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       <title>El Watan - Portrait</title>
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       <lastBuildDate>Wed, 23 May 2012 10:10:36 +0100</lastBuildDate>
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           <title>le poète qui a su allier les chiffres et les lettres</title>
           <author>Hamid Tahri </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Portrait</category>
           <pubDate>Thu, 17 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	«La politique est l’art d’empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde»

	                                                              Paul Valery 
	Amar Sersour a deux passions dans la vie : l’administration, il est banquier, et la musique. Il a su concilier les deux en menant une carrière professionnelle studieuse et en offrant une musique qui plaît tant aux mélomanes. Quitte à faire grincer des dents des confrères envieux…
	«Ce saltimbanque de la poésie», comme se plaît à le définir son ami écrivain Abderahmane Lounas, qui n’en rate pas une pour placer un bon mot, a réussi à se faire admettre dans le monde merveilleux mais controversé de la musique. Lounas lance ce calembour juste pour rire, car l’homme visé est aussi mesuré que sage,  comme les belles images qu’il donne à contempler à travers ses chansons.
	Un des ses fans, qui l’a connu à ses débuts, le classe dans la lignée des poètes avec qui il a fait son chemin et qui ont certainement dû l’influencer un jour. «Il a parié sur la curiosité et la découverte, et voilà qu’il entre de plain-pied dans la jardin des grands grâce à la pureté de ses poèmes et à la profondeur de ses musiques. Et si sa notoriété s’est faite à l’époque spontanément et s’est vérifiée, nul hasard à cela.»

	Dans la lignée des grands poètes

	Amar Sersour est né le 20 novembre 1955 à Ouaguenoun près de Tizi Ouzou. Son cursus scolaire, il l’a effectué dans cette ville jusqu’au baccalauréat en 1975. Il décroche une licence de gestion à Alger en 1979. Il part en France en 1980 où il prépare un 3e cycle en management à l’Ecole supérieure de Paris. Il y séjourna jusqu’en 1991 en occupant plusieurs postes de manager dans des multinationales, notamment. En rentrant en Algérie, au début des années 1990, Amar ne se doutait pas de la tourmente qui allait secouer le pays une décennie durant. Ce fils de chahid s’arme de patience et vit mal cette période à partir de son poste de cadre à la banque, marqué aussi par la perte de sa mère quelques années auparavant.

	Ce côté professionnel ne saurait éclipser sa carrière artistique menée à 20 ans et qui va l’affirmer comme un des fleurons de la chanson kabyle. Ce poète, auteur compositeur et chanteur se frayera un chemin appréciable dans la lignée des auteurs confirmés. Sa proximité avec le grand poète Benmohamed l’aide en quelque sorte à s’affirmer et à affiner sa personnalité. Ses fans apprécient sa prose élégante et limpide, qui rend compréhensibles les arcanes les plus obscurs de la vie de tous les jours.

	Le fameux texte de Benmohamed Rappelle-toi qu’il chanta avec panache, le mit sur orbite. «Bien sûr, se souvient-il, ce fut un moment décisif avec tout ce que ce texte charrie d’événements parfois dramatiques vécus par notre pays. C’est une rétrospective de l’histoire de l’Algérie qui va de Fadhma N’soumeur et la tragédie d’Icherriden au mouvement de la contestation du Printemps berbère. On revisite en moins de cinq minutes un siècle d’histoire.» Les spécialistes ne sont pas avares en éloges en qualifiant cette chanson de chef-d’œuvre musical.En effet, note le chroniqueur-chercheur Abdennour Abdeslam : «L’œuvre est une véritable chronologie qui décrit les différentes étapes du cheminement de la revendication amazighe. Amar y décrit une maturation, sans cesse évolutive et grandissante, des actions menées par des générations successives. La chronologie poursuit également la mission d’entretien de la mémoire pour que nul n’oublie les nombreux sacrifices consentis pour que les acquis actuels soient.»

	Comment Amar est-il venu à la chanson ? «Très jeune, j’étais influencé par les chanteurs kabyles. J’avais 7 ou 8 ans, c’était l’indépendance. On venait d’acquérir un poste TSF. J’étais complètement absorbé par la musique diffusée. Avec des bidons d’huile et des fils de pêche, on s’inventait des guitares de fortune. C’est comme cela que j’ai commencé. Je n’avais pas de guitare personnelle jusqu’à ma première bourse. Et comme j’avais pris de l’envergure dans ce domaine, j’ai décidé de participer à l’émission ‘‘Les chanteurs de demain’’ animée par Kaci Tizi Ouzou à la Chaîne II. Cela se passait au milieu des années soixante-dix. C’était la première fois que j’investissais ce monde tout à fait nouveau pour moi. J’y ai chanté Iwinna yelhoun itlam (celui qui marche dans la nuit), dont je suis aussi l’auteur-compositeur. L’impression générale était positive et l’animateur m’avait proposé d’en faire un disque. Je me suis dit pourquoi pas ? Quelques jours après, j’enregistre à place Hoche chez Mahboub Bati. Pour un coup d’essai, ce fut un coup de maître.»

	L’engouement est garanti, parce que la chanson transporte l’auditeur dans un monde virtuel merveilleux. Ce n’est pas seulement le désir d’échapper à l’angoisse et aux violences du quotidien. Sans doute, aussi, la volonté de retrouver des repères collectifs communs pour des imaginaires individuels que n’encadre plus depuis longtemps la société actuelle en perpétuelle course contre le temps et peut-être contre elle-même, car la précarité et l’instabilité raccourcissent le temps présent, aussi ne faut-il pas prévoir pour prévenir ?

	Combat identitaire

	Conscient que les musiques nous soignent de nos malaises quotidiens, Amar prendra quelques distances avec cet art lyrique pour se consacrer exclusivement à ses études supérieures qu’il couronnera par l’acquisition d’une licence en gestion. Mais, entre-temps, il est passé en ouverture d’un gala d’Aït Menguellet organisé à Larbaâ  Nath Irathen.
	«Je n’étais pas connu, et c’était un immense privilège que de chanter aux côtés de ce monstre sacré qu’est Lounis. C’est au cours de cette manifestation que j’ai fait la connaissance de Benmohamed  que je n’avais jamais approché et dont la réputation était bien établie ! A la fin du gala, on a longuement discuté et Ben m’a proposé de faire un disque, ce que j’ai accepté avec un plaisir inoui. On a travaillé ensemble, même à distance.

	Car, lorsque je suis entré de Paris, lui a fait le chemin inverse, au début des années quatre vingt-dix avec leur lot de désolation et de tourments. C’était une période terrible qui a laissé des séquelles et des souvenirs sombres qui hantent ma mémoire. J’ai vu partir des amis, des voisins. C’était trop douloureux à vivre ! C’est une période où on a été réduits au silence. C’était impossible de chanter. On n’avait même pas le goût de toucher à une guitare. Nous n’avions ni l’inspiration ni le courage de chanter. Mais était-ce décent de s’exhiber sur scène alors que la mort frappait à tout bout de champ ? Je me suis posé plusieurs questions. Fallait-il partir ailleurs ? La raison m’en a dissuadé en restant près de ma famille.»

	Il ne vit pas de ses chansons

	Auteur de 49 chansons et six disques, Amar est satisfait de son parcours d’autant qu’il a su concilier sa vie de chanteur en mettant dos à dos les chiffres et les lettres, et celle plus dense de banquier.
	«Cela ne m’a pas gêné outre mesure. Quand on a un esprit créatif, on peut l’appliquer à tout. C’est inné. C’est quelque chose qui est en vous, qu’on porte et qu’on nourrit perpétuellement. Dans le lot des chanteurs, je suis inclassable. En fait, je dois préciser que je ne vis pas des produits de mes chansons.»

	Quand le malaise qu’il éprouve est diffus et mal identifié, le chanteur recherche des sons et des musiques qui puissent lui donner un sens avec ce désir de renouer les fils de son imaginaire personnel à un grand imaginaire collectif. Le malaise de Amar, il l’a décelé dans le milieu artistique qui n’offre pas les conditions d’un véritable épanouissement. «J’ai constaté que le milieu est hostile au développement de la chanson. Les gens qui gèrent ce pôle sont pour la plupart des aventuriers qui n’ont aucune capacité de manageriat. De plus, il n’y a pas de maisons d’édition pérennes sans compter que le statut d’artiste en Algérie est une vue de l’esprit : un statut pourtant nécessaire qui puisse sécuriser cet homme de l’art qui se donne à fond durant toute sa vie, pour se retrouver à la fin de celle-ci une main devant une main derrière frisant la mendicité. Les artistes, je les qualifierais de clandestins officiels. Comme j’ai eu la chance de faire des études poussées, j’ai préféré travailler dans le domaine lyrique, à mon rythme, car je tiens énormément à mon indépendance, loin de l’activité des ‘‘es-crocodiles’’», complète Lounas, visiblement impressionné par le parcours atypique de son ami.

	Le poème Rappelle-toi est un morceau d’anthologie finement décrit par Abdenour qui dessine l’atmosphère prévalant à cette quête de liberté que Amar va chercher en prenant à témoin le Djurdjura, l’immense ciel le couvrant, les vents qui sont passés par là et cette terre que de fois imbibée au rouge du sang de tous ceux qui ne sont plus de ce monde. Il interroge tous les panoramiques par lesquels nous jurons et desquels nous revient l’écho amplifié de nos voix lorsque nous les implorons. Et pendant que défile un fond musical adouci surgit alors, d’où nous ne savons, l’emblématique voix rassurante du faiseur de paroles magiques qu’est l’éminent poète Benmohamed.

	«Cette voix énergique, tel le rugissement d’un volcan débordant de partout son cratère, porte en elle cette note d’espoir et d’optimisme qui annonce qu’après moult tortures, après les affreuses saturations imposées, après tous les désespoirs, mais surtout après tant de gabegies, de mensonges et de tricheries, l’amazighité refait surface.» De l’amazighité, thème incontournable dans la discussion, Amar en est rassuré. «Il y a une avancée. Désormais, c’est une langue nationale. Il y a une télé, une radio et d’autres choses qui vont suivre. Cela s’inscrit dans la continuité de l’histoire, car on ne peut indéfiniment mettre des pans entiers de la population hors-jeu. J’estime qu’il y a une avancée appréciable, même s’il faut aller encore plus loin. Le chemin parcouru est important et les acquis arrachés de haute lutte sont loin d’être négligeables», estime-t-il.

	Bien qu’il reconnaisse que c’est de plus en plus difficile d’évoluer dans un milieu de plus en plus fluctuant, où les goûts du public ont tendance à se formater, Amar n’en garde pas moins espoir de rebondir. «Expirer au lieu d’inspirer. J’ai hâte de revenir de manière poétique, musicale, en observant la société dans tous ses recoins, en la chantant avec toutes ses contradictions. Il y a un public à l’écoute qui me demande de produire encore. Vous savez, la chanson c’est un don de soi. Il faut en conséquence que je ressente ce que j’ai envie de dire. Quand on vit de la musique, on fait toujours attention à cette source nourricière, l’argent qui fait vivre. Ce n’est certes pas mon cas. J’essaie de me mettre au diapason. Les temps ont changé, mais la situation de l’artiste est toujours dérisoire malgré les avancées technologiques. C’est dommage !...
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	Le monde est dangereux, non pas tant à cause de ceux qui font le mal qu’à cause de ceux qui regardent et qui laissent faire...
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           <title>«Qui se souvient des 3024 disparus de La Casbah ?»</title>
           <author>Hamid Tahri </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Portrait</category>
           <pubDate>Thu, 10 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	«Le violence est infâme, son résultat est toujours incertain et nul ne peut agir justement quand il est poussé par la haine.»

	                                                                            Antar Ibn Chadad 
	Le hasard est parfois curieux. Il provoque les choses, soupire M’hamed qui pense que certains rendez-vous de l’histoire  sont quelquefois  étranges.A 18 ans, en 1944, il a été arrêté, torturé et jeté dans les caves de la préfecture d’Alger. Dix-huit ans après, en 1962, il est le patron de cette même préfecture d’Alger où il officie en tant que directeur de cabinet du regretté Nadir Kassab. Alors, il se rappelle des propos de son avocat d’autrefois, Maître Sansonneti et de sa flamboyante plaidoirie en déclarant : «Monsieur le président, depuis que je porte cette robe, je n’ai jamais eu peur de dire la vérité. Il y a quelque temps, sur ces mêmes bancs, j’ai défendu des socialistes, des communistes, des gaullistes. Ils sont actuellement au pouvoir. Il ne serait pas impossible que ces gens, que vous êtes en train de juger, seront un jour à la tête de ce pays.»

	Prémonitoires, les propos de l’avocat s’avérèrent justes, résume Tazir M’hamed Bacha, qui nous racontera les mille et une péripéties de sa vie mouvementée. De sa première militance au sein de la Jeunesse de Belcourt à la création de l’organisation spéciale dont il fut un témoin privilégié, à la solitude des prisons dont il a été un pensionnaire régulier, aux exactions innombrables de la soldatesque coloniale à l’origine notamment de la disparition de plus de 3000 Algériens à La Casbah, M’hamed raconte calmement cette étape douloureuse, car, dit-il : «Seuls peuvent juger la guerre ceux qui l’ont vécue dans leur âme et dans leur chair.»

	Comité de la jeunesse de Belcourt

	Mais M’hamed sait aussi faire la part des choses : «Le combat est la seule expérience où l’on peut éprouver un sentiment autentique de fraternité envers celui qui prend les mêmes risques que vous.» Et là, il met en avant les grands mérites de cet homme immense qu’a été Mohamed Belouizdad, brave parmi les braves, qui a été l’étincelle mais qui s’est éteint hélas très jeune, emporté par la maladie. Sur son lit de mort dans un sanatorium en France et alors que Ahmed Haddanou (El Caba) lui demandait s’il avait besoin de quelque chose qu’il pourrait lui rapporter, Belouizdad rétorqua : «Ce qui me manque malheureusement, tu ne peux pas me l’apporter. Ce dont j’ai besoin, c’est d’entendre El Adhan !»

	M’hamed parle de la guerre,  mais aussi de paix. Celle qui fait cesser les fracas des canons et des bombes, mais aussi celle, beaucoup plus difficile à obtenir, qui doit se frayer un chemin dans le cœur de chacun. «Lors d’un voyage en France, j’ai pu lire un livre, prix Goncourt 2011, dont le titre L’art français de la guerre, d’Alexis Jenni. La lecture de certaines pages de cet ouvrage fut un choc pour moi. En effet, la liste des 3024 Algériens disparus lors de la bataille d’Alger en 1957 dont fait état l’auteur, je l’ai eue entre mes mains en août 1962 dans l’exercice de mes fonctions à la préfecture d’Alger. Cette liste reste une tache noire qu’il convient d’élucider», suggère-t-il.

	Tazir M’hamed Bacha est né le 2 janvier 1926 à Djendel (Aïn Defla). C’est en 1933 que son père, Mohamed Ben Mokhtar, vint s’installer à Cervantès avec sa famille. Il avait tourné le dos à sa vocation de fellah pour devenir petit commerçant à Belcourt près de son domicile.C’est dans ce quartier populeux que M’hamed Bacha grandit, fit ses études scolaires à l’école des Mûriers puis à Chazot, enfin au collège de Clauzel avec comme camarade de classe un certain Ali Haroun. Le débarquement des Américains en 1942 mit fin à cette aventure et M’hamed dut intégrer le monde du travail en exerçant en tant qu’auxiliaire aux PTT à la Grande-Poste.

	«On était jeunes. Les leaders politiques étaient pour la plupart emprisonnés. On ne devait pas rester les bras croisés. On a créé le Comité de la jeunesse de Belcourt avec Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, Ahmed El Caba, Moumdji…»
	Son militantisme lui valut d’être arrêté le 5 octobre 1944 chez lui, au 46 boulevard Cervantès. Il militait au PPA et distribuait l’Action algérienne, journal du parti. «C’est le commissaire Touron en personne qui procéda à mon arrestation. J’avais 18 ans et je venais de me marier. Ils m’ont amené dans les sous-sols de la préfecture d’Alger où les interrogatoires parraissaient interminables. Je suis resté 10 jours dans les caves avant d’être présenté devant un juge d’instruction militaire sous le chef d’inculpation ‘‘d’atteinte à la sécurité de l’Etat’’. C’est dans ces voûtes que j’ai connu Khider, Moali, Boulenouar, tous militants du PPA. Le 4 mai 1945, je suis déféré devant le tribunal militaire d’Alger.»

	Comme cela coïncidait avec les manifestations du 1er Mai 3 jours avant à Alger, les condamnations furent très sévères. 12 ans de prison et confiscation des biens. Il est envoyé à Lambese, mais retrouve sa liberté en avril 1946 après l’armistice. «Je reprends du service à Belcourt, où Belouizdad m’installe à la tête des Jeunes de Belcourt, c’est à ce titre que j’ai assisté au 1er Congrès du PPA entamé le 16 février 1947 à Bouzaréah et clôturé deux jours après à Belcourt à la limonaderie l’Africaine appartenant à un vieux militant du Parti, Melaine Mouloud. Lorsque, par hasard, nous nous trouvions parmi la foule de spectateurs du défilé militaire du 14 juillet que les Français organisaient chaque année pour célébrer la fin de la tyrannie chez eux, nous nous sentions secoués par le défi. Pourquoi ? Que représente pour nous cette cérémonie ? Pourquoi n’avons-nous pas nous aussi notre armée, notre drapeau ? Que devions-nous faire ? Les plus lucides répondaient : il faut nous organiser.

	De nombreuses idées germaient dans l’esprit des jeunes que nous étions. On était en pleine Deuxième Guerre mondiale. C’est ainsi que fut créé le Comité de la jeunesse de Belcourt, né tel un champignon sur un terrain fertilisé par la politique coloniale de la France qui s’acharnait depuis plus de cent ans par tous les moyens à soumettre notre peuple en lui fermant toute issue pour recouvrer sa dignité et sa fierté.» Les premiers membres fondateurs de ce comité : Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, M’hamed Yousfi, Hamouda et Tazir M’hamed. Le CJB fut intégré comme mouvement jeune du PPA.
	Belouizdad nous avait expliqué que c’était le seul parti vraiment nationaliste et révolutionnaire et dont le programme était clair, à savoir l’indépendance de l’Algérie et qui préconisait le seul et unique moyen d’atteindre ce but, à savoir l’action des masses populaires dont nous les jeunes devrions être l’avant-garde.»

	Belouizdad, un homme à part 

	«A la tête du comité, Mohamed Belouizdad va déployer une intense activité et montrer un talent d’organisateur hors pair, qui le révéla rapidement aux instances supérieures du parti. La première grande décision du CJB fut la création d’un journal clandestin. Belouizdad lui donna le titre El Watan. C’était une modeste feuille tapée à la machine et reproduite en plusieurs exemplaires à l’aide de papier carbone. Entre militants, nous parlions souvent de Belouizdad toujours avec affection, respect et admiration.
	Mahsas l’appelait Saâd Zaghloul Bacha, en référence au leader arabe en lutte contre le protectorat anglais en Egypte et fondateur du parti Wafd dans les années vingt. Les discussions avec Mohamed étaient très enrichissantes pour nous. Il écoutait beaucoup et intervenait toujours en dernier. Par délicatesse, jamais il ne nous faisait sentir sa supériorité intellectuelle. Le plus instruit parmi nous à l’époque avait à peine le certificat d’études. Mohamed possédait déjà son brevet supérieur, l’équivalent du baccalauréat qu’il avait passé avec succès. La première fois que j’ai entendu parler de Karl Marx, c’était de la bouche de Mohamed, qui avait déjà lu le Capital.

	Dès 1947, Mohamed m’associa à la réception des armes. C’est ainsi qu’il me chargea de trouver des caches pour enfouir des armes provenant des restes des armées alliées. J’arrivais à dénicher deux endroits sûrs, le premier au pied de la falaise Cervantès, dans la maison du regretté militant Mohamed Meguerba. L’autre cache, dans une petite propriété à Bouzaréah appartenant à la famille d’un militant, le regretté Derkouche. J’avais connaissance d’une troisième cache qui avait été mise à la disposition de Belouizdad par Mohamed Saradouni, un vieux militant qui gérait un dépôt, à l’emplacement actuel de la station du téléphérique, près du cimetière de Sidi M’hamed. C’est au titre de responsable de la section des jeunes de Belcourt, une des plus importantes du pays, que j’ai eu le privilège d’assister au fameux congrès clandestin du PPA de 1947 au cours duquel fut décidée la création de l’OS qui devait préparer et entraîner les meilleurs militants en vue du déclenchement de l’action directe généralisée et le maintien de l’organisation clandestine politique PPA avec comme couverture légale le MTLD.

	Le congrès se déroula la première nuit dans une petite propriété appartenant à un militant de Bouzaréah où Messali était en résidence surveillée après son retour d’exil africain. Avant l’ouverture de la première séance par Messali, un des délégués de la Grande-Kabylie, Si Ouali, demanda la parole. Il tira son revolver caché sous sa ceinture, le posa sur la table et proposa la résolution suivante : ‘‘Tout participant à ce congrès national qui dévoilerait ne serait-ce qu’une partie des délibérations ou des noms de participants est condamné à mort.’’ Ce fut un moment de stupeur générale. On sentait déjà la mort planer sur nos têtes avant l’ouverture des débats. Messali lui-même resta muet, tellement la proposition de Si Ouali était inattendue.

	Plusieurs délégués condamnèrent cette proposition, le plus acharné fut le docteur Chawki Mostefaï qui parla des limites de la résistance humaine face à la torture, pratiquée systématiquement par la police coloniale, et surtout fit allusion à une découverte récente à cette date, le sérum de vérité, qui, administré à une personne, est susceptible de lui faire dire tout ce qu’elle sait malgré une volonté contraire. Tous les éléments développés laissèrent Si Ouali inébranlable. Il maintint sa proposition et demanda qu’on la soumette au vote. Le président du congrès, Messali, ne savait plus quoi faire. C’était le blocage total dans un silence impressionnant. On entendrait voler une mouche.

	C’est alors qu’on aperçut au fond de la salle une main se lever de quelqu’un qui demanda la parole pour la première fois. Le président lui fait signe qu’il peut parler : ‘‘Je propose, dit une voix claire avec une diction impeccable, qu’on remplace les mots ‘‘est condamné à mort’’ par ‘‘est passible de la peine de mort’’, ce fut un soulagement général. Mohamed Belouizdad venait par un intelligent et astucieux amendement de mettre fin au blocage qui paralysait le congrès avant même son ouverture. Messali, après un long regard de reconnaissance vers Mohamed mit aux voix la résolution amendée. Elle fut votée à l’unanimité y compris par Si Ouali.»

	Un laministe convaincu

	Le congrès s’acheva au lever du jour, après  une longue intervention de Messali qui prononça la clôture de ces importantes assises d’où sortira l’Organisation spéciale dont la mise sur pied sera confiée à Mohamed Belouizdad. Il avait 24 ans, l’âge de l’Emir Abdelkader quand ce dernier reçut la Bayâ en 1832 afin d’organiser la lutte armée contre les Français. La jeunesse est l’âge de l’héroïsme, ce mot n’a jamais été aussi juste que dans le cas de la lutte du peuple algérien. Mais Messali écarta Debaghine et s’arrogea seul le droit de désigner la direction politique du parti.  Depuis cette date et peut-être bien avant,  les germes de la scission, qui allaient se produire quelques années plus tard entre centralistes et messalistes, étaient semés. Fort heureusement, le 1er Novembre est venu mettre fin à cet imbroglio.

	M’hamed milita à Alger avec Mokhtar Bouchafa notamment jusqu’à son arrestation le 1er mai 1957, «où des soldats sont venus à notre domicile pour arrêter mon père disparu jusqu’à ce jour. Alors que moi  même je  l’ai été par la DST. S’ensuivirent de longs séjours à Bouzarréah, Paul Cazelles, Beni Messous, Bossuet, jusqu’à la libération à la fin de l’année 1960». A l’indépendance, M’hamed est nommé chef de cabinet du préfet Kassab. «Au début, on a eu des problèmes avec les gens des frontières qui voulaient accaparer le siège de la wilaya pour en faire un ministère. Ils nous avaient menacés, et Dieu seul sait qu’à l’époque c’était la seule institution qui marchait.» Heureusement que dès la constitution du gouvernement en septembre 1962, le projet a été stoppé. M’hamed renoue avec ses premières amours, les PTT, puis s’occupe des affaires administratives à la présidence jusqu’en 1980 où il est nommé consul à Agades (Niger), puis au Kef (Tunisie). Il prend sa retraite en 1990.

	
	htahri@elwatan.com
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	L’Algérie s’est faite elle-même.
	 
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           <title>«Journaliste, un métier ? Plutôt un sacerdoce...»</title>
           <author>Hamid Tahri </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Portrait</category>
           <pubDate>Thu, 03 May 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	«Il est plus difficile de désagréger un préjugé qu’un atome.» Einstein 
	Que vaut la presse algérienne, cinquante ans après l’indépendance ? Quelles ont été les grandes étapes franchies par la corporation ? Les médias algériens sont-ils à la hauteur des aspirations et des attentes ? Ont-ils été un pouvoir, un contre-pouvoir où un porte-voix du pouvoir ? A ces questions et à bien d’autres, tentera de répondre un des témoins clefs de la naissance de la presse post-indépendance. Youcef Ferhi, 76 ans, qui a compté parmi la première fournée de journalistes en 1962 et surtout fondateur de l’hebdomadaire Algérie - Actualités en octobre 1965 et qu’il dirigera jusqu’à la fin  1972. Cet hebdo se distinguait par sa relative liberté de ton, dès lors qu’il était perçu comme une soupape, une petite bouffée d’oxygène dans l’immense univers conformiste de l’époque.
	Visage  carré, carrure trapue, sourire en coin appuyé, poignée de main chaleureuse, Youcef Ferhi nous replonge dans les arcanes du métier. Avec ses heurts et ses malheurs, ses bons moments et ses tourments.

	
	Journaliste par hasard

	
	L’homme garde toujours la flamme des années de braise. Son regard s’allume lorsqu’il évoque son passé. Il interrompt ses études lors de la grève de Mai 1956, pour les reprendre après l’indépendance et obtenir une licence en droit. Il fait partie de ceux qui sont à l’origine de l’émergence du premier quotidien national Echaâb en 1962. Il participe à la création d’Alger ce soir en 1963 et fonde Algérie-Actualités en octobre 1965.

	En parlant de son parcours, derrière ses grosses lunettes il s’exprime les yeux fermés : «Je suis venu au journalisme presque par hasard. En rentrant de Tunis, j’étais affecté en 1962 aux finances. Notre mission consistait à s’occuper du retour des refugiés. A Alger, je rencontre Sid Ahmed Baghli, qui dirigeait le cabinet de M’hamed Yazid, alors ministre de l’Information du GPRA. C’est sans doute là que tout s’est enclenché. Les événements se sont ensuite vite emballés. J’avais opté pour le journalisme, une annonce de recrutement de journalistes était faite dans le journal Echaâb, quotidien né le 14 septembre 1962. Il y avait une trentaine de candidats qui s’étaient présentés, dont Bachir Rezzoug, Kamel Belkacem, Halim Mokdad, Hadji Abdelmadjid, Lyes Hamdani et bien d’autres, dont moi-même. J’avais 26 ans, j’ai exercé au Peuple en tant que chef de rubrique». «Je dois à la vérité de dire que le métier, je l’ai appris sur le tas. Un jour, j’étais en reportage sur le tourisme. Quand je rentre à Alger, je m’aperçois que Djamel Bendimerad avait pris les commandes du journal. Zerdani et Louanchi étaient partis. Je ne m’entends pas avec le nouveau patron. Je démissionne en compagnie de Z’hor Zerari.

	Deux jours après, Serge Michel me suggère d’être son premier assistant au stage consacré aux journalistes avec la promesse d’ouvrir un journal lors du premier Congrès du FLN en avril 1964. Ce qui  se réalisa le 14 avril avec la parution du premier numéro d’Alger ce soir. Au début, il n’y avait pas de problèmes. Je n’ai jamais eu affaire à la censure. Pour moi, il fallait tout dire, tout expliquer. Ce n’est qu’à partir du dernier trimestre de 1964 que commence la mainmise du FLN sur la presse. Sur le plan politique, Ben Bella commençait à asseoir son pouvoir en éliminant Khider, Boudiaf et Ferhat Abbas. Le bureau politique du FLN s’était  doté d’une commission d’information et d’orientation qui s’occupait, en fait, du contrôle, présidée par Hocine Zehouane. Les directeurs de journaux destinataires de directives fermes se pliaient sans broncher aux injonctions».

	L’expérience d’Alger ce soir a fait long feu. Aujourd’hui, lorsqu’on en parle, c’est surtout pour évoquer sa suspension à cause d’un fâcheux malentendu, où la photo du ministre de l’Information, Bachir Boumaza, et la légende relative à la face cachée de la lune criblée de cratères avait donné lieu à bien des spéculations, dès lors que le ministre avait le visage marqué de petite vérole. «Ce jour-là, j’assurais le bouclage du journal vers midi à l’imprimerie du parti, Boulevard Khemisti. Au moment de la signature du bon à tirer de la une, une dépêche de l’agence soviétique Tass, reprise par toutes les agences de presse, venait de tomber sur le télex. C’était un événement scientifique et un scoop qu’on ne pouvait rater. L’information donnée sous la photo ne pouvait être prise pour une légende ! Les gens avaient extrapolé en propageant l’idée que l’arrêt du journal était dû à cette soi-disant méprise». Or, il n’en est rien.

	
	La face cachée de la lune

	
	«La vérité, je ne l’apprendrais que 20 ans plus tard de la bouche même de Bachir Boumaza qui m’a affirmé que la liquidation d’Alger  ce soir avait été décidée au lendemain du 19 juin, parce qu’on considérait les membres de l’équipe rédactionnelle comme ‘‘gauchistes’’, qu’on devait arrêter ! Pourtant, on nous avait rassurés de la réapparution du journal, mais ce n’était que de la poudre aux yeux. En fait, ce qui a précipité la disparition du journal, c’est le pavé que j’ai balancé, quelques jours auparavant, en annonçant une éventuelle réunion du Conseil de la révolution et de l’Assemblée nationale. Vous vous rendez compte ! Une centaine de Boumediénistes se réunissant avec plus de 300 Benbellistes près de 3 mois après le 19 juin ! Cet épisode passé, le pouvoir avait réfléchi à combler le vide en créant un magazine du week-end, branché plutôt sur le choses culturelles. J’ai sauté sur l’occasion lorsque la proposition m’a été faite par Boumaza.  Je me suis mis au travail en mettant en forme un journal appelé Actualité dimanche, et comme l’appellation frisait le mimétisme, on a changé le titre.

	J’en ai fait part à Belazoug, directeur d’El Moudjahid, dont le souci était de ne pas dégarnir son équipe rédactionnelle. Je me limiterais  à Z’hor Zerari et Mohamed Abderrahmani pour encadrer l’équipe composée de Bachir Rezzoug, secrétaire général de rédaction, Mohamed Bederina, Baouya, Bouslama, Korichi, Rachid Mazouni… Le premier numéro paraît le 28 septembre 1965. La formule sera conservée jusqu’au passage du grand format au format tabloïd. Au-delà du caractère purement technique de la faisabilité de ce nouveau-né, la ligne éditoriale souhaitée ‘‘souple’’ n’en souffrit pas moins. Lors des accords d’Ifrane (Maroc), j’avais prévu un article. Pour le samedi, soit quatre jours après la signature. Le journal était bouclé et à 23h tombe le premier numéro. Benyahia, alors ministre de l’Information, passe au 20 rue de la Liberté, s’arrête, prend un numéro, le feuillette et décrète qu’on le stoppe. J’étais absent. Le lendemain, je constate  qu’il n’y a pas de numéro dans les kiosques. On m’appelle du ministère. ‘‘Est-ce que tu peux revoir le texte’’, m’avait-on ordonné. Je me suis échiné durant toute la matinée du samedi à récupérer les plaques et les photos, à refaire la une et à écrire un papier. A 13 h, le journal était sur les étals.

	Etre journaliste sous un régime autoritaire réfractaire et allergique à toute forme de liberté d’expression, c’était marcher sur des œufs, non pas en disant une quelconque grosse connerie, mais en écrivant des choses qui déplairaient au pouvoir en place ! Aussi, la plupart des journalistes avaient compris qu’une minuscule phrase pouvait avoir d’incommensurables effets.  Je persiste à penser que l’autocensure est plus efficace que la censure», admet notre doyen qui fait sienne cette maxisme de Karl Max.  En l’absence de liberté de la presse, toutes les autres libertés ne sont que des mirages… Parmi les faits saillants qui ont marqué la vie du journal, Ferhi nous racontera cette mésaventure à propos de l’hôtel Aurassi. «En avril 1965, j’avais rédigé un article en écrivant qu’il était inconvenant de démolir le stade de football des Tagarins et un autre mitoyen d’athlétisme, d’autant que l’assiette offrait des perspectives pour un grand complexe sportif avec des courts de tennis, des piscines…, des gradins en demi-lune face à la mer.

	Vous vous imaginez le panorama ! De plus, le terrain n’était pas solide. Les Français, au début du siècle dernier, avaient construit les édifices environnants sur des fondations qui ont englouti des tonnes et des tonnes de béton, avec de surcroît des pertes humaines. De plus, l’Aurassi qui était prévu sur 23 étages s’est contenté de 9. Le papier que j’avais écrit avait déplu en haut lieu, je reçois un coup de fil. ‘‘C’est Ahmimed (Ben Bella), vous vous rendez compte de ce que vous avez écrit sur l’Aurassi ?’’ a-t-il tempêté, puis s’en suivit un chapelet d’insultes et d’obscénités que par décence je ne pourrais reproduire…» De son expérience journalistique qu’il considère aujourd’hui comme un précieux acquis, il lui est resté une grande méfiance.

	
	Méfiant malgré tout

	
	Il n’y avait certes pas de propos hardis sur la politique, et les journalistes ne pouvaient se permettre la liberté d’écrire tout ce qui leur passait par la tête. Le monde journalistique actuel ne semble l’enthousiasmer que moyennement, même s’il y hume parfois un parfum de  liberté. Invité à évoquer son sentiment vis-à-vis de la presse d’aujourd’hui, Ferhi, fronçant les sourcils broussailleux, est sans merci. «Il y a un manque flagrant de professionnalisme. Il n’ y a pas un véritable journalisme d’investigation. Beaucoup de choses sont affirmées sans aucun contrôle, sans vérifier leur véracité, c’est bien malheureux de faire ce constat qui décrédibilise la profession. Par ailleurs, je constate qu’il y a des articles illisibles. Ce qui me désole davantage, c’est qu’il n’ y a pas une union de journalistes, quelles que soient leurs tendances, pour défendre leurs droits socioprofessionnels.

	Dans l’histoire de la presse, l’ouverture démocratique est un acquis irréversible. Mais il est à consolider par le sérieux et la volonté de toujours se perfectionner», suggère-t-il. Pour lui, la liberté de la presse présente des inconvénients. Mais moins que l’absence de liberté, «il faut récompenser le mérite, je ne conçois pas qu’un journal qui ne tire pas au-delà d’un certain seuil puisse bénéficier des largesses de la publicité publique. C’est inadmissible. A l’heure de l’Internet et de la presse numérique, les journaux ne souffrent-ils pas de cette redoutable concurrence ?»

	La presse version papier ne mourra jamais, pronostique-t-il, rien ne vaut le plaisir de tenir un journal dans ses mains, de le palper et de le garder si besoin. En tous cas, il n’ y a pas de crainte pour notre presse, au moins pour les années à venir…</description>
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           <title>L’hommage des hommes de loi</title>
           <author>Mohand Aziri </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Portrait</category>
           <pubDate>Sat, 28 Apr 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Le professeur Issad, décédé il y a un an, le 28 avril 2011, aurait certainement apprécié le geste de ses collègues, confrères et amis. 
	Ses pairs, professeurs émérites d’universités algériennes et étrangères, des avocats, magistrats, professionnels du barreau, des juristes de renom ont signé, en l’honneur du célèbre juriste engagé, un recueil d’études juridiques d’une valeur scientifique certaine.
	«L’exigence et le droit», note l’éditeur (AJED Editions) de cet ouvrage – édité avec le soutien de l’université d’Alger I – était sur le point d’être mis sous presse lorsque la nouvelle de la mort du professeur Issad est tombé telle un couperet. Les initiateurs du projet, Chérif Bennadji (professeur à la faculté de droit d’Alger) et Bencheneb Ali professeur des universités, membre du Credimi (CNRS), ancien recteur d’académie, ancien professeur à l’université d’Alger et les auteurs de cet ouvrage collectif ont voulu «témoigner des différentes facettes de la vie professionnelle de Mohand Issad : universitaire, avocat, arbitre, conseil, mais aussi citoyen».

	Le professeur Bencheneb espère ainsi que le «dédicataire retrouvera dans les différentes contributions quelques-unes des qualités qui furent les siennes et ce qui fait toujours lien avec lui : une curiosité continue, sinon une gourmandise pour le droit, un droit qui ne se résume pas aux normes, mais qui embrasse le vivant, un droit qui dépasse la froide analyse pour être au service de l’humain». L’ouvrage de 541 pages présente 26 études-témoignages signées par un aréopage d’universitaires et valeurs sûres de la communauté de juristes. L’apport et les contributions du professeur Issad, ses travaux de qualité sur le droit privé, l’arbitrage international ont été mis en valeur par les contributeurs. On retrouvera le témoignage émouvant de Leïla Aslaoui-Hemmadi, ancien magistrat à la Cour suprême et ancien ministre, qui dit : «Merci à mon professeur de droit, à mon maître qui me prodiguait de précieux conseils en sa qualité d’avocat lorsque j’exerçais ma profession de magistrat.»

	Dans son étude, Chérif Bennadji retracera les minutes de la commission d’enquête – présidée par Mohand Issad – sur les événements de Kabylie en 2001 : 126 tués par les gendarmes de la République et 2000 blessés. Le professeur Bennadji restitue le contexte dans lequel la commission Issad avait évolué, l’hostilité et scepticisme au sein de l’opinion et de la presse, les tentatives d’infiltration et d’orientation des conclusions de l’enquête (y compris par le président Bouteflika). «Parler d’aventure pour qualifier cette délicate mission est un euphémisme», observe M. Bennadji. Traité de «mercenaire», de «desperados», de «traître», le professeur Issad avait opposé à ses nombreux détracteurs son impartialité, sa rigueur, sa maîtrise du sujet et son tact, autant de qualités dont le professeur avait su faire preuve dans l’accomplissement de sa mission.

	M. Bennadji jette un pavé dans la mare : nous apprenons ainsi que la commission Issad était statutairement «hors la loi». La commission Issad, institué par le président Bouteflika (discours du 30 avril 2001), décision éminemment politique, ne fut jamais, à notre connaissance, traduite dans un texte juridique, contrairement à la commission nationale sur l’assassinat du président Boudiaf instituée par décret législatif (4 juillet 1992). A rebours du scepticisme local, les conclusions de l’enquête ont, d’après M. Bennadji, surpris par leur «audace» les observateurs nationaux et étrangers et par l’esprit d’indépendance y prévalant. La thèse de la «main étrangère» mise en avant par Bouteflika a été démentie et les graves dysfonctionnements des services de sécurité, parasités par des «forces» non identifiées, ont été, par contre, mis en lumière.

	«Aux termes de la délicate mission qu’il a réalisée, conclut M. Bennadji, le professeur Issad sera reconnu comme un authentique homme politique, ancré dans la jeune et fragile société algérienne dont il est issu et dont il se réclame. Mais un homme politique iconoclaste.» Dans une interview au quotidien Le Matin (19 décembre 2001), Mohand Issad disait son aversion pour les postes et privilèges : «Je n’aspire à rien et surtout pas être ministre ; tout le monde peut être ministre, mais pas professeur agrégé.»
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           <title>«Il a foi en Dieu, il a foi en l’homme»</title>
           <author>Hamid Tahri </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Portrait</category>
           <pubDate>Thu, 26 Apr 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	«Nous sommes des voyageurs. Qu’est-ce que voyager ? Je le dis en un mot : avancer. Que toujours te déplaise ce que tu es pour parvenir à ce que tu n’es pas encore. Avance toujours, marche toujours, ajoute toujours.»

	                                                 Saint-Augustin (La cité de Dieu) 
	Au début, il voulait être receveur de trolley-bus parce que son grand-père, secrétaire des facultés et retraité, l’emmenait régulièrement faire des balades dans ce transport en commun. De Hydra où il habitait jusqu’au quartier de la Marine dans la Basse Casbah, cela faisait une belle virée. Il en a été fasciné.  «J’ai connu les Transports algérois (TA), les chemins de fer routiers algériens (CFRA) et cela bien avant l’arrivée de la RSTA. Il y avait également le H qui montait à Notre-Dame d’Afrique, un des derniers trolleys à être supprimés à Alger. Quand on pense que ces trolleys montaient par des ruelles aussi tortueuses qu’escarpées, c’était complètement dingue !
	De toutes ces images, j’ai gardé des souvenirs indélébiles. J’avais à peine cinq ans. J’étais marqué par l’autorité du receveur dont la manière de poinçonner les tickets m’avait impressionné.»

	Il n’a pas été receveur, et le destin a voulu qu’il embrasse la carrière de médecin. Aujourd’hui, éminent professeur de pédiatrie, chercheur, Jean-Paul Grangaud continue sa noble mission avec la même passion et la même détermination. Jean-Paul fait partie de ces Français devenus Algériens, qui n’ont jamais quitté leur pays. Pourtant, en 1962, sa famille avait préféré larguer les amarres comme tant d’autres, «car elles ne pouvaient imaginer rester dans un pays qui ne soit pas la France, et pour beaucoup, il était inconcevable que les Arabes puissent occuper leurs postes».

	Au-delà du cliché sombre et dévastateur brandi par l’OAS «la valise ou le cercueil» qui terrorisa bien des familles, il faut noter que bon nombre de Français pieds-noirs ne sont pas partis après l’été 1962. Ceux-là, on n’en a jamais parlés ou très peu.

	Un homme discret

	Jean-Paul fait partie de cette dernière catégorie à laquelle le livre de Pierre Daum vient récemment de rendre un bel hommage en rejetant et le cercueil et la valise. Nous avons été à la rencontre de Jean-Paul à l’Institut de santé publique où il nous reçoit dans son bureau sans charme. Il était en train de pianoter tranquillement sur son ordinateur. Il faut dire d’entrée que votre serviteur était rongé par l’appréhension quant à la faisabilité de cet article, tant l’homme discret à l’extrême n’aime pas les feux de la rampe. Il l’avait déjà exprimé dans le livre plein de vie et de tendresse que lui a consacré notre ami et confrère écrivain Abderahmane Djelfaoui. Grangaud, d’Alger à El Djazaïr éditions Casbah 2000. Dans l’avant-propos de l’ouvrage, Jean-Paul s’était exclamé : «que diable allais-je faire dans cette galère ? Il est certain que jusqu’à présent, je me pose cette question et surtout je me dis que beaucoup de gens dont le parcours a été plus intéressant que le mien ont eu la pudeur de ne pas le faire.»

	Propos pleins d’humilité qui trahissent l’immense modestie qui habite ce joyeux humaniste qui pourrait,  à l’instar du poète, déclamer : «J’aime mieux, n’en déplaise à la gloire, vivre au monde deux jours que mille ans dans l’histoire.» Jean-Paul parle de lui avec une liberté touchante énumérant, sans complexe, ses bons et mauvais jours. Aujourd’hui, la question qu’il s’est posée il y a douze ans ne le taraude plus. «Avec du recul, j’estime que j’ai bien fait de me confier au journaliste, par devoir de mémoire, et j’ai toujours du plaisir à relire ma biographie.» En ces temps où la surmédiatisation et la posture ont force de loi, demeurer en retrait de la vie relève de la gageure pour ne pas dire de l’exploit. Dans son discours, toujours en toile de fond son attachement indéfectible à l’Algérie qu’il aime passionnément et qui l’a vu naître peu avant le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale.

	«Depuis le début, Alger c’est ma ville, je ne peux pas en bouger. C’est seulement à Alger que je me sens pleinement chez moi.  Vous savez, mon père, qui est un libéral, a vu son laboratoire plastiqué par l’OAS. Et lorsque l’heure fatidique du départ est arrivée, il avait déclaré : ‘‘Je ne peux rester dans un pays qui n’est pas français. Moi, j’ai dit l’Algérie quoi qu’il en coûte, c’est mon pays, je reste.’’»

	Protestant militant

	«La chance que j’ai eue, c’est de faire du scoutisme dès 1945 et rencontrer les SMA. J’ai été commissaire des éclaireurs protestants. A ce titre, j’ai connu Mahfoud Kaddache et Derouiche qui sont devenus des amis. Le monde colonial, les Européens d’Alger étaient enfermés dans leur territoire et n’avaient pas de contact avec les masses algériennes. Le scoutisme m’a permis une ouverture très importante. Et puis, il y avait Yamina, originaire de Bou Saâda, femme de ménage chez mes parents. On allait souvent lui rendre visite dans la Basse Casbah où elle habitait, et qui a été un moment ma nourrice… Mes tout premiers souvenirs d’enfance sont aussi ceux de la guerre 39/45. J’avais commencé à aller à l’école en 1942.

	Date du débarquement des Américains qui avaient occupé notre école à Hydra. J’allais aussi voir ma grand-mère à Belcourt, quartier plus marqué par la présence algérienne par rapport à Bab El Oued.» Au déclenchement de la guerre de libération en 1954, Jean-Paul avait terminé ses études secondaires au lycée Gauthier, puis au lycée Bugeaud aux  côtés notamment de Claverie, devenu bien après archevêque d’Oran. Jean-Paul faisait partie de la fédération des étudiants protestants. Son père René, né en 1908 à Alger,  était pharmacien et professeur de biochimie. Sa mère est originaire de Beni Yenni où elle est née et où ses parents instituteurs propageaient le savoir. Elle même fera par la suite de l’enseignement au lycée Delacroix à Alger où elle prodiguera des cours de mathématiques.

	Jean-Paul terminera ses études de médecine en 1960 à Alger et exercera au laboratoire d’hydrologie à la Fac centrale de médecine. Notre interlocuteur se souvient d’avoir refusé de donner de l’argent à un interne de l’hôpital Mustapha qui ramassait des fonds pour l’OAS, «une organisation fasciste semeuse de haine et de terreur». Le 15 juin 1962, Jean-Paul est appelé au service militaire. «On était 15 internes des hôpitaux. On nous a convoqués, on nous a mis dans un avion à l’aérodrome de Boufarik, et après quatre heures, on s’est retrouvés à Strasbourg.  Le lendemain, on nous a acheminés vers la ville allemande de Buhl, puis à Libourne. Un poste de médecin était vacant à l’Amirauté d’Alger. Je l’ai brigué en en référant à mes supérieurs qui m’avaient rétorqué : ‘‘Vous êtes pied-noir, vous ne pouvez aller à Alger.’’ Mes parents avaient quitté la capitale algérienne en mars pour Rennes. J’ai été muté à Lorient. Deux mois après, mon vœu a été exaucé d’aller exercer à Alger et retrouver ainsi ma ville. Je ne menaçais pas les accords d’Evian tout de même», lance-t-il avec humour.

	En mars 1963, Jean-Paul est à l’Amirauté. «Je me souviens bien de ce jour-là, Hassan II effectuait une visite officielle à Alger.» Après quelques semaines d’exercice, Jean-Paul choisit de travailler à l’hôpital El Kettar et d’enseigner à la faculté. «Nous faisions aussi les trachéotomies : c’est ici que j’ai pris conscience de l’impact des maladies infectieuses dans un pays dépourvu de presque tout. C’est comme ça qu’on a opté pour la vaccination à grande échelle.» Jean-Paul quitte El Kettar en 1965 pour Parnet, où il active dans le service de pédiatrie de Mme Benallegue aux côtés du professeur Boulahbal. «Avec Mme Benallegue, une pionnière, nous avions mis en place un système très efficace pour préserver la santé des enfants grâce notamment à la prévention.»

	En 1971, Jean-Paul est à l’hôpital de Beni Messous, où il abat un immense travail en direction de la médecine infantile. De son voyage à Cuba avec le Docteur Amar Benadouda, en 1975, il reviendra avec des idées très instructives concernant notamment la captation des naissances qui consiste à identifier la population des enfants à vacciner, en recourant à l’état civil ou aux services maternités, en identifiant les populations visées et en respectant les délais de vaccination. «C’est un procédé qui a bien fonctionné et qui nous a permis d’avancer», estime-t-il. «Au début des années 1970, on avait une mortalité infantile de 141 pour 1000 pour le Nord de l’Algérie alors qu’elle était de 20/1000 pour les moins de 5 ans. Actuellement, on en est à 23/1000 malgré les avancées, c’est dire qu’il y a encore du travail à accomplir. Avant, il y avait un chiffre effrayant des méningites tuberculeuses. De nos jours, elles ont été substantiellement réduites. La typhoïde qui faisait des ravages a pratiquement disparu.» Cela veut-il dire que le système de santé publique actuel est irréprochable ?

	«Oh, que non !», soupire le vieux médecin qui sait de quoi il parle puisqu’il connaît son sujet à fond, non seulement en sa qualité de praticien chevronné, mais aussi en tant que cadre dirigeant au ministère.

	Un système à revoir

	«On n’a pas une véritable vision qui permette de prendre en charge les problèmes de santé de la  population. Il n’y a pas de lignes directrices pour les priorités. Enfin, il n’y a pas suffisamment de concertation entre toutes les parties concernées, sans compter le peu de mobilisation sur le terrain. On n’a pas réussi à décloisonner le secteur. Chacun dans son petit coin subit solitairement les effets des dysfonctionnements.» Notre ami commun, le professeur traducteur Marcel Bois, rencontre régulièrement Jean-Paul au cercle biblique. Il en dresse un portrait attachant : «C’est un homme de foi en Dieu et en l’homme, les deux inséparablement ! C’est lui qui a grandement contribué au lancement de la vaccination après l’indépendance. Il va régulièrement à la paroisse d’El Biar. C’est quelqu’un qui sait s’organiser dans la vie quotidienne au service exclusif de ses malades. Une de mes anciennes élèves, aujourd’hui sans doute grand-mère, m’avait raconté à propos de Jean-Paul qu’il était capable de se lever en pleine nuit pour aller au secours d’un malade. Il est attentif à n’importe quel interlocuteur. C’est un humaniste qui croit en ses idées, de ces gens qui ne font pas de bruit, mais qui sont toujours présents lorsque le devoir les appelle.»
	Ultime question à Jean-Paul : Et si c’était à refaire ? «Un choix comme celui-là, c’est tous les jours que je le ferais si c’était à refaire.»                   

	htahri@elwatan.com
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	L’histoire n’est que l’incalculable impact des circonstances sur les utopies et les rêves.
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           <title>La littérature, la torture et l’imposture</title>
           <author>Hamid Tahri </author>
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           <pubDate>Thu, 12 Apr 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	«La démocratie dont je suis partisan, c’est celle qui donne à tous les mêmes chances de réussite selon la capacité de chacun. Celle que je repousse, c’est celle qui prétend remettre au nombre l’autorité qui appartient au mérite.»

	                                                                                         Henry Ford 
	Homme discret, bienveillant, loyal, selon les témoignages de ses camarades de combat, parfois pointilleux mais généreux en paroles, Sadek Keramane est issu d’une vieille famille de Béjaïa. A 78 ans, il a toujours la mémoire en veille et le souvenir vivace. A 18 ans, il décroche ses deux parties du baccalauréat en philo, lui le fort en maths. Il rejoint la faculté des lettres d’Alger, milite dans le milieu estudiantin avec Amara Rachid, participe activement à la grève des étudiants de Mai 1956, et devient un des responsables de cellule de la zone autonome. Il active à Alger sous la houlette de Chergui Brahim. Il est arrêté en 1957.

	Il subit les affres de la torture, la solitude des prisons, dans la crainte des lendemains incertains. Sadek n’est pas de ceux qui utilisent les mots comme des armes en mitraillant son intervieuwer d’idées ou de faits héroïques surdimensionnés. Au contraire, il hait la guerre à laquelle pourtant il a pris part à son corps défendant. Il a grandi jusqu’à l’adolescence dans sa ville natale Béjaïa, où il a effectué ses études scolaires à l’école de la rue Fatima, tout près du quartier qui porte le nom de sa famille.
	Il intègre le collège de Béjaïa en 1946. Dans cet établissement, qui deviendra un lycée par la suite, il décrocha les deux parties du baccalauréat en 1952 et 1953. «J’étais matheux et engagé passionnément dans cette filière, mais comme il n’y avait pas de classe dans cette matière, je me suis résigné à faire philo par défaut», précise-il.

	Prise de conscience précoce

	En 1953, tout en poursuivant ses études supérieures, il est maître d’internat au lycée d’Aumale de Constantine devenu Hihi El Mekki. Il y restera deux ans avant de rallier Alger où il occupe la même fonction au lycée Bugeaud. Il est inscrit à la Fac de lettres d’Alger, mais la grève de 1956 bouleversa la donne.
	Cet événement marquera le cheminement du mouvement national. L’implication des étudiants dans la guerre lui donnera sans doute une autre dimension. Mais il faut remonter à loin pour en connaître les raisons, renchérit Sadek qui précise que l’éveil à la cause nationale n’est pas un événement fortuit, c’est la résultante de faits accumulés.

	«Car on le vit dès la naissance face aux injustices criantes entre une minorité de colons qui a tout accaparé et la majorité de la population qui peine à assurer sa survie. Dès lors, les deux communautés entrent en conflit. Quand on se rencontre, on est tout le temps en compétition, que ce soit en football, en boxe ou sur les bancs de l’université. On se faisait un point d’honneur en mettant les bouchées doubles pour les battre. Personnellement, j’ai été marqué, très jeune, par le comportement violent de la soldatesque coloniale. A 11 ans, en mai 1945, j’ai pris part à la manifestation réclamant l’indépendance. D’El Khemis, nous avons convergé vers le théâtre de la ville, mais on nous avait bloqués à la place Gueydon. Après la manif, on s’est retrouvés à Sidi Soufi pour un meeting qui a été dispersé avec en sus des arrestations. Il y avait des leaders comme les Touati, les Bahloul, Salah Mabroukine, Djamel Barkat. Ces deux derniers avaient par la suite raflé la mise lors des élections, mais l’administration avait annulé le scrutin. Je me souviens qu’en cette année 1945, outre les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata, Béjaïa a eu son lot macabre. La chaîne des Babors était quotidiennement bombardée par un navire à partir de la baie de Béjaïa durant des semaines…
	Le déclic de 1954 tire sûrement son essence des terribles événements de 1945, car il n’y avait d’autres possibilités de s’émanciper que par la lutte armée.»

	D’autres facteurs ont contribué à la formation politique de Sadek, qui reconnaît que la lecture l’a beaucoup aidé à se  positionner. «Mon cousin Abdelhafid Keramane, lecteur assidu, ramenait des journaux et des hebdos qu’on lisait goulûment à la maison. Cela nous permettait d’être au fait des événements qui se déroulaient, et puis durant l’été 1952, il y a eu l’avènement de l’AEMAN (Association des étudiants musulmans d’Afrique du Nord). Belaïd Abdeslam,  son président, se déplaçait à travers le territoire pour se faire connaître. A Béjaïa, ce fut une découverte pour nous et le discours était déjà nationaliste. Moi, j’étais proche des idées du PPA, mais je n’ai jamais intégré le parti. Cela dit, on a vécu la scission du PPA-MTLD comme un drame. Personnellement, je n’avais pas beaucoup de sympathie pour le zaïm. En 1947, Messali était venu à Béjaïa, je voyais un cortège arpenter la rue du Vieillard. On est tout de suite descendus du quartier. Messali était porté à dos d’homme. Cela m’a choqué. De plus, avec sa barbe et sa tenue, cela me faisait penser à Raspoutine.»

	Pour revenir à Belaïd Abdeslam, il faut dire qu’il était maître d’internat à Constantine. Il avait regroupé les militants MTLD de la ville et lancé l’idée d’une association de lycéens en 1954 et dont Sadek était membre fondateur aux côtés de Lakhdari Ali, Mouloud Ali Khodja et le regretté Lamrani Abdelhamid, mort au champ d’honneur aux côtés de Mostefa Ben Boulaïd. Il a été créé un journal estudiantin, L’Essor. Sadek rentre en contact avec Skikda et Alger qu’il rejoint en juin 1954 où il rencontre Chafika Meslem et Mohamed Sahnoun, l’association d’Alger est créée en février 1955 par Amara Rachid. Le 24 avril 1955, Sadek assiste à une conférence organisée à l’occasion de la Journée internationale de la jeunesse anticolonialiste et anti-impérialiste et animée par Pierre Chaulet. Sadek rencontre Amara Rachid, Saber et Lounis en même temps qu’il prend attache avec les frères Adjali, Abdelhamid et Nacer à Constantine. A Alger, Sadek fait partie d’une cellule dirigée par Amara Rachid avec Hachem Malek, Abdelatif Amrane et d’autres…

	En décembre 1955, Amara est arrêté. Il avait chargé Sadek de suivre les élections de l’AEMAN. «Ce que j’ai fait. Il m’avait proposé d’être candidat. Je lui ai fait savoir que je préférais la clandestinité.»
	«Amara au maquis, j’ai travaillé avec Benyahia et Lamine Khène. C’est ce dernier qui m’avait mis en contact avec Brahim Chergui, responsable politique de la zone autonome. La rencontre a eu lieu près de la Maison du livre, et on était en pleine structuration de la zone autonome. J’ai été désigné comme adjoint au chef de la Région I, M. Akli Ziane. J’avais la responsabilité du deuxième arrondissement avec Hamada comme chef et Mustapha Dahmoune. Notre champ d’action touchait Bab El Oued, Climat de France, Beau Fraisier… J’ai été chargé par le FLN de l’organisation des traminots (RDTA), on a créé d’autres structures et on a regroupé les intellectuels avec un comité de justice sous la direction de Salah Nour, et les médecins avec Abderezak Belhafaf. Lors de la Bataille d’Alger, le soutien de la population était acquis. 

	A la fin de la grève des huit jours, je me retrouve sans contact avec Ziane et Aït Merzouk qui avaient rejoint le maquis. J’avais un refuge à la Scala. Un jour, je devais remettre un pli dans une boîte postale avec un laisser-passer devant permettre à Dekar de représenter l’UGTA au Congrès de la Confédération internationale des syndicats libres à Tunis le 5 juillet 1957. J’étais sorti de mon refuge, une patrouille passait par-là. Elle m’a arrêté et amené à Serkadji où j’ai subi les pires tortures.»

	La torture, procédé courant

	«Un jour, j’étais dans ma cellule. J’entends vociférer une équipe de militaires qui torturaient un détenu. Il s’appelait Abderrahamane Belhimer, cela a duré longtemps. Il gémissait, et à un moment donné, sa voix s’est éteinte, puis des éclats de voix ‘‘Ah le s… il nous a eus.’’ Il n’avait pas avoué. Puis, des chuchotements, certainement des manigances pour maquiller l’assassinat et inventer un scénario à présenter à leur chef.

	L’Ugema a constitué une avocate pour ma défense. J’ai été déféré au parquet le 14 novembre 1957 au Tribunal militaire après l’arrestation de tous les responsables FLN d’Alger. Paradoxalement, l’affaire a été instruite par un juge civil. J’en ai profité pour déposer plainte pour tortures… J’ai été amené à la caserne des Zouaves à La Casbah, où les interrogatoires étaient entrecoupés de tortures. J’étais traîné de centre de détention en endroit non officiel où j’étais torturé par le lieutenant Dimartino que je connaissais car originaire de Béjaïa et étudiant dans la même école que mon frère… Ils utilisaient les pires procédés pour m’anéantir. Un jour, ils m’ont fait traverser une pièce où quatre cadavres étaient étalés. J’en ai reconnu un, Abderrahmane Oussadi, dit la Glace. Ils voulaient jouer sur mon moral et m’impressionner, mais j’ai tenu bon. Un jour, j’ai été convoqué par l’administration pour faire face à tout un aréopage de personnes qui voulaient me persuader de retirer ma plainte pour tortures.

	Comme je n’ai pas cédé à leur volonté, ils m’ont maintenu à Serkadji entre cachot et cellule. J’étais condamné à 8 ans. C’est là que j’ai attrapé une méchante maladie : une pleurésie sèche. J’y suis resté jusqu’en 1959, puis je suis transféré à Berouaghia où on a observé à la prison une grève de 16 jours pour protester contre les conditions inhumaines de détention. Là aussi, on a subi les pires atrocités.Comme on était des éléments gênants, on nous a transférés aux petites Beaumettes à Marseille, dont le régime est plus sévère que celui de la grande prison phocéenne. Une grève est enclenchée suivie d’un transfert à Angers avec Guerroudj, Belamane, Akache…»

	Une autre grève est observée durant 20 jours pour demander la libération des cinq leaders du FLN dont l’avion avait été arraisonné par l’armée française. En avril 1962, Sadek et ses camarades sont au camp de Larzac en France d’où ils sont transférés par avion au camp Tefechoun à Blida avant d’être libérés.Sadek rejoint Alger où il intègre le comité de coordination de la 1re région Casbah. «Nous étions déprimés, désorientés et puis, nous n’avions plus aucune influence puisque c’est la Wilaya 4 qui avait repris les choses en main. On a assisté avec Houhat et d’autres résistants au meeting du GPRA au stade d’El Annasser. On savait déjà qu’il y avait anguille sous roche, que quelque chose se tramait et que c’était effectivement les prémices de la discorde. Désillusionnés, il fallait faire quelque chose pour éviter le pire. Mais la volonté seule ne suffisait pas.

	En ce qui me concerne, désabusé, j’ai intégré l’administration à la direction générale du Plan et des études économiques avec Abdelmalek Temmam, jusqu’en 1968 où j’ai intégré le ministère de l’Industrie, en occupant par la suite le poste de directeur des matériaux de construction, de conseiller technique, de directeur général de la SNLB jusqu’en 1988. Sadek rejoindra ensuite les fonds de participations, industries manufacturières… En mars 1991, il est directeur général de la Safex jusqu’à sa retraite en l’an 2000.

	Haro sur les imposteurs

	Sadek continue de suivre avec intérêt l’évolution politique du pays en stigmatisant certaines postures auxquelles le FLN originel n’aurait jamais imaginé qu’elles puissent se produire.
	«Le mieux qu’on puisse faire, c’est de mettre le FLN au musée de l’histoire. C’est le temps des imposteurs ! La mascarade qui se joue au sein du parti est en tous cas loin d’être un signe de vitalité démocratique. La plupart de ceux qui se réclament du FLN font actuellement de la politique politicienne pour leurs propres intérêts. C’est devenu un fonds de commerce. Cela est aussi vrai pour la religion que certains veulent monopoliser à leur compte alors qu’elle appartient à tout le monde. Pis encore, on veut nous imposer des modes de pratiques qui sont étrangers à nos mœurs, à notre culture.

	C’est un accaparement illicite inadmissible. Notre seule force, c’est la cohésion nationale qui suppose l’acceptation de l’autre et des différences. Quant à l’histoire contemporaine de l’Algérie, elle reste à écrire. Il ne s’agit nullement de surdimensionner les faits ni de les réduire. Il faut écrire l’histoire avec autant d’objectivité que possible. Certes, les gens qui ont vécu les faits dans leur chair ne peuvent oublier. Leur témoignage aidera les historiens à sasser les faits bruts, les cribler avant d’en sortir une matière expurgée de tout subjectivisme. Ces derniers temps, des voix exigent de l’ancien occupant la reconnaissance de ses crimes et sa repentance. Si la France ne veut pas se regarder dans la glace, c’est son problème. Si on se repent, c’est qu’on accepte de faire son examen de conscience, sinon c’est la confrontation permanente même si c’est parfois à fleurets mouchetés…</description>
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	Ne pas vivre pour mourir. Mais mourir pour vivre.
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           <title>«Le sport est gangrené par l’argent»</title>
           <author>Hamid Tahri </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Portrait</category>
           <pubDate>Thu, 29 Mar 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	«Quand le vainqueur a quitté ses armes, le vaincu a le devoir de quitter sa haine.»

	                                                       Seneque 
	Il a tâté du ballon, foulé les pistes d’athlétisme, joué au basket-ball, dompté les agrès, pour se fixer finalement sur la natation, à laquelle il consacrera plus d’un demi-siècle de sa vie.
	A 85 ans, il est le doyen de la natation algérienne, fréquente assidûment les piscines et ne manque, sous aucun prétexte, ses entraînements bi-hebdomadaires. Dans le bassin, l’homme est comme un poisson dans l’eau. Une âme de gosse, le rire facile et une certaine jeunesse dans le visage. «Ce n’est pas un type qui navigue à vue. Sa vie bien réglée, il l’a choisie comme ça et pas autrement», glisse son ami et compagnon de couloir, Smaïn Messaoud Nacer.

	Sous ses dehors ronds et une bonhomie souvent joviale, Kader cache peut-être une timidité, avions-nous conclu lorsque, silencieux, il s’attachera à nous montrer de vieilles photos, témoins précieux, lorsque la mémoire déraille et qu’il commentera dans les moindres détails. Parmi ses faits d’armes, sa fierté d’être l’un des piliers de la natation algérienne dont il a été le directeur technique de longues années durant, mais surtout d’avoir été parmi ceux qui ont décroché la première distinction sportive internationale de l’Algérie au lendemain de l’Indépendance.

	«Cela s’est passé le 5 septembre 1962, où l’équipe algérienne de sauvetage, composée de Belhocine Abdelkader, Bourkiche Hassan, Atia Mohamed, Tiouririne Mohamed et moi-même avions pris part au championnat du monde de sauvetage à Rome.
	Et dire qu’on est sorti du territoire national avec le passeport français sur lequel les autorités algériennes avaient apposé le cachet du nouvel Etat algérien. L’équipe a pu décrocher la 2e place derrière l’Italie, devançant des formations plus huppées comme les Etats-Unis, la France, l’Allemagne ou l’Espagne…»

	Une joie immense

	«Vous ne pouvez imaginer la joie qui s’est emparée de nous lorsque l’emblème national a été hissé. L’attente a été longue, car les organisateurs n’avaient en leur possession ni le drapeau ni l’hymne algériens. Même l’ambassade, prise de court, a dû les faire parvenir à la hâte dans les lieux de la compétition.
	Mais l’émotion était vive, à fleur de peau. C’était comme une naissance, en tout cas, un bel acquis pour la jeune République algérienne qui venait de voir le jour ! A l’automne 1939, on devait avec l’AGVGA participer aux gymnasiades de Nice. J’étais prévu pour être en haut de la pyramide humaine. Rien qu’à penser à la compétition et ses sensations, j’en avais la chair de poule. Avec bien évidemment l’idée de ne pas décevoir, mais ma déception a été grande lorsque la compétition a été annulée du fait de la déclaration du déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale qui a fait s’écrouler et le rêve et… la pyramide», résume-t-il avec humour.

	Enfant de la Casbah

	Kader est né le 17 mars 1927 à la rue Benbrihmat à Bab Jdid, dans la Haute Casbah. «Très jeune, j’ai été attiré par le sport et notamment la gymnastique, discipline phare de l’Avant-garde de la vie au grand air (AGVGA), sans doute le plus ancien club algérien créé peu avant le début du siècle dernier. On s’entraînait près de M’cid Fatah. Il y avait dans l’équipe Si Kaddour, Das, Habib Réda, puis on est descendus à la Pêcherie. Je me souviens qu’on exécutait des mouvements d’ensemble vêtus d’une tenue blanche maculée, ceints d’un foulard vert et coiffés d’une chechia. L’exhibition se faisait au niveau du café Tlemçani, en face de l’hôtel Aletti et l’apothéose au stade municipal du Ruisseau. On était en 1937, et sur le plan politique, le PPA investissait déjà la scène politique.

	Le sport était pour nous plus qu’une simple distraction, une affirmation identitaire.» Sa parole maîtrisée devient parfois éclats de voix ponctués d’un rire contagieux lorsqu’il évoque sa scolarité à Mcid Fatah et ses frasques avec ses camarades de classe Mustapha El Anka, Omar Mekraza dit Tikhbizine et les autres. Cela n’a pas empêché Kader de décrocher en 1941 son certificat d’études à titre français et indigène, considéré comme un sésame précieux qui ouvre les portes du monde du travail. Ainsi, Kader se retrouve apprenti chez un cordonnier juif illettré. «Je gagnais un douro par jour. Le samedi, le patron me donnait de l’argent pour aller visionner un film au cinéma Le Palace, près de l’usine Bastos à Bab El Oued.» Puis, Kader sera coursier à la société immobilière dirigée par un colon pétainiste.

	«Quand il y a eu le débarquement en 1942, le propriétaire s’est taillé comme un lapin sans demander son dû.» Kader subira les affres du chômage durant quelques mois avant de trouver un job de remplaçant à la société d’assurance et de prévoyance. «J’ai au moins appris le travail du secrétariat, mais j’ai aussi fait mes premières armes de bureaucrate», ironise-t-il. En 1944, il entre dans l’administration des PTT comme auxiliaire. Il y gagnera ses galons et y restera jusqu’en 1989, date de sa mise à la retraite.
	«Je n’ai pas beaucoup à me plaindre, mais je suis un heureux maltraité.» A sa carrière professionnelle, Kader, le postier, adjoindra un parcours sportif au sein de cette administration marqué par une présence de tous les instants et une fidélité indéniable.

	Kader y sera d’abord nageur, pas de haut niveau, précise-t-il, mais bon water poloiste. «Je me souviens du match livré contre le Mouloudia d’Alger, dont le président de section n’était autre que le célèbre chanteur Hadj M’rizek. Un jour, comme on les avait battus, Hadj M’rizek nous avait invités au café de la piscine du RUA à l’Espadon dans l’arrière-port. Il nous a félicités en nous rappelant que nous étions des adversaires d’un jour et non des ennemis. Je dois dire qu’on était les plus forts. C’est ce qui explique notre domination sur le championnat d’Alger durant de nombreuses années, à telle enseigne qu’on a pu participer en 1958 au championnat de France à Paris. On était les meilleurs, mais on nous a fait perdre exprès car la Fédération française voulait se suffire de la seule présence de l’AS Montpensier».

	Après l’indépendance, la même équipe de water-polo de l’ASPTT reprit du service en faisant main basse sur tous les titres, Kader se souvient des circonstances de la création de la Fédération algérienne de natation. «On se baignait à la plage des Deux Chameaux, Attia, Bourkiche Hassan et moi, lorsque Laoubi Farid est venu nous proposer le nom de Larfaoui Mustapha pour présider aux destinées de la natation. L’homme qui exerçait à l’hôpital Parnet était cultivé, medersien, bilingue et de bonne famille. C’est lui qui a mis la discipline sur les rails. D’autres dirigeants lui ont succédé, mais celui qui a émergé du lot est sans doute Redouane qui s’est beaucoup sacrifié. Vous savez, contrairement à l’athlétisme où l’on peut courir partout, la natation exige des moyens adéquats. Le drame, c’est que nous n’avons pas assez de piscines pour contenir l’impressionnante démographie galopante. Je peux dire qu’il y a gâchis. Pourquoi ? Parce qu’on a ignoré les généreuses idées émises il y a des décades. Sur les 1200 km de littoral, pourquoi ne pas inciter les mairies côtières à concevoir des piscines comme celle d’El Kettani pourvues en eau de mer. Je l’avais suggéré il y a longtemps, mais c’est resté lettre morte».

	Les piscines d’El Annasser, peu rentabilisées, et des Groupes laïcs ont été construites au milieu des années quarante. Au Ruisseau, on a parlé de les couvrir, mais cela n’a jamais été fait !
	Même au plan des mentalités, l’écart est grand, le matérialisme est envahissant. «Cela fait vingt ans que je suis hors-circuit», prévient-il. Kader observe avec un vif intérêt l’évolution du sport en stigmatisant la dissolution des valeurs, le totalitarisme de l’argent et de la bureaucratie qui sont indéniablement les verrues d’un sport gangrené. «Il y a beaucoup de travail à faire. Il faut que les jeunes soient conscients qu’ils font les choses par amour et non par intérêt. Il y a trop d’argent suspect qui circule : comment peut-on concevoir cette réalité ? On achète un joueur de football à 400 millions ou plus, on lui donne un salaire faramineux et on se lamente après auprès des pouvoirs publics des conséquences d’un lourd déficit en quémandant des subventions. Soyons sérieux !»

	Les couleurs c’était avant

	«A notre époque, et je sais que la comparaison n’est pas opportune, la section de natation tournait annuellement avec… 10 millions de centimes ! Je vais vous raconter une anecdote. Quand j’entraînais les PTT, j’avais un collègue hongrois qui dirigeait la DNC. Il s’appelait Tatos. Un jour, il est venu me confier une fillette de 9 ans, Walter Idelco, dont le père était coopérant à Blida. Je l’ai entraînée, mais elle est partie au bout de 3 ans chez elle en Hongrie. Elle a participé aux championnats de son pays, elle a raflé toutes les médailles d’or. Elle en a fait de même en équipe nationale. La Fédération hongroise s’est rapprochée de son père en l’exhortant à transmettre ses félicitations à Tatos. Mais le père leur conseilla de les adresser plutôt à Kader, à l’origine de cette formidable éclosion !». «Aujourd’hui, reconnaît Kader, la régression est évidente. Il n’y pas de suivi et les résultats sont médiocres.

	Les fédérations se signalent beaucoup plus par les batailles de tranchées de leurs dirigeants que par les
	performances ! C’est très regrettable. Dans le lot, il y a beaucoup qui viennent pour s’enrichir et pour voyager et non pour travailler. L’amateurisme est mort de sa belle mort, mais où est le professionnalisme ?», s’interroge-t-il furieux. Kader, homme sage, ne cache pas qu’il a eu des démêlés avec les dirigeants, mais il préfère taire ces épisodes, en ravalant son orgueil dans le souci toujours de ne pas faire de vagues…
	
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	A 85 ans, Kader toujours bon pied bon œil. Kader Mokhfi (cercle) avec l’équipe nationale de sauvetage, vice-championne du monde à Rome
	en 1962.
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           <title>L’inépuisable combattant de la liberté</title>
           <author>Hamid Tahri </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Portrait</category>
           <pubDate>Thu, 15 Mar 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	«Pendant que les sages cherchent le pont, les fous traversent la rivière»

	                                                       Proverbe croate 
	Après une vie consacrée au combat pour la liberté, Yaha s’oppose à la dictature en 1962, remonte au maquis et en redescend désabusé. Il s’impose un exil de 24 ans pour revenir batailler encore pour la démocratie après «l’ouverture» de 1989. Mais de nouveau, il est déçu. La vie de Si L’hafid, comme l’appellent ses proches, ressemble à un oued en crue. Loin d’être une sinécure, c’est un parcours saccadé et abrupt comme les majestueuses montagnes du Djurdura qui l’ont vu naître.

	Yaha parle de la guerre, de ces héros anonymes. Il évoque les revers subis par l’ennemi, la solitude des djebels, la mort qui rôde. Il convoque sa mémoire pour dire tout le mal qu’il pense de ces atrocités, des luttes intestines qui ont dénaturé la Révolution. Et de s’interroger en silence : «L’Algérie qui a fait tant de sacrifices peut-elle se résigner aujourd’hui à être une pourvoyeuse de harraga désespérés ?» Chez cet homme au franc-parler incisif, dont on devine le peu de goût pour les fanfaronnades et les mondanités, aller droit au but est la meilleure façon d’arriver.Passionné, ce diseur de vérités ne craint personne encore moins ses contempteurs qui ont vainement tenté de le discréditer.

	Un homme libre

	Face à cet homme résolu, on se croit nécessairement obligé de lui demander de parler de ses passions contrariées, de ses convictions ancrées jusqu’à l’entêtement, des trahisons, de ceux qui ont cheminé avec lui, de son combat inabouti qui reste le centre et le sens de sa vie. D’entrée, il plante le décor. «Pour nous les Yaha, rejoindre la lutte armée, c’est comme épouser une religion, onze hommes et femmes de la même famille embarqués dans l’une de plus belles guerres de décolonisation du siècle dernier.»

	Abdelhafid est né dans un petit village du Djurdura, Takhlijt Ath Aïsou, le 26 janvier 1933, dans la tribu des Ath Ililten. C’est ici que Fadhma N’soumer,  l’héroïne de la résistance contre l’occupant français, a livré son ultime bataille.
	Happé par la politique grâce au scoutisme, ses premières années ont déterminé sa vie militante, de maquisard et d’homme politique. C’est le PPA qui eut ses préférences, car «c’était le plus radical des partis nationalistes, alors que les autres formations surfaient sur des formules d’association, voire d’assimilation avec la France, le PPA revendiquait rien moins que l’indépendance, la plupart des scouts avec lesquels j’ai fait mes premières armes ont rejoint les rangs de l’ALN. Beaucoup d’entre eux y ont perdu la vie.

	A la mi-mars 1947, Messali Hadj est venu à Michelet. Cela a marqué l’adolescent que j’étais. Des jours durant, il a plongé les habitants de tous les villages de la Haute Kabylie dans une espèce d’effervescence. Messali jouissait d’une aura sans égale en Kabylie avant le déclenchement de la Révolution. Ce jour-là, j’étais parmi les jeunes scouts qui avaient constitué une haie d’honneur au leader et de son adjoint Hocine Lahouel. On l’adorait, car il avait un charisme que nul autre ne possédait. En passant au milieu de la haie, il m’a touché la tête, j’étais aux anges. J’ai perçu ce geste comme une bénédiction.

	A la fin de la cérémonie, le Zaïm et Lahouel avaient été invités par Amirat Cheikh, mon père spirituel, celui-là même qui a lancé la Révolution à Michelet. Cheikh  a été arrêté, et depuis 1948, il n’a cessé de guerroyer. C’était un exemple à suivre, car il a toujours respecté ses convictions, contrairement à Messali  qui a tourné le dos à la réalité en allant à contrecourant de l’histoire. Pour moi, il a trahi la cause et je ne sais qui lui pardonnera les dizaines de morts arrachés à la vie par les éléments du MNA. C’est une tache noire qui ternira à jamais le mouvement national.»

	Poussés par la malvie et la misère, des milliers d’hommes sans espoir durent émigrer, dont le père de Abdelhafid qui reviendra en 1949 pour marier son fils, âgé alors de 16 ans.
	Marqué lui aussi par un sort contraire, Abdelhafid émigre à son tour à Charleville Mezieres en France où son père travaillait dans la fonderie Wiem. Autodidacte, Abdelhafid prenait des cours du soir après le travail «car je savais que l’accès au savoir me ferait progresser».

	Le jour fatal

	Notre homme milite au sein du MTLD, mais est vite déçu par le comportement du Zaïm qui s’était taillé un costume de leader dans lequel il se complaisait, pensant qu’il y était pour l’éternité.
	Désespéré et dépité par ces luttes intestines sans fin, Abdelhafid décide de rentrer au pays, «pour prendre le pouls de ce mouvement révolutionnaire naissant attendant le jour fatal. Ce jour prévisible a fini par arriver le 1er Novembre 1954, les boussoles du colonialisme se sont affolées. Les certitudes centenaires d’un ordre injuste, brutal et raciste ont vacillé sur leurs fondements, et le peuple algérien a redressé son échine courbée par plus de 100 ans d’injustice et de mépris».

	«Je suis monté au maquis à l’âge de 21 ans dans la région de Michelet sous la houlette du chef de secteur Merzouk Aït Ouamara, dit Si Abdallah. La population nous a soutenus. Les hommes et les femmes unis ont lutté ensemble, et je peux dire que l’émancipation de la femme a commencé dans les maquis. C’est grâce à elles qu’on a pu poursuivre le combat.» Dès le début, Yaha s’est engagé résolument pour la cause nationale : «Ma chance, c’est que je n’ai jamais été arrêté.» Parmi ses nombreux faits d’armes, l’attentat perpétré contre l’administrateur général de la commune mixte de Michelet qui avait fait grand bruit à l’époque.  Mais, admet-il, «nous avions plus à faire en 1962 que pendant les durs moments des maquis. J’étais aux côtés de Mohand Ould Hadj. Je tenais le commandement de Tizi Ouzou qui abritait le PC de la wilaya. On pensait à ces compagnons fauchés à la fleur de l’âge, à ces courageux anonymes qui ont bravé l’horreur, à ces familles brisées par la guerre, à ces existences désastreuses et à ces générations bouleversées.»

	Ils étaient jeunes, mais ils ont eu des responsabilités politiques et militaires qu’ils ont assumées sans démériter. En 1962, la situation était presque intenable. «Les veuves venaient quémander pour survivre, des milliers de prisonniers sortaient de prison sans argent, sans domicile fixe. Il fallait s’occuper de tout ça, des civils et des militaires sans moyens. On n’a rien reçu du pouvoir central basé à Alger. On n’a pu survivre que grâce aux cotisations de la population livrée à elle-même. On était en plein été de la discorde, et la population exaspérée, lasse,  désabusée criait : ‘‘Sebaâ snin barakat !’’ (Sept ans  ça suffit !) face aux appétits du pouvoir qui gangrenaient la scène politique.

	Avant l’arrivée de l’armée des frontières, j’ai occupé le siège de la Radio et de la Télévision avec Si Moh Chérif Chemam, un homme intègre et courageux, officier de l’ALN qui a été arrêté par la suite et fusillé avec deux autres gradés. Face à la nouvelle oppression, qui sévit depuis l’indépendance, j’ai pris mes responsabilités pour poursuivre la lutte. Il était dans le droit fil de la plateforme de la Soummam de nous opposer au pouvoir personnel et afin de continuer le combat inachevé pour la liberté et la démocratie, je me suis dressé avec d’autres anciens militants nationalistes contre le régime autoritaire de Ben Bella-Boumediène.»

	Avec Mohand Oulhadj

	«En juin 1963, à l’initiative du colonel Mohand Ould Hadj, Krim Belkacem et moi-même nous avons décidé de lancer un mouvement d’opposition. Deux mois plus tard, celui-ci prendra le nom de Front des forces socialistes (FFS).
	Il y avait détournement de la Révolution. Comment peut-on accepter la dictature alors qu’on avait tenu tête à la quatrième puissance mondiale ?On a choisi l’opposition à ce fait accompli, car Krim Belkacem, Salah Boubnider et d’autres avec nous nous prônions la légalité et la légitimité. La population était avec nous, car elle en avait marre de la guerre, elle était à bout de souffle et voulait goûter aux joies de la libération.

	La situation était critique, Krim, Oulhadj et moi-même et Allouache, porte-parole de la Wilaya IV, étions prêts pour lancer un parti. J’ai été envoyé pour voir Aït Ahmed à Alger afin de lui soumettre le projet. Il m’a dit qu’il fallait attendre les résultats des discussions entre Ben Bella et Fethi Dib, le chef des renseignements égyptiens, pour être fixés. Boudiaf, Boubnider et tant d’autres étaient emprisonnés. Un soir, on s’est donné rendez-vous avec Aït Ahmed, et on a discuté de ce projet jusqu’à l’aube. Il ne voulait pas marcher avec nous. On a été très déçus, mais on a poursuivi notre projet. Bien après,  on l’a associé de même que Belkaïd et Ali Amar qui venaient du PRS. Le FFS était né en septembre 1963, Ben Bella nous a appelés pour négocier. La conférence afro-asiatique à Alger était en préparation. Khider avait fait défection, et Boumediène préparait son coup. Ben Bella voulait nous utiliser pour écarter Boumediène qu’il avait, entre-temps, envoyé en mission au Caire.»

	Un long exil

	«Je devais, avec Omar Oussedik, négocier avec le président, mais Zbiri avait tout raconté à Boumediène en le prévenant de ce qui se tramait.  Les accords étaient prêts le 16 juin, mais le 19,  Boumediène avait déjà réussi son coup. Il ne nous restait, Omar Oussedik et moi, qu’à prendre nos précautions. On est partis à Djebel Koukou où on a été recueillis par un ami, Aït Menguellet. Peu après, on a repris les négociations avec Cherif Belkacem, chef de Parti, qui a dit respecter les accords conclus avec Ben Bella en faisant même miroiter une aministie générale, mais ce n’était qu’un leurre, car on avait appris que nous étions menacés et que notre vie était en danger. C’est pour cela que je suis parti en France, où j’ai continué à militer contre la dictature jusqu’à l’ouverture dite démocratique en1989.

	C’est à cette date que suis je rentré au pays. Je pensais au fond de moi-même que c’était une ouverture de ‘‘façade’’, mais je me suis résigné quand même à tenter l’expérience. J’ai remis le parti sur les rails, j’ai tenu des meetings jusqu’au moment où on m’a exigé l’agrément. Mais ne suis-je pas reconnu de facto dès lors que j’avais négocié avec le pouvoir ?
	J’ai eu des démêlés avec Aït Ahmed qui voulait accaparer les rênes du parti. J’ai lutté. Pendant 4 ans, j’étais en justice avec le ministère de l’Intérieur, mais l’agrément finira par être octroyé à Aït Ahmed.» De guerre lasse, Yaha jettera l’éponge, mais il rebondira en créant le Front des forces démocratiques au début des années 1990. Le nouveau parti ne fera pas long feu et ne restera pas particulièrement dans les mémoires.

	«Je me suis rendu compte que tous les partis sont sponsorisés par les services. Le FFS actuel ? Comme ils ont usurpé le FLN authentique, celui du combat et du serment, ils ont fait de même pour le FFS. Pour moi, tant que les mêmes pratiques persistent, le pays n’avancera pas.» Comment conçoit-il l’écriture de l’histoire de l’Algérie ?
	«Je pense qu’il est temps d’en finir avec les guerres de mémoires. Notre devoir en tant qu’acteurs est de témoigner pour donner des matériaux aux historiens. De rappeler que l’indépendance a été arrachée au prix du sang de milliers d’Algériens que l’histoire a passé à la trappe. Même s’il ne faut rien céder sur la mémoire et les 132 ans de colonisation, il n’est pas question que le régime en place prenne en otages le présent et l’avenir de notre peuple. L’Algérie d’aujourd’hui est-elle celle dont nous rêvions dans les maquis ? Assurément non…»

	htahri@elwatan.com</description>
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	Tripoli augurait Alger au grand désespoir des milliers de nationalistes désintéressés.
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           <title>Le philosophe happé par la politique</title>
           <author>Hamid Tahri </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Portrait</category>
           <pubDate>Thu, 08 Mar 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	«L’honnêteté, c’est la meilleure politique, j’ai essayé les deux !» 
	Il y a quelques mois, le regretté Abdelhamid Mehri, qui nous recevait chez lui, évoquant les difficultés d’intégration des intellectuels dans le mouvement national traversé par divers courants, mettait en avant la rigueur, voire la rugosité des dirigeants qui n’avaient pas généralement le même profil que ces militants sortis des universités.
	Dans la foulée, il n’avait pas manqué de mettre en relief le parcours de Sahli : «Un homme de vaste culture qui a su se mouvoir dans la Révolution en la servant avec sincérité. Vous devriez en parler, car j’estime que cette personnalité aux multiples facettes n’a pas eu la considération qu’il mérite», nous avait-il suggéré.

	Une enfance difficile

	Mehri eut à prononcer l’éloge funèbre  de Sahli au cimetière d’El Alia, le 5 juillet 1989, précisant que cette date historique, pour un patriote comme Mohand Cherif, «est un don du ciel, en tous cas une coïncidence heureuse.» Il faut savoir, comme l’a écrit Abdelkader Djeghloul, que «lorsque le mouvement national algérien plébéien prend en charge les élites algériennes, c’est avec tous leurs stigmates, toutes les insuffisances de leur formation autant intellectuelles que politiques, avec toutes leurs contradictions».

	On en est arrivé à un phénomène de soumission, d’instrumentation et de marginalisation des intellectuels algériens. D’ailleurs, notre ami Aïssa Kadri, sociologue, ne dit pas autre chose : «Les lettrés n’étaient pas nombreux. Si la colonisation et la conjoncture étaient les principaux freins au poids numérique, il faut ajouter leurs ambiguïtés d’identification, les contradictions qui les ont traversés et séparés et les difficultés qu’ils ne cesseront de rencontrer dans leur affirmation. De plus, il y avait une relative distanciation envers l’action politique, et la jonction avec le mouvement national s’est toujours faite dans un rapport de subordination.»

	Sahli s’inscrit dans cette trajectoire, où les intellectuels algériens au début du siècle dernier n’étaient pas légion. En parler aujourd’hui, c’est forcément se pencher sur l’équation politique de Salhi avec la résistance, son engagement et sa quête d’identité. Sahli a su refléter un monde tourmenté, difficile, où une vision profondément tragique de l’existence le dispute à la vitalité des sentiments et des manifestations paradoxales d’espérance. L’écriture de ses ouvrages consacrés à Jugurtha et l’émir Abdelkader ne sont-ils pas non seulement une prémunition contre le travestissement de l’histoire par la colonisation, mais aussi une manière d’affirmer l’identité algérienne authentique ? Aussi, il y a plusieurs raisons d’actualité de se ré-intéresser à lui. Sa vie, ses œuvres présentent en soi un constant intérêt.

	Proche parent de Mohand Cherif, Zahir Ihadaden, historien et journaliste, a bien connu le regretté pour l’avoir côtoyé.
	«Lorsqu’il a été prié de quitter Paris en 1940 où il enseignait la philo, Sahli est retourné à Toudja où il a prodigué des cours en qualité d’instituteur. Il y a vécu, et mon frère compte parmi ses disciples», se souvient Zahir qui nous apprend que Sahli faisait le trajet reliant Toudja à Oued Ghir (12 km) à pied. «Là, il prenait le train pour joindre sa famille à Sidi Aïch. Au lendemain de l’indépendance, nous nous voyions souvent. Un jour, alors que j’étais attablé au café Coq Hardi près de la Faculté d’Alger, Sahli qui exerçait au ministère des Affaires étrangères passait par là. Il me pria de transmettre un message à Ferhat Abbas qui résidait non loin de mon domicile.

	‘‘Va et préviens-le, qu’il va être incessamment arrêté ! Qu’il prenne ses dispositions’’. Je me suis présenté chez Abbas et lui fit part du message. La réponse du vieux politicien a été cinglante : ‘‘Ils veulent m’arrêter ; ils n’ont qu’à venir !’’. Pour revenir à Sahli, je pense qu’il luttait pour une Algérie indivisible et son intérêt pour les héros nationaux à des époques différentes est un attachement sans équivoque à son pays et à ses cultures multidimensionnelles».

	Pour Tahar Gaïd, syndicaliste, moudjahid et ancien ambassadeur, Sahli aura été de ces hommes qui ont marqué leur époque. «Etudiant, il passait ses vacances à Sidi Aïch, dans son village natal. Il aimait se retremper dans son  milieu, aimant aller au marché hebdomadaire. C’est ainsi qu’une fois, habillé d’une gandoura et portant un chapeau de paille, il s’était assis sur un trottoir un couffin entre les jambes. Une femme pied-noir l’a interpellé en ces termes : ‘‘Eh Mokhamed, qu’est-ce que tu vends ?’’. Je vends la politesse, madame…», lui avait-il répondu.

	C’est dire qu’il ne supportait pas cet esprit de supériorité que les colons affichaient. Cette anecdote et bien d’autres peuplent le parcours de Mohand Cherif, humaniste, pacifiste, bon vivant, amateur de bons mots et qui n’hésitait pas à l’instar du célèbre humoriste Francis Blanche à sortir sa culture lorsqu’il entendait le mot revolver ! Ahmed Taleb Ibrahimi, qui a connu Sahli, en dresse un portrait touchant, fidèle à l’imposante personnalité de Moh Cherif.

	Un rêve réalisé

	«C’est en 1952, à la création du Jeune Musulman, que je pris contact pour la première fois avec Sahli (en même temps qu’avec Malek Bennabi et Mostefa Lacheraf) que je considérais déjà comme l’un des théoriciens du nationalisme algérien. Il avait déjà publié trois ouvrages Le message de Jugurtha, L’Algérie accuse et Le complot contre les peuples africains, où il démontait avec lucidité la machinerie coloniale dans sa double action de spoliation des terres et de destruction des âmes. Ces écrits furent à la fois un appel à l’enracinement de la jeunesse algérienne dans son histoire et la démonstration que la lutte armée était préférable aux joutes électoralistes des factions. Durant deux années, il assura une collaboration régulière au Jeune Musulman qui dans ses  colonnes lança le quatrième ouvrage de Sahli, consacré à Abdelkader Chevalier de la foi. Après le déclenchement de la révolution, Sahli, enseignant à Paris, fut toujours en compagnie de Lacheraf, le mentor des jeunes Algériens, qui à l’initiative du FLN, fondèrent l’Union générale des étudiants musulmans algériens. Et lorsque un plus tard, à la demande de Abane Ramdane la Fédération de France du FLN chargea un comité d’intellectuels algériens de ‘‘travailler’’ l’opinion française, Sahli en fit partie. Et la fameuse ‘‘Lettre du FLN aux socialistes’’ est de sa plume. A partir de 1957, il représente le FLN, puis le GPRA dans les pays scandinaves.»

	Dans sa longue préface du livre de Sahli Décoloniser l’histoire, l’éminent historien Lacheref écrit : «Les textes de Sahli s’intègrent à un courant de pensée nationaliste de l’Algérie pré-révolutionnaire, avec des pointes de rappel ou de confirmation idéologique que l’auteur a bien fait de poser dans le mouvement succédant à l’indépendance politique et à la libération des esprits et des mentalités. Notre historien, sans jamais tomber dans l’utopie ne peut concevoir une responsabilité nationale de direction des hommes en-dehors d’une austère éthique de sens moral, d’esprit de sacrifice et de renoncement aux honneurs sous toutes leurs formes.

	Qu’ajouter après cela qui donne au lecteur un avant-goût salubre des œuvres ici publiées. Seulement l’espoir que notre jeunesse trouvera autant de plaisir et de profit intellectuel à découvrir un vieux maître algérien à travers ses écrits de combat. 
	Lounis Mehalla, cadre à la retraite et ancien élu de Tizi Ouzou, témoigne : «La passion de l’histoire m’a été surtout inoculée par le regretté Mohand Cherif Sahli, militant du PPA/MTLD, professeur d’histoire à la Sorbonne et qui avait édité à l’époque un petit livre sur l’Emir Abdelkader sous le titre Abdelkader, le Chevalier de la foi. Ce livre a été publié par épisodes dans le journal L’Algérie libre que je suivais avec passion. Il écrivait aussi dans le même journal une série d’articles sous le thème «Les hommes illustres du Maghreb».

	Pour moi, c’est cet homme et tant d’autres héros de la révolution qui ont façonné notre histoire contemporaine.» Pour l’historien Daho Djerbal, «Sahli et Lacheraf développaient leurs essais respectifs d’infirmation des thèses coloniales à partir d’une grille de lecture qui est occidentale, une grille analytique forte d’un bagage qui est celui de la modernité de l’Etat nation.»
	C’est par ce biais de lecture fouillée des écrits coloniaux et de leur propre expérience de militants à l’intérieur du mouvement national que tous les deux ont essayé de sortir de l’historiographie coloniale française et de mettre en place l’historiographie algérienne. A partir de là, les icônes comme Massinissa, Jugurtha, l’Emir Abdelkader vont constituer pour ces essayistes des référents dans l’affirmation d’un combat, d’une identité séculaire, montrant par ces figures emblématiques l’existence d’un embryon d’Etat qui était pourvu de souveraineté interne et externe.

	Un militant exigeant

	Le livre de Sahli consacré à Abdelkader n’est nullement une compilation apologique et panégyrique comme certains  pourraient le croire, en pensant que l’auteur n’aurait pas ménagé sa brosse à luire. Sahli s’en explique : «Il est naturel   que ma qualité d’Algérien me porte à évoquer avec piété la mémoire d’Abdelkader. On aurait tort de croire qu’elle puisse me pousser à l’exagération. Le trait dominant de la personnalité d’Abdelkader, c’est la foi. Je n’entends pas la foi religieuse,  qui chez un tel homme était d’une intensité et d’une élévation rares. C’est la conviction profonde que la vie est une chose sérieuse, c’est l’élan généreux qui fait sortir l’être de lui-même, à la recherche de cette république de  personnes dont rêvent les philosophes.»

	Mourad Sahli, neveu du défunt, gardien de la mémoire, nous en livre un pedigree édifiant. «Mohand Cherif a quitté son village Tasga dans la daïra de Sidi Aïch  très tôt, dans sa prime adolescence. Il  est issu de la fière tribu des Aït Ouaghlis. Après ses études primaires dans la région, il rallie Alger où il réussit grâce à ses compétences à entrer à l’Ecole normale des instituteurs de Bouzaréah, qui était une véritable institution à l’époque. Orphelin de mère dès 11 ans, il eut des difficultés à s’entendre avec sa marâtre. C’est pourquoi, sans doute, il a totalement rompu avec son milieu d’origine car, ainsi qu’il l’écrit lui-même, sa seule famille était l’Algérie, puis, en tant qu’intellectuel, il a affirmé son anticolonialisme sans ambages. Il fut l’ami de Naït Belkacem Mouloud, et avait des  liens très forts avec Nelson Mandela. Quand ce dernier est venu en Algérie en 1990, il a demandé à le voir. J’ai lu ses ouvrages et je reste persuadé qu’il est le précurseur dans l’affirmation de la cause berbère fondue dans l’exigence suprême de la libération de l’Algérie. Durant toute sa vie, toute sa carrière d’ambassadeur, il n’a possédé aucun bien, ni terre ni appartement. Il s’est totalement voué à la cause nationale. De plus, il ne s’est jamais marié. A ce propos, il
	répondait : ‘‘je suis marié avec l’ Algérie’’. Mieux, il a cédé ses droits d’auteur à la fondation Ifri, où s’est déroulé le congrès de la Soummam.»

	Après sa retraite, malade, seul, il a été recueilli par un de ses neveux, Sahli Djamel, chirurgien-dentiste à Alger. Sa voix posée filtre habilement ses mots et sa diction parfaite témoigne de ses certitudes. Il a vécu dans cet univers opprimé, anachronique, traversé par des luttes discontinues. Si certains se hasardent à l’affubler du titre d’historien, il s’en offusque presque. Ce n’est pas aux politiques et aux historiens de dire l’histoire, «l’historien ne doit fournir que les éléments du débat», prévient-il. Sahli s’est voulu un passeur, un trait d’union, un artisan entre le savoir et la culture en quête d’un improbable bonheur…
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           <title>Les sept vies de Rabah «l’Américain»</title>
           <author>Hamid Tahri </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Portrait</category>
           <pubDate>Thu, 01 Mar 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
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	«Lorsque nous serons tous coupables, ce sera la démocratie véritable.»
	Albert Camus 
	Il a été aventurier, engagé dans l’armée américaine, maquisard, instructeur et chef anti-terroriste.
	Du haut de ses 88 ans, Rabah égrène les moments forts de sa vie presque naturellement, sans en rajouter ni en tirer la moindre gloriole. L’homme est comme ça, vif et spontané, un homme ordinaire qui a vécu des histoires extraordinaires, rocambolesques, pleines de rebondissements. Lorsque nous allons à sa rencontre dans sa modeste demeure reconnaissable à l’emblème national qui flotte aux quatre vents sur la terrasse, l’homme, de taille modeste,  nous reçoit avec une élégante courtoisie, précisant que sa porte a toujours été ouverte à ceux qui le sollicitent. Nous raconter sa vie heurtée, parfois tourmentée, n’est pas un simple exercice.
	Mais l’homme extravagant est un bon vivant et il le fait savoir. La vie, reconnaît-il, est l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort.
	Et les faits historiques, même les plus humbles, ne sont-ils pas la vie ?

	Le commencement a lieu au milieu des années 1920 près de Sétif où est né Rabah dans une famille nombreuse menée par le patriarche Slimane. Le village Maouya, à mi-distance entre Jijel et Sétif, est niché non loin de la ville antique de Djemila, dans une zone montagneuse, aride, isolée où la pauvreté est la marque de fabrique d’une population brimée et livrée à elle-même.
	Peut-on raisonnablement y vivre sans laisser de plumes ?
	Les grands ennemis du bonheur de l’homme sont au nombre de deux : la douleur et l’ennui. Rabah en a bien conscience, lui qui a décidé de voir ailleurs si les cieux sont plus cléments.
	C’est ainsi qu’exaspéré, l’esprit en haillons, à 15 ans, il fuira cette misère insupportable pour gagner Alger où il espère y mener une vie plus décente, en tous cas moins pénible. Son point de chute, à l’instar des migrants sétifiens, est à Chéraga et ses environs, où il travaille dans les vergers des colons.

	
	Un enfant de la balle

	
	A 17 ans, Rabah veut changer de cap en s’engageant dans l’armée américaine qui venait de débarquer à Alger. Mais il est encore mineur et il sait que sa demande sera rejetée.
	Rabah retourne au bled, le temps de soudoyer un agent de l’état civil qui s’arrangera pour lui ajouter une année sur son acte de naissance.

	Il rejoindra les GI’s à Alger en pleine Guerre Mondiale. «Ils m’ont accueilli avec enthousiasme à la gare de l’Agha ; ils nous ont transportés dans des camions au Caroubier où nous dormions sous des tentes. La vie était monotone, jusqu’au moment où l’état-major a décidé de nous envoyer à Annaba puis à Bizerte, ensuite à Sfax.» Puis, ce sera la campagne de Libye sous le joug des Italiens. Sur les 11 000 hommes, il ne restait que 4000 au débarquement d’Italie. Les autres sont morts au combat. Rabah restera quelques mois en pays transalpin en livrant quelques batailles sur le front, avant de se fixer avec son bataillon à Baden Baden. Il obtiendra le grade de caporal - en portant le treillis américain pendant  11 ans - jusqu’à la fin de l’année 1954 où il se trouvait près de Bordeaux, dans l’arrière-pays girondin.C’est là qu’il prend la décision de déserter avec armes et bagages. Il se marie avec une Française et intègre «le milieu», où il est connu sous le sobriquet de «l’Américain». Il est redouté et ses frasques sont nombreuses, mais les truands lui vouent respect et considération. «J’avais toujours une arme sur moi et je me défendais bien dans le milieu du banditisme, mais cela ne pouvait durer.»

	Des amis le contactèrent pour l’intégrer dans les réseaux du FLN implanté dans l’Hexagone. Mais un jour d’été 1958, dans un bar, un type est «descendu» et Rabah s’y trouvait. Il est vite désigné comme étant l’auteur de ce crime. II réussira à s’enfuir, sa photo est affichée dans les commissariats et la presse se fait l’écho de cet attentat commis par «l’Américain».
	Recherché et traqué, Rabah se fera établir des papiers d’identité marocains en Espagne qu’il gagnera en prenant toutes les précautions pour ne pas être arrêté. Il séjournera quelque temps à Madrid, avant de gagner Tanger où il y restera un mois. Il prendra attache avec les éléments du MALG, puis ce sera Kenitra, Rabat, Casablanca et enfin Fès où il séjournera 3 longs mois qui finiront par exaspérer notre homme habitué à l’action alors qu’il avait l’impression d’être en villégiature. «Je suis ici pour combattre et non pour  me prélasser, avais-je signifié aux responsables du FLN qui finiront par me diriger à la frontière orientale du Royaume chérifien.

	«C’est à Berkane et à El Arayche que j’avais été affecté. Il n’y avait qu’un oued qui séparait les frontières entre le djebel Bensmir et le djebel Amour. Nous étions dirigés par le commandant Mohamed Allahoum un homme d’une grande valeur et d’une probité exemplaire. Dans notre groupe, il y avait des éléments de la Légion qui avaient rejoint le FLN. Mais comme ils ne pouvaient supporter les conditions sévères dans lesquelles nous vivions, ils ont fini par partir. Je les soupçonne de nous avoir livrés à l’ennemi qui nous a surpris un jour. En livrant bataille, j’ai été blessé, arrêté et emprisonné à Aïn Sefra pendant plusieurs mois. Je ne fus libéré qu’à la veille de l’indépendance.» En 1962, Rabah est hébergé chez sa sœur à Kouba, où il s’invente une autre mission, celle d’un entraînement paramilitaire destiné aux jeunes et qui connaît un engouement certain dans l’euphorie ambiante du recouvrement de l’indépendance. Son «camp», basé à Jolie Vue, ne désemplit pas et les jeunes pleins d’énergie affluent de partout.  

	Fort de son passé de baroudeur, Rabah se fait  aussi logeur, casse les appartements vides laissés par les colons et fait le bonheur de plusieurs familles, passant outre les directives du «Nidham».Rabah se remarie avec une Algérienne, fait quelques petits boulots à droite et à gauche, repart en France pour quelques jours, avant d’intégrer la SNS alors, mastodonte de l’industrie algérienne.
	Lorsqu’il était machiniste dans cette entreprise, il prit la tête de la contestation et de la protestation contre les conditions de travail avec une dizaine de ses camarades, paralysant l’entreprise. A l’époque, la grève était peu envisageable dès lors que ses auteurs encouraient de lourdes conséquences.

	
	Une vie mouvementée

	
	Mais lorsque le ministre de tutelle sut que Rabah en était le meneur, il dut refreiner sa colère, considérant que Rabah, le patriote qui s’est tant sacrifié pour son pays, ne pouvait en aucun cas lui nuire. Les revendications exprimées furent exaucées et aucune poursuite ne fut engagée contre Rabah et ses compagnons. «Il fallait être courageux pour faire ce qu’on a fait à une époque où les foudres tombaient facilement sur tous ceux qui allaient à contre courant du pouvoir.» A la fin des années 1980, Rabah est admis à la retraite, mais cet homme qui affectionne l’action ne peut rester les bras croisés, c’est ainsi que durant la décennie noire, Rabah est garde du corps du maire de Baraki. Comme de bien entendu, ce poste l’exposait à tous les périls et sa tête est mise à prix par les «terroristes» qui sévissaient ouvertement dans cette région.«Ils sont venus le 1er janvier 1994 à minuit. Ils ont encerclé la maison.

	Sentant le danger imminent, mon fils me cache dans un grand fût. Ils sont rentrés dans la demeure, ont cherché partout et sont repartis bredouilles», se souvient Rabah qui dut cependant rester hébergé pendant 4 mois au sein même de la mairie.
	Les terroristes viendront chaque soir chez lui, dans l’espoir de le trouver, non sans créer la panique au sein de sa famille traumatisée. Rabah se résignera à partir en France. «Là-bas aussi il ne restera pas tranquille», concède Ali, son neveu. Dans les mosquées qu’il fréquentait, il ne manquait pas de fustiger les «barbus» qui venaient collecter l’argent en tenant un discours contraire aux préceptes de l’Islam, religion d’amour et de paix. Alors qu’eux appelaient à la violence et à la haine.

	
	Justicier intrépide

	
	A son retour de France, Rabah constate que sa famille a été transférée à Ouled Yaïch à l’entrée de Blida. Mais il la persuadera de rentrer à la maison, où un grand emblème national est hissé sur la terrasse.Rabah et ses enfants sont armés et prêts à en découdre. «Dès la tombée de la nuit, c’est un véritable climat de psychose qui s’installe. Aux alentours, des intimidations fusent en direction de la demeure : ‘‘Ya taghout on t’aura tôt ou tard’’, hurlent les assaillants», se souvient l’épouse de Rabah.
	«Un soir, il y a eu un accrochage, et autour de la maison, les terroristes ont été reçus à coups de fusil. Ils ont été échaudés et ne sont plus revenus. Ainsi, Rabah qui a armé tous les voisins a libéré le quartier définitivement», lance fièrement sa fille. Entre facéties et sérieux, ce presque nonagénaire est toujours en mouvement. Ils nous raconte cette histoire cocasse avec un humour exquis : «Un jour, j’ai vendu ma voiture sans régulariser les papiers avec l’acheteur ; or, le véhicule en question a été utilisé par les terroristes pour un attentat.

	On a convoqué l’acheteur, et on est venu me chercher pour une garde à vue au commissariat. Après une brève discussion et sûrement après des recherches, j’ai constaté, éberlué, la libération de l’acheteur. L’inspecteur est venu me dire que j’étais citoyen américain et que peut-être même un agent du Mossad, j’en ai ri jusqu’aux larmes ! Mais les inspecteurs de police m’ont quand même accompagné jusqu’à la maison. Le lendemain, je suis parti à l’ambassade américaine, à Alger, et leur ai exprimé mon vœu d’aller en Amérique. Il n’y ont pas trouvé d’inconvénient, sauf que si j’y allaiss selon un des employés, j’encourais une peine de prison de 10 ans ! Pourquoi ? Parce que je suis toujours considéré comme déserteur de l’armée américaine, cela remonte à loin !

	Mais ils n’ont pas oublié. Ils m’ont quand même refilé 300 $ !» Un itinéraire cabossé mais riche en événements. Rabah a-t-il aimé cette vie de guerrier ? Dans le feu du combat et le brouillard de la guerre, il consent toujours à dire qu’il ne regrette rien de tous ce qu’il a fait et qu’il est plutôt fier de son parcours. «Quand on n’a presque rien, on ne risque pas de tout perdre», aime-t-il à répéter, lui le petit rien du tout de Maouya qui a pratiquement traversé le siècle avec ses fureurs et ses horreurs, ses joies et ses peines, sans perdre ses plumes, avec cette sensation forte d’avoir pleinement vécu sa vie comme il l’a voulu !</description>
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           <title>La psychologue devenue libraire</title>
           <author>Hamid Tahri </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Portrait</category>
           <pubDate>Thu, 23 Feb 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
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	«Dieu ne peut rien changer au passé. Les historiens oui !»

	                                      Paul Butler 
	Au cœur de la ville de Blida, à la Place des mûriers (placet Etout) nul ne peut ne pas voir l’imposante bâtisse nichée au coin de la rue, avec une enseigne bien visible qui renseigne sur le maître des lieux : Mauguin imprimeur.
	Dans son bureau au charme discret où elle s’active devant son ordinateur, la gérante, Mme Chantal Lefèvre, donne le ton, en précisant que l’établissement a su survivre malgré l’épreuve du temps.
	Il semble bien petit le bureau de la patronne et l’on pense à toutes les idées qui y ont germé depuis Alexandre, le fondateur, à Chantal qui semble s’être inventé un destin en choisissant d’entrer  dans cet univers de création et de créativité.
	On pense aussi à tous les événements qui ont marqué toutes ces décades tourmentées passées et que ce lieu précisément a vocation de pérenniser à travers des ouvrages ici confectionnés.

	«Nous existons depuis 1857 et l’imprimerie a fonctionné presque sans discontinuer. L’affaire familiale est passée de main en main toujours avec la même ambition, la même philosophie.»En fait, ce sont trois familles apparentées, les Mauguin, les Bullinger, les Lombard et enfin les Lefevre qui se sont succédé à la tête de cette entreprise. Mais le mérite revient à Alexandre Mauguin qui, le premier, a eu l’idée de fonder cette institution. «C’est mon arrière-grand-père maternel, Alexandre, venu de Bourgogne à l’âge de 8 ans avec sa famille au milieu du XVIIIe siècle, qui en est le concepteur. La famille a atterri à Cherchell avant de se fixer à Blida. C’est ici donc qu’a commencé l’histoire de l’imprimerie», raconte Chantal, 66 ans, qui dirige aujourd’hui cette unité avec une main souple, si l’on se réfère aux rapports très chaleureux qu’elle entretient avec son personnel.

	Enfance au Télemly

	Chantal est née en 1946 à Alger, précisément au quartier du Télemly où elle y a effectué son cycle primaire et moyen, avant de rejoindre le lycée Fromentin (ex-Descartes), aujourd’hui Bouamama. En 1962, Chantal, adolescente, quitte l’Algérie  dans le drame de l’exil obligé. «Dans ma tête, confie-t-elle, c’était un départ définitif. ça a été très douloureux, une indicible déchirure. Pour être franche, je ne voulais plus entendre parler de l’Algérie, une partie de moi-même allait s’envoler. On fait une croix et on essaie de se réadapter, voilà c’est tout, car la vie continue. Mais à un moment ou un autre, il y a le passé qui vous rattrape et qu’on ne peut occulter indéfiniment, c’est pourquoi j’y suis retournée pour des petits séjours au milieu des années quatre-vingts. Je suis une Algéroise, je ne connaissais pas l’Algérie. C’est pourquoi j’ai été impressionnée par mes virées en Kabylie, à El Oued à Laghouat et à Bou Saâda. C’était une approche positive. Je me sentais des attaches, il me fallait trouver des repères. Je ne venais pas pour revivre le passé. Aussi, je me suis dit pourquoi ne pas revenir et se fixer définitivement ? La question me taraudait l’esprit, d’autant que je me sens comme une Algérienne et fière de l’être.»

	Les pieds-noirs restent attachés à leur terre natale. Si certains y sont restés, d’autres ayant quitté le pays y sont retournés, et visiblement s’y plaisent confortant un choix délibéré. Chantal fait partie de cette deuxième catégorie.
	Comment s’est amorcé le déclic ? Presque naturellement, tranche Chantal qui n’a jamais vécu en France, «puisque je suis partie directement en Espagne, un pays magnifique dont j’ai vécu les pulsations et les évolutions, notamment lors de son passage sans heurts du fascisme franquiste à la démocratie. C’est une expérience extrêmement enrichissante. Mais qu’advient-il de moi ? Je me suis dit étrangère pour étrangère, il vaut mieux revenir au pays natal.»

	Chantal franchira le pas sans poser trop de préalables. Il y a une coïncidence incroyable entre un départ délicat en 1962 et un retour tout aussi délicat en 1993, lorsque Chantal décidera de rentrer au bercail en pleine tourmente.
	«Je dois à la vérité de dire que je n’ai pas eu peur. J’étais très protégée par les gens du quartier et par mes employés. Il y avait un travail énorme sur l’imprimerie et ce n’était pas mon truc, mais j’ai appris auprès des uns et des autres, avec le personnel sur place qui m’a beaucoup aidé en m’introduisant dans le milieu.»

	A cette date, c’est-à-dire en 1993, Chantal avait décidé de refaire sa vie. Elle est professeur à l’Institut français de Madrid et voulait faire de même au CCF d’Alger. Mais celui-ci, par mesure de sécurité, avait fermé ses portes. Mais qu’à cela ne tienne. A la mort de Lombard, son parent, il n’y avait personne pour diriger l’imprimerie.«Je me suis résolue à reprendre l’affaire en mettant vite le pied à l’étrier. L’histoire de Mauguin ne peut s’effacer comme ça, d’un seul trait», martèle-t-elle.

	Cela fait 155 ans que Mauguin existe, constituant, comme l’a écrit mon ami et confrère Ahmed Ben Alam, «La seule institution culturelle qui établit un trait d’union entre la période coloniale et l’Algérie d’aujourd’hui, jetant un pont entre ce qui fut et ce qui est.»
	Aujourd’hui, Mauguin, qui est imprimeur et libraire, emploie une soixantaine d’employés : «Nous travaillons beaucoup avec l’administration qui nous a toujours sollicités ; d’autant qu’à une certaine époque, nous étions presque seuls sur le marché. Aujourd’hui, nous misons sur la continuité, mais le paysage a changé. De grandes et luxueuses imprimeries sont directement nos concurrentes, mais cela ne nous impressionne nullement dès lors que nos clients sont satisfaits du travail de qualité que nous leur offrons.» Il fallait convertir le typographe en monteur PAO, recycler le personnel et s’adapter aux nouvelles machines modernes. Le plomb n’est plus utilisé depuis 1999, alors que la quadrichromie a donné des couleurs chatoyantes aux ouvrages réalisés.
	La place de Mauguin dans le paysage de l’édition n’est pas négligeable.

	Période douloureuse

	«Il y a une pléthore de maisons d’édition. Quant à nous, nous sommes au stade de la consolidation. Certains éditeurs ont pignon sur rue et évoluent dans le bon sens, à l’instar de Barzakh avec lequel nous entretenons d’amicales relations, dont le produit frise la perfection.»Mais la problématique du livre et sa place dans la société restent toujours d’actualité. La voix et les gestes de Chantal, bien méditerranéens, emplissent bientôt l’espace, alors qu’elle se prête avec gentillesse à l’exercice ardu d’interpeller sa mémoire, surtout lorsqu’il s’agit de moments douloureux, comme ceux que l’on vit dramatiquement lors des séparations. Mais notre interlocutrice est d’accord pour dire que l’histoire n’est pas une succession de fatalités.

	Chantal a cette sensibilité engagée, née dès l’enfance où elle est beaucoup plus proche des petites gens, des gens ordinaires qu’attirée par les fastes bourgeois.«Pour moi, le passé c’est le passé», concède-t-elle, ajoutant qu’elle a tout à découvrir.
	«Nous avons un train en marche à prendre. Il ne faut pas le rater. Je ne veux pas vivre dans le passé, même s’il faut garder une part dans un coin de la mémoire. Je suis une femme libre qui est assez critique envers l’Algérie du présent», annonce-t-elle.
	En arrivant en 1993 en Algérie, il lui a suffi quelques mois seulement pour éponger une lourde dette de l’entreprise, apprendre le métier et mettre de l’ordre dans la maison en redistribuant les rôles en fonction des compétences.

	Malgré cela, elle trouve toujours matière à rouspéter : «Je ne suis pas satisfaite de moi. C’est peut-être un défaut. Il y a toujours mieux à faire, à découvrir, à faire découvrir. J’aime le travail bien fait et la qualité, ce qui implique un engagement personnel de tous les instants, et une perpétuelle remise en question !»En 2001, Chantal inaugure une librairie mitoyenne de l’imprimerie : «C’était un îlot de culture et de liberté, un lieu de rencontres et d’échanges de l’élite intellectuelle de la ville et même au-delà», regrette un ancien habitué des lieux, désabusé par la décision d’arrêt de cette manifestation.

	Une femme appréciée

	«Il est vrai qu’on organisait des causeries avec des amis issus de différentes branches. Grâce à eux et avec eux, on a pu créer une animation et des débats dont le succès est indéniable, mais tout a une fin», résume Chantal, sans autre précision. Notre ami et confrère, Fayçal Metaoui, enfant de la ville des Roses, témoigne : «Tout le monde ou presque connaît Chantal Lefèvre à Blida. Il en est de même pour la bâtisse abritant les imprimeries. Pendant un temps, la librairie abritait des causeries très intéressantes. L’endroit exigu avait du mal à accueillir le public qui y assistait chaque jeudi après-midi. Cette tradition culturelle a disparu.

	Dommage. A Blida, des esprits bien pensants ont tout fait pour arrêter les causeries. Dans la ville, l’activité culturelle et artistique est réduite à zéro. C’est fait exprès. Chantal, qui adore le marché ‘‘El souk’’ du centre-ville, est l’amie des vendeurs des fruits et légumes. Ils savent quand elle passe et ce qu’elle veut exactement. Ils la considèrent comme une fille de la ville. Les amoureux de la littérature la respectent beaucoup. Certains d’entre eux veulent bien que les éditions du Tell reprennent pour que des livres soient produits. L’archive que Chantal conserve avec passion peut servir à éditer des dizaines de livres sur Blida, une ville au riche passé culturel et politique.»

	Du propre aveu de Chantal, l’imprimerie a connu ses heures de gloire au lendemain de l’indépendance, où les commandes étaient légion, affluant surtout de l’administration et des institutions civiles et militaires, plaçant l’entreprise en état de quasi monopole jusqu’à l’avènement, quelques années plus tard, des imprimeries d’Etat. Aujourd’hui, la donne n’a pas tellement changé. «On a pu éditer des livres alors que notre crédo est de continuer à travailler avec l’administration, notre devise c’est la qualité, et un livre qui sort de chez nous, il faut qu’il soit digne de la maison et du lectorat ! Notre plus gros tirage est  sans conteste le livre de Sadi sur Amirouche, mais c’était exceptionnel !»</description>
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           <title>«L’université de Constantine reste ma fierté !»</title>
           <author>Hamid Tahri </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Portrait</category>
           <pubDate>Thu, 16 Feb 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
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	«C’est par l’art et par l’art seul que nous pouvons réaliser notre perfection, par l’art et par l’art seul que nous pouvons nous défendre des périls sordides de l’existence réelle.»
	                                                                                       Oscar Wilde 
	Il est, avec le roi Pelé, le plus grand mythe vivant du Brésil. C’est un monstre sacré dont l’architecture aux courbes sensuelles a révolutionné l’art de la construction. Aujourd’hui, à 105 ans, l’artiste continue toujours de rêver à d’autres projets comme lorsqu’il était enfant. «Ma mère m’a raconté, que tout petit, je dessinais dans le ciel, avec mon index. A l’école primaire, j’avais toujours dix sur dix en dessin. En fait, c’est par là que j’ai abordé l’architecture. D’ailleurs, j’ai toujours limité mon labeur à la phase de création…»

	Sa grande œuvre aura été sans conteste Brasilia, la nouvelle capitale du Brésil que le président de l’époque, Kubi Tshek (1956-1961), voulait ériger au milieu du désert, sortie de nulle part. «Ce fut une réussite, même si la pression et la course contre la montre ont partiellement écorné le projet», reconnaît l’artiste qui a construit ensuite l’université de Haifa (1964).
	Après le coup d’Etat militaire de 1964, Oscar est obligé de s’exiler à Paris, en Italie puis en Algérie, où il ne garde que de bons souvenirs. «Un pays formidable où les gens aiment aussi le football, un pays dirigé alors par Boumediène, un beau guerrier». La France ne le laisse pas indifférent. «J’y avais beaucoup d’amis : Sartre, Malraux, Beauvoir, Aragon… J’ai peur d’y retourner. Ils ont tous disparu !» Il sera associé au professeur le Corbusier pour bâtir en 1947 l’actuel siège des Nations unies à New York.

	Une enfance heureuse

	Oscar a joué dans sa jeunesse dans le célèbre club de Fluminense de Rio, révélant la passion qu’ont toujours eu ses compatriotes pour le football. Mais, lorsqu’il s’est agi de la construction du mythique stade de Maracana achevé en 1950 à la veille de la Coupe du monde, jouée en pays carioca, Oscar a été écarté parce que son projet ne convenait pas au maître de l’ouvrage.
	«Ils ne m’ont pas retenu, parce que je voulais rabaisser le terrain alors qu’eux voulaient le suspendre.» Issu de la bonne société, Oscar n’a pas hésité à changer de camp, considérant que les flagrantes inégalités sociales sont inacceptables. Il deviendra communiste, fera la connaissance de Maurice Thorez, alors secrétaire général du PCF et érigera le siège du Parti communiste français, l’une de ses meilleures réalisations.

	Oscar n’est pas un théoricien, mais un esthète. L’architecture du siège du pc français est une merveille, reconnaissent les puristes. «A ce propos, Georges Pompidou - un vrai réactionnaire - estime-t-il, m’avait glissé à l’oreille au beau milieu des délibérations du jury pour le futur centre Pompidou : ‘‘Leur siège, celui du PCF, c’est bien ce qu’ils ont fait de mieux depuis la guerre !’’»
	Ces propos assassins ne désarçonneront pas notre architecte. Communiste depuis toujours, Oscar campe dans ses convictions politiques. Nul ne pourra lui changer de trajectoire, lui qui aime à répéter que l’architecture ne peut rien changer, mais la vie peut changer l’architecture.

	C’est lui qui a dit que lorsque la misère grandit, que l’espoir fuit le cœur des hommes, il n’y a plus qu’à espérer un monde meilleur.
	C’est pourquoi il préconise «un enseignement complété de politique et d’humanisme dans les écoles supérieures d’architecture, parfois de cosmologie, car il est important de regarder le ciel et de se sentir petit.» Oscar hait l’angle droit et… le capitalisme, témoigne l’écrivain progressiste uruguayen Eduardo Galeano «contre le capitalisme, on ne peut pas faire grand-chose mais contre l’angle droit oppresseur de l’espace, seule l’architecture triomphe, libre, sensuelle et légère comme les nuages.» L’écrivain ne s’y est pas trompé, si l’on se réfère aux œuvres de l’artiste, notamment  la Coupole de la cité olympique d’Alger, posée là comme un gros œuf et qu’on s’imagine prête à tout moment à prendre son envol telle une soucoupe volante…

	L’art n’a pas d’opinion, dit-on, mais l’opinion publique, notamment les spécialistes en la matière ont eu des avis partagés sur la conception de l’université de Bab Ezzouar. Les adeptes de l’esthétique et de l’environnement estiment qu’il faut comprendre comment la vie déborde l’art pour mettre dans l’art le plus de vie.

	Or, pour eux, le projet de Bab Ezzouar est inabouti. «Les néons sont constamment allumés du fait de la faible clarté des lieux. Pour un pays de soleil, c’est un fâcheux contraste. Il n’ y a pas  assez d’ouvertures sur les façades, c’est lugubre. L’hiver, on y gèle, et l’été on y étouffe. L’architecte a utilisé trop d’espace à l’horizontale où le béton est prédominant. Bref, ce n’est pas du tout un lieu de vie agréable…» Halim Faïdi, architecte, 1er prix Garnier de l’académie française d’architecture, concepteur du MAE algérien et du Mama d’Alger, a rencontré il y a quelques années Oscar à Rio. Le grand maître avait invité l’élève, lui faisant part de sa passion intacte de l’Algérie et de ses innombrables projets à 102 ans !

	Le plan de charge n’avait pas l’air de lui faire peur. «Sa voix rocailleuse retentit : ‘‘bienvenue à vous’’, dit-il dans un français parfait. Je m’approche gauchement, l’embrasse sur les joues puis sur le front, par reflexe, comme pour marquer le respect que m’impose ma culture du ‘‘cheikh’’. Il sourit et me propose un siège près de lui. ‘‘Comment va mon Algérie ?’’ me demande-t-il. ‘‘C’est mon deuxième pays, vous savez ? Et je rêve de reprendre le bateau pour revisiter mes amis. J’ai eu des informations concernant un magnifique programme initié par le président Bouteflika. C’est une excellente idée de réunir l’Amérique du Sud et le monde arabe à travers une bibliothèque. Cela va dans le sens du développement du Sud. Mais, j’ai lu le programme qui définit les besoins du projet et il me semble faible’’.» Puis, Oscar de plonger dans son incomparable univers de lignes et de courbes.

	«L’architecture c’est très important, mais la vie c’est plus important. Alors, nous allons parler de la vie». Il nous raconte que tous les mardis,  il rencontre un professeur d’astrophysique qui vient lui donner une leçon, puis ils bavardent  durant  deux ou trois heures. «Nous devons beaucoup lire pour augmenter notre connaissance, dit-il comme un ordre. Il faut s’informer et se documenter, j’ai remarqué que plus j’avance dans la connaissance, et plus je m’aperçois que nous sommes petits.» Dans la discussion étendue, l’Algérie des rêves  d’Oscar devient le centre des débats.

	Un communiste convaincu

	Il avoue que ces dernières années, quand on lui demandait quel était son plus beau projet, il plaçait l’université de Constantine en tête de liste, puis celle d’Alger. Il dit que le projet n’avait jamais été achevé et qu’il manque tout l’environnement qui devait être le réceptacle des bâtiments et le lieu d’évolution des étudiants.
	Oscar raconte qu’il avait conçu dans les années 1970 un MAE pour l’Algérie : «J’avais offert l’esquisse, un très beau projet. J’ai aussi dessiné une très belle mosquée à la demande de mon ami Boumediène. Il m’avait demandé de concevoir une mosquée moderne, pour engager l’Islam et l’Algérie dans le troisième millénaire.»

	Un jour, occupé par un autre projet, Oscar s’endormit sur sa planche à dessin et rêva de la mosquée. Il se réveille en sursaut pour entamer aussitôt l’esquisse. Puis, il appela le président. Quand celui-ci vit les dessins, il s’écria, «Mais tu m’as fait une mosquée révolutionnaire !» Il faut révolutionner la révolution, répondit Oscar, car elle ne s’arrête jamais. Oscar a toujours vécu son travail comme sa façon d’être. Il n’en attend ni consécration, ni approbation, ni gloire, c’est pour lui du superflu, témoigne Lahcene Moussaoui, écrivain, poète, ancien ambassadeur d’Algérie au Brésil, ami de l’architecte à qui il a rédigé la préface de son livre sur Constantine.

	«Je crois qu’à travers et au-delà de sa personne, Oscar sollicitait un peu sa part d’Algérie, un pays où il a beaucoup réalisé, qu’il a aimé et où il a tissé un très fort réseau d’amitiés en compagnie d’autres camarades brésiliens exilés et en contact avec de nombreux leaders de mouvements de libération dans ce qui était appelé ‘‘La Mecque des révolutionnaires’’. Il y a vécu une expérience humaine et politique intense. Dans son amitié comme dans ses œuvres, Oscar est entier. Il ne recherche nul objectif, sauf celui d’être lui-même. Il a ses convictions et sa façon d’être, je m’y suis fait sans difficulté ! J’en sais grâce au destin de m’avoir fait rencontrer ce géant dans lequel j’ai personnellement beaucoup puisé.» A Constantine, en puisant dans la matière, Oscar a défié les lois de la nature avec ces deux palmes de 50 m sans support.

	Un poète, un rêveur

	Pour les réaliser, certains ont joué leur carrière à pile ou face, et il a réussi l’exploit «c’est devenu depuis une caractéristique des œuvres d’Oscar ; c’est qu’il a soumis le béton à son inspiration.» Oscar, au tempérament de feu, est aussi un entêté, peu enclin aux feux de la rampe. «Je n’y vais pas. Qu’il vienne ici s’il veut.» C’est Oscar qui parle. Sa fille, Anna, tente de le raisonner en lui expliquant qu’il ne s’agit pas de n’importe quel engagement : «C’est le président papa, tu dois y aller !» Niemeyer ne voit aucune bonne raison d’abandonner la routine de son bureau pour recevoir une médaille. Ceux qui le connaissent savent qu’il hait ce genre de flagornerie. On doit lui remettre l’Ordre du mérite culturel au Palais Capanema, siège du ministère de l’Education et de la Santé de l’Etat de Rio, un des symboles de l’architecture moderne brésilienne qu’il a dessiné avec d’autres dans les années 1930, Niemeyer n’y est pas allé. Le président Lula s’est rendu à son bureau de Rio.

	La cérémonie a finalement eu  lieu, Niemeyer aime bien Lula. Communiste historique, il a vu avec enthousiasme l’arrivée au pouvoir d’un ouvrier. Niemeyer a réalisé certains de ses plus beaux ouvrages après 80 ans ! «Quel architecte brésilien a réalisé ces vingt dernières années des œuvres d’aussi grande qualité et qui témoignent d’autant d’inventivité que le musée de Niteroi, inauguré en 1996 ou l’auditorium d’Ibirapuera, inauguré en 2005 à Sao Paulo ?», s’est interrogé le critique en architecture André Correa, auteur du livre Niemeyer, une architecture de la séduction. Ce qui est bouleversant, c’est que le dernier ouvrage a été réalisé alors que Niemeyer avait 97 ans ! Un génie moderniste qui a «bonifié» avec l’âge et qui demeure l’un des créateurs les plus originaux de ces cinquante dernières années. Bravo l’artiste !

	                                                                                      htahri@elwatan.com
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           <title>«Le mathématicien qui ne fait pas de calculs»</title>
           <author>Hamid Tahri </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Portrait</category>
           <pubDate>Thu, 09 Feb 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
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	«Les mathématiciens ont le droit de dire que leurs rêves, leurs préoccupations dépassent souvent de cent coudées les imaginations rampantes des poètes.»

	                                                                                            Apollinaire 
	Si l’homme du XXe siècle, celui qui a domestiqué les espaces et les profondeurs et parcouru un long chemin vers l’infiniment grand et l’infiniment petit n’arrive pas à s’affranchir de la bête qui sommeille en lui, à quoi lui auraient servi sa science, sa technologie, sa culture et tout son savoir», s’était exclamé l’ancien officier de l’ALN Hamoud Chaïd, en prologue à ses mémoires Sans haine ni passion, parus aux éditions Dahleb en 2005. C’est précisément dans ce livre, truffé de faits peu connus, que Zizi est cité : «Au PC de la Wilaya VI, on nous dirigea directement chez le colonel Si Cherif (Ali Mellah). Il y avait Abderrahmane Megateli, chargé à l’époque du secrétariat de la wilaya, et Abdelkader Zizi dit ‘‘speak lui’’, chargé de presse, tous deux lycéens, et le capitaine Abdelaziz», on était  en 1956.

	En décrivant les lieux, l’officier écrira : «La Wilaya VI m’apparut, a priori, très différente de la Wilaya IV. Elle différait par la configuration du terrain. C’était une étendue vaste et plate, où les forêts et les terrains accidentés étaient quasi inexistants, à l’exception de quelques monticules à caractère agricole offrant un accès facile et rapide aux interventions motorisées de l’ennemi. Notre maquis, ce fut en fait la population locale auprès de laquelle nous trouvâmes une large compensation».

	Zizi, comme la plupart des étudiants de l’époque, quitta les amphis pour faire la grève décrétée par le FLN et rejoindre le maquis. Sans a priori et sans calculs, Khelifa parle de cette période avec du recul, sans passion, avec cependant un brin d’émotion : «J’ai comme beaucoup de mes camarades accompli le devoir que m’indiquait ma conscience. Comme vous le savez, il y a des pages superbes et des pages  noires pour décrire cette période. Devant nos étudiants, je veux rappeler comment, en mai 1956, on a été amenés à la grève générale». Khelifa cultive une modestie ostentatoire. Plutôt que d’activer sa mémoire, c’est un jaillissement de bons mots, où les mathématiques tiennent le haut du pavé. On ne sait si c’est un débordement de passion ou une déformation professionnelle.

	Les mathématiques ?

	«Comment et pourquoi j’aime les mathématiques ? J’aimais tout ce qui a rapport avec la science, que ce soit la physique, la chimie, les sciences naturelles et les mathématiques. Ce qui est commun à tout cela, c’est le raisonnement et la logique. Alors qu’en mathématiques ces deux éléments suffisaient, ailleurs il fallait ajouter une certaine intuition avec la réalité. Là, je me trouvais moins doué, pourtant je faisais beaucoup d’efforts. C’est à l’université que j’ai pris définitivement la voie mathématique. En 1960-61, lorsque j’ai pu reprendre les études, on venait d’introduire les mathématiques modernes : c’était la révolution, les mathématiques ont pris leur indépendance. Je me trouvais en terrain conquis. Vous savez, en classe de première, en 1953, j’ai obtenu le prix du meilleur élève de mathématiques du lycée Duveyrier, actuel Ibn Rochd de Blida. Le chahid Cherif Benarbia était mon ami, bien qu’il était élève externe, alors que j’étais interne. Ce qui nous rapprochait, c’étaient les mathématiques. Durant les trois dernières années du lycée, il y avait une grande émulation entre nous. A l’intelligence, Cherif ajoutait la gentillesse, ce sont ces qualités qui m’ont amené à souhaiter la création d’un prix de mathématiques qui sera, je l’espère, financé par la vente des livres que j’offre à l’université algérienne.»

	Engagé très jeune

	En 1956, coup d’arrêt, Khelifa monte au maquis. Il y passera trois années, dans les Wilayas IV et VI, son parcours est saccadé et contrasté.Khelifa est né dans la charmante ville de Koléa en juillet 1935. Il y fait sa scolarité qu’il poursuit au lycée Duveyrier à Blida. Il obtient son baccalauréat en 1955. Jeune intellectuel engagé, il participe de 1956 à 1959 à la révolution algérienne au sein de l’ALN. Il commence sa carrière universitaire à Orsay (université de Paris XI, en 1960, et obtient son doctorat de troisième cycle en 1967, puis soutient sa thèse de doctorat d’Etat à l’université de Paris XIII en 1975. Ses travaux portent sur la théorie de diffusion pour une classe d’opérateurs de Schrödinger avec des potentiels asymptotiquement coulombiens.
	Il est assistant à l’université de Reims de 1967 à 1970, puis maître assistant du centre scientifique et polytechnique de Paris de 1971 à 1974 et maître de conférences en 1975.

	Un matheux assidu

	Il enseigne durant l’année 1975/1976 à l’université d’Oran, où ses cours sont publiés par l’OPU et connaissent à ce jour un grand succès tant auprès des étudiants que des enseignants. Il retourne à Reims (1977-1980), ensuite comme professeur agrégé de 1980 à 1986, et enfin maître de conférences titulaire de 1986 à 1999. Khelifa a rédigé la nouvelle version du cours de l’Ecole polytechnique de Laurent Schwartz* à la demande de ce dernier, parue entre 1991 et 1993 (4 tomes). Il s’est fixé comme objectif, ces dernières années, de réécrire toutes les mathématiques selon la vision des choses dans une collection destinée aux universitaires.Bouregaâ Lakhdar, ancien commandant de la Wilaya IV, témoigne : «J’ai connu Zizi au maquis. Il était dans ce qu’on appelait le SPI (Service presse et information) de la wilaya historique. Il faisait équipe avec les intellectuels comme Boualem Oussedik, Abdellaoui qui avait étudié au Caire et a été l’un des rares à tenir tête par la suite au colonel Boumediène qui était son camarade de classe. Je sais que Zizi se faisait le plus discret possible. Il ne parlait pas beaucoup, et lorsque le temps le lui permettait, il plongeait dans ses escapades mathématiciennes. D’ailleurs, à l’indépendance, il renoua vite avec sa passion. Je sais qu’il a écrit bon nombre de livres consacrés à ce domaine. Je sais aussi, pour l’avoir accompagné dans sa volonté d’éditer, qu’il a eu d’énormes difficultés avec l’OPU qui refusait d’exaucer son vœu, alors qu’il offrait gratuitement ses travaux aux étudiants. Quel gâchis !» 

	Nul n’ignore l’apport des mathématiciens arabes et musulmans à l’histoire des sciences du Xe au XVIe siècles, notamment la mathématique concrète qui répondait à des besoins de la société et qui va développer des outils pour résoudre des problèmes d’arpentage, d’architecture, de mécanique, de physique. Dans ce domaine, il n’y a pas de miracles, ce sont avant tout des accumulations, des imbrications et des constructions sophistiquées, et bien souvent pour résoudre un problème complexe, il faut s’appuyer sur tout l’héritage des prédécesseurs, avait conclu le professeur en histoire des mathématiques à l’université de Lille et rédacteur de nombreux ouvrages, Ahmed Djebel.

	L'école est-elle sinistrée ?

	Khelifa est d’accord pour dire qu’on a un peu assombri le paysage et que l’université algérienne n’est pas aussi malade qu’on le dit : «A l’époque de l’Algérie française, il y avait une seule université en Algérie dans laquelle nous étions minoritaires. Quand on parcourt l’Algérie maintenant, on est frappé par le nombre fantastique d’universités et de grandes écoles. Dans ces lieux, il y a des hommes et des femmes compétents. Il faut savoir que l’avancée en recherche mathématique ne nécessite pas de moyens matériels énormes. Il faut seulement assurer à l’enseignant un salaire décent, qu’il soit sûr de disposer de revues mathématiques internationales et la possibilité d’assister à un ou deux colloques internationaux en-dehors du pays par an. Lorsque ces points sont réglés, on peut faire confiance à nos enseignants-chercheurs.»

	Khelifa ne croit pas beaucoup à la «sinistrose» qui étoufferait l’école algérienne. «Là aussi, je suis peu qualifié pour répondre. Les relations que j’ai avec beaucoup d’enseignants de l’université algérienne m’inciteraient à répondre négativement à cette question au niveau universitaire. Peut-être y a-t-il un gap entre le secondaire et le supérieur à cause de la rupture de la langue utilisée au secondaire, arabe, et au supérieur, français, pour les mathématiques.» Tout comme notre chercheur réfute le «complexe» des forts en maths. Pourquoi se reconnaît-on plus facilement nul en mathématiques qu’en français ?

	La bosse appartient au dromadaire (le chameau en a deux, je crois). Non, il n’ y a pas de bosse des mathématiques, les mathématiques sont une langue qui utilise pour s’exprimer le langage ordinaire, cette coexistence est la source de tous les maux des personnes qui se disent nulles en maths. Aujourd’hui, à 77 ans, Khelifa trouve dans chaque heure de son existence de bonnes, d’excellentes raisons de vivre. Le seul ennui qu’il trouve à la vieillesse, c’est de voir disparaître ses amis.

	
	 

	* Lautent Schwatz, pour rappel, décédé en 2002, est un mathématicien français, lauréat de la médaille Fields (l’équivalent du prix Nobel pour les mathématiques en 1950 pour sa théorie des contributions), premier Français à recevoir cette distinction internationale. Il est aussi signataire du Manifeste des 121 pour l’arrêt de la guerre d’Algérie et la défense des droits de l’homme.
	htahri@elwatan.com
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           <title>Le foreur prodige, dompteur de feu</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Portrait</category>
           <pubDate>Thu, 26 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
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	«On ne juge pas du mérite d’un homme seulement par ses grandes qualités, mais par l’usage qu’il en sait faire.» 
	Un parcours professionnel impressionnant peu connu en raison de la discrétion de son auteur, tellement réservé qu’il frise l’effacement. La timidité de l’homme, légendaire, rime avec simplicité et modestie.
	Natif de la chaleureuse et hospitalière ville d’El Goléa, au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Brahimi reste sans doute l’une des figures de proue de la société pétrolière Sonatrach, étant l’un de ses plus anciens serviteurs. Il s’est lancé très jeune dans l’odyssée de l’or noir. Du haut de ses 73 ans, il nous décline son curriculum vitae, livrant un itinéraire flamboyant entamé en 1956. Ce mécanicien raté, car il est arrivé dans le domaine du forage presque par pur hasard, alors qu’il espérait suivre les traces de son père graisseur, a fait du chemin pour devenir l’un des foreurs les plus connus à travers le monde, sollicité ici et là pour son expérience et ses compétences reconnues.

	Il avait 15 ans, et son premier travail comme aide-géologue auprès de la Compagnie des pétroles d’Algérie, filiale de la Shell, consistait à préparer les échantillons pour les spécialistes «mais ses regards envieux étaient constamment rivés vers la sonde qui exerçait en lui un attrait fascinant. Plus d’un demi-siècle après, cet attrait est toujours entier», confie l’un de ses anciens collègues, Charif Ahmari.
	Brahimi a pleinement réussi, et la réussite n’est-elle pas souvent qu’une revanche sur le bonheur ?

	
	Un destin unique

	
	Les circonstances de l’époque l’ont grandement aidé. C’était la ruée vers l’or noir nouvellement exploré. Symboles du boom économique dans les années cinquante, les puits pétroliers avaient attiré des milliers de travailleurs courageux, délaissant leur milieu naturel et bravant moult entraves pour rejoindre ces nouveaux eldorados. Ils ont travaillé dur, au péril de leur vie parfois, solitaires, mais toujours solidaires pour former  une communauté forte et fière à la fois.
	Mohamed s’engouffra dans cette voie avec cette ambition de percer dans  le métier de foreur. Son supérieur l’encouragea à prendre des cours d’anglais et l’inscrivit à un cycle de formation où l’on dispensait des cours de chimie et de physique.
	En 1956, il décrocha son premier poste d’ouvrier de plancher. Le soir, il lisait des revues, des manuels et des notices spécialisés. Puis il obtint son premier excellent résultat, le poste de second, puis celui de maître-sondeur de forage.

	C’était le premier Algérien à se hisser à ce niveau. Son irrésistible ascension ne pouvait s’expliquer seulement par ses connaissances acquises dans le cadre de sa scolarité et le stage de 3 mois effectué en France. C’était plutôt cette part d’intelligence qui a aidé M. Brahimi à accéder à ce niveau de l’échelle, et c’est ce qui a présidé à la  décision de ses responsables de l’initier à l’organisation des chantiers de forage. Comme le pétrole ne coule pas de source, on imagine les énormes efforts consentis pour l’extraire de sous terre. Mohamed réussira son pari. Faire aisément ce qui est difficile aux autres, n’est-ce pas là la marque du talent ? En 1957, notre foreur est affecté dans la région de Hassi Messaoud puis dans la région d’Ohanet. Le souvenir vivace est parasité par des images dures, parfois dramatiques. On n’oubliera jamais les gerbes d’étincelles qui s’écrasent sur le visage, les fumées acres respirées malgré soi, la chaleur torride, bref, les pénibles conditions dans lesquelles les foreurs travaillaient.  
	Après avoir suivi un stage de formation en qualité d’élève maître-sondeur à l’Institut français du pétrole, il exerça de 1960 à 1966 en qualité de chef de poste (maître-sondeur) à la compagnie languedocienne des pétroles.

	
	Reconnaissance méritée

	
	Sa curiosité l’entraîna à se perfectionner dans le forage dont il devint vite l’un des techniciens les plus doués. Il fut détaché auprès de l’équipe de Red Adair entre 1961 et 1962, chargée de maîtriser la grande éruption de l’époque à Gassi Touil, appelée le «briquet du diable». La mission a duré huit mois, jusqu’à la maîtrise totale du sinistre. La flamme atteignait 160 m de haut. Et lorsque Sonatrach vint au monde en 1966, Mohamed n’hésita pas un instant à rejoindre la grande entreprise algérienne qui l’affectera à Hassi Messaoud puis à El Borma. Dans cette dernière station, ils ont dû patienter de longs mois sous une chaleur suffocante dans un décor uniformément plat, avant de voir le premier jet de ce liquide noir tant précieux.
	En 1962, promu chef de poste, il appréhenda sa nouvelle mission. C’est alors qu’un sage lui susurra à l’oreille qu’il n’en fallait pas beaucoup pour réussir : juste un peu de connaissances, beaucoup de patience et plein de bon sens.

	En 2002, Mohamed fait partie de la délégation algérienne à un forum en Irak. Il est présenté au ministre irakien du Pétrole comme expert des hydrocarbures avec ses 40 ans d’expérience. Le  ministre irakien rétorqua : «Ce monsieur n’est pas expert, c’est un champion.» En fait, Brahimi a été honoré par l’immense Red Adair, le pompier volant qui a émis cette sentence fort élogieuse, un jour en pleine tourmente, dans ce généreux désert algérien : «Je suis le Brahimi américain lui Brahimi, c’est le Red Adair algérien.»
	Son temps libre, Mohamed le consacrait à la maîtrise de l’anglais : «Un géologue hollandais, me voyant attiré par tout ce qui était écrit dans la langue de Shakespeare, m’a donné plus que des rudiments dans cette langue. Cette langue me passionnait à telle enseigne que je déchiffrais tout ce qui me passait sous le nez, jusqu’aux notices des équipements. J’étais très curieux. Et parce que je parlais anglais, Red Adair me remarqua en novembre 1961 lors de l’éruption de Gassi Touil.»

	
	Un exemple de sérieux

	
	Brahimi venait de surgir dans le domaine des éruptions de puits de pétrole. Ce gigantesque feu a duré 167 jours. Recruté par Aït Lhoussine en 1966, notre homme a passé sa carrière à éteindre les incendies pétroliers sur les chantiers de forage. En langage de foreur, on appelle cela une éruption, une venue ! Brahimi peut s’enorgueillir d’avoir travaillé aux côtés du spécialiste américain et pionnier, Red Adair, puis il a collaboré avec Richard Hattburgh et Budd. Leurs techniques s’appuient sur l’utilisation des explosifs, des canons à eau, de la boue, des engins de transport avec treuils.
	En 2004, il prend sa retraite, mais ses connaissances et son expérience sont sollicitées par Red Med. «J’ai assisté à une table-ronde en mai 2010 dans le cadre de l’OTC (Offshore technologie conférence) aux USA. J’ai été consulté pour donner mon avis sur l’éruption survenue sur la plateforme en offshore de BP dans le golfe du Mexique.» Son procédé était d’étouffer le feu par les profondeurs ou le principe des vases communicants. Mohamed avait représenté l’Algérie en tant que consultant chez Red Med. Bien que globalement satisfait de son parcours, Mohamed a un regret, celui de n’avoir pas eu la chance de monter un puits-école à l’ENTP – le projet a failli être lancé sur une ancienne plateforme qui devait servir de lieu de simulation. L’encadrement existant à loisir, M. Achek, qui s’occupait déjà de la prévention des éruptions, était dans le programme.  Cette idée a germé lors d’une visite d’un centre de simulation en Italie près de Milan.

	«C’est un puits de valeurs humaines, son immense bonté n’a d’égale que sa profonde modestie. Rieur, plaisantin, humain, il a toujours un mot réconfortant pour les autres», témoigne Abdeslam Benmesbah qui l’avait connu déjà en 1972. «Vif d’esprit, Mohamed avait toujours une solution pour décoincer l’outil et relancer la mécanique.
	Personnellement, j’ai beaucoup appris à ses côtés. Non seulement, c’était le doyen, mais c’était pratiquement un père pour nous, un homme exemplaire, que ce soit dans le travail, dans la discipline ou dans la conduite de tous les jours. Je me souviens de sa mission à Nezla à quelque 130 km de Hassi Messaoud, où il est parti avec MM. Djenane et Ghelghoum. Ils ont préparé un programme pour maîtriser un immense incendie – le risque était grand et le danger omniprésent – Mohamed a eu plusieurs missions de ce genre. Toujours couronnées de succès.» On s’imagine les flammes dantesques qui jaillissent dans la nuit illuminant l’horizon. Le feu est partout, le risque est incalculable.

	Et Brahimi, qui n’a pas les moyens des Américains ni leur lourde logistique, se débrouille toujours grâce à un système D, propre à lui, pour étouffer le feu. Parmi ses idées-force, qu’il s’échine à appliquer sur le terrain, Brahimi nous exhorte «à apprendre à partir des erreurs des autres, car on ne vivra jamais assez longtemps pour les faire soi-même. Les bonnes idées n’ont pas d’âge, elles n’ont que de l’avenir», répète-t-il.
	C’est le message que Mohamed veut adresser à la jeunesse algérienne qui ne doit compter que sur elle-même pour assurer son avenir. «Il faut surmonter les contraintes liées à la modernité, car les jeunes ont tendance à céder au prêt-à-porter technologique et numérique et négliger l’esprit créatif.»
	Paroles sages d’un homme qu’il a toujours été.
	
	
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           <title>Mohamed Bencheneb raconté par son fils</title>
           <author>Hamid Tahri </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Portrait</category>
           <pubDate>Thu, 19 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
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	«Les pieds de l’orphelin apportent de la boue même pendant la période caniculaire.»                                 

	                                                                   Bencheneb 
	Le 7 février prochain, 83 années seront passées depuis la disparition du savant, Mohamed Bencheneb, professeur émérite, polyglotte, poète, dont la première publication, qui date de 1895, traite de La plantation à frais commun en droit malékite, mais il ne reviendra plus aux questions de jurisprudence. Sa curiosité de bon instituteur et son désir de montrer ce qu’on doit aux musulmans en matière d’éducation lui inspirent l’heureuse idée de faire connaître des notions de pédagogie musulmane (1897) puis une «lettre sur l’éducation des enfants» du philosophe Ghazali (1901). Puis ce fut une fulgurante ascension permettant à notre chercheur de figurer parmi ses illustres pairs de la société savante, très réduite à travers le monde. Mais qui est au juste Mohamed Bencheneb, dont une rue à La Casbah porte son nom ? Mohamed est né près de Médéa dans un village appelé Takbu, le 26 octobre 1869.

	La famille tirait ses ressources du travail de la terre et d’un peu d’élevage. Le jeune enfant étudie à l’école coranique puis à l’école primaire française et au collège de Médéa puis il part en 1886 suivre les cours de l’Ecole normale d’instituteurs d’Alger. Les élèves musulmans y suivaient des cours, séparés des autres élèves dans une section appelée cours indigène. Mohamed obtint le Brevet de capacité d’instituteur après deux ans d’études, en juillet 1888. Il est nommé instituteur adjoint à Sidi Ali Tamdjaret le 15 octobre 1888 à l’âge de 19 ans, et occupe ce poste nouvellement créé pendant 4 ans. En octobre 1892, il est nommé instituteur indigène-adjoint à l’école Fatah, dans La Casbah, où il va enseigner pendant six ans.

	Cette période va être décisive pour sa formation. C’est ainsi qu’il étudie l’hébreu au lycée, ainsi que l’arabe auprès du cheikh Abdelhalim Bensmaïa (1866-1931) à l’école des lettres, il suit les cours des savants qui font le renom des études arabes et orientalistes à Alger comme Aboulkacem Bensdira, Edmond Fagan et surtout René Basset à qui souvent Mohamed Bencheneb a souvent été comparé.

	Un érudit exemplaire  

	Mohamed étudie la théologie, le hadith, la géologie, l’hébreu auxquels il joint la connaissance du latin, de l’espagnol, de l’allemand, de l’anglais, du persan et du turc. Ce qui lui permet d’obtenir le diplôme d’arabe de l’Ecole des lettres d’Alger le 19 mai 1894, ainsi que la première partie du baccalauréat en 1896. Il est atteint de variole. Après avoir remplacé son maître, Bensdira, à l’Ecole des lettres, il est nommé professeur à la medersa El Kattaniya de Constantine. Il y reste  3 ans avant de succéder au professeur El Ashraf à la medersa Thaâlybya d’Alger. Il se marie et épouse, le 15 décembre 1903, Houria Kateb, fille du deuxième imam de la Grande Mosquée d’Alger, avec laquelle il aura 9 enfants.

	C’est en 1905, au XIVe Congrès international des orientalistes à Alger que Bencheneb révèle ses mérites scientifiques qui vont le faire connaître bien au-delà de nos frontières.En 1920, Bencheneb devient membre de l’Académie de Damas, nouvellement créée, et en 1922, il est admis au grade de docteur es lettres devant un jury de l’université d’Alger. Sa thèse principale est consacrée à Abou Dolama, «poète bouffon de la cour des premiers califes abassides», sa thèse complémentaire aux mots turcs et persans conservés dans le parler algérien.

	Décédé relativement jeune, à l’âge de 60 ans, Mohamed Bencheneb aura laissé une empreinte indélébile, non seulement dans la culture algérienne, mais dans le champ culturel universel, car ce savant a été un véritable pont entre la culture arabe et la culture occidentale. Son œuvre bilingue englobait de nombreuses branches des lettres et des sciences humaines dans des domaines aussi étendus que le droit musulman, la théologie, la linguistique, la poésie, la philosophie, l’histoire et la littérature comparée… Comme le note Abderrahmane Djillali : «Cette vie de savant d’une richesse étonnante n’est pas seulement exemplaire pour la somme de travail qu’elle représente, pour l’énorme labeur qui permet à Bencheneb d’obtenir respect et considération. Elle est également symbolique d’une identité qui a su s’affirmer dans des circonstances difficiles.»

	Bencheneb est père de 4 filles et 5 garçons, Saâdedine (1907), Larbi (1912), Rachid (1915), Abdelatif (1917) et le dernier Djaffar.
	Djaffar, qui nous a courtoisement reçus chez lui à Alger, nous a longuement entretenus de la saga des Bencheneb. Djaffar a fait ses études primaires à St-Eugène, secondaires au lycée Bugeaud et la faculté d’Alger où il a beaucoup appris auprès de Hadj Sadok et des Pères. Interprète judiciaire, il a prêté serment le 6 août 1956 à  Alger. Il a exercé à Mascara. Un incident au tribunal lui vaudra des démêlés avec le procureur, avec au bout, une mutation, non pas au tribunal, mais au juge de paix de Médéa. Il refusera le poste et démissionnera. Il passe le concours de bibliothécaire, et se spécialise dans les manuscrits arabes.

	A l’indépendance, il contribue à la formation de générations dans cette spécialité, jusqu’en 1970, où il change de cap. Il est nommé administrateur au ministère des Finances, puis chef de secteur jusqu’à la retraite en 1990. Djaffar évoquera son frère, l’incontournable Saâdedine, qui a succédé dans la même faculté à son père. Formé aux humanités classiques, latiniste, helléniste et l’amour de la culture arabe fut tel qu’il choisit de s’y spécialiser pour mieux l’honorer. Bilingue, il offrait ainsi un merveilleux exemple d’équilibre et d’harmonie dans la plus pure tradition de savants méditerranéens. Professeur de lettres, il exerça à Médéa, à la medersa d’Alger et au collège Saddiki de Tunis.

	Ses liens avec la résistance gaulliste contre le nazisme lui font offrir un poste de ministre plénipotentiaire à Djedda (1947-1949). Saâdedine a représenté l’Algérie dans de nombreux congrès. Maître de conférences à la faculté des lettres d’Alger en 1962, il est nommé doyen (1964) avant d’être réélu à ce poste en 1967. Il décéda en 1968. Quant à Rachid, l’autre frère, il eut une carrière tout aussi remplie, pratiquement dans le même domaine.

	Polyglote, tolérant  

	Djaffar, le fils cadet n’a pas beaucoup connu son père. Il en garde cependant des images bien incrustées dans sa mémoire. «De retour d’Oxford en 1928, où il a présenté une communication sur Ibn Khatima, poète andalou dont l’intégralité est parue dans la revue Echihab, nous piaffions d’impatience, mon frère Saâdedine et moi, sur le quai du port d’Alger. L’image du bateau qui accostait et surtout la vue de mon père m’avaient fasciné. Mon père était impressionnant dans sa tenue traditionnelle. Je me souviens aussi qu’on partait souvent durant les vacances scolaires à Aïn D’heb près de Médéa. Nous passions des moments inoubliables dans les champs.

	En fin d’après-midi, mon père prenait son cartable et se mettait sous un jujubier où il s’adonnait à de longs moments de lecture. Il s’y sentait dans sa peau. Il disait qu’il allait presque en pèlerinage à Médéa où il se ressourçait et où ils se sentait à son aise. Il a toujours conservé sa tenue traditionnelle même quand il est parti à la Sorbonne où il  a été invité à superviser le concours d’agrégation d’arabe. Lorsque certains l’apostrophaient, à propos de cette tenue, il ne dissimulait pas sa fierté. C’était un acte de résistance de grande portée. Le président de l’université de Damas, M. Kourdali, lui témoignait une amitié affectueuse et le félicitait pour ses travaux et l’apport inestimable apporté à la science et à la connaissance.

	Mon père était d’une grande rectitude et avait horreur du favoritisme, et encore plus de la discrimination. Je me souviens que lorsque j’étais interprète judiciaire à Mascara, j’ ai été invité par Tahar,  ancien membre de l’UDMA et élève de mon père, qui était président du jury du baccalauréat. Tahar m’avait raconté cette anecdote : «Il avait eu 2 sur 20 dans l’épreuve d’arabe, et était pratiquement éliminé de l’examen. Parallèlement, les membres du jury étaient ennuyés par un 0 sur 20, infligé à une fille d’un colon haut placé, ils sont allés voir mon père en l’exhortant à davantage  d’indulgence, que pensez-vous qu’il fit ? Il réclama une balance et posa la feuille de Tahar sur un plateau de la balance et celle de la fille sur l’autre.

	Perplexes, les membres du jury avaient compris la symbolique égalité, ils seront lotis à la même enseigne et bénéficieront tous des deux de la mansuétude du jury en décrochant leur examen.» Mon père allait faire ses emplettes au marché de Djamaâ Lihoud, en plein cœur de La Casbah. Un jour, en pleine canicule, il revenait avec deux couffins bien chargés, exténué, il n’eut d’autre endroit pour souffler un peu et se reposer que la statue du duc d’Aumale. L’agent qui veillait sur les lieux, le somma de dégager afin de ne pas salir cette stèle : «Tu vas tout de suite partir», mon père lui rétorqua que lui aussi partira tôt au tard ! Je  ne vous cache pas que j’ai mieux connu mon père à travers ses écrits, son parcours parle pour lui.

	Son apport se dégage dans les riches travaux qu’il a réalisés en direction de la culture musulmane. C’était un Algérien authentique, fier de ses origines, de sa culture. Il voulait montrer aux Européens que l’indigène qu’il était pouvait faire mieux qu’eux. Mon père a, à son actif, de nombreuses publications, en exploitant des manuscrits avec des traductions, pour montrer que l’Algérien a un passé historique, culturel avec un patrimoine matériel et immatériel d’une richesse inouïe.

	Une morte précoce

	Sa vie n’a pas été un repos. Je peux vous signaler que le professeur Cour, qui a obtenu son doctorat en 1920, a fait l’impossible pour que mon père ne puisse pas accéder aux distinctions en tentant de l’empêcher de subir ses examens. Car Cour, au-delà de ses bagages intellectuels, était un officier supérieur de l’armée.  Malgré toutes les entraves, mon père a pu se frayer un chemin par ses travaux reconnus et dont on citera les plus connus. Sa thèse sur la poésie de Abu Doulama et une autre sur les mots turcs et persans conservés dans le parler algérien. Nul n’ignore la place privilégiée qu’occupent dans le langage les proverbes Ces flambeaux qu’éclairent les discours.

	Bencheneb a personnellement recueilli nombre de ces proverbes, surtout à Alger et Médéa. Il a puisé également dans un certain nombre d’ouvrages en donnant la traduction accompagnée d’explication, en allant jusqu’à chercher les équivalents en français et ceux usités dans les autres pays arabes. Bencheneb avait écrit sur la vie civile en Algérie en s’appuyant sur des poèmes exquis du parler algérien.  Kaddour M’hamsadji, écrivain, ne cache pas qu’«il a eu recours aux travaux de Bencheneb consacrés aux rituels et tout ce qui a trait à la vie civile en Algérie, pour étayer son livre El Casbah Z’man où les cérémonies de mariage, de naissance, de circoncision et de mort sont bien explicitées.» Retour à Djaffar qui nous transporte dans son univers plein de souvenirs. On habitait Saint-Eugène, un jour, je revenais de l’école, lorsque ma mère m’interpella, je savais que quelque chose de grave venait de se passer. Elle m’ordonna d’aller embrasser mon père pour la dernière fois. On l’avait ramené de l’hôpital, il n’avait pas survécu à une opération chirurgicale …            

	
	Si tahri@elwatan.com</description>
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           <title>«Ce qui se passe en Syrie est criminel»</title>
           <author>Hamid Tahri </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Portrait</category>
           <pubDate>Thu, 12 Jan 2012 01:00:00 +0100</pubDate>
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	«Quand je regarde l’Histoire, j’y vois des heures de liberté et des siècles de servitude.» Joubert 
	On a beau avoir interviewé des dizaines de personnalités, l’idée de rencontrer le docteur Makhous suscite une vague appréhension, voire une inquiétude, tant l’homme a plusieurs facettes et qu’il est bien épineux de savoir par quel bout l’attraper. Et, ce qui complique encore les choses, c’est que le docteur, alité et fatigué, est doublement malade. Physiquement, et on le constate à travers sa silhouette frêle et ses yeux brillants interrogateurs, mais surtout affecté moralement suite au deuil qui continue de frapper son pays pour lequel il s’est bien battu, bien qu’il précise que son combat dédié au nationalisme arabe dépasse ces horizons limités et que son idéal transnational est toujours d’actualité, en dépit des convulsions qui affectent le monde.

	Le printemps arabe ? Il préfère indubitablement le climat doux et rassurant qui règne en cette paisible soirée hivernale de janvier, où il nous reçoit en son domicile, sur les hauteurs d’Alger. Il craint que les révolutions entamées, largement parasitées, ne puissent aboutir. Son ami, le commandant Lakhdar Bouragaâ, ancien chef de la Wilaya IV, qui nous accompagnait, le décrit comme faisant partie de ces «héros anonymes qui se sacrifient pour leurs idées et qui n’attendent rien en retour. Brahim a pris part à la Révolution algérienne en sa qualité de médecin et a aidé à l’émergence de la médecine algérienne naissante après l’indépendance. Les gens de cette trempe, il faut leur tirer chapeau bas pour l’ensemble de leur œuvre. Et la patrie reconnaissante ne doit jamais les oublier».

	Brahim n’aime être que lui-même, pas plus, pas moins. Dans ses souvenirs émerge la position ferme du président Boumediène, qui avait mis en garde Hafez El Assad contre toute tentative nuisible à l’intégrité physique du docteur Makhous, objet de plusieurs tentatives d’assassinat préparées par les moukhabarate syriennes. Le docteur Makhous a participé à la Révolution algérienne, a occupé de hautes fonctions dans son pays avant de revenir à Alger pour exercer à l’hôpital Mustapha Bacha, où il a passé plus de trente ans au service de chirurgie.                                                                                                          

	Le docteur Makhous incarne la participation des volontaires arabes venus s’engager aux côtés de leurs frères algériens dans leur lutte contre l’occupant français. Les historiens relèveront que la nation arabe a joué un rôle prépondérant dans le soutien à la question algérienne, à travers une solidarité matérielle et morale multiforme, à telle enseigne que les positions internationales à l’égard de la Révolution algérienne furent fortement liées à la force du soutien et de la sollicitude des pays arabes. C’est ce qu’exprimait M’hamed Yazid, ancien ministre du GPRA : «Notre action dans les pays arabes ne fut pas uniquement motivée par le soutien et l’appui, parce que cela était totalement acquis. Mais nos contacts avec nos frères arabes consistaient à définir le mode de coordination pour faire parvenir l’aide financière et militaire en Algérie et œuvrer sur le plan international à acquérir l’appui matériel et moral à la question algérienne.»                                                  

	Engagement précoce

	L’observateur des positions arabes, à l’égard des développements qu’a connus l’Algérie, a pu constater que la présence arabe n’a jamais fait défaut, malgré le fait que nombre de pays arabes étaient soumis à la domination étrangère. Mehri Abdelhamid, vieil ami de Makhous, qu’il connaît depuis plus d’un demi-siècle, ne tarit pas d’éloges sur l’attitude courageuse du docteur Makhous «qui a combattu à nos côtés avec la détermination qui est la sienne. Le hasard a voulu qu’on devienne voisins à Alger, ce qui a renforcé davantage nos liens.» Mehri insiste sur l’apport du monde arabe à la révolution. Les manifestations de soutien arabe étaient diversifiées, allant du soutien financier à travers les dons populaires et les donations étatiques pour couvrir les différents besoins de la révolution, à l’appui militaire à travers l’envoi d’armes et de munitions, ainsi que le soutien médical consistant en médicaments et soins prodigués aux moudjahidine algériens blessés dans les hôpitaux arabes. Et enfin, il y avait les volontaires arabes qui avaient participé à de nombreuses batailles militaires dans les territoires algériens aux côtés de l’ALN.

	Parmi les autres aspects de l’appui et de la solidarité arabes avec le combat du peuple algérien, on citera les facilités accordées par les gouvernements arabes aux étudiants algériens en vue de poursuivre leurs études dans les écoles, instituts et universités arabes. En effet, des promotions entières d’étudiants, dans les différentes spécialités, furent formées et constituèrent un puissant moteur à la révolution à travers les sacrifices consentis par ces étudiants, que ce soit à travers la lutte armée ou la médiatisation de la question de leur pays à l’étranger et même leur expérience dans la mise en place des fondements de l’Etat algérien indépendant.

	Progressiste, révolutionnaire, Makhous, qui est né en 1928, dans le village qui porte son nom, près de Lattaquié, insiste avec fierté pour dire que le parti Baath est né dans cette contrée, toujours à l’avant-garde. Son intégration à la Révolution algérienne s’est faite presque mécaniquement. «Epouser la cause algérienne et rejoindre la lutte armée contre l’occupant français était un rêve, un devoir sacré, en même temps qu’un honneur indescriptible», coupe-t-il. «On était jeunes. On était enthousiastes à l’idée de rallier nos camarades dans le combat. En vérité, notre désir d’être au front nous étreignait dès le départ, mais nos amis algériens, au déclenchement de la guerre, ne voulaient rien entendre et surtout ne pas précipiter les choses. Ils nous disaient que la révolution avait davantage besoin de cadres dans les différents domaines que de combattants, en nous exhortant à poursuivre nos études de médecine et à les achever. Ce qui fut fait en 1957, où notre vœu de rejoindre la lutte a été exaucé. On était six médecins frais émoulus à nous jeter dans le bain : Noureddine El Atassi, qui présidera par la suite aux destinées de la Syrie, Youcef Zaine, Sefouh El Atassi, Salah Essayed, Ryadh Bermada et moi-même.

	C’est là que Brahim se liera d’amitié avec Abdelhamid Mehri, alors représentant du FLN à Damas. Notre premier contact eut lieu dans la capitale syrienne avec un dirigeant de la révolution, en l’occurrence le colonel Ouamrane. Nous avions voyagé avec lui au Caire puis en Libye, où nous attendait le chef du bureau FLN dans ce pays, Bachir El Kadi, qui nous a fourni de faux documents et de fausses identités pour gagner la Tunisie. Comme nous étions affiliés au Baath qui avait des influences partout, nous avions pu acquérir des quantités de médicaments et le nécessaire pour effectuer des opérations chirurgicales.» A Tunis, la délégation médicale syrienne a été accueillie par le docteur Tedjini Haddam, responsable des services de santé de la révolution, qui refroidit quelque peu les ardeurs et l’enthousiasme des recrues en les fixant à Tunis. Eux qui voulaient d’emblée trancher dans le vif et rejoindre le front du combat pour en découdre avec l’ennemi.                                                                                                   

	à la frontière algéro-tunisienne

	Après moult tractations, une voie médiane a été trouvée : «les volontaires syriens iront exercer à la frontière algéro-tunisienne où était basée l’armée des frontières. Là, ils approcheront les leaders de la révolution : Krim Belkacem, Ouamrane, Boussouf, Bentobal, Mohammedi Saïd, docteur Aït Idir, docteur Aït Ahmed, et Bachir Mentouri que Brahim considère comme le père de la médecine algérienne et dont il s’enorgueillit d’avoir exercé avec lui durant de longues années après l’indépendance, à  l’hôpital Mustapha. Ali Kafi, alors colonel, a bien connu les volontaires syriens qui ont travaillé sous son autorité à la frontière algéro-tunisienne : «Les volontaires étaient les seuls parmi les sympathisants arabes à s’impliquer directement dans la lutte que nous menions. Et dans le lot de ces médecins révolutionnaires, trois d’entre eux occupèrent à la fin des années cinquante d’importantes fonctions. Ainsi, El Atassi deviendra président de la République syrienne, Youssef Zaine chef de gouvernement, et Brahim Makhous ministre des Affaires étrangères. Lors de mon séjour à Damas en qualité d’ambassadeur, j’ai pu renouer avec eux des relations amicales, fraternelles et familiales.»                                                  

	Coup d’état de Hafez

	En 1971, Noureddine El Atassi et son équipe ont été renversés par le coup d’Etat de Hafez El Assad et envoyés en prison. «En 1990, lorsque j’ai accédé au poste de secrétaire général de l’ONM, j’ai adressé une longue lettre au président Assad dans laquelle je lui ai demandé de libérer El Atassi et ses camarades, avec mon engagement moral de les recevoir en Algérie, sans aucune incidence négative sur les relations algéro-syriennes.» Après la défaite au sortir de la guerre des Six-Jours, un grave différend opposa El Atassi et ses amis à El Assad alors ministre de la Défense, à propos des priorités de la Syrie qui venait de divorcer d’avec l’Egypte. Alors que les premiers, progressistes, avaient une autre vision des choses en s’inspirant d’idées marxistes révolutionnaires, le second appelait à une réconciliation avec les Arabes.

	Pour atteindre son objectif, El Assad eut recours à un coup d’Etat qui le propulsa aux commandes de la Syrie en 1970. Il emprisonna ses rivaux. Makhous ne dut son salut qu’à sa fuite vers l’Algérie où il se fixa en 1971, en exerçant son métier de chirurgien à l’hôpital Mustapha jusqu’à sa retraite. Il fera scission d’avec le Baath originel pour fonder le Baath arabe démocratique socialiste. Et lorsque la crise aiguë actuelle, lancinante et brûlante revient dans la discussion, le docteur n’élude aucun questionnement. «Le régime pourri et corrompu doit cesser ses crimes. Mais, d’un autre côté, il ne faut pas que le changement soit dicté de l’étranger. Je suis contre toute intervention internationale.» Le docteur n’a que du mépris pour les dictateurs qui ne l’ont guère ménagé, mais, ne dit-on pas qu’un peu de mépris épargne beaucoup de haine.    
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	La Révolution algérienne a été à l’avant-garde des luttes arabes.
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           <title>Omar Gatlatou vit-il encore en nous ?</title>
           <author>Hamid Tahri </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Portrait</category>
           <pubDate>Thu, 22 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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	Le cinéma comme le rêve fournissent à l’affectivité du spectateur des héros à imiter, des types plus exécrables que lui-même à maudire, et des dénouements capables de coïncider avec des revendications personnelles de puissance, de gloire, d’amour, en apportant à celles-ci l’émotion d’un désir réalisé. 
	Au début, je voulais devenir pilote. Je devais partir pour une formation en URSS, mais comme j’étais passionné de cinéma, le destin en a décidé autrement et j’ai dû opter pour le septième art. Le cinéma, c’était mon passe-temps, c’était mon école. On connaissait déjà à l’adolescence tous les classiques. La voie était donc ouverte, mais ne dit-on pas qu’on ne veut jamais que son destin ! Cela tombait bien, puisque l’Etat venait d’ouvrir, au lendemain de l’indépendance, la première école d’art dramatique à Sidi Fredj. Quelle aubaine ! Comme de bien entendu, je m’y suis engouffré sans me poser de questions. Là, j’ai fait la connaissance du monument Boudia Mohamed qui dirigeait le centre, de Kaki, Hassen El Hassani… J’y suis resté jusqu’en 1965, date de l’ouverture de l’Ecole de Bordj El Kiffan à laquelle le président Boumediène a consacré sa première sortie officielle quelques semaines après sa prise de pouvoir. J’y suis resté jusqu’en 1970 avec cette chance d’apprendre le métier auprès de professeurs très compétents et dont la première promotion peut s’enorgueillir, composée d’artistes qui feront leur chemin par la suite, comme Halilou Dalila, Ziane Ayad Cherif, Hamid Rabia.» Après son service militaire à Cherchell puis Oran, Boualem renouera avec les planches en jouant dans une pièce adaptée de Gogol. Il est simple, de cette simplicité qui n’est pas un but dans l’art, mais à laquelle on arrive malgré soi en s’approchant du sens réel des choses. Humble, Boulem respire l’humilité qui naît de la confiance des autres. «J’y ai campé le rôle d’un vieux, et cela n’a pas trop mal marché», se souvient-il. Notre artiste figurera dans la distribution de Boualem Raïs Le sang des hommes.     

	                                               
	Théâtre et cinéma

	
	C’est là que Slim m’a appelé pour le rôle du berger dans Le vent du Sud. Pour les besoins du film, on était hébergés à l’hôtel Transat de Bou Saâda, où le tournage a eu lieu. Slim avait pour assistant Merzak Allouache, avec lequel je faisais chambre commune. C’est là que je l’ai connu, et c’est dans ce lieu mythique que l’idée de Omar Gatlatou a germé. Allouache m’en a parlé et le projet m’a séduit. On était pratiquement sur la même longueur d’onde. Un mois après, Merzak m’a ramené le synopsis de deux pages seulement que, du reste, je garde toujours. Pour ne rien vous cacher, il n’y avait pas de budget conséquent et les caractéristiques du personnage me convenaient.  Omar, qu’on surnomme «Gatlatou» à cause de ses attitudes «radjla». On dit que la redjla le tue, «Gatlatou erradjla», d’où Gatlatou est un jeune banlieusard qui habite une cité de Climat de France, sur les hauteurs de Bab El Oued.
	Omar travaille au service des fraudes, où il lui arrivait d’effectuer des missions de traque contre les trafiquants d’or et de bijoux : le plus souvent, il participe au contrôle routinier des bijoutiers. Omar Gatlatou a une grande passion pour la musique : il possède une mini-cassette et son passe-temps favori consiste à enregistrer des chansons de chaâbi au cours de soirées ou à se rendre dans les salles de cinéma qui diffusaient des films hindous et, joignant l’utile à l’agréable, enregistrer les chansons… Un soir, de retour d’une veillée de mariage, il est agressé par un groupe de malfrats qui lui dérobent sa mini-cassette.

	La perte de cet appareil va constituer une rupture brutale dans le quotidien tranquille d’Omar. A l’époque, notre ami, le sociologue Abdelghani Megherbi, avait disséqué les pesanteurs de ce film, en affirmant que Merzak Allouache «n’use ni de codes ni de ficelles en vue d’attirer les foules. Il laisse tout simplement sa caméra se promener dans la quotidienneté d’un quartier algérois populaire, pour montrer avec réalisme et une grande objectivité comment vivent les jeunes. Il n’y a ni sang, ni sexe, ni répression, mais tout bonnement des gens comme tout le monde, comme tous ceux qu’on rencontre dans toutes les grandes cités d’Algérie. Pourtant, Omar Gatlatou a pulvérisé tous les records de recettes en Algérie. Il a tenu l’affiche pendant des mois. En vérité, Allouache a su trouver la forme la plus efficace pour restituer aux jeunes leur quotidienneté.  Et, pourtant, parmi les acteurs du film, seul Bennani est un professionnel, comédien de théâtre du reste. Quant aux autres, ils connaissaient le cinéma uniquement en tant que spectateurs dans les salles obscures, que certains aimaient à dégrader en éventrant les fauteuils, histoire de se défouler, de tuer l’ennui, cet ennui qui pour la première fois est montré comme un fait digne d’intérêt dans cette production cinématographique».                                                                       
	«Omar est un jeune pointu, qui incarne la virilité, roule des épaules et qui se distingue par une galanterie chevaleresque».   Comment était la jeunesse algérienne incarnée dans le film au milieu des années 1970. Quels étaient les valeurs et les idéaux de cette jeunesse. Que signifiait la «redjla» qui «étouffait» les hommes à l’époque.

	
	Au cœur de la société

	
	A toutes ces questions et bien d’autres, Boualem répondra avec le style qui est le sien, toujours avec élégance en évitant surtout de travestir la réalité. La jeunesse de l’époque, du moins la majorité, était fière de son statut. On goûtait encore à la ferveur de l’indépendance. On était fiers d’être Algériens, de sa «houma», espace convivial et fraternel, où l’on s’épanouissait sans chichis. Il y avait la «horma», terme intraduisible en français qui englobe aussi bien la pudeur, la dignité, l’honneur. A cela, il fallait ajouter le respect de la parole donnée, la galanterie, la solidarité, l’entraide. Il y avait trois espaces sacrés : la famille, l’école et le quartier. Il y avait des castes et des hiérarchies que les jeunes respectaient presque naturellement sans se poser de questions. Même les bagarres étaient belles. On se battait loyalement, sans recours aux armes blanches. Hélas, toutes ces valeurs ont disparu et cela fait mal au cœur. Beaucoup d’Algériens de notre génération quand ils revoient le film de Omar Gatlatou regrettent cette époque où le jeune renvoyait (reflétait) une belle image de redjla, de retenue dans les sentiments amoureux, de la compassion pour les autres et une simplicité dans la vie de tous les jours. Bien que d’autres y voyaient dans l’acteur principal une sorte de «macho».  A la «houma», il  ne faut pas oublier que l’espace est majoritairement masculin et la population féminine inexistante «extra muros». Dans le film, on le constate très nettement, lorsque Omar quitte le groupe, il découvre une fille. Il sort de son espace, de sa coquille pour aller voir sa dulcinée ailleurs, mais jamais dans le quartier. Car attention, s’il est découvert, c’est la grande «hchouma», c’est la catastrophe. Avec la mixité, le problème ne se pose plus de nos jours.  Le film a été réalisé sous l’ère du «socialisme spécifique» et du monopole de l’Etat, avec toutes ses restrictions. Malgré cela, le film a été très bien accueilli par le public algérien et a marqué toute une génération qui en a fait un de ses repères. Car, derrière le personnage, le réalisateur a plongé sa caméra dans la société algérienne de l’époque en nous montrant plusieurs de ses aspects, notamment la crise du logement, du transport, le désœuvrement.      

	                                                      
	Un véritable gâchis

	
	La crise du cinéma actuel et la sécheresse culturelle qui participent à une désorientation de la jeunesse s’expliquent aisément. Boualem cite un exemple concret. A Kouba, il y a deux salles de cinéma, le Rex et l’Elite, hermétiquement fermées depuis belle lurette. Elles sont devenues des dépotoirs infestés de rats, alors qu’elles auraient pu faire le bonheur des jeunes. Quel gâchis ! Vous pouvez multiplier à volonté ce triste exemple à travers le pays. De plus, le cinéma vit par le ticket d’entrée. Dès lors qu’on ferme les salles obscures, il n’y a plus de ressources. Et pourtant, Dieu seul sait que l’Algérie était à l’avant-garde du cinéma et que la Cinémathèque d’Alger était la Mecque du cinéma mondial engagé. L’Egypte, qui se targue de plus d’un siècle de cinéma, n’a pas eu la palme d’or du Festival de Cannes, l’un des plus prestigieux au monde. Alors que l’Algérie a été et reste le seul pays arabe et africain à jouir de cette distinction ! Comment en est-on arrivé là ? Comment en est-on arrivé à magnifier le médiocre, à mettre en avant les sketches baklaoua ? Et lorsque vous me parlez de culture je crie mon indignation ! Toutes les professions jouissent d’un statut, sauf celle d’artiste dont on ne sait où le situer après 50 ans d’indépendance. A la question de savoir s’il avait 10 ans aujourd’hui et si on lui demandait de jouer le rôle de Omar Gatlatou comment l’aurait-il imaginé ? «En tout cas, ce qui est sûr, c’est que je ne l’imaginerais jamais comme celui que j’ai interprété il y a 35 ans. Ce sera un autre monde, une autre manière de voir les choses adaptées à la réalité. Ce sera peut-être Omar Gatlatou el hogra, la précarité, le chômage, le mal-être, le trabendo, la vie au jour le jour, sans repères précis…

	Vous savez, dernièrement, j’ai été invité par un ami à aller voir un match de football. J’en étais écœuré. En plus des mauvaises conditions dans le stade où l’accès est souvent problématique, j’ai vu le comportement déplorable des jeunes. Avant, c’était presque une fête, et les jeunes exultaient, maintenant ils éructent. Ils déversent toute leur colère, toute leur malvie et le stade est devenu un espace de défoulement et de protestations refoulées. J’avais l’impression qu’ils étaient encagés, dans un état second, vociférant des slogans et des obscénités venus d’ailleurs que les oreilles ne sauraient et ne pourraient entendre. Je n’ai pas attendu la fin du match, je suis  sorti au bout d’un quart d’heure.  Avant, il avait un langage fleuri, maintenant c’est un langage grossier. Plus discret, plus imagé, moins choquant en tout cas et les escarmouches ne finissaient pas dans le sang et dans le deuil.»
	Autres temps, autres mœurs.    
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           <title>Le psychiatre révolutionnaire</title>
           <author>Hamid Tahri </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Portrait</category>
           <pubDate>Thu, 08 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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	«Quand on m’aime, on me dit que c’est malgré ma couleur. Quand on me déteste, on ajoute que c’est à cause de ma couleur. Ici ou là, je suis prisonnier du cercle infernal.»
	            Frantz Fanon
	  
	Il y a 50 ans jour pour jour, le 6 décembre 1961, disparaissait Frantz Fanon, emporté par une leucémie. Dès le 1er novembre 1954, il prend parti. Son choix est fait. Le psychiatre se revendique révolutionnaire. Mort à 36 ans, sa trajectoire pourrait se résumer à son action anticolonialiste, à la quête de la liberté et de la dignité, à l’antiracisme et à la réappropriation de la personnalité.
	Mais la vie de Fanon, bien que courte, a été riche et son œuvre essentielle à la connaissance du passé, du présent et peut-être du… futur.

	Martiniquais de naissance, Algérien d’adoption, Fanon fait partie de ces «penseurs noirs dont la France a toujours du mal à accepter l’importance dans une histoire qui est pourtant celle de tous. Anticolonialiste radical, il demeure un intellectuel qu’il est préférable d’ignorer en le taxant de prophète raté. Pourtant, le penseur à la plume hautement littéraire peut contribuer à éclairer non seulement notre histoire, mais également nos débats et réflexions contemporains», avait écrit Anne Mathieu, en stigmatisant cette culture de l’oubli et cette marginalisation voulue par les médias français dont un journal à grande audience a consacré dernièrement un dossier à Fanon dans lequel les Algériens auraient été ingrats envers les militants politiques français engagés à leurs côtés, tout simplement parce qu’ils ne partagent pas la même religion au nom de laquelle la révolution aurait été déclenchée !
	En son temps, Fanon avait justement écrit : «La guerre d’Algérie n’est que la continuation paroxystique d’un système reposant sur la force et le mépris. Chaque fois qu’un homme a dit non à une tentative d’asservissement de son semblable, je me suis senti solidaire de son acte.»

	Né le 20 juillet 1925 en Martinique, ceux qui l’ont connu jeune le décrivent comme un garçon intrépide, un meneur. En 1940, l’Europe est en guerre et la France sous le régime de Vichy… En 1943, Fanon rejoint les Forces françaises libres. Le fils d’esclave s’engage pour libérer les fils de ceux qui avaient fait enchaîner ses aïeux. A ses amis qui lui disaient que cette guerre n’est pas la leur, que les Nègres n’ont rien à y faire, Fanon répondait : «Chaque fois que la dignité et la liberté de l’homme sont en question, nous sommes concernés, Blancs, Noirs ou Jaunes et chaque fois qu’elles seront menacées, en quelque lieu que ce soit, je m’engagerai sans retour.» Il le fit, mais fut vite déçu. Profondément blessé, il s’écrie : «Je me suis trompé.»  Fanon survit aux épreuves de la guerre. Démobilisé, il retourne aux Antilles, passe son bac et revient à Lyon s’inscrire en faculté de médecine. Le sujet de sa thèse, «Essai pour la désaliénation du Noir», reflète déjà ses propres questionnements. La thèse refusée, il la reprend, change son titre qui devient «Peau noire, masques blancs» qu’il fait publier aux éditions du Seuil grâce au soutien de Francis Jeanson, le plus célèbre des «porteurs de valises». En 1953, Fanon est nommé médecin-chef à l’hôpital psychiatrique de Blida.

	La conception dominante qui prévalait alors en Algérie était que le malade mental métropolitain était accessible à la guérison, mais que l’indigène était incurable, voué à la maladie sous le prétexte «fallacieux» que ses structures diencéphaliques écrasaient toute possibilité d’une activité corticale développée. Fanon se lance alors dans la rénovation des services en tenant compte des particularismes des malades, notamment des repères culturels des Algériens. Fanon va progressivement s’engager totalement avec le FLN, bien qu’il conserve une importante activité clinique. Les événements le poussent à un nouvel engagement pour défendre, comme en 1943, «la liberté et la dignité de l’homme». Il est persuadé alors que les «événements» d’Algérie sont la conséquence logique d’une tentative avortée de «décérébraliser» un peuple.

	
	L’ENGAGEMENT RéVOLUTIONNAIRE

	
	Fanon quitte Blida pour rejoindre Paris. Peu après, un arrêté d’expulsion est émis à son encontre. Il part pour Tunis où il mènera une double activité, psychiatrique et politique. Il fonde un centre neuropsychiatrique de jour à l’hôpital de la Manouba où il poursuit son travail de rénovation des pratiques de soins. Parallèlement, il est intégré dans le service de presse du FLN et rédige régulièrement des articles pour le journal El Moudjahid. Il voit au-delà du conflit algérien et envisage la question de la décolonisation pour l’ensemble de l’Afrique. A partir de 1959, nommé ambassadeur itinérant du Gouvernement provisoire de la République algérienne, il multiplie les voyages et les conférences. Emporté par une leucémie en décembre 1960, des examens de santé révèlent une leucémie. Il a encore beaucoup à dire, mais il sait que le temps lui est désormais compté. Il dicte dans la hâte le livre qu’il avait en projet et qui s’intitulera Les damnés de la terre. Il y inclut un long chapitre sur les troubles mentaux liés aux guerres coloniales qui associent des observations de troubles mentaux chez les victimes de torture de la part des forces coloniales, comme des observations de troubles mentaux chez les personnels des forces de police qui commettent ces actes de barbarie.
	Son état de santé s’aggrave, il part se faire soigner aux Etats-Unis. Lors d’une courte escale à Rome, il rencontre Jean Paul Sartre qui rédige une préface pour son livre. Il reçoit les premiers exemplaires trois jours avant sa mort. Peu avant, il avait écrit dans une longue lettre à un ami : «…Nous ne sommes rien sur terre si nous sommes d’abord les esclaves d’une cause, de la cause des peuples, la cause de la justice et de la liberté.»

	L’année 1956 fut un tournant : année de structuration politique du FLN qui se concrétisa à la fin de l’été autour de la plateforme de la Soummam, avec, entre autres, la création d’El Moudjahid ; «année où l’URSS aborda l’ère de la déstalinisation en écrasant l’insurrection hongroise, en même temps qu’elle s’affirma comme superpuissance en stoppant net, par la menace nucléaire, la piteuse équipée anglo-française de Suez ; année enfin, où la majorité de la gauche française, SFIO en tête, explora jusqu’au bout les limites d’un affaissement idéologique déjà bien entamé, avec les pleins pouvoirs à Guy Mollet et Lacoste, accordés avec le soutien du PCF, l’appel au contingent, le silence, le mensonge ; au plan de l’action politique, le gâchis des possibilités de négociation, la porte ouverte au tout répressif, à la torture ; et au plan international, le recours à une politique de la canonnière.» Son éditeur parisien du Seuil, qui avait fait sortir Peau noire, masques blancs témoigne : «Je n’ai vu Fanon qu’une fois à Paris en septembre 1956. J’assistais, étudiant, au premier Congrès des écrivains et artistes noirs.

	J’entends encore sa voix : il y avait dans son intervention sur ‘‘Racisme et Culture’’ une alliance de l’argumentation fondée non sur le théorique mais sur le vécu, avec une efficacité dialectique qui emportait un auditeur, en principe lointain, dans une proximité de pensée soudain chaleureuse. Ma génération, appelée à aller faire cette guerre, était aussi appelée à se déterminer face à elle. En écoutant ce jour-là Frantz Fanon, je ne pouvais imaginer que trois ans plus tard, je deviendrai son éditeur. Que son livre L’an V de la Révolution algérienne serait l’un des premiers ouvrages que je publierai, qu’il n’avait que cinq ans à vivre puisqu’il est mort à l’automne 1961 quelques jours après avoir reçu à la fois le premier exemplaire de Les damnés de la terre et la nouvelle de leur interdiction en France.» Mohamed El Mili, qui fut l’un des rédacteurs d’El Moudjahid clandestin, confie qu’il a été impressionné par sa simplicité : «J’ai eu la chance de connaître de près Fanon. Au moment où il avait rejoint la Révolution à Tunis en 1957, j’étais déjà membre de l’équipe rédactionnelle de Résistance algérienne. Dans la même année, Benkhedda nous convoque Fanon et moi, en nous demandant de rejoindre Tétouan, au nord du Maroc. Le CCE avait décidé de mettre fin à Résistance algérienne pour créer El Moudjahid, l’organe central du FLN. A Tétouan, Fanon et moi partagions la même chambre. Il dormait peu et lisait beaucoup. Lorsque nous nous reposions, il nous faisait parfois des lectures de textes révolutionnaires. Il les commentait en y apportant sa touche personnelle.»

	
	Un tiers-mondiste convaincu

	
	Je dois avouer que durant toute la guerre de libération, je n’ai pas connu de militants aussi sincères que Frantz Fanon et Abane Ramdane, notre chef. Comme je dois dire que «j’ai retrouvé aussi certaines idées de Abane Ramdane dans Les damnés de la terre. Il faut reconnaître que ce dernier a toujours prôné un combat tiers-mondiste, et ce, bien avant l’heure. Son apport est pour moi incommensurable. Sur le plan personnel, il m’a aidé à mieux me connaître et à saisir mon temps ainsi que le monde dans lequel je me trouvais.»
	Le professeur Chaulet, ami du défunt, ne tarit pas d’éloges sur le disparu. «Fanon n’était pas seulement considéré comme un ami, mais bien plus, un participant à part entière à la Révolution algérienne. Il a compris le sens de la lutte et s’y est engagé en stigmatisant l’apartheid entretenu par l’occupant. Fanon n’est pas venu avec des recettes toutes faites. Il n’est ni prophète ni théoricien politique. Il s’est forgé auprès des camarades combattants. 

	Dans un monde qui a profondément changé, son message est plus que jamais d’actualité. Regardons ce qui se passe autour de nous où la force semble se substituer au droit, avec la caution de la communauté internationale, les puissants ne cessent de disposer à leur guise de ce que Fanon désignait de damnés de la terre.»  
	Olivier Fanon, 56 ans, le fils du psychiatre révolutionnaire, tout en dressant un portrait poignant de son père, insiste «pour que son message soit porté haut et fort écrit en lettres de feu et dont l’écho incommensurable est toujours d’actualité : ce message dérange et interpelle. Nous sommes son écho pour amplifier ses riches idées. Quel pays plus emblématique que l’Algérie pour honorer la mémoire de l’Algérien Franz Fanon», immortalisé par la baptisation en son nom de l’hôpital de Blida où il exerçait et de plusieurs établissements scolaires à travers le pays ainsi qu’une grande avenue au cœur d’Alger la capitale. A l’article de la mort, il a eu la force de dire cette phrase ô combien significative : «Je veux que vous sachiez que même au moment où les médecins avaient désespéré, je pensais encore, oh dans le brouillard, au peuple algérien, aux peuples du tiers-monde, et si j’ai tenu, c’est à cause d’eux.»
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           <title>Moncef Marzouki, Le reclus de Sousse s’empare de Carthage</title>
           <author>Hamid Tahri </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Portrait</category>
           <pubDate>Thu, 01 Dec 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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	«L’homme est un animal enfermé à l’extérieur de sa cage»

	                            Paul Valery 
	Lorsqu’il est rentré en Tunisie après une longue absence, une marée humaine enthousiaste de ses partisans l’attendait à l’aéroport de Carthage. Une ambiance fébrile et un moment solennel lorsque l’infatigable militant des droits de l’homme et bête noire du régime déchu fit son apparition sur le tarmac. La ferveur était telle que Marzouki lui-même était surpris et ne s’attendait sans doute pas à cet accueil plus que chaleureux. Le point d’orgue sera atteint lorsqu’il fut carrément happé par la foule pour être porté comme un glorieux vainqueur de pugilat sur les épaules de ses fans. 

	La communion était totale. Marzouk a dû penser, en ces moments-là, aux luttes ininterrompues qu’il a menées en sa qualité de droit de l’hommiste déterminé jusqu’à l’entêtement, mais aussi aux blessures physiques et morales que lui a fait subir le régime innommable de Ben Ali. L’idée d’être à la tête de la République, au nom de laquelle il a été relégué et humilié, lui a-t-elle effleuré l’esprit en ces moments heureux ?

	Toujours est-il que quelques semaines après, le voilà investi à la magistrature suprême de son pays. Il a réalisé son rêve. Il l’a fait parce qu’il ne savait pas que c’était impossible ! Les premières paroles iront au peuple et à sa jeunesse, artisans de cette métamorphose inouïe qui balaye d’un trait les méfaits dévastateurs des «républiques monarchiques» que Marzouki désigne avec dérision les «Djomloukiate». Nationaliste, Marzouki dit qu’il est viscéralement attaché à son pays. Dans ce registre, il est assurément dans son élément. Et comme le poète, il pourrait fredonner cet air :
	«Je n’aurais jamais cru qu’on se rencontrerait/ Le hasard est curieux/ Il provoque les choses/ Et le destin pressé un  instant prend la pause/ Non, je n’ai rien oublié !»

	Parti en France où il exerce son métier en Alsace, Marzouki restera toujours à l’écoute de son pays, convaincu que le seul exil insupportable est d’être loin de ses convictions. Docteur en médecine de l’université  de Strasbourg en 1973, ancien interne des hôpitaux et assistant à la faculté de médecine de Strasbourg, il est spécialiste en médecine interne, neurologie et santé publique. De 1981 à 2000, il est professeur en médecine communautaire à l’université de Sousse en Tunisie.

	Les droits de l’homme, une obsession

	Il débute son engagement en faveur des droits de l’homme en 1980 en entrant à la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH). En 1985, il est élu par le troisième congrès comme membre de son comité directeur, puis, en 1987, désigné au poste de vice-président chargé de l’éducation du public et de la formation des militants. En 1989, il est élu à l’unanimité comme président de la LTDH. Toutefois, le 14 juin 1992, l’organisation est dissoute suite à son opposition à une nouvelle loi sur les associations. Marzouki constitue alors en 1993 le Comité national pour la défense des prisonniers d’opinion qui est déclaré illégal.

	La LTDH est finalement légalisée à nouveau en mars 1993, mais face aux pressions diverses, Marzouki annonce, lors du congrès tenu en février 1994, sa décision de ne plus briguer aucune fonction au sein de l’organisation. Il décide de présenter sa candidature à l’élection présidentielle du 20 mars 1994, mais ne parvient pas à réunir le nombre nécessaire de signatures requises afin de participer à l’élection et sera plus tard emprisonné et interdit de passeport. De 1989 à 1997, il est également membre du comité directeur de l’organisation arabe des droits de l’homme basée au Caire et membre actif de la section tunisienne d’Amnesty International. Il est désigné président de la commission arabe des droits de l’homme entre 1996 et 2000 et porte-parole du conseil national pour les libertés en Tunisie, poste qu’il occupe du 10 décembre 1998 au 16 février 2001.

	Notre confrère Fayçal Métaoui avait rencontré Marzouki. Il nous décrit dans quelles circonstances, en dévoilant le climat de terreur qui régnait en Tunisie avant la révolution du jasmin. «En 2000, la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH), dirigée par l’avocat courageux Mokhtar Trifi, était mise sous pression par la dictature de Zine Al Abidine Ben Ali. Les animateurs de cette ligue, qui ont refusé la mise au pas imposée par le régime, étaient traduits en justice. Les procès, qui étaient de véritables simulacres de justice, étaient devenus nombreux. Pour assister à l’un de ces jugements, je me suis déplacé en Tunisie en compagnie de mon collègue et ami d’El Khabar, Slimane Hamiche.

	L’avocat algérien, Boudjemaâ Ghechir, président de la Ligue algérienne des droits de l’homme (LADH), était aussi du voyage. Il devait plaider en faveur des responsables de la LTDH en vertu des conventions judiciaires liant les deux pays. En dépit de cela, le juge a refusé la présence au prétoire de l’avocat algérien. Cela devait susciter une controverse dans une salle d’audience remplie comme un œuf. Le lendemain, Slimane Hamiche et moi-même avions décidé de nous déplacer par train à Sousse pour rencontrer l’opposant, ex-président de la Ligue arabe des droits de l’homme, Moncef Marzouki. Dans le train, confortable et agréable, nous avons constaté que nous étions filés. Des policiers en civil étaient assis en face nous. Ils ne faisaient rien pour être discrets.

	Arrivés à Sousse, nous devions prendre un taxi vers la Marina d’El Kantaoui, à 10 km de la ville. Moncef Marzouki nous avait donné rendez-vous dans un café. ‘‘Je ne peux pas vous recevoir chez moi. Ils vont débarquer et m’accuser d’intelligence avec des puissances étrangères. Je préfère discuter avec vous dans un endroit ouvert’’, nous a-t-il expliqué.

	Un authentique opposant

	Autour d’un jus d’orange pressé, nous devions discuter et réaliser une interview pendant plus d’une heure sur la situation politique de la Tunisie. Les policiers en civil, lunettes noires et costumes gris, ne cessaient de faire le va-et-vient devant le café. ‘‘Ne faites pas attention à eux, c’est une habitude’’, prévenait l’opposant tunisien. Moncef Marzouki, qui avait fondé avec d’autres militants démocrates tunisiens le Conseil national des libertés en Tunisie (CNLT), était mis sous une étroite surveillance, lui et sa famille. Médecin, il avait été empêché d’exercer et d’enseigner à l’université. Le régime de Ben Ali pratiquait la politique de ‘‘l’appauvrissement’’ des opposants. Mais, Marzouki et ses compagnons luttaient avec courage et détermination contre cette politique en actionnant les ressorts de la solidarité.

	Après un déjeuner dans un restaurant du coin, durant lequel l’opposant nous expliquait dans le détail tous les malheurs que les agents de Ben Ali-Trabelsi (du nom de Leïla Trabelsi, seconde épouse du dictateur) faisaient endurer à l’opposition. Nous devions reprendre un taxi vers la gare ferroviaire de Sousse pour rejoindre Tunis. A ce moment, une dizaine d’hommes en civil s’étaient approchés de nous. ‘‘Suivez-nous’’, ordonnaient-ils. Nous avions refusé en demandant à ces individus de décliner leur identité. L’un d’eux nous a exhibé une carte de couleur rouge sur laquelle était écrit ‘‘Al amn el kawmi’’ (Sûreté nationale). Après présentation de nos passeports, les questions fusaient : ‘‘Comment êtes-vous entrés en Tunisie ?’’, ‘‘Qu’est-ce que vous êtes venus faire en Tunisie ?’’, ‘‘Dans quel hôtel vous logez ?’’, ‘‘Qui avez-vous rencontré ?’’, ‘‘Quand partez- vous ?’’… Après trois ou quatre coups de téléphone, les policiers changeaient d’attitude en se rendant compte de notre qualité de journalistes algériens.

	Devenus soudainement aimables, ils nous souhaitaient… ‘‘la bienvenue en Tunisie’’. A Tunis, la filature policière était devenue plus dense et plus présente… jusqu’à la salle d’embarquement de l’aéroport Tunis-Carthage… Marzouki préside depuis le 25 juillet 2001 le congrès pour la République, parti qu’il a fondé et qui n’est pas reconnu par les autorités tunisiennes avant la révolution tunisienne. Le 17 janvier 2011, Marzouki annonce sa candidature à la présidentielle et rentre de son exil le lendemain. Le 8 mars, la légalisation de son parti est annoncée.

	Lors de l’élection de l’assemblée constituante du 23 octobre 2001, premières élections libres organisées depuis l’indépendance, son parti obtient la seconde place en nombre de sièges derrière le parti islamiste Ennahdha. Lui-même est élu dans la circonscription de Nabeul. Ecrivain bilingue, il a publié seize livres en arabe et quatre en français, traitant de médecine communautaire, d’éthique médicale, des droits de l’homme et du problème de la démocratisation dans les pays arabo-musulmans, parmi lesquels figure Dictateurs en sursis. Une voie démocratique pour le monde arabe publié aux éditions de l’Ateliers à Paris en 2009. Depuis l’avènement de la révolution du jasmin, la chronique tunisoise bruisse de rumeurs où l’on décortique l’histoire avec un humour parfois féroce.

	Une autre ère s’ouvre

	Les Tunisiens ? «Ils ont d’abord été dirigés par un grand cerveau malade, puis par une petite cervelle névropathe, c’est sans doute pourquoi, dans leur grande sagesse, après des décennies de migraines, les Tunisiens ont choisi de désigner à la tête du pays un neurologue», car Marzouki, professeur de médecine, va devoir ausculter son peuple. «Le personnage, commente-t-on, est à l’image de ses lunettes immenses et carrées. Posture élancée, col ouvert sans cravate, le président Moncef, fils de Mohamed El Bedoui Marzouki, est un authentique bédouin têtu et sans concession. Noblesse qu’il n’a jamais cherché à travestir, il ne pratique pas la langue de bois. A cause des souffrances et humiliations qu’il a lui même subies, il jouit d’un grand respect de la part du peuple tunisiens».

	Il se définit comme un nationaliste progressiste qui ne mésestime pas le poids de ses racines. Il s’en expliquait il y a quelques semaines. «J’ai deux techniques pour rester positif psychologiquement. La première, c’est que je me dis que le temps géologique n’est pas le temps des civilisations, que le temps des civilisations n’est pas celui des régimes politiques, et que le temps des régimes n’est pas celui des hommes. Il faut l’accepter. Si je m’engage dans le projet de transformer la Tunisie, vieille de quinze siècles, je ne vais pas la transformer en vingt ans. Je dois donc accepter les échéances de long terme. Et à partir de là, je ne me décourage pas.» «Et l’autre technique vient du fait que je suis un homme du Sud. Je viens du désert et j’ai vu mon grand-père semer dans le désert. Je ne sais pas si vous savez ce que c’est que de semer dans le désert. C’est semer sur une terre aride et ensuite vous attendez. Et si la pluie tombe, vous faites la récolte. Je ne sais pas si vous avez déjà vu le désert après la pluie, c’est comme la Bretagne !

	Un jour, vous marchez sur une terre complètement brûlée, ensuite il pleut à peine, et ce qui s’en suit, vous vous demandez comment cela a pu se produire : vous avez des fleurs, de la verdure… tout simplement parce que les graines étaient déjà là… Cette image m’a vraiment marqué quand j’étais enfant. Et, par conséquent, il faut semer ! Même dans le désert, il faut semer !» Il y a quelques jours, Marzouki affirmait que les relations algéro-tunisiennes «seront bien meilleures sous la deuxième République. Les Algériens seront considérés comme leurs frères tunisiens. Fini les vexations et le comportement inadmissible des sbires de l’ancien régime.»

	Et d’énumérer les problèmes en suspens entre les deux pays : «Je suis prêt avec la nouvelle équipe à aplanir tous les problèmes créés par Ben Ali et consorts, notamment au plan humanitaire. On sait que bon nombre de prisonniers algériens sont détenus dans les geôles tunisiennes depuis des années, souvent sans procès. Nous veillerons à étudier cette question le plus rapidement possible, de même que solliciterons un dispositif judiciaire afin de mettre à plat toutes les questions bilatérales liées aux familles, à la résidence, à l’héritage, au foncier…»

	htahri@elwatan.com                </description>
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	Dans le mouvement général du monde, la liberté est en train de faire sauter les murs les plus épais, mais cela ne se fera pas sans que les murs résistent.
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           <title>Noureddine Melikechi, Un scientifique algérien sur la planète Mars</title>
           <author>Hamid Tahri </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Portrait</category>
           <pubDate>Thu, 24 Nov 2011 01:00:00 +0100</pubDate>
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	Des chercheurs on en trouve ! C’est des  «trouveurs» que je cherche.
	De Gaulle
	  
	Un chercheur d’origine algérienne établi aux Etats-Unis, Noureddine Melikechi, compte parmi l’équipe de la NASA qui lancera, samedi, une sonde spatiale en direction de la planète Mars en vue d’obtenir des informations cruciales sur la planète rouge à travers un micro imageur à distance. Cette recherche, si elle aboutit, permettra sans conteste une avancée appréciable dans la détection du cancer et ouvrira d’autres horizons aux scientifiques. Noureddine, qui se dit comblé, voit ainsi ses efforts, entamés en 1995, se matérialiser.
	En fait, c’est son rêve qui se réalise depuis tout jeune à Thénia, sa ville natale où il a vu le jour en 1958.
	Il y a vécu enfant et accompli ses études avant de rejoindre le lycée Abane Ramdane à El Harrach au début des années 1970. «J’en garde un excellent souvenir, où j’ai baigné dans une ambiance conviviale voire familiale, en nouant des liens amicaux avec bon nombre de mes camarades de lycée.» Son bac en poche, Noureddine intègre l’université des sciences et des technologies de Bab Ezzouar pour poursuivre des études de physique.

	
	«Durant ces années, j’ai non seulement beaucoup appris mais aussi acquis une expérience très enrichissante sur le plan scientifique et humain. J’ai eu la chance d’avoir des professeurs qui sont non seulement très compétents mais aussi dévoués à leur travail et au développement scientifique et technologique du pays. Thénia, le lycée Abane Ramdane, l’université de Bab Ezzaour font toujours partie intégrante de ma personne», reconnaît-il humblement.
	Pourtant, la carrière de Noureddine aurait pu avoir une autre trajectoire si l’on s’en tient aux convictions de certains hurluberlus, comme ce prof d’arabe au CEM de Thénia qui lui avait prédit une autre destinée. On était à quelques jours de l’examen du BEG, et le prof fait passer un devoir d’arabe aux élèves, dont Noureddine, qui n’a pas pu sortir indemne d’une conjugaison. Alors, le prof menaçant, de lui proférer cette sentencieuse phrase : «Va retirer tes frais d’examens, tu es trop faible pour réussir.» Trop vexante, cette phrase a eu pour effet de motiver davantage notre homme qui s’avérera un élève surdoué.

	
	Un de ses amis, Slimane Boukhalfa, nous fera savoir que cet intermède n’aura pas d’effet sur le parcours élogieux de notre prodige, à qui la direction du CEG fera sauter deux classes, de la 4e à la 6e années, compte tenu de ses capacités intellectuelles !
	Surdoué, mais attaché à son milieu et fou de foot, puisqu’il partageait avec ses amis d’interminables matches au quartier la Justice de Thénia en restant  un amoureux indestructible du ballon rond.
	Attaché à sa famille, à son pays, Noureddine ne manque pas d’y retourner chaque fois qu’il en a l’occasion pour saluer sa famille et notamment son père Saïd, ancienne cheville ouvrière de l’hôpital de Thénia, à qui il doit beaucoup.
	Noureddine a été choisi pour faire partie de l’équipe ChemCam qui est une des dix expériences qui font partie de la Mars Science laboratory Curiosity, dont le lancement est programmé pour le samedi 26 novembre, pour atteindre la planète Mars, si tout va comme prévu, le 6 août 2012. L’objectif est de savoir si la planète rouge est ou était habitable ou si l’on y trouve de l’eau.

	«Un des axes de mes recherches touche les détections de biomarqueurs pour la détection de cancer. Pour ce faire, nous développons des méthodes optiques et des modèles mathématiques qui nous permettent de déceler très tôt des signes de cancer par des méthodes non invasives. Une des méthodes que nous utilisons pour le travail consiste à exciter un échantillon biomédical par le biais d’un laser suivant : une technique appelée Laser indice de Break Down Spectioscopie (LIBS). Cette approche est une combinaison de techniques laser et spectroscopiques dans les milieux très complexes avec de nouvelles méthodes mathématiques de classification et d’identification et qui s’avèrent très prometteurs pour la recherche de signaux spectroscopiques dans un environnement aussi complexe et extrême que la planète Mars. Il y a un instrument LIBS qui sera du voyage sur Mars. Du coup, je suis impliqué en tant que physicien dans l’équipe ChemCam».

	
	Et, lorsque la mission sera terminée, il s’agira pour Noureddine de collecter toutes les données, de les analyser en collaboration avec des géophysiciens, des géochimistes et d’autres physiciens.
	Melikechi mène ses recherches depuis des années. La consécration ou l’apothéose, c’est le lancement du DSU vers Mars qui emplit d’orgueil Noureddine, qui se dit honoré et favorisé pour faire partie d’un programme énorme. Son travail a consisté à établir un puits à dépression pour simuler les conditions atmosphériques sur la planète rouge pour examiner un laser sur le vagabond réel, un laser semblable tirera des éclats d’énergie assez forts pour produire de la chaleur, aussi intense que la surface du soleil — cinq milliardièmes durables d’une seconde. Le laser fondra la roche et le dispositif de spectroscopie mesurera la lumière émise du plasma des roches.
	L’espoir caressé par le chercheur et ses collaborateurs est de déceler la présence d’eau dans ce voisin planétaire le plus proche de la Terre.

	
	Aller sur Mars a toujours été un rêve sinon un fantasme. Depuis la nuit des temps, scientifiques, philosophes, mathématiciens se sont penchés sur cette lancinante question.
	«Aller sur Mars l’explorer comme jamais cela n’a été possible est à présent réalisable et deviendra, In Challah, réalité le jour de l’atterrissage de la «Rover Curiosity» prévu en août prochain. Dans quelques mois, nous aurons la possibilité d’explorer Mars sans aucune présence humaine sur la planète, ce qui constitue déjà une nouvelle démonstration de la grandeur de la pensée humaine et de la capacité de l’être humain à innover.
	Noureddine que passionnent à la fois la physique, la musique, la lecture et le foot et qui a connu un parcours classique, a creusé un sillon bien à lui.
	Cet homme calme et discret se définit avant tout comme un «scientifique universaliste» qui revendique l’autonomie du savant à l’égard du politique. Il n’est pas peu fier d’être formé en Algérie, même s’il déplore la saignée qui affecte l’élite intellectuelle algérienne tentée d’aller faire valoir ses compétences ailleurs.

	
	«Si le chercheur, le médecin ou le savant sont enclins à faire leurs valises et à s’exiler volontairement, c’est qu’ils trouvent dans cet ailleurs ce qu’ils n’ont pas, hélas, dans leur propre pays, où de surcroît ils sont peu considérés.» Ce constat amer nous dévoile une triste réalité. Ces dernières années, l’Algérie a perdu plus de 40 000 chercheurs dans tous les domaines. La matière grise algérienne, au départ limitée à la France pour des raisons de proximité géographique, est aujourd’hui présente partout, notamment aux Etats-Unis et au Canada. Aussi, les chercheurs algériens, à l’image des autres cadres de l’Etat victimes d’une politique salariale humiliante et surtout de l’absence d’une perspective d’avenir émigrent à la moindre occasion. Noureddine est parti au début des années quatre-vingts à l’université de Sussex en Angleterre, puis rejoint Delaware en début des années 1990 où il s’est définitivement établi.

	
	«A l’époque, note-t-il, le contexte social économique et sécuritaire en Algérie ne s’y prêtait pas. On ne pouvait rien faire de probant. Et puis, je ne cache pas que je voulais participer à un effort universel plutôt que de me perdre dans les méandres  de l’incertitude. Arrivé en Amérique, il ne faut surtout pas croire d’emblée que c’était l’eldorado rêvé. Il fallait batailler dur, prouver ses compétences et ses capacités dans un environnement nouveau. Dans ce contexte, la nationalité ne compte plus. On est scientifique au service de l’humanité, c’est tout ; j’avais un PHD, une culture scientifique, je parlais anglais et puis j’ai eu la chance de trouver des profs qui m’ont donné l’opportunité de faire ce que je voulais, c’est-à-dire la physique atomique et moléculaire.»
	Le gouverneur de Delaware, Jack Markell, a nommé récemment Noureddine, qui est aussi vice-président à la recherche de l’université d’Etat du Delaware, «ambassadeur de Mars» en reconnaissance de ses réalisations et surtout de son rôle dans le lancement, samedi, de la mission spatiale sur la planète rouge.

	
	Avec une pointe d’humour prononcée, le gouverneur a déclaré : «En tant que  nouvel ambassadeur du Delaware, nous vous serions très reconnaissants si vous pouviez faire savoir aux touristes martiens et à leurs investisseurs que le Delaware est situé sur la côte est. Il est doté d’un grand port, d’une excellente main-d’œuvre et d’installations de recherche de premier ordre.» Et d’ajouter toujours sans rire : «Nous avons de belles plages, des sites historiques importants et bien sûr des boutiques hors taxes.»
	Le gouverneur a expliqué que le titre original décerné à Noureddine «est une reconnaissance pour l’engagement et la contribution du scientifique qui a aidé à faire de l’Etat l’un des berceaux de l’innovation».
	D’après la Nasa, le Mars Science Laboratory dispose de près de 10 instruments scientifiques consacrés entièrement à la recherche «d’environnements favorables à la vie microbienne, y compris les ingrédients chimiques pour la vie sur la planète Mars.»
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