien sûr, on connaît mieux les vêtements à force de les porter, le milieu de la mode, ses règles, son fonctionnement, mais cela ne veut pas dire que l’on est créatif ni même que l’on aime vraiment les vêtements. Si je suis devenu styliste après avoir été mannequin, c’est que j’avais envie de le devenir depuis longtemps.
- Que pensez-vous justement des personnes qui se reconvertissent dans l’organisation d’évènements, alors qu’elles sont mannequins ou stylistes ?
Dans une bonne partie de l’Afrique, les stylistes sont obligés de s’improviser organisateurs d’événements mode, parce qu’il n’y a pas de structures pour le faire à leur place : pas de fédérations, pas de Fashion Week structurées comme en Europe…etc. Et on peut saluer ceux qui ont pris ces initiatives
Mais cela n’est pas forcément une bonne chose. Il est difficile d’être à la fois créatif et organisateur, et je pense que c’est compliqué pour un styliste de promouvoir son travail en même temps que celui d’autres stylistes. Les stylistes du continent devraient s’organiser en fédérations, syndicats et confier ces évènements à des professionnels, pour en faire non pas des spectacles mais de vrais rendez-vous entre les créateurs et les acheteurs, la presse… L’Afrique du Sud avec la Fashion Week de Johannesburg en est le parfait exemple de ce que l’on pourrait faire ailleurs.
- Vous êtes issu d’une grande famille d’artistes. Est-ce que cela a influencé votre univers artistique ? Si oui, en quoi ?
Le fait d’être issu d’une famille d’artistes m’a sans doute aidé, dans le sens où ma famille n’attendait pas forcément de moi que je devienne médecin ou avocat comme dans beaucoup de familles. Personne dans ma famille n’a essayé de me décourager. En revanche, quand tout le monde dans votre famille est artiste ou sportif de haut niveau, donc connu du public, il est plus difficile de trouver sa place et de se faire son propre nom.
D’un point de vue artistique, la personne qui a le plus influencé mon univers est ma mère. C’est une personne très élégante, qui portait des vêtements de grandes marques parisiennes, quand j’étais enfant, et qui reste une référence de chic pour moi.
- Dans vos créations, vous n’utilisez pas les tissus africains, pourquoi ?
Il m’est arrivé d’utiliser, dans certaines collections ou pour des pièces exceptionnelles, de vrais tissus traditionnels africains, comme les tissus ashanti, ou lendop par exemple. Le problème c’est que ces tissus sont peu adaptés à la vie moderne. Puisque souvent trop lourds, trop épais, non lavables, sans parler des problèmes de fixation de coloris, d’irrégularité des fils et des tissages, des problèmes d’approvisionnement… Il y a sans doute un travail à faire pour adapter ces tissus toujours très artisanaux à un usage contemporain. En ce qui concerne le wax et ce genre de tissus imprimés, qui paraissent presque obligatoires, quand on parle de mode africaine et qui ont inondé les marchés en Afrique, tout d’abord, je revendique une totale liberté d’inspiration comme tous les créateurs, quelle que soit leur nationalité, et le wax ne correspond pas vraiment à mon style. En outre, ces tissus ne sont pas des tissus africains, mais des tissus qui sont vendus aux Africains. Ce sont des tissus d’origine indonésienne, importés par les marchands hollandais au XIXe siècle, qui aujourd’hui sont toujours produits en Europe, en Europe de l’Est, voire en Chine.
- Quelle idée de la mode voulez-vous exprimer ?
Pour moi, la mode est une manière d’être, un moyen de s’exprimer et de communiquer avec les autres, c’est aussi un discours culturel avec des références, des concepts. Avec ma mode, j’essaie de donner l’image d’une créativité qui s’inspire de l’Afrique, mais qui est contemporaine, ouverte sur le monde.
- Comment le continent africain influence-t-il vos créations ?
L’Afrique traditionnelle authentique comme l’Afrique contemporaine m’inspirent. Visiter les musées européens avec tous ces chefs-d’œuvres africains, sculptures, masques, statuettes est toujours pour moi un grand plaisir et une source constante d’inspiration. Mais, j’ai la chance de me rendre régulièrement dans différents pays africains, et l’énergie, la débrouillardise de la rue africaine sont pour moi toujours très inspirants. Ensuite, il est difficile d’expliquer précisément comment ces ambiances, ces corps, ces attitudes, cette vie de tous les jours, si particuliers et riches en Afrique, se retrouvent dans mon travail, c’est le mystère de la créativité, mais ils m’accompagnent dans toutes mes créations
- Quels sont vos projets de mode ou littéraires ?
Les collections s’enchaînent, à peine une collection finie, il faut commencer la suivante. C’est le rythme de ce secteur en Europe. Quand aux projets littéraires, je travaille sur un 3e livre de contes, mais là, je ne suis tenu à aucun délai…
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